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Full text of "La Montagne 1"

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LA CRfeME SIMON est recommandee aux Alpinistes dans tous les cas 
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La Montagne 



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La Montagne 



REVUE MENSUELLE 



DU 



CLUB ALPIN FRANQAIS 



Maurice PAILLON 
R6dacteur en chef 



VOLUME I 

(1904-1905) 






PARIS 

CLUB ALPIN FRANCAIS 

RUE DU BAC, 30 
PL9N-NOURRIT ET C-, 8, RUB GaRANCIBRE (6«) 

1905 



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M<= 



X 



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Table methodique et analytique 



Articles originaux 



Pages 

L. Baume. — Sainte-Foy-Tarentaise et la Ilaute-Isere (6 ill.) 565 

H. E. Biaujard. — Quinze jours autour de TAiguille do la Republique 

(2111.) 16 

Paul Berret. — Le Retour de l'Allobroge 109 

Lieutenant-colonel F. Blazer.— Escalade du Brec de Chambeyron (2 ill., 

1 carte, 1 schema) 342 

Alexandre Brault. — I/Avalanche 521 

Julien Bregbault. — Les Peintres de montagne : 8° exposition (2 ill.). 232 

Julien Bregbault. — La Conquete de Chamonix (5 ill.) 269 

W. A. B. Coolidge. — Les Cols de la Maurienne en 1667 82 

W. A. B. Coolidge. — Le Massif de la Sana (1 ill.) 120 

W. A. B. Coolidge. — Le Massif de BcllecOte (1 ill. et 1 carte) 390 

Docteur Cros. — Championnat du Canigou (1 ill.) 429 

Henri de Curzon. — Le Pic Rouge de Pailla (2 ill.) 439 

E. Diehl. — La Peinture de Montagne aux Salons de 1905 291 

H. Duhamel. — Contribution a l'Histoire du Mont Blanc 81 

H. Duhamel. — Une Propaganda en favour du passage du Saint-Go- 

thard au dix-septieme siecle (1 carte) 434 

H. Duhamel. — La Tele de Lauranoure (1 panorama) 537 

H. Durand. — De Miage au Mont Blanc par V Aiguille de Bionnassay. 67 

Ch. Flahault. — Les Hauts sommets et la Vie vegetale (3 planches). 165 

G. Flusin et P. Lory. — Speleologie alpine 578 

A. Gbx. — Le Rocher de la Fortune : legende alpestre 157 

G. Lbdormeur. — La Crete de Yeous (2 ill.) 162 

F. Mader. — Le Rhododendron dans les Alpes Maritimes 490 

tfdouard Monod-Herzen. — Le Cervin par l'Areto de Z'Mutt (5 ill., 

2 schemas) 477 

Maurice Paillon. — La Montagne, programme 1 

Maurice Paillon. — Le Medecin Grataroli et les Origines de l'Alpi- 

nisme 526 

Mary Paillon. — Palette (1 dessin) 213 

Antoine Prbnat. — Souvenir d'une Excursion a la Berarde en 1860 

(Scroquis, 4 ill.) 381 

P. Puiseux. — Date de TExcursion de Parrot au Mont Rose 185 

Jules Ron j at. — Variations sur l'Utilite de la boussole et dupiolet.. . 334 

H. Spont. — Les Campements dans les Pyrenees (3 ill.) 61 

dre" Theuriet. — Au Parmelan. Souvenir d'une nuit d'aout (2 ill., 

lettre ornee, dessins et cul de lampe) 5 

Henri Vallot. — La Mesure des hauteurs par la chute de* corps. . . 26 

Henri Vallot. — Le Capitaine Mieulet et la carte du Mont Blanc (2 ill.). 217 



1) t) __ t ^ ^ 

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VI TABLE DES ILLUSTRATIONS 



Illustrations 

(Hors tezte) 

Pages 

1 Sixt et Pointe de Tennoverge, Marquis de la Roche 1 

2 Au Parmelan : le Petit Montoir, F. Crolard 6 

3 Au Parmelan : les Lapiaz, F. Crolard 10 

4 Aiguille de la Republique et Grand Charmoz, Tairraz 16 

5 Aiguille de la Republique, Tairraz 24 

6 Refuges Cezanne en 1904, Flusin 32 

7 Col de la Ruchere et Chamechaude, 0. Oddoux 76 

8 Au sommet du Pic d'Aneto ou de Nethou, Marcel Spont 78 

9 Montage du bateau demontable, Marcel Spont 80 

10 Estan Mayou, Marcel Spont , 82 

11 Passage du Lautaret en hiver, G. Oddoux , 86 

12 Refuge du Prom onto ire, P. d'Aiguebelle 92 

13 Entree des Gorges du Boulon, G. Oddoux 108 

14 Vallon de la Leisse et Grande Casae, Roubibr 120 

15 Col du Pelvoux, H. Fbrrand 128 

16 Lac Longet, G. Oddoux 186 

17 Panorama de Y Aiguille du Plat de la Selle, L. Marx 140 

18 Refuge Felix Faure, Roubibr 148 

19 EfTet d'orage sur la Muzelle, G Oddoux 156 

20 Escarpement Sud du Yeous, lieutenant Lbmoinnb 162 

21 Massif du Leviste, lieutenant Lbmoinnb 164 

22, 23, 24 Les Hauts Sommets et la Vie vegetale, J. Goujbt 174 

25 Refuge du Glandon, Abrioud 184 

26 Le Glacier Blanc et les Ecrins (tableau), Bbrtibr 212 

27 Le lieutenant-colonel Mieulet (portrait) 216 

28 Plateau de Triolet : face N. E., J. Lecarmb 226 

29 Plateau de Triolet : face S. O., J. Vallot 228 

80 Salvagny, vallee du Giffre (tableau), Trinquier 284 

81 Refuge Evariste Chancel, A. Cballibr 236 

32 Vallee de Chamonix, F. Crolard 268 

33 Vue de la Vallee de glace et des montagnes environnantes (Pierre 
Martel) 272 

34 Carte, Vue, Animaux de la Vallee de Chamouny, Pierre Martel. 274 

35 Mer de Glace (Chamouny), W. H. Bartlbtt 286 

36 Mer de Glace, F. Crolard 288 

37 Refuge du Carrelet, Escarra 294 

38 Calvaire d'Uly; Devant la maison de M. Richard; la Moselle a 
Treves, D' Catla 830 

39 Vallee du Tabuc, A. Lezbr 332 

40 Brec de Chambeyroo, V. de Cessolb 342 

41 Brec de Chambeyron, de la pointe E. de I" Aiguille de Chambeyron, 

V. de Cessolb 346 

42 Marbore, Marcel Spont 348 

43 Mont Perdu, de la breche de Tuquerouye, Lourde-Rocheblatb. , . . 850 

44 Refuge Lourde-Rocheblave, Lourde-Rochbblave 852 

45 Vallee du Veneon, J. Ebcarra 380 



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TABLE DES ILLUSTRATIONS VII 

Pagci 

46 Meije Centrale, de la Meije Occidentals L6o Brosse 382 

47 Meije Occidental©, dcs Aretes, L6e Brosse* 384 

48 Gime de la Meije, des Ar6tes, Lee Bross£ 386 

49 Massifs de Bellecote et du Mont Pourri, J. Mathibu 390 

50 Refuge et Lac de Rabuons, J. Giletta 424 

51 Chemin de Roche Lacroix 428 

52 Cirque du Ganigou et Chalet des Cortalets, Labodchb frercs 430 

53 Cime du Carro et Levanna, H. Ferrand 432 

54 Pic Rouge de Pailla, H. Brullb 438 

55 Face Nord du Pic Rouge de Pallia, H. Brullb 444 

56 Glacier Noir et Ailefroide, H. Ferrand 446 

57 Le Cervin (face Nord, vue du Weisshorn), V. Sella 476 

58 Le Cervin (face de Tiefenmatten), Salmon 482 

59 En haut du Grand Couloir de Z'mutt, J. E. Kern 486 

60 8ur l'Arete de Z'mutt, J. E. Kern 486 

61 Sommet Suisse du Cervin (du sonunet Italien), J. E. Kern 488 

62 Refuge Packe, Lourdb-Rocheblave 492 

63 Sur la voie de la Ciamarella, P. Lory 516 

64 Pique Longue du Yignemale, Lemoinnb 520 

65, 66, 67 Panorama de la Cime Est de Lauranoure, G. Oddoux 536 

68 Refuge de 1' Aiguille, Willemse 538 

69 Ranchenjunga, Y. Sella 550 

70 Gorges de Sainte-Foy-Tarentaise, A. Baron 564 

71 Groupe de Montagnardes a Sainte-Foy-Tarentaise, Orsini 566 

72 Gorges de Tignes, A. Baron 572 

73 Gorges de Val-d'Isere, A. Baron 574 

74 Refuge du Mont Pourri, Henri Ferrand 576 

75 Col et Auberge de Contente, Lemoinne 580 

(Dans le texte) 

10 Croquis a la plume 8, 11, 13, 14, 82, 215, 383, 385, 387, 388 

1 Caricature 341 

6 Bandeaux, 11 letlres ornees et 4 culs de lampes passim. 

5 schema* 220,231,347,479, 482 

3 Cartes : du Brec de Chambeyron 345 

du massif de Bellecote 399 

des passages des Alpes de Bernardinua Bass an us. ... 435 et 436 



Chronique alpine 



Explorations nouvellet. — En 1904. — Aiguille de la R^publique, 16-25. 
Pointes 0. du Chatelard, 32. — Pointes de Cdte Meutonnant, 33. — Mont 
l'Aliet, 34. — Pointe de Chanteloube, 84. — • Pointe du Queyre, 84. — Pic 
de Verdonne, 85.— Pointe Marie, 85. — Caucase Occidental, 85. — Mont 
Pourri, 130. — Pic de Mede, 187. — Grande Casse par la face S. E., 187. 
— Aiguille de Triolet par l'Arftte S., 238. — Aiguille Verte, 285. — Aiguille 
de Taleire, 295. — Aiguille de la Brenva, 296. — Tsanteletna, 296. — 
Aiguille de Scolette, 351. — Cretes de Mirbel et de Jasse Bralart, 351. — 
En 1905. — Grande Aiguille de Pelens, 494. — Aiguille de Pracleton, 



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Vlli TABLE DE LA CHRONIQUE ALPINE 

494. — Aiguille de Prapelet, 495. — Les Pattes, 495. — Pic des Deux 
Aigles, 539 — Sirac, 540. — Sommet Sud des Perrelles, 540. — Col du 
Santon, 541 — Pic des Agneaux, 582. — Brdche Pierre Estienne, 583. 

Nomenclature. — Massifs de la Vanoise, 34, 132, 238. 

Ascensions diverses. — D6me de Miage, 87. — Col Infranchissable, 87. — 
Col de Miage, 87. — Roc de Corps, 495. — Dans le Tirol, 496. — Glaciere 
naturelle a Chamcchaude, 496. 

Sports d'hiver. — ficole de Skis de Briancon, 62. — Ski Club de Grenoble. 
92. — Au Col des Montets, 133. — Au Glacier d'Argentiere, 133. — Au 
Col de Voza, 133. — En skis, 133. — Skis, 244. 

Nouvelles Alpines. — Alpes : Le Planet-sur-Argentieres, Chamonix, Cour- 
mayeur, Annecy, Moutiers, Vai d'lsere, Pralognan, Voreppe, Saint- 
Pierre de Chartreuse, La Pra, Grenoble, AUemont, La Grave, Le Lau- 
taret, Le Monetier-les-Bains, Mont Genevre, Briancon, Valjouffrey, La 
Berarde, Pelvoux, Vallouise, Aiguilles, Abries, Saint-Veran, Navelte C16- 
mence d'Ambel, Champoleon, Gap, Saint-fitienne de Tinee, Saint-Martin 
d'Entraunes, Saint-Martin Vesubie. — Cevennes : Aigoual. — Pyrenees : 
Saint-Lary, Campan, Gavarnie, Cauterets, Bagneres de Bigorre, Pau, 
Aragnouet, 35, 87, 136, 188, 239, 297, 352, 410, 448, 496, 542, 585. 

Guides. — Nominations, 90. — Liste generate des Guides et Porteurs 
brevetes du C. A. F., 302, 454. — Courses de Guides, 193 (V. 429). — 
Bibliotheque alpine a Pralognan, 305. — Distinctions, 454. 

Sentiers, routes et chemins de fer. — Chamonix a Martigny, 39. — Paris 
Obcrland, 39. — En traineau dans le Dauphine, 39. — Service d'automobile 
Moutiers- Pralognan, 245, 300. — L'automobile enmontagne, 299.— Nos 
voitures publiques, 300. — Service d'automobile au Col de Valgelaye, 301. 

— Funiculaire du Montenvers, 355, 503, 545. — Chemin de fer du Champ- 
saur, 355. — Route du Queyras, 356. — Services de Bagneres-de-Bigorre, 
356. — Sentier du Col du Clot des Cavales, 356, 413, 452.— Une route au 
Col de la Vanoise, 356. — Une route dans le Valjouffrey, 356.— Port de 
Baroude, 413. — Route de la Croix de Fer, 414. — Nouveau service auto- 
mobile, a Bodge, 414. — Service de voiture du Valgaudemar, 414. — 
Tramway du Mont Blanc, 415, 545. — Carte d 'excursion du P. L. M., 
415. — Passorelle d* Ardent, 452, — Sentier RacapG, 452. — Route du 
Col de l'Eclielle, 453. — Lignes de Grenoble k Veynes, 453. — Sentier 
d'Orjobet, 501. — Cars automobiles pyreneens, 502. — Cbemin de fer de 
Chamonix, 503. — Sentier de la Tournette, 545. — Sentier forestier des 
Hautes Pentes (Vercors), 545. — Route de la Viste, 586. — Chomin de 
fer de Moutiers a Bourg-Saint-Maurice, 587. — Les cablos tracteurs en 
montagne, 587. 

Refuges et hotels. — Situation du Refuge Caron, 39. — H6tcls nouveaux, 41. 

— Refuge Felix Faure, 191. — Refuge du Promontoire, 191, 301. — 
Chalet Refuse de Rabuons, 191, 301, 357. — Refuge de PAigle, 192. 

— H6tei a Peisey, 192. — Refuge Chalet du Mont Jovet, 301. — Refuge 
des Nants, 301. — Un coup de balai, 8. v. p., 301. — Hdtollerie Refuge 
du Pic du Midi, 356. — Refuge du Jardin d'Argentieres, 357. — Refuge 
du Col du Midi, 337. — Refuge du Couvercle, 357. — Refuge Vallot, 
357. — Refuge Charlet, 357. — Refuge Cezanne, 357. — Refuge du Mont 
Pourri (situation), 357. — Cambrioleurs, 358, 416, 501. — Cantine d'Or6- 
don, 415. — Lac de Montriond, 416. — Auberge a Averole, 453. — H6tel 
a Novache, 453. — Refuge Chancel, 453. — Refuge d'Arremoulit, 453 



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TABLE DE LA BIBLIOGRAPHIE IX 

— Refuge H6tol Quintino Sella, 500. — Chalet Hotel du Glandon, 501. 

— Refuge de l'Aiguille du Gouter, 544. — Nouveau Refuge au sommet 
du Mont Blanc, 544. — H6tel du Semnoz, 586. 

Sciences et arts. — Leves geodeaiques de hautes regions des Alpes Fran- 
chises (campagne geod^sique de M. Uelbronner), 42, [449], 546. — Cap- 
ture d*un gypaete barbu, 90. — Societe des peintres de montagne/91 ; expo- 
sition, 196. — Plaques ortochromatiques, 91. — La Commission de 
topographie du C. A. F„ 193. — Concours universel de photographies 
de montagne, 246, 505, 589. — Association pour l'amenagement des mon- 
tagnes,247. — Ancien cafion a Gap, 455. — Le deboisement de la Corse, 
455. — Exploration du Plan de Canjuers, 456. — Vitesse de chute de 
la neige, 197. — Reboisoment, 503. — Tremblement de terre en mon- 
tagne, 546, 588. — Jardin botanique de l'Hort Dieu, 587. — Championnat 
de l'escalier, 588. 

Notes diverges. — Distinctions, 44, 197, 359, 417. — Creation d'un refuge 
Rudolf Spannagel, 138. — Les enfants a la montagne, 249. — Conference 
sur le Dauphine en Italie, 249. — OfBce general de tourisme a Pralo- 
gnan, 358. — Un record de marche alpestre, 360. — Braconnage, 503. — 
Histoiro de chasseurs, 504. 

Accidents. — Col du Sautron, 138. — Rocher de Saint Michel d'Eau 
douce, 417. — Glacier de Bionnassay, 456. — Sikkim Himalaya, 457, 
550. 

En souvenir. — fimile Guigues, 44. — Eduard Richter, 93. — Xavier 
Drevet, 93. — Claude Turc, 93. — Pierre Roderon, 140. — Barthe- 
lemy Daniel, 360. — C. E. Mathews, 547. — Prof. Vincenzo Campanile, 
547. — J. B. Croz, 548. — Martino BaretU, 589. (V. en outre : D' Briand, 375. 

— D'Philbert, 473). 



Bibliographic 



Nouvelles bibliographiques, 44, 94, 141, 197, 418, 590. 

Revue des Periodiques. — Annuaire de la S. T. D., 45; — Zeitschrift, 141 ; — 
Butletti del Catalunya, 198; — Annuaire Ste des Touristcs Norvegiens, 
198; — Ri vista Mensile dell C. A. I., 198; — Bull. Sect. Alpes Maritimes, 
250; — Bull. Sect, de la Dr6me, 251 ; — Revue Alpine, 305. 

Outrages divers. — Le Vercors, par Henri Ferrand, 47; — Josias Simler, 
par W. A. B. Coolidge, 49; — Pyrenees, par Ardouin-Dumazet, 94; — 
Instructions pour l'execution des triangulations en haute montagne, par 
H. Vallot, 95; — Manuel de ski, par le D r W. Paulcke, 145; —Cent ans 
aux Pyrenees, par Henri Beraldi, 199; — Six mois dans les neiges, par 
A. Vincent, 252 ; -— Le Mont Cervin, par Guido Rey, 307 ; — Laboratoire 
scientifique international du Mont Rosa, par A. Mosso, 361 ; — Topo- 
graphie pratique de reconnaissance, par E. de Larminat, 362 ; — The 
Central Alps of Dauphiny, par Coolidge, Duhamel et Perrin, 418; — 
Guide pratique de i'Oisans et du Brianconnais, par H. Ferrand, 418; — 
Urner Alpen, par l'Akademischen Alpen Club, 457; — Guide du Touriste 
dans les Hautes Vosges, par la Section du C. A. F., 458; — Guida di 
Mezzolombardo, par Cesare Battisti, 458 ; — Carte de la Chalne du Mont ^ 

Blanc, par Barbey, Imfeld et Kurz, 458; — Oberland Grison Illustre, par 
Chr. Tarnuzzer et J. C. Muoth, 506; — La Speleologie au vingtieme 



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x TABLE DE LA CHRONIQUE DU C. A. F. 

sidcle, par E. A. M artel, 606; — Les Froidures graves, parle D r E. Galzin, 
553 ; — Association francaise pour l'avance merit des Sciences, Congres 
de Grenoble, 553; — Bibliographic generate annuelle... de Geographic, 
par Louis Raveneau, 554; — Alpen Kalenders, par M. Wundt, 554; — 
Alpine Gems, 554. 
Livres et Articles, 51, 97, 145, 201, 253, 309, 364, 419, 459, 508, 554, 590. 



M6t6orologie 



Gcntralitts, 55. 

Lemoit .Decembre 1904, 57; Janvier 1905, 101; Fevrier, 149; Mars, 203; 
Avril, 256; Mai, 313; Juin, 366; Juillot, 422; Aout, 461 ; Septembre, 511; 
Oclobre, 551 ; Novembre, 551 ; Decembre, 594. 

Phenomena glaciaires, 552. 

Chronique du C. A. F. 

Direction Cenlrale ; Seances : 11 Janvier, 102; 1" Fevrier, 105; !•' Mars, 
150; 5 Avril, 204 ; 3 Mai, 257; 7 Juin, 314; 5 Juillet, 368; 11 Octobre, 512; 
8 Novembre, 558; 6 Decembre, 595. 

M. tmile Loubet et Vceuvre du C. A.F., 463. 

Commissions : Caravanes scolaires, 205, 559, 562; — circulaire ministerielle, 
597; — rapport g6neral, 598. 

— Travaux en montagne et guides, 205. 

Assemblies generates : annuelle : Annonce, 151, 259; extraordinaire, 464. 

Rapport annuel sur 1904, par M. Paul Matter, 316. 

Banquet annuel : annonce, 151 ; — compte rendu, 263, 327 ; — annonce 
dc 1906, 596. 

Congres : Tunisie, programme, 106, 151; — compte rendu, 370. — Vosges, 
annonce, 265, 327 ; — oompte rendu, 464. — du Club Alpin Suisse, 561. 

Exposition de V Automobile et des Sports, 563, 596. 

Chronique des Sections du C. A. F. : Alpes Maritimes, 152, $66, 328, 423; 
— Bagneres-de-Bigorre, 152, 374; — Briaocon, 470; — Canigou, 375, 427, 
514 ; — Caroux, 107; — Corse, 206, 563; — Cote d'Or et Morvan, 206; — 
D61e, 375; — Dr6me, 515; — Embrun, 207, 376, 600; — Forez, 207; — 
Isere, 58, 153, 207, 266, 377, 470, 516, 563, 600; — Leman, 517 ; — Lons- 
le-Saulnier, 59; — Lot et Padirac, 380; — Maurienne,518; — Mont Blanc, 
208; — Nord, 328, 470; — Paris, 60, 107, 154, 266, 267, 330, 377, 380, 519, 
600; — Provence, 108, 268; — Sud Ouest, 155; — Tarbes, 156, 472; — 
Tarentaise, 428, 473; — Vosgienne, 209, 379; Hautes Vosges, 153, 266. 

Renseignements et projets ^excursions, 332. 

Listes dss membra nouvellement admit, 209, 474, 564. 



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Index alphabdtique 



Nous donnons dans ctt index tous les noms giographiques dont la mention 
pent presenter un intMl de recherche. Nout avont omit la mention riiterie 
d'un nom presents' plusieurs foit dans le mime article, ee qui, au lieu de foci- 
liter la consultation, Veut, en rAaliU, compliqute. De mime, pour nepas grossir 
outre mesure notre index, nous avons omis les noms die's dans la Mitioro- 
logie et dans la Bibliographie : pour cette derniire on devra recourir aux 
tables des outrages eux~m6mes. 

Les noma de iieux se rapportant a des illustrations sont indiques en ita- 
liqus. 

Nous avons mis en petite* capitales les noms de pbrsonnes, mais nous 
avons du nous limiter aux articles, illustrations, courses nouvelles, distinc- 
tions, accidents, necrologie. 

Les noms communs du voeabulaire giographique sont mis entre parentheses 
en seconde ligne et ne doivent pas tire cherchis dans Vordre alphabitique : 
nous avons etendu cette rigle aux cols, aux massifs, etc., car cela prisente 
Vavantage do mettre le nom du col pris de celui de la pointe et de riunir 
les termes giographiques de la mime region a c6ti les uns des autres. 

N.-B. — Nous avons donne avant le chiffre de la pagination le numero- 
tage du tome en caractere romain, afin de faciliter le decoupage de la 
table, le collage sur flches et le clasaement ulterieur des annees di verses. 



Abiioud, I, 188. 

Adour (Vallee du Haut), I, 374. 
Agneaux (Pic des), I, 546, 582. 
Agnel (Refuge du Col), I, 358. 
Agnellino (Brie dell), I, 499. 
Aigle (Refuge de 1'), 1, 192. 
Aigooal (1*), I, 587. 
Aiouebelle (Paul d'), I, 83. 
Aiguille (Mont), 1, 153. 
Aiguille (Refuge de 1*), I, 600. 
Aiguille (Refuge de V), I, 538. 
Aiguilles (Plan des ou de 1'), I, 19, 

539. 
Ailefroido (V), I, 446. 
Albula (1*), I, 529. 
Alibek (Glacier d'), I, 85. 
Alienard (!'), 1, 59. 



Aliet (Mont 1' ou de 1'), I, 34, 398, 

406. 
Aliet (Col de 1'), I, 898, 406. 
Allanz (Breche d'), I, 155, 440. 
Alios (Col d'), 1,301. 
Alpes (Basses), I, 491. 
Alpes calcaires (les), I, 490. 
Alpes centrales, I, 173. 
Alpes occidentals, 1, 173. 
Alpes (Passage des) [earte], I, 435. 
Alsace (Ballon d'), I, 467. 
Ambin (Dent O. d') [Aiguillo de Sa- 

▼ine], I, 589. 
Ancby (J.), 1, 351. 
Andes (les), I, 175, 490. 
Aneto (Pie d f ), 1, 78. 
Annecy (feuille d*), I, 220. 



s 



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XII 



INDEX ALPHAB1STIQUE 



Anniviers (Val d'), 1, 379, 522. 
Aoste (Val d'), 1, 280, 434. 
Apennins (les), I, 281. 
Apennins de Toscane, I, 492. 
Arc (Col de 1'), I, 545. 
Arc(Valieedel'),I, 434. 
Ardent (Cascade d'), I, 452. 
Ardent (Passerelle d*), I, 517. 
Ardiden (Massif de V), I. 163. 
Argentera (1'), 1, 492. 
Argentera (Massif de 1'), I, 504. 
Argentiere (Col d*), I, 220. 
Argentiere (Col de 1'), I, 435. 
Argentiere (Aiguille d'), I, 227. 
Argentiere (Glacierd*), 1,133, 222,240. 
Argentine (Glacier d'), I, 226. 
Argentiere (Glacier de 1'), I, 576. 
Argentiere (Jardin d'), I, 357. 
Arlberg (1'), I, 529. 
Arolle (Chalets de V), I, 36. 
Arpeiroof (1'), I, 545. 
Arpette (Aiguilles d'), I, 588. 
Arpont (Glacier de 1'), I, 378. 
Arremoulit (Refuge d'), I, 453. 
Arves (Aiguille Centrale d'), I, 153. 
Arves (Aiguille Meridionale d*), I, 

153,411,449. 
Arves (Massif des), I, 42. 
Arzelier (Col de T), I, 377. 
Astazou (1*), I, 439, 441. 
Aspin Arreau (Col d'), I, 356. 
Astazou (Glacier du Grand), I, 444. 
Astazou (le Petit), I, 444. 
Astazou (Pic d*), I, 440. 
AG (Mont), I, 589. 
Aubert (Col d'), I, 155. 
Austerdalsbrre (1'), I, 338. 
Australie tropicale, 1, 490. 
Aution (1'), I, 491. 
Averole, 1, 453. 
Aydat (lac d'), I, 267. 
Aygues Cluse6(Pic d*), I, 412. 
Azun (Vallee d'), I, 68. 

Bachassons (Col des), I, 207. 
Bagenelles (Col de), I, 466. 
Bagnes (Val de), I, 379. 
Balatg (Maison forestiere de), 1, 429. 
Balescure (Soum de), I, 472. 
Ballandaz (Gorges de), 1, 60. 
Ballif Yiso (Refuge), I, 358. 
Balmain (V.), I, 351. 



Balme (Col de), I, 36, 39, 189. 

Balmo (la), I, 572. 

Balmette (Col de la), I, 43, 352. 

Bannettes (les), I, 241. 

Baracuchet (le), I, 600. 

Baralb (L.), I, 589. 

Barane (Pic de), I, 162. 

Barbat (Grand), 1, 472. 

Baretti (Colle), I, 589. 

Baron (A.), I, 581. 

Baroz (Joseph), I, 539. 

Barroude (Port de), I, 413. 

Bartes (Pas des), I, 207. 

Bartlbtt (W. H.), I, 294. 

Bassanus (Bernardinus), I, 447. 

Baton Wicks, I, 20. 

Baton (Col de), I, 578. 

Baudean, 1, 162. 

Baume (L.), I, 565-577. 

Bayard (Col), I, 360. 

Bayssellance (Refuge), 1, 155. 

Bazus et Guchan (Montagnes de), 

I, 451. 
Beaujard (H. E ), I, 17-25, 539. 
Becker (Henri), I, 526. 
Becqui Rouge, I, 408. 
Bedat (le), 1, 153. 
Bedoin [le Ventoux], I, 504. 
Belalakaya (Sommet), I, 86. 
Belle Cote (la), 1, 400. 
Belle C6te (Massif de), I, 34, 408. 
Bellecdte (Massif de), I, 390. 
Bellec6te (Sommet de), T, 400. 
Belledonne (Col de), I, 352. 
Beiledonne (Grand Pic de), I, 43. 
Belledonne (Grotte tflaciaire), I, 578. 
Belledonne (Massif de), I, 42. 
Belledonne (Trois Pics de), I, 351. 
Belleface (Mont), I, 221. 
Bellentre (Mont), I, 392. 
Belle Sayette (Pic de la), I, 412. 
Bellevarde (Rochers de), I, 123, 127. 
Bellevue, I, 544. 
Belloc (Emile), I, 95. 
Bel Pre (Chalets de), I, 36. 
Belvedere (le), I, 360. 
Beranger (Aiguille de), I, 68, 70. 
Berarde (La), 1, 536. 
Berarde (la) [en 1860], I, 381-389. 
Berlioo (Mont), I, 491. 
Bernard (Hippolyte), I, 494, 495. 
Bernier (Mont), I, 392. 



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INDEX ALPHAB^TIQUE 



XIII 



Bernina (la), I, 529. 
Berret (Paul), I, 109-119. 
Bertier (M.), I, 237. 
Bessanese (la), I, 516, 589. 
BesBans, I, 32, 60. 
Bevera(la), I, 491. 
Biaisse (la), I, 377. 
Bianca (ia Testa), I, 549. 
Biche (Pas de la), I, 335. 
Bignone (Moat), I, 491. 
Bionnassay (Aiguille de), I, 67-80. 
Bionnassay (Glacier de), I, 456. 
Blamont (Roche de), I, 407. 
Blanc (Auguste), I, 130. 
Blanc (Col du Glacier), I. 549. 
Blanc (Glacier), I, 40, 207. 
Blanc (Glacier), I, 212. 
Blanc (Glacier du Nant), I, 295. 
Blanc (Jean Marie), 1, 130. 
Blanc (Massif du Mont), 1, 196. 
Blanc (Mont), 67, 170, 222, 223, 297, 

479, 497; carte de Mieulet, I, 217- 

232 ; histoire, 1, 81, 269 ; tramway, 

I, 415, 545. 
Blanc (Mont), de Belle Cote ou de 

Peisey, I, 34, 398. 
Blanc (Pierre), I, 296. 
Blanc (Roc), 1, 122, 398. 
Blanc (Roc du Mont), I, 408. 
Blanc (Rocber), des Sept Laux, I, 

42, 43. 
Blanche (Allee), I, 228. 
Blanche (Dent), I, 480, 549. 
Blanche (Glacier de 1' Allee), I, 71. 
Blazbr (Lieutenant-Colonel P.), I, 

342-349. 
Blonniere (Col de la), I, 10. 
Bluffy (Col de), I, 8. 
Boaira (Col de la), I, 491. 
Bonhomme (Col du), I, 67. 
Bonhomme (Croix du), 1, 67. 
Bonnant (Torrent du), I, 29. 
Bonneval-sur-Arc, I, 60. 
Bonneville (la bonne viile), I, 274. 
Bonvoisin (Combe de), I, 84. 
Borant (Nant), I, 68. 
Bormida (la), I, 492. 
Borne Q&), I, 446. 
Bossons (Glacier des), 1, 170. 
Bossons (Hameau des), I, 7. 
Bouchiers (Crete des), 1, 84. 
Boulon (Gorges du), I, 108. 



Bourg d'Oisans (le), I, 382. 

Bourgeois (R.), I, 96. 

Bourg-Saint-Maurice, I, 567. 

Bourountask (Col), I, 86. 

Bourret, I, 219. 

Boyoure (Precipice de la), I, 467. 

Bozel, I, 60. 

Bradby (E. H. F.), I, 238, 295, 

296. 
Bralart (Crete de Jasse), I, 351. 
Bramanette (Combe de), J, 33. 
Bramanette (Pointe de), I, 33. 
Brasque (Granges de la), I, 491. 
Bradlt (Alexandre), I, 521-525. 
Bregeault (Julien), 1, 237, 269-290. 
Breithorn (le), I, 480. 
Brenner (le), I, 435. 
Brenva (Aiguille de la), I, 296, 352; 

— parleN. O., 296. 
Brenva (Col de la), I, 79. 
Brenva (Pic de la), I, 296. 
Brevent (le), I, 226. 
Brevieres (les), 1, 130, 572. 
Brezouard (le), I, 466. 
Briand (D r ), I, 375. 
Brossb (Lee), I, 409, 494. 
Brouillard (Arete du), I, 72. 
Brouillard (Mont), I, 589. 
Brulle (Henri), I, 439, 447. 
Budden (Pointe N.), I, 589. 
Buet (le), 1, 189. 
Burnat (Cime), I, 451. 
By (Col de), I, 549. 

Cabaliros (le), I, 581 . 
Cambasque (Vail on du), I, 472. 
Cambieilh (Col du), 1, 155. 
Campanile (Vincenzo), I, 547. 
Canigou (Championnat du), I, 193, 

429-433. 
Canigou (Cirque du), I, 430. 
Canigou (Pic du), I, 429. 
Canjuers (Plan de), I, 456. 
Canzio (Ettore), I, 295. 
Caron (Refuge), I, 39. 
Carpathes (les), 1, 490. 
Carre (Pic), I. 295. 
Carree (Tete), I, 589. 
Carrelet (Refuge du), I, 294. 
Carro (Col du), I, 432. 
Carro (Cime du), I, 432. 
Carro (Six), I, 588. 



S 



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INDEX ALPIIABlSTIQUE 



Casse (Grande), I, 75,153;— face 

S.E.,187. 
Casse (Grande), I, 120. 
Casse (Col de la Grande), I, 378. 
Casset (Refugo du), I, 545. 
Casteil, I, 429. 
Castelet (Pont du), I, 342. 
Casteil ane (feuillo de), I, 220. 
Castets, I, 155. 
Castor, I, 480, 548. 
Caucase (le), 1, 175,v490. 
Cavales (Col du Clot des), 1, 153, 242 ; 

— [Sentier du], 356, 413, 452. 
Cayla (D f ), I, 204. 

Cenis (Mont), I, 60. 

Cenis (Col du Mont), I, 434. 

Ceresole (Punta di), I, 589. 

Cerf (Cornes de), 1, 18. 

Cervin (le), 1, 176 ; — [aretes], 1, 478 ; 

— [Arete de Z'mutt], 477-489. 
Cervin (le) [face N.], I, 476. 
Cervin (le), I, 482. 

Cervin (le) [sommet Suisse], I, 488. 
Cervin (Glacier du), I, 480. 
Cervin (Massif du), I, 524. 
Cesare (Baize di), I, 501. 
Cessolb (V. de), I, 350, 494, 495. 
Cezanne (Refuge), I, 353, 357. 
Cizanne (Refuge), I, 32. 
Chaborneau (Combe de), I, 85. 
Chile (Col de la), 1, 576. 
Challanches (Montagne des), I, 43. 
Challier, I, 237. 
Chanibery (feuille de), I, 220. 
Charabeyron (Aiguille de), I, 343. 
Chambeyron (Brec de), I, 153, 342- 

349. 
Chambeyron (Brec de), I, 342, 346. 
Chamechaude, I, 76. 
Chamechaude (Crevasse de), I, 578. 
Charaonix (Conquete de), I, 269-290. 
Chamonix (Vallee de), I, 268. 
Chamony, Chamougny, Chamouni 

ou Ghamouny, I, 276, 283, 284. 
Chamounin (Colle), I, 589. 
Chamouny (Carte et vue), I, 274. 
Champ (Glacier de Plan), I, 572. 
Champagny (Vallee de), I, 378. 
Champet (Cascade du), I, 569. 
Champet (Hameau du), I, 569. 
Charapgaur (Chemin de fer du), 1, 355. 
Chamrousse (Croix de), I, 43. 



Chamrousso (Sommet de), I, 59, 

334. 
Chancel (Refuge), 1, 453. 
Chanoux (abbe), I, 359. 
Chantabot, I, 335. 
Chanteloube (Combe de), I, 84. 
Chanteloube (Pointe de), I, 84. 
Chante Perdrix (Col de), I, 538. 
Chapeau (le), I, 220. 
Chapieux (les), I, 67. 
Chapuy (Chalet), 1, 10. 
Charde's (Pointe des), I, 408. 
Chardonnet (le), I, 227. 
Charlanoz, 1, 220. 
Charlet (Refuge), I, 857. 
Charmette (la), I, 337. 
Charmoz (les), I, 225. 
Charmoz (les), I, 286. 
Charmoz (Col des), I, 448. 
Charmoz (Grands), 1, 16. 
Charmoz (Grands), 1, 16. 
Charmoz (Pic des), I, 278. 
Char vet (Col du), 1, 123, 127. 
Charvet (Combe du), I, lit. 
Charvet (Mont), I, 221. 
Charvot (Rocher du), 1, 123, 127. 
Chasseforet (D6me de), I, 878. 
Chasseforet (Glacier de), I, 378. 
Chat (Mont du), I, 220. 
Chateau de Blair, I, 287. 
Chatelard (Hameau du)[Tarentaite], 

I, 577. 
Chatelard (Pointe O. du), I, 32. 
Chavants (les), I, 220. 
Cbevrant (Paul), 1, 510. 
Chevres (Roche des), J, 408. 
Chiaupe (Col de la), I, 401. 
Chine meridionale (Massifs de la), 

I, 490. 
Chippis, J, 522. 
Chorges (Aiguilles de), I, 207. 
Ciamarella (la), I, 516. 
Ciamarella (la), I, 516. 
Ciusalet (Mont), I, 589. 
Clapier (Mont), I, 354. 
Clavel, I, 296. 
Clous (Ruisseaudes), I, 572. 
Cluses, I, 275. 
Coche (Col do la), I, 297. 
Col (Grand), I, 576. 
Col (Refuge du Grand), 1, 130. 
Col (Rocher du), 1, 122, 123. 



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INDEX ALPHABtiTIQUE 



xv 



Colon (Cime de), 1, 43. 

Colour del Porco (Col del), I, 500. 

Comberousse (Col de), 1, 59. 

Comolo-Formo (le), I, 439. 

CornaGon (le), I, 545. 

Contenle (Auberge de), I, 580. 

Contente (Col de), I, 580. 

Cooudgb (W.-A.-B.), I. 44, 8i, 120- 

128, 197, 390-408, 526. 
Corps (Col de), I, 495. 
Corps (Roc de), I, 495. 
Corridor (le), 1, 79. 
Corridors (Col des), I, 382. 
Corlalcts (Chal-t des), I, 375, 429. 
Cortalels (chalet des), I, 430. 
Cole (Mur de la), I. 79. 
Couleurs (Lac des Neuf)» '» 343. 
Coumalia (le), 1, 352. 
Coupeau (Hameau de), 1, 158. 
Courmajeux [Courmayeur], I, 280; 
Courlet (Tour dee), I, 225. 
Coutant(Foretdu Mont), 1, 158. 
Couvercie (Refuge du), I, 357. 
Croix de Fer (Route de la), I, 414. 
Croix Haute (Col de la), 1, 37. 
Crolard (F.) f 1, 6, 294. 
Cros (D'), I, 429-433. 
Cros de 1'AI (Combe du), I, 494. 
Croz (Jean-Baptiste), I, 548. 
Crozet (Lac), I, 241. 
Cruet (le Nant), 1,571. 
Cugnons (Lac des), I, 588. 
Cul du Nant (Glacier du), I, 400, 

403. 
Cuppiera (Col de la), I, 343. 
Ccrion (Henri), I, 439-446. 
Cuyemia (Cabano de), 1, 163. 
Cylindre (le), 1, 163. 

Daille (Hameau de la), I, 137. 
Dames Anglais 09 (les), I, 449. 
Dames (Plan des), 1, 68. 
Damevin, 1, 187. 
Daniel (Barthelemy), I, 360. 
Dauphin6 (Alpes du), 1, 172. 
Dauphine occidental, I, 490. 
Dbplassb (E.) f It 541. 
Deserte (Col de la Casse), I, 353. 
Deux Aigles(Col des), 1, 539. 
Deux Aigles (Pic des), I, 539. 
Devillaz (Ed.), I, 351. 
Diablo (Cime du), I, 492. 



Diablo (Pont du), I, 383. 

Diable (Pont du), pros Saint-Ger- 

vais, I, 29. 
Dibhl (E.), 1,199,293. 
Dingy, 1,8. 

Dingy-Saint-Clair, I, 8. 
Djalovtchat (le), 1, 86. 
Djessara (Col), I, 86. 
Dodero, I, 495. 
Dolent (Mont), I, 221. 
Dorabal Ulgen (Col), I, 86. 
D6me (Glacier du), 1, 75. 
Dome (Moots), 1, 267. 
D6roe (Puy de), I, 267. 
Domene (Grande Lance de), I, 43, 

352. 
Donon (Grand), I, 466. 
Doravidi Sud, I, 548. 
Dorc (Monts), I, 267. 
Draguignan (feuille de), I, 220. 
Drevet (Xavier), I, 93. 
Dru (les), I, 478, 546. 
Dru(les), 1,286. 
Drumont (le), I. 467. 
Duhamel (Henri), I, 35, 81, 239, 

43M38, 536-538. 
Duhamel (Louis), I, 540. 
Durance (Bassin de la), 1, 490. 
Durand (Col), I, 548. 
Dcrand 'H.), I, 67-80, 87. 
Durier (Refuge), 1, 67, 87. 
Ddvernoy (D'), I, 588. 

tiboulement (Aiguille de 1'), I, 547. 
Echailloo (V) [Tarentaise], I, 571. 
fichelle (Col de Y) [Route], I, 453. 
tichereau (Rocher de V), I, 408. 
Echioes (les), I. 407. 
Ecrins (Barre des), I, 536, 546, 549. 
Serins (les), 1, 212. 
Ecrins (Col des), I, 39. 
ticureuil (Plan de 1'), 1, 11. 
Ecurio (Chalet de 1'), 1, 403. 
Eiger (I'), 1, 587. 
Eigerjoch (1'), 1, 548. 
Kismcer (station), I, 587. 
Elbrouz (V), I, 86. 
iimile Pic (Col), I, 546. 
Emilius (Mont), I, 549. 
Eminet (J.), I, 32, 33. 
Encantados (Aiguille orientale des), 
I, 439. 



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XVI 



INDEX ALPHABtiTIQUE 



Enfer(Puyd*), 1,267. 
Enfer (Roc d'), I, 209. 
Engilbergk (J. P.), I, 85, 582, 583. 
Entre deux Aigues, I, 34. 
Entre deux Eaux, I, 60. 
Esgarra (J), I, 294, 409. 
Estaube (Cirque d'), I, 441. 
Estazou (Cirque d'), I, 348. 
Estienne (Eugene), I, 84, 85, 582, 

583. 
tftendard (T), I, 43. 
tftiache (Vallee d'), I, 33. 
Etrdt (Colle Grand) [N.] f I, 589. 
Evariite Chancel (Refuge), I, 236. 
Eve ties (Bassin des), I, 517. 

Falta (Col de la), I, 58. 

Fang, I, 522. 

Fare (Refuge de la), I, 43. 

Faurio (Col de Roche), I, 40. 

Faurio (Roche), I, 39. 

Felikjoch (le), 1, 548. 

Ftfix Faure (Refuge), I, 191, 358. 

Ftlix Faure (Refuge), I, 148. 

Femme du Midi (la), I, 393. 

Fehrand (Henri), 1, 129, 447, 581. 

Ferrand (le), 1, 58. 

Ferrand (Puy), I, 267. 

Ferret (Col), I, 221. 

FMoules (T6te dee), 1,536. 

Fifre (le), I, 547. 

Finale Marina, I, 492. 

Finsteraarhorn (le), I, 548. 

Finstermunz, I, 529. 

Fischer (D'), I, 85. 

Flahault (Ch.), *» 165-184. 

Flambeau (Petit), I, 222. 

Flusin (G.), I, 6, 40, 495, 578-580. 

Fond (Combe du), I, 33. 

Fond (Glacier du), I, 572. 

Fond (Granges du), 1, 351. 

Fontanalba (Val de), I, 491. 

Font-Gaillarde, 1, 33. 

Forciao (BrSches du), I, 494. 

Forclaz de Montmin (Col de la), I, 

545. 
Forno (Glacier de), I, 360. 
Fortune (Rocher de la), legende, I, 

157-161. 
Fouillet (Pas du), I, 207. 
Fouillouze (Val de), I, 342. 
Fours (Aux), I, 121. 



Freissinieres (Valine de), I, 376. 

Frene (Pic du), I, 42, 43. 

Fresse (Colde), 1, 122, 427, 137, 541. 

Fresse (Pointe de), I, 123. 

Fretes (Croix des), I, 394. 

Frette (Col de), I. 400. 

Frettes (Col des), I, 395. 

Freydane (Lac Blanc de), I, 242. 

Froide (Fontaine), I, 403. 

Fromage (Rocher du), I, 43. 

Fronte (Mont), I, 491. 

Fuchs, I, 456. 

Furggen (Glacier de), I, 480. 

Furkra (la), I, 435. 

Furren Alp (la), I, 562. 

Gabietou (le), 1,163. 

GaUlands (Chapelle des), I, 158. 

Gaillard (E.), 1, 187, 351, 541. 

Galetau (Cime de), I, 43. 

Galetaux (les), 1, 136. 

Galise (Col de la), I. 121. 

Gastaldi (Chalet H6tel), I, 516. 

Gaube (Breche de), I, 440, 443. 

Gaube (Lac de), I, 520. 

Gavarnie (Cirque de), I, 439. 

Gavarnie (Cirque de), I, 348. 

Gavarnie (Observatoire de), I, 156, 

Gay (Punta di), I, 589. 

Geant (Aiguille du), I, 19, 352. 

Geant (Aiguille du) % I, 286. 

Geant (Col du), I, 19, 153, 222,280. 

Geant (Glacier du), I, 222. 

Gelas (Cime des). I, 298, 354. 

Gele (Mont), I, 549. 

Genepy (Pointe du) [Bellecote], I, 

127. 
Genepy (Pointe du) [Ghampex], I, 

588. 
Genepy (Rochers de) [Sana], 1, 122, 

541. 
Genet (Pas de), I, 398, 405. 
Genet(Vallonde),I.405. 
Genevre (Col du Mont), 1, 435. 
Geremblanc (Val de), I, 472. 
Gex (A.), I, 157-161. 
Giettaz (la), Beaufort, I, 67. 
Giletta (J.), I, 409. 
Gippiera (Col de la), I, 343. 
Girose (Glacier de la), 1, 384. 
Glacier (Col du Grand), I, 59. 
Glacieres (les), Chamonix, 1, 270. 



X 



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INDEX ALPHABfiTIQUE 



XVII 



Glaciers (Aiguille des), I, 71. 
Glandon (Chalet Hdtel du), I, 501, 

518. 
Glandon (Refuge du), I, 184. 
Gleckstein (Gabane du), I, 587. 
Glidre (Pointe de la), 1, 153. 
Godbfrot (R.), I, 32, 33. 
Goleon (Aiguille deoudu), I, 42,43. 
Goletta (Col de la), I, 549. 
Golliaz (Grand), I, 221, 589. 
Goudes (Rocher des), 1, 417. 
Gouirao (Arete do), I, 540. 
Goujbt (J), I, 186. 
Gouter(D6modu), I, 67, 334. 
Goater (Refuge de l'Aiguille du), I, 

544. 
Grandu (Pre), I, 515. 
Granoo (Col de), I, 543. 
Grassa (Chalet de la), I, 405. 
Grassa (Pas de la), I, 398. 
Grepon (le), I, 19, 352, 410. 
Gr6pon (Col du), I, 448. 
Greppu (le), I, 335. 
Grisanche (le Val), I, 57tf. 
Grise (Aiguille), de Helle-C6to, I, 34. 
Grises (Aiguilles), I, 77, 497. 
Gros Coissy (Pic), I, 43. 
Gros Jean (Col de), 1, 153. 
Guery (Lac de), 1,267. 

GuGLIBlMINA (G. P.), I, 295. 
GtJGLlBRMINA (S. B.), I, 295. 

Guigues (timile), I, 44. 

GOILLBMIN (P.), I, 583. 

Guin (Becca di), 1, 589. 
Gurre (Glacier S de la), I, 131. 
Gurre (Glacier N. do la), I, 130, 571. 
Gypiera (Col de la), I, 343. 
Gypiera (Cirque de la), I, 343. 

Hautacam (le), I. 472. 
Haul Dauphine, I, 536. 
Haut de Pelza (le), I, 467. 
HautdeMontmin(Chaletder), 1,545. 
Hautes Chaumes (les), 1, 466. 
Hautes Pentes (Sentier forestier des) 

[Vercors], 1, 545. 
Helbronneb (P.), I, 44, 539, 546, 

582,583. 
Herens (Col d'), I, 480. 
Herens (Dent d'), I, 480, 487. 
Herens (Val d*), I, 379. 
Heron (Granges de), 1, 162. 



Herpie (D, I, 377. 

Himalaya (1*), I, 490. 

Himalaya (le haut), 1, 175. 

Hippolyte Pic (Roche), I, 39. 

Hohneck (le), I, 466. 

HOnli (Arete du), 1,481. 

H6pital (Rocher de 1'), 1, 43. 

Hornli Hfltte, I, 469. 

Hort de Dieu (Jardin botanique), 

I, 587. 
Hount (Clot de la), I, 439. 
Hourc (le), 1, 153. 

llheou (Col d'), I, 472. 
lnfernay (Col du Petit), I, 59. 
lofranchissable (Col), I, 71, 87. 
Inn (Vallee de 1'), 1, 173. 
Isaby (Vallon d'), I, 162. 
Iseran (Col de 1'), 1, 60, 352. 
Iserand, lseraot ou isseran, I, 395. 
Isire (Gorges de Val d'), I, 574. 
lserc (Gorges de T), I, 568. 
Isere (Haute), I, 565-577. 
Izoard (Refuge du Col), I, 338. 

Janssen (Refuge), I, 544. 

Jardin (le), I, 222. 

Jarjatte (Vallee de la), I, 495. 

Jaune (Roche), I, 407. 

Jazzi (Cima di), 1. 59, 153. 

Joannb (Paul), I, 417. 

Joli (Mont), I, 69. 

Joly (Col du), I, 190. 

Jorasses (Grandes), I, 224, 286. 

Jossi Jbune (Ch.), I, 85. 

Jostedalsbrse (le), I, 338. 

Jou (Col de), I, 429. 

Jovet(Mont), 1, 68, 390. 

Jovet (Plan), I, 68. 

Jovet (Refuge chalet du Mont), I, 

301. 
Jumeau Est de Chaillol, 1, 153. 
Jungfraujoch (station), I, 587. 
Jura (le), I, 490. 

Kancheojunga (le), I, 457, 550. 
Kanchenjunga (le), I, 550. 
Kemberg (Roche du), I, 466. 
Kbrn (J. E.), I, 493. 
Kibisha (Glacier), I, 87. 
Kloukhor (Col), I, 86. 
Kruppenfels (Rochers de), I, 466. 



f' 



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XVIII 



INDEX ALPHABtfTIQUE 



Kuru-tau (le), I, 87. 



Labby (Col de), I, 378. 

Labouche (freres), I, 447. 

Lac (Col du Bee du), I, 548. 

Lac (Plan du), I, 536. 

Lac (Roche du), I, 407, 408. 

Lacroix (Refuge du Col), I, 358. 

Lacroix (Roche), I, 428. 

Lachat (Mont), I, 220. 

Lamartine (Pic), I, 352. 

Lamot (Pointe), I, 589. 

Lampugnani (G.), I, 295. 

Lancebranlette, I, 577. 

Lances (Col des), I, 352. 

Lanchatra (Pisse de), I, 536. 

Lanfont, I, 8. 

Lanfont (Dents de), I, 7. 

Lans (Alpe du Mont de), I, 377, 537. 

Lans (Col de VA Ipe du Mont de), 1, 156. 

Lanslebourg, 1, 434. 

Lara Nord (Sommet de), [Laura- 

noure], I, 536. 
Lascours (Som de), 1, 162. 
Las Maitz (Forit de), I, 538. 
Lasse (Col de la), I, 395. 
Lauranoure (Panorama de la CimeE. 

de), I, 536. 
Lauranoure (Tote de), I, 536-538. 
Lautaret (le), I, 39, 86. 
Lauvitel (le), I, 377. 
Lauze (Col de la), I, 353. 
Lavey (Vallon de La), I, 536. 
Lecarme (Jean), I, 237. 
Leehaud (Mont), I, 221. 
Ledormedr (6.), I, 162-164. 
Leisse (Col de la), J, 120, 394, 397, 

541. 
Leisse (Vallon de la), I, 120. 
Leisse (Vallon de la), 1, 120. 
Leisse Dessus (Pas de), I, 122, 123. 
Lemoinnb (Lieutenant), I, 186, 538, 

581. 
Lera (Pointe), I, 589. 
Leschaux (Glacier de), I, 222. 
Lesponne (Vallee de), I, 162. 
Levanna Occidental y I, 432. 
Leveque, I, 296. 
Leviste (Som de), 1, 162. 
Leviste (le), I, 473. 
Leoiste (Massif du), I, 164. 
Licone (Tete de), I, 221. 



Lignet (Col de), I, 339. 

Lignin (Col de), I, 339. 

Liguriennes (Alpes), I, 490, 491. 

Lion (Arete du), I, 487. 

Lognan (Hutel de), I, 41. 

Long (Lac), I, 343. 

Long (Pic), I, 439. 

Longe C6te (Signal de), I, 33. 

Longet (Lac), I, 136. 

Longis (Denis), I, 84. 

Lort (Pierre), I, 493, 578-580. 

Loubet (fimile), I, 463. 

Loup du Yal Champoleon (Col du), 

1,84. 
Lourde-Rocheblavb, I, 350, 493. 
Lourde-Rocheblave (Refuge), I, 155. 
Lourde-Rocheblave (Refuge), I, 350. 
Lukraanier (le), I, 435. 
Lunella (Pointe), I, 589. 
Lus (Aiguille de), I, 495. 
Lus-la-Croix- Haute, I, 92. 
Lysjoch (le), I, 548. 
Ly8kamm (le), I, 480. 

Mader (F.), I, 490-493. 

Madre di Dio (Chalnon de la), I, 

504. 
Maira (la), I, 342. 
Maladetta (Pic du Milieu de la), I, 

439. 
Malaisie (la), I, 490. 
Malissard (Lance de), I, 377. 
Mallet (Mont), I, 24. 
Maose (Refuge du Col de), I, 358. 
Marbore (le), I, 163, 439. 
Marbort (le), I, 348. 
Mariailles (Maison forestiere de), I, 

429. 
Mariande (la), I, 536. 
Marie (Pointe), I, 85. 
Marinet (Arete et Glacier du), I, 

153. 
Maritimes (Alpes), I, 490. 
Martel (Pierre), I, 294. 
Martin (Col de 1'Alp), I, 84. 
Martio (Granges), 1, 130. 
Martin (Victor), I, 417. 
Marx (L.), I, 129. 
Mas de la Grave (Pic du), I, 43. 
Masures (Hameau des), I, 570. 
Mathews (C. E.), I, 547. 
Mathieu (Joseph), I, 409. 



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INDEX ALPHABETIQUE 



XIX 



Matter (Paul), I, 327. 
Matterhorn (le), I, 479. 
MaUo (Mont), I, 492. 
Maudites (Montagnos), I, 290. 
Maurienne (cols de la), en 1667, I, 

81. 
Maurin, I, 343. 
Mayou (E$ian) % I, 82. 
Mean-Martin (Massif de), I, 32. 
Meanmartin (Pointe de), 1, 122. 
Mbck (Alexandre de), I, 85. 
Mede (Pic de), I, 187. 
Meije, I, 153, 449, 537. 
Meije (Breche de la), I, 153, 547. 
Meije Centrale, I, 382. 
Meije Occidental e, I, 384 ; [cime], 386. 
Menue (Pierre) [Aiguille de Scolette], 

I, 589. 
Menthon (Col de), J, 8. 
Mer de Glace, I, 17, 225, 278. 
Mer de Glace, I, 272, 286, 288. 
Mercuel (Torrent de), I, 575. 
Merlet (Massif de), 1, 159. 
Merlou (Lac), I, 357. 
Mbttribr (H.), 1, 34, 84, 85, 130, 526. 
Meutonnant ( Pointe s de Cote), 1, 33. 
Miage (Aiguille du), I, 224. 
Miage (Col de), I, 73, 87, 223. 
Miage (Dome de), I, 67, 87, 220. 
Miage (Glacier de), I, 71 . 
Miage Nord (Glacier de), I, 69. 
Michard (R.), I, 33. 
Midi (Aiguille du). I, 398. 
Midi (Col du) [Refuge du], I, 357. 
Midi (Dent du), I, 523. 
Midi d'Arrens (Pic du), I, 472. 
Midi de Bellecdte (Aiguille du), I, 

404. 
Midi de Bellecdte (Col du), I, 400. 
Midi de Bigorre (Pic du), 1,135, 356, 

374. 
Mirbel (Cretes de), I, 351. 
Mischabel (lee), I, 480. 
Mieulet (Pointe), I, 232. 
Mibulet, I, 217. 
Mille Martyrs (Col des), I, 600. 
Miroir (Hameau du), 1, 570. 
M61e (le). 1, 279. 
Moilard (le), I, 337, 
Mdnch (le), I, 587. 
Monjoie (Vallee de), 1,67. 
Monnard (Vallon du), I, 451, 494. 



Monne (le), I, 473. 

Monrti (/«), I, 580. 

Monod-Herzen (Isldouard), I, 477-489; 

Mont (Col du), 1, 574. 

Montagne de l'Homme Sud (Signal 

de la), I, 43. 
Montagne de Villard Reculas (Signal 

de la), I, 43. 
Montenvers (le), Mo n tan vers, Mon- 

tanverd ou Mon tan vert, I, 19, 

225, 279; — (funiculaire du), 355, 

545. 
Montenvere {hdtellerie du), I, 286. 
Montets (Aiguille des Grands), I, 

220, 222. 
Montets (Col des), I, 39, 133. 
Montoir (Grand), 1, 11. 
Montriond (Lac de), I, 416, 517. 
Montvalezan, I, 577. 
Morgon (Pic de), I, 207. 
Moro (Monte), I, 59. 
Mortice (La), I, 153. 
Motte (Glacier de la Grande), I, 127. 
Mounier (Mont), I, 490. 
Moutieres (Pointe des), I, 153. 
Moyse (Tele de), I, 344. 
Mozzo (Viso), I, 501. 
Mulcts (Grands), I, 222, 369. 
Mulets (PeUts), I, 79. 
Mdller, I, 456. 
Muselle (la), 1, 156. 

Nakhar (Col), I, 86. 

Nakhar (Mont), I, 86. 

Nancroix, I, 406. 

Nantillons (les), 1, 19. 

Nants (Refuge des), I, 301. 

Nasta (Cime de), I, 492. 

Nava, I, 491. 

Navette (Torrent de), 1, 299. 

Navizance (la), I, 522. 

Neige Cordier (Pic do), I, 40, 153, 

546. 
Neouvielhe (Massif de), 1, 195. 
Nero (Monte), I, 589. 
Nere (Som de), 1, 163. 
Ntthou (Pie de), I, 78, 135. 
Ne" vache, I, 453. 
Nice (Refuge), I, 354, 360. 
Niouc, I, 522. 
Nivolet (Dent du), I, 220. 
Noir (Col du Glacier), 1, 446. 



y 



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XX 



INDEX ALPHABfiTIQUE 



X 



Noir (Glacier), I, 446. 

Noir (Lac) [Tarentaise], I, 572. 

Noir (Massif du Grand Roc), I, 32. 

Noire (Aiguille), I, 407. 

Noire (Combe), I, 71. 

Noire (Roche), I, 407. 

Noire (la Tour), [le Tour Noir], I, 

227. 
Noire de Peuteret (Aiguille), 1, 153. 
Nouvelle Guinee, I, 490. 
Noyer (Refuge du Col du), I, 358. 

Obcralp (1'). I, 435. 

Obergabelhorn (1'), I, 480. 

Oddoux (G.), I, 83, 129, 186, 538. 

Oderem (Col d'), I, 467. 

GEillette (1'), de Belle Cote, I, 34. 

Olan (1*), I, 153. 

Oo (Aiguille du Port d'), I, 439. 

Oredon, 1, 195. 

Oredon (Cantine d*), I, 415. 

Oredon (Lac d'), 1,155, 191. 

Orjobet (Sentier d'), I, 501. 

Ormea, I, 491. 

Ormelune (Glacier de 1'), I, 576. 

Orny (Pointe d'), I, 588. 

Orredon (Lac d*), I, 155, 191. 

Ossoue (Col d'), I, 155. 

Ouilletaz (T6te du Lac de L'), 1, 189. 

Ours (Aux), 1, 121. 

Ours (Barme de 1'), 1, 121. 

Ours (Pas de 1'), I, 545. 

Oursiere (Chalet de 1'), I, 541. 

Ouscouaou (Col d'), 1, 162. 

Pachb (Alexis), I, 457, 550. ' 
Packe (Refuge), I, 492. 
Paesana (Croce), 1, 139. 
Pailla (Hourquette de), I, 442. 
Pallia (Pic Rouge de), 1, 439-446. 
Pailla (Plan de), 1,441. 
Pailla (Pie Rougede) [Face N. 1 1,444. 
Pailla (Pic Rouge de) [Face O.], I. 

438. 
Paillaret (Puy de), I, 267. 
Paillon (Mary), I, 213-216. 
Paillon (Maurice), 1, 1-5, 526-535. 
Paillon (Roche), I, 40. 
Palet (Col du), 1, 394, 395. 
Pallanrono (Monte), I, 501. 
Pallon (Gorges de), I, 376. 
Paradis (Groupe du Grand), I, 589. 



Paradiso (Colle del Gran), I, 589. 
Parmelan (au), I, 7-15. 
Parmelan (le), I, 35. 
Parmelan (les Lapiaz),], 10. 
Parmelan (Petit Montoir), I, 6. 
Parpaillon (le), I, 342. 
Parrachee (Dent), I, 378. 
Parrachee (Glacier de la Dent), I, 

378. 
Passet (Couloir du), I, 351. 
Passy, I, 158. 
Pecatiere, I, 335. 
Peira-Blanca, I, 491. 
Peira-Cava, I, 491. 
Peisey (Mines de), I, 402. 
Peisey (Village de), I, 34, 192. 
Pelens (Grande Aiguille de), I, 451, 

494. 
Pelerins (Pic des), I, 278. 
Pelissier (Montees), I, 220. 
Pelissier (Pont), I, 276. 
Pelvoux (le), 1, 153, 217. 
Pelvoux (Col du), 1, 128. 
Pelvoux (Massif du), 1, 536. 
Pendu (Col du), I, 58. 
Penhall (Couloir), I, 480. 
Pepin (Glacier de), 1, 400. 
P6pin (Massif de), 1,393. 
Percee (Roche). I, 14, 35. 
Perdu (Mont), I, 163, 440. 
Perdu (Col du Mont), I, 350. 
Perdu (Mont), I, 350. 
Perrelles (Soramet Sud des), I, 540. 
Pertuzat (Puy), 1, 268. 
Pesio(Vallee du), 1,491. 
Pesquieres (Cabane de), I, 339. 
Peuteret (Arete de), I, 72. 
Peuteret (Aiguille Blanche de), I, 

449. 
Peyresourde (Col de), I, 356. 
Pierre Estienne (Breche), I, 583. 
Pierre Estienne (Pic), 1, 583. 
Pierrefitte, 1, 162. 
Pierre Joseph (Glacier de), I, 295. 
Pierre-Taillee, 1, 335. 
Pierre (Vallon de la), I, 59, 84. 
Pierroux (Glacier de), I, 536. 
Pimcno (le), I, 440, 445. 
Pin (Alpe du), I, 536. 
Pinede (Pic de), I, 439, 446. 
Pinede (Port de), I, 446. 
Pisey, I, 395. 



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INDEX ALPHABfiTIQUE 



XX! 



Piss (Cascades du Nant), I, 574. 

Piiset (Poiote du), I, 121. 

Pisset (Rocher de la Croix de), 1, 122. 

Pillekaj (c6te siberienne), I, 174. 

Placette (la), I, 335. 

Plagne (Chalets de la), I, 34. 

Plagne (Lacdela)[de Peisey],I,405. 

Plagne (Sommet de la) [de Peisey], 
I, 407. 

Plan (Aiguille du), I, 539. 

Plan (Glacier du), I, 396. 

Plan (Port du), 1,191. 

Planteri (Montagne de), I, 395. 

Plantery (Alpe de), I, 394. 

Plantery (Glacieres de), I, 394. 

Plantrin (Alpe de), I, 394. 

Plantrin(Col de), I, 397. 

Plat de la Selle (Aiguille du), 1, 153. 

Plat de la Selle (Aiguille du) [Pano- 
rama'], I, 140. 

Platte des Agneaux (Glacier de la), 
1,40. 

Pleine (Terre), I, 587. 

Plbnt (Jean), I, 494, 495. 

Pocat (J.), I, 495. 

Pollux, I, 480. 

Pontis (Gorges), I, 522. 

Popin (Massif de), I, 393. 

Pormenaz (Pointe Noire de), I, 220. 

Portillon (Pic du), I, 439. 

Poucet(Coldu), 1,395. 

Poulet (Col du), I, 395. 

Pouloy (Col du), I, 395. 

Pourri (Moot), I, 67, 130, 392, 549, 
565. 

Pourri (Col du), I, 357. 

Pourri (Ma$$if du Mont), I, 390. 

Pourri (Refuge du Mont), 1, 357, 576. 

Pourri (Refuge du Mont), I, 576. 

Pra (Col de la), I, 43. 

Pra (Col du Grand), 1, 123, 127. 

Pra (le Grand), 1, 426. 

Prabert (Collet de), I, 59. 

Pracleron (Aiguille de), I, 451, 494. 

Pralognan, I, 60, 305, 358 ; Pralor- 
gan, 34, 395 ; Pralorgnan, 35. 

Pramecou (Glacier de), I, 398. 

Prapelet (Aiguille du), I, 451, 495. 

Prarion (le), 1, 69. 

Premier (Lac), I, 343. 

Premou (Val de), I, 403. 

Prbnat (Antoine), I, 381-389. 



Pres-Dessus (les), I, 576. 

Pressey, I, 395. 

Promontoire (Refuge du), 1, 191, 301. 

Promontoire (Refuge du), I, 92. 

Provence (Alpes de), I, 490. 

Prudent (Lieutenant-Colonel), 1, 196. 

Psets (les), 1, 400. 

Puiseux (Breche), 1, 130. 

Puisbux (P.), I, 51, 186. 

Puy Gris (le), I, 59. 

Pyrenees (les), I, 172, 218; espa- 

gnoles, 490. 
Pyrenees (Les campements dans 

les), I, 64-66. 
Py (Gorge du), I, 400. 
Py Eeharpe (Roches du), I, 408. 

Quaix (Aiguille de), 1, 208. 
Quecees de Tignes (les ou Col des), 

I, 120, 122, 397. 
Queensland (Montagnes du), I, 490. 
Queyras (Route du), I, 356. 
Queyre (Pointe du), 1, 84. 
Quintino Sella (Refuge H6tel), 1, 500. 

Rabiet (Col de), I, 155. 

Rabuons (Pas de), I, 451. 

Rabuons (Refuge de), I, 191, 301, 
328 [Inauguration] , 357, 424 [Inau- 
guration], 451. 

Rabuont (Refuge et Lac de), I, 424. 

Raleau (Arilet du), I, 384. 

Ratz (Plateau de), I, 58. 

Rauzy (Pierre), 1, 187. 

Rebaz (Roc de), I, 408. 

Rechasse (Pointe de la), I, 121, 240. 

Replat (Tete du), I, 547. 

Republique (Aiguille de la), 1, 16-25. 

Ripublique (Aiguille de la), I, 16, 24. 

Riy (Henri). I, 238. 

Rky (Joseph), I, 539. 

Rey (Passage de la), I, 571. 

Rkynibr (Louis), I, 496. 

Rheinkopf(lc), 1,467. 

Rhetie (la), I, 530. 

Richtbr (Eduard), I, 93. 

Rif Tord Nord (Signal de), I, 43. 

Rif Tord Sud (Signal de), I, 43. 

Rissiou (Rochers), 1,43. 

Rivarol (Arete de), I, 540. 

Robert (Breche des Lacs), I, 59. 

Robert (Lacs), I, 59. 



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XXII 



INDEX ALPHABtiTIQUE 



Rochail (Grand), I, 377. 
Rochb (Marquis de la), I, 6. 
Rochere (Grande), I, 221. 
Roches (Fore! des), I, 159. 
Roches (Glacier des), 1, 130. 
Rocheure (Col de la), 1, 120, 122. 
Rocheure (Vallee de la), I, 33, 120. 
Rocheuse (Col de la), 1, 205. 
Rocheuses (Montagnes), I, 178. 
Rodkron (Pierre), 1, 140. 
Rodim (J. B. file), I, 539. 
Rodikr (J. B. pere), I, 539, 582, 583. 
Rognes (Rochers dei), I, 544. 
Roi (Plan du), I, 500. 
Roja (Vallee de la), I, 491. 
Roland (Breche de), I, 163. 
Ronaz (foret de), I, 576. 
Rond (Lac), I, 343. 
Ronjat (Jules), 1, 198, 333-341. 
Rose (Mont), 1, 185, 480. 
Rosiere (Vallon de la), I, 241. 
Rossberg (le), 1,466. 
Rothenbach (le), I, 467. 
Roubikr, I, 129. 
Rouges (Rochers) [de Belledonne], 

I, 578. 
Rouges (Rochers) [du Pourri], I, 407. 
Rougimont (le), I, 466. 
Rougnout (Crile det), I, 538. 
Rouies (le8), I, 537. 
Routeet (Grandet), I, 384. 
Rousses (Massif des Grandes), I, 42. 
Rousse8 (Pic Nord des Grandes), I, 

43. 
Rousses (Signal des Petites), I, 43. 
Roui (Jules), I, 34. 
Rovagny (Pont de), I, 545. 
Rubreo (Grand), I, 153, 342. 
Ruehere (Col de la), I, 76. 
Ruine (Grande), I, 353, 537. 
Rutor (Tete du), 1, 549. 
Rczan, I, 505. 

Saas, I, 59. 

Sabre (Coup de), I, 446. 
Sache (D6me de la), I, 548. 
8achette (Col de la), I, 897. 
Seentis (Massif du), I, 167. 
8aint-Bernard (le), I, 435. 
8alnt-Bernard (Col du), I, 577. 
Saint-Bernard (Petit), I, 60, 352 
[route], 359, 434, 454. 



Saint-Bernardin (le), 1, 435. 
Saint-Christophe (Clapier de), I, 382. 
Saiot-Christophe en Oisans, I, 536. 
Saint-Clair (Gorge de), I, 8. 
Saint-Claude (Nant de), I, 575. 
Saint-Eynard (Galeries du), I, 58. 
Saint-Gervais, I, 69. 
Saint-Gothard (le), 1, 529 ; [histoire], 

434-438. 
Saint-Luc, I, 522. 

Saint-Martin (Col de la Pierre), 1, 68. 
Saint-Martin (Pont), I, 275. 
Saint-Martin (Roche), I, 466. 
Saint-Michel d*Eau Douce (Rocher 

de), I, 417. 
Saint-Pierre de Chartreuse, I, 336. 
Saint-Sixte, I, 600. 
Saint-Sorlin (Glacier de), I, 43. 
Sainte-Barbe (Refuge), 1, 454. 
Sainte-Foy-Tarentai8e, I, 565-577. 
Sainte-Foy-Tarentaise (Gorget de), 

1,564. 
Sainte-Foy-Tarentaite (Groupe de 

Montagnardes), I, 566. 
Saleinaz (Fenetre de), I, 588. 
Sallanches, I, 275. 
Salient (Vallee de), I, 68. 
Salmon, I, 493. 

Sahagny (ValUe du Giffre), I, 234. 
Sana (Massif de la), I, 120-128. 
Sana (Pointe de la), 1, 121. 
Sancy (le), I, 267. 
Sans-Nom (Aiguille), I, 23-36. 
Sane Norn (Petit Pie), I, 446. 
Santon (Col du), I, 541. 
Santon (Combe du), 1, 127. 
Sarria (Cabane de), I, 163. 
8assiere (Chalets de la), I, 575. 
Sassiere (Glacier de la), I, 572, 576. 
Saulces (Chalets des), I, 36. 
Sautron (Col du), I, 138. 
Sauvage (Grand), I, 43, 410. 
Savoie (Geodesie de la), I, 221, 229. 
Sch611enen (Gorge des), I, 435. 
SchOnbQhl (Glacier de), I, 480. 
8colette (Aiguille de), I, 33 ; arete £. , 

351. 
Scolette (Massif de), I, 33. 
Sec (Chalet de Plan), I, 378. 
See (la), I, 587. 
Seez, I, 577. 
Seiche (Rocher de la), I, 408. 



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INDEX ALPHABfiTIQUE 



XXIII 



8eigne(Col de la), I, 281. 

8616 (Col du), 1, 153. 

Sella (Vittorio), I, 493, 538. 

Selle (Aiguille du Plat de la), I, 537. 

Selle (Glacier de la), I, 388. 

Selle Vecchie (Col), I. 491. 

Semenoff bashi (le), I, 86. 

Semnoz (le), I, 35. 

8encarria (la), 1, 191. 

Sencours (Col de), 1, 356. 

Serenne (Grande), I, 342. 

Serret (le), I, 342. 

8ery (Col du Plan), I, 398. 

Shino-tau (le), I, 87. 

Sidi Bou Gabrin (le), I, 370. 

Sierre, I, 522. 

Simond (Joseph), I, 539. 

Simplon (Col du), I, 434. 

Sirac (le), I, 85, 537, 539. 

Sixt, I {frontispice). 

Som (Grand), I, 452. 

Sommeiller (Pointe), I, 589. 

Sonadon (Col du), I, 549. 

Soum Ara, I, 299. 

Sounakhet (le), I, 86. 

Spannaoel (Rudolf), I» 138. 

Splugen (le), I, 435, 529. 

Spoet (Henry), I, 61-66. 

Spoxt (Marcel), I, 83, 350. 

Stella (Soramet de la), I, 493. 

Stock (Glacier de), I, 480. 

Suet (Torrent du), I, 220. 

Sura (Grande), I, 334. 

Tabue(ValUedu), 1,332. 

Tacul (Rochers du), I, 282. 

Taillefer (Massif de), 1,42. 

Taillefer (Signal de), I, 43. 

Taillon (le), 1, 163. 

Tairraz, I, 6. 

Talefre (AiguiUe de),par Tardte 0. v 

1,295. 
Talefre (Glacier de), I, 222. 
Talefre (Glacier de), I, 228. 
Talefre (Petites Aiguilles de), I, 295. 
Tarentaise (la), I, 434. 
Tarentaise (Haute), I, 567. 
Temple de la Nature, I, 286. 
Tende, I, 491. 

Tende (Col de), I, 435, 490. 
Tenibres (Massif du), 1, 192. 
Tenneverge (Col de), 1, 209. 



Tenneverge (Pic de), I, 209. 
Tenneverge (Pointe de), I (frontit- 

pice). 
Termignon, I, 35. 
Thendia (Glacier de la), I, 20. 
Theorist (Andre), I, 7-15. 
Thiaupe (Col de la), I, 400. 
Tlnaupe (Glacier de la), I, 400, 403. 
Thdnes (Vallee de), I, 8. 
Thouviere (Combe de la), I, 122. 
Thouviere (Pas de la), I, 123, 127. 
Thouviere (Rocher de la), 1, 128. 
Thouviere (Signal de la), 1, 123. 
Thuile (la) [Tarentaise], I, 571. 
Thuria (Mont), I, 130. 
Tibet septentrional, 1, 175. 
Tiefenmatten (Glacier de), I, 480. 
Tignes (Cascade de), I, 574. 
Tignes (Gorges de), I, 573. 
Tignes (Gorget de), I, 572. 
Tignes (Lac de), I, 60. 
Tirol, 1, 172, 281. 
Toillies (Tete des), I, 411, 499. 
Tondu (Mont), I, 68. 
Tonini(Col), I, 517. 
Tour (Aiguilles du), I, 546. 
Tourettes (Col des), I, 207. 
Tourmalet (Col du), I, 354. 
Tournairet (Massif du), I, 491. 
Tourne(Coldela), I, 392. 
Tourno (Mont), I, 392. 
Tournette (la), 1, 35. 
Tournette (Senlier de la), I, 545. 
Transylvanie, I, 490. 
Tourra (Pointe), I, 589. 
Traversette (la), I, 500. 
Trelaporte (Crete de), 1, 18. 
Trelaporte (Glacier de), 1, 17. 
Trtlatdte (Aiguilles de), I, 68. 
Trelatete (Col de). I, 547. 
Trelatete (Glacier de), 1, 87. 
Trelatete (Pavilion de), I. 67, 87. 
Tresenta, I, 589. 
Tricot (Montagnes de), I, 71. 
Tricot (Pointe de), 1, 220. 
Trinqcier, I, 237. 
Triolet (Aiguille de), I, 238. 
Triolet (Col de), I, 238. 
Triolet (Glacier de), I, 226. 
Triolet (Plateau de), I, 222, 226. 
TrioUt (Aiguille de), I, 226. 
Triolet (Plateau de), I, 226, 228. 



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XXIV 



INDEX ALPHABfiTlQUE 



Tsanteleina, par la face E. et 1'arete 

N. E., I, 296. 
Tuckett (Refuge), I, 39. 
Tuco du Mourie, I, 299. 
Tunisie (Congres de), I, 370. 
Tuquerouye (Breche de), I, 441. 
Tuquerouye (Briche de), I, 348. 
Tuquerouye (Pic de), I, 439, 440. 
Torc (Claude), I, 93. 

Ubaye (Bassin de V), I, 168. 
Ubaye (1'), I, 342. 
Uri (Trou d'), I, 438. 
Ussbl (Vicomle d'), I, 187. 

Vache(Cabane de la Grande), I, 335. 
Vachiere (Montague de la), I, 491. 
Valais (Alpes du), 1, 167, 379. 
Val-d'Isere, I, 60. 
Valgelaye (Col do), 1,301. 
Vallaisonnay (Signal de), I, 407. 
Vallante (Vallon di), I, 501. 
Vallon (Chalets du) [Scolette], 1, 351 . 
Vallonbrun (Glacier du), 1, 32. 
Yallonpierre (Col de), 1, 539. 
Vallorcine, I, 227; (feuiile de) [E. M. 

P 1 220 
Vallot (Henri), I, 26-31, 196, 217- 

232, 363. 
Vallot (Joseph), I, 237. 
Vallot (Refuge), I, 77, 357. 
Valnoir (Mont de), 1, 121, 395. 
ValpeUine (Col de), I, 480. 
Vanoise (la), 1, 195. 
Vanoise (Col de la), I, 35, 60, 541; 

[route], 356. 
Vanoise (Massifs de la), I, 34, 132. 
Vars (Refuge du Col de), I, 358. 
Vaudaine (Col de), 1,351. 
Vaudaine (Col de la Grande), I, 43. 
Veneon (Vallee du), 1, 536. 
Venion (Vallee du), I, 380. 
Venose, I, 382, 536. 
Ventoux (le),1, 168, 174, 504. 
Ventron (le Grand), I, 467. 
Verdet (Lac), I, 572. 
Verdonne (Col de), I, 85. 
Verdonne(Pic de), 1,84, 85. 



Verger (R. du), I, 187, 296. 

Vernet-les-Bains,!, 429. 

Vert(Col),I,545. 

Verte (Aiguille), 1, 479; premiere par 

le Nant Blanc, 295. 
Vesubie (la), I, 491. 
Veymont (Grand), 1, 136, 207, 515. 
Vcyrier(Mont de), I, 7. 
Vigoemale (le), 1, 135, 439, 440. 
Vignemale (le PeUt), 1, 439. 
Vignemale (Pique Longue du), I, 

520. 
Villaroger, I, 569. 
Villeoeuve (Dent de), I, 241. 
Ville (Pas de la), I, 208, 545. 
Viraysse (Batterie de), I, 140. 
Viscos (le), I, 472. 
Viso (Col del), 1,501. 
Viso (Lago Grande del), I, 501. 
Viso (Mont), I, 549 ; (ascension du), 

411. 
Viso (Refuge du), I, 500. 
Vissoye, I, 522. 
Viste (Route de la), I, 586. 
Viva (Rocca), 1, 589. 
Vosges (Congres des), I, 464. 
Voza (Col de), I, 36, 69, 133, 188. 

Weisshorn (le), I, 548. 
Weisstor(Neu), I, 59. 
Wetterhorn (le), I, 587. 
Wices (J. H), I, 238, 295, 296. 
Willem8E, I, 538. 
Wilson (C), 1, 238, 295, 296. 

Yeous (Crete de), I, 162-164. 

Yeout (E$carpement Sud du), I, 162. 

Zaghouan (Massif du), I, 370. 
Zelande (Nouvelle), 1, 174. 
Zermatt, I, 59, 484. 
Zermatt (Vallee de), I, 379. 
Zinal, I, 379, 522. 
Z'mutt (Arete de), 1, 486. 
Z'mutt (Couloir de), I, 485. 
Z'mutt (Grand couloir de), I, 486. 
Z'mutt (Glacier de), I, 480. 
Zwillingsjoch (le), 1, 549. 



~X 



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La Montagne 



PROGRAMME 



ans la montagne tout est grand, depuis 
les phenomenes dont elle est tSmoin, 
jusqu'aux idSes qu'elle evoque. C'est la, 
le secret de son influence surles hommes. 
Le rdle de Palpinisme a 6te de reveler 
au monde moderne la valeur recreative, 
Sducatrice et instructive de la Monta- 
gne. C'est de l'^tude de ces divers fac- 
teurs que sortira notre programme. 



Notre nouvcllc publication, la Montagne, rcmplacc 
l'Annuairc et le Bulletin a parh'r de Janvier 1905 (decision 
de la Direction centrale du Club Alpin Fraucais en date du 
7juin 1904;. 

Le service en sera fait mensuellcmcnt au domicile de 
cbaquc membre du Club. 

Par suite de cette transformation, le recouvrement des 
cotisations devra etre completement termine le 31 mars 
par les soins de MM. les tresoriers de sections, le service 
de la publication devant etre forcement suspendu en cas 
de retard dans le pavement de la cotisation. 

(Decision de la Direction centrale du Club Alpin Francois en date 
tt it 7 decembre 1901). 



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La Montagne 



PROGRAMME 

ans la montagne tout est grand, depuis 
les ph&iom&ies dont elle est temoin, 
jusqu'aux id£es qu'elle £voque. C'est la 
lesecretdeson influence surles hommes. 
Le rdle de l'alpinisme a 6t£ de reveler 
au monde moderne la valeur recreative, 
educatrice et instructive de la Monta- 
gne. C'est de l'etude de ces divers fac- 
teurs que sortira notre programme. 
Le Club Alpin Frangais a decide, apres 
trente ans d'existence, de transformer ses publications. Au lieu 
d'un Bulletin, oblige souvent d'enregistrer des faits d'un inte- 
ret secondaire; au lieu d'un Annuaire, qui prenait au Bulletin 
le meilleur de la vie alpine, il a — pousse par ce vent d'acti- 
vite qui souffle sur tous, qui empeche les longues lectures et 
qui substitue aux livres les revues — decide de fondre Annuaire 
et Bulletin en une publication unique, ayant pour titre : La 
Montagne, Revue mensuelle du Club Alpin Frangais. 

Dans sa preface de V Homme devant les Alpes, Charles Len- 
theric a compris toute l'ampleur de notre terrain de recreation 
et d'etude. « II faudrait une generation de Ben6dictins, & la fois 
touristes et g^ologues, botanistes et g^ographes, archeologues et 
historiens, artistes et Audits pour explorer a fond les Alpes; 
il en faudrait une seconde pour les decrire. » Certes notre 
champ est immense. Qui de nous peut se vanter de bien con- 



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2 LA MONTAGNE 

naitre une partie, fut-elle inlime, de notre doa^&tte? Quels 
sont, parmi sous, les 6rudits qui n'ont pas eu un moment 
d'6tonnement & la vue de ce monument £lev6 auX:Origines de 
V Alpinisms jusqu'en 1600? Et il ne s'agit Ik quer'd'une faible 
part de la connaissance des Alpes. 

Les fondateurs du Club Alpin Fran$ais lui ont assign^ unc 
mission d'int£ret g£n6ral, admirablement r£sum6e dans les 
paroles de C6zanne, qui sont le commentaire Eloquent des 
Statuts du Club Alpin. De ce programme de regeneration phy- 
sique et morale de notre race par la montagne, il est decoule 
la necessite de s'adresser a tous. 

Certains ont vu dans le nouveau champ d'action qui leur 
etait offert une simple distraction, garante des travaux future; 
ils sont venus chercher dans les altitudes la detente, reposante 
des innervations urbaines. Pour ceux-lk nous ferons appel aux 
litterateurs, k ceux qui savent decrire avec art les sensations 
v£cues. Nous laisserons meme venir k nous la « nouvelle », lors- 
qu'elle vivra dans le cadre de nos montagnes. N'avons-nous 
pas assists derni^rement au succes d'un roman se passant dans 
un milieu alpin? Les foules envahissent chaque ann6e — en 
forte progression sur l'ann^e precedente — les valines et les 
cols de nos Alpes et de nos Pyrenees. A ces foules desireuses, 
auretour, de savourer encore les jouissancespass6es,les auteurs 
littdraires seront desormais obliges de presenter des tableaux do 
leur choix. Et quel cadre moins banal, quel horizon plus neuf 
pourront-ils trouver? 

A ces curieux, il faudra le rdcit d'excursion plein d'humour, 
1'observation du moi des autres qui fait se replier sur elle-m§me 
Fame la plus l^gdre, qui fait penser. 

II est rare que la curiosity n'am&ie pas Fesprit k s'instruire; 
c'est Pappetit, nous allions dire, c'est F aperitif de Fintelligence. 
Apr£s avoir fait une visite k la montagne dans un but purement 
r6cr£atif, aprSs y avoir goiite les enseignements qu'elle apporte 
k chaque pas gagn6 sur le monde d'en haut, les curiosity inci- 
teront k chercher des clartes sur ce monde nouveau. C'est ce 
qui est arrive k la plupart d'entre nous, et c'est ce qui, de plus 
en plus, arrivera. Nos fils ont en general une instruction beau- 
coup plus poussee vers la science que la notre ne Pa ete 
et il n'est meme pas rare d'entendre maintenant des jeunes 
filles raisonnant de matieres qui etaient lettres ferm^es pour 
leur devancteres. Marchons done avec le temps. 

C'est Phistoire qui nous sollicite la premiere. Quel interet 



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PROGRAMME 3 

que d'apprendre le tr^fonds de cette vie, devant laquelle nous 
passons — un peu rapidement — de cette vie si diffSrente de 
la noire. Nous y verrons, notamment, que la montagne a 6t£ le 
refuge de la liberty... Et toute 1'histoire de nos hautes communes 
est k rechercher dans leurs archives, materiaux qui serviront 
k Clever le monument historique, depuis longtemps attendu. 
C'est la sociologie de la montagne, c'est l'economie alpestre, 
qui nous montreront que la vie syndicate fleurit dans les Alpes 
de temps immemorial, alors qu'elle n'existait pas sur les plaines, 
alors qu'elle elait d^fendue par des lois ineptes. Que d'6tudes 
int£ressantes nous apportera la lutte permanente du monta- 
gnard, travaux d'endiguement contre les torrents, travaux de 
reboisement contre les avalanches. 

Les patois aussi sont tr& dignes d'attention : pouss£ par nos 
reclamations, l'Etat a cree une chaire des patois. Et nulle part 
mieux que dans notre domaine les langues anciennes n'ont pousse 
des racines tenaces. Ghaque nom de lieu, torrent ou montagne, 
lac ou colline, a et£ autrefois un nom commun. Gr&ce a la forme 
si caract£ristique des pays Sieves, il est parfois possible, par des 
rapprochements heureux, de retrouver certains radicaux des 
langues mortes. La toponomastique, cette science nouvelle, 
pr^occupe tous les g£ographes alpins ou pyr6n£ens. 

La m£t6orologie a beaucoup plus k apprendre des observa- 
tions dynamiques que des observations statiques, comme l'affir- 
mait, il y a longtemps, le grand savant qu'etait Faye. 

C'est l'orophysique, cette branche importante de la g6o- 
physique. C'est l'6tude des formes du terrain plus saisissante 
dans notre empire que partout ailleurs. C'est la glaciologie, 
n6e de nos efforts, qui nous reserve encore bien des surprises. 
La g^ologie a fait dans ces dernieres ann^es des pas de ggant. 
N'oublions point que les travaux d'Elie de Beaumont sont n6s 
en partie de ses observations sur le massif des Serins et du 
Pelvoux. N'oublions pas que c'est en montagne que nos savants 
actuels sont all£s trouver les grandes et gdniales id6es des nappes 
de recouvrement qui re>olutionnent cette science. 

La topographie, la g&xtesie, sous l'impulsion de commis- 
sions speciales qui fonctionnent parmi nous, nous ont montr£ 
qu'elles avaient a glaner une riche moisson dans les altitudes. 
Quand, au mois de juin, nous nous promenons sur l'Alpe 
embaumSe, il est vraiment grisant de contempler le tapis de 
lis et de narcisses, rehauss£ de martagons et d'asphodeles, cercte 
de rhododendrons aux chaudes couleurs et de daphnes aux sen- 



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4 LA MONTAGNE 

teurs exquises. En rentrant k 1'hdtel, il nous vient k Pesprit 
de chercher dans un atlas de fleurs alpines les noms de telle 
gentiane si diflterente de celle que nous avons trouv£e ailleurs. 
Et notre instruction commence pour ne s'arre'ter que devant le 
manque du temps que nous avons & y consacrer. II serait si 
inte>essant de passer par la differentiation des espSces, des 
genres, k P£tude de la structure intime, k Pelude des pourquoi. 
« Du pied au sommet des Alpes, nous dit Cezanne, en quelques 
heures de marche, le botaniste... se transports de PItalie k la 
Laponie; il a observe toutes les flores, tous les climats. » 

L'etude de Tart en montagne offre, elle aussi, un champ 
immense. Dans Tart nouveau, certaines plantes alpines — et 
parmi les premieres nous trouvons le chardon bleu — sont 
apparues facilement stylisables, avec leurs formes caracte>isti- 
ques. Et pourtant leur silhouette est presque inconnue et cer- 
taines biblioth^ques d'art d^coratif ne possSdent ni un atlas 
de fleurs des Alpes, ni un herbier. 

En peinture, d'anciennes 6coles soutiennent que la montagne 
n'est pas pittoresque dans le vrai sens du mot. Et voil& que 
Paffiche commence k apprendre aux foules que ces vieilles id^es 
etaient fausses, comme Pavaient d£montre* aux initios les toiles 
de Calame, de Gustave Dore\ de Lortet, de Baud- Bo vy, pour 
ne parler que de ceux qui sont morts. Une nouvelle £cole nait 
qui sait grimper, qui va peindre dans les altitudes, £chappant 
aux pentes uniformes du bas et jouissant des intensity de colo- 
ration que Ton ne retrouve ailleurs qu'aux deserts du Midi. II 
n'y a pas que des colorations extraordinaires dans le monde 
d'en haut, les lignes elles-mSmes sont harmonieuses et, con- 
venablement choisies, atteignent k des impressions d'art. 
N'avons-nous pas vu dans des concours photographiques des 
premiers prix attribugs par des jurys composes de grands 
peintres & des photographies alpestres? Continuons Poeuvre 
entreprise par la Soctete* des Peintres de Montagne, notre filiale. 

Avec Tinvasion des foules dans les vill£giatures d'en haut, 
nous voyons apparaltre la caricature, humoristique et perfec- 
trice, comme nous Pont r£v£le" les amusantes compositions du 
Tariarin dans les Alpes et de la Montagne & tracers les dges. 

La musique elle-mSme a de nombreux themes melodiques 
k glaner : nous trouvons \k t avec une saveur particul.ere, une 
expression tres naive de Part. Le gros in-4° des Chansons popu- 
lates des Alpes fran$aises est venu nous £clairer a ce sujet. 

Mais il n'y a pas, dans PAlpinisme, qu'un champ de delasse- 



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PROGRAMME 5 

ment ou d'etude; il y a aussi une valeur educatrice incompa- 
rable. J/Alpinisme deiie Pintelligence par Peveil continuel oil il 
la tient, il affermit la volonte par la necessite d'un labour 
patient — le pas du montagnard est comme le pas du boeuf 
qui lentement chemine — il exalte la sensibility par la pre- 
sence des solennelles beautes de la nature. Et ce n'est pas seu- 
lement sur P&me qu'il agit;il met aussi la vie physique en 
puissance, par une suractivite permanente. Les muscles ga- 
gnent en density, les reflexes s'attenuent par la sedation de 
tout le systeme nerveux, et ainsi diminue la tendance k 
Pimpulsivite de nos temperaments modernes. 

Pour donner k PAlpinisme tout son r61e educateur, pour 
Eloigner les dangers inh£rents k tout sport mal pratique, il 
faut qu'une etude approfondie de la technique de la marche 
en montagne ait ete menee k bien. D'ou l'accueil que nous 
ferons aux recits purement alpins, explorations nouvelles, mo- 
nographies de nos massifs destines k servir de guides. Dans 
la chronique, enfin, nous donnerons des renseignements sur 
l'etat de la Montagne, et sur revolution de la vie alpine. 

Nous n'aurons garde d'oublier la vie sociale du Club Alpin 
Fran^ais, dont le r61e d'interet public se poursuit; cette vie 
sociale qu'il est profondement interessant d'etudier sous ses 
aspects varies, conferences, expeditions, caravanes scolaires, 
travaux en montagne, etc., dont les rendements particuliers 
sont divers, mais qui tous concourent au merae but; cette vie 
sociale dont il faut prevoir revolution aux besoins des temps. 

Notre programme est vaste, comme notre champ est immense. 
II se resumera dans ces mots : Tout ce qui interesse la montagne, 
et surtout la haute montagne. Empressons-nous de dire que 
dans la basse montagne on trouve beaucoup de sujets en con- 
nexion directe avec Petude des altitudes, comme Pont eprouve, 
dans les mortes saisons, nombre d'alpinistes descendus vers 
des regions plus modestes. 

Nous avons Pespoir que cette etude nous conduira k remplir 
les desirs de ceux qui ont fonde et soutenu notre association, 
desir si bien exprime par la devise du Club Alpin Fran^ais : 

Pour la Patrie, par la Montagne. 

M. P. 



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I 



LA MONTAGNE 



ILLUSTRATIONS 



!• Sixt et Pointe de Tenne verges. — Photographie de M. le mar- 
quis de la Roche, d'apres une siniili-gravure de la maison Van Leer (fron- 
tispice). 

Nous allons chercher bien loin, jusqu'aux Dolomites, de belles falaises 
calcaires surmontees de glaciers, alors que dans notre Haute-Savoie, au 
fond de la valine de Sixt, g'eleve un pic id6al de forme, aux parois 
abruptes, a l'escalade mal ais6e, la Pointe de Tenne verges. 

2° An Parxnelan : le Petit Montoir. — Photographie de M. P. Cro- 
lard, d'apres une simili-gravure de la maison Van Leer (face a la page 6). 

3° Au Parxnelan : lea Lapiaz. — Photographie de M. F. Crolard, 
d'apres une simili-gravure de la maison van Leer (face a la page 10). 

Los fissurations des hauts plateaux calcaires, qui creent ces cubes de 
pierres crevasses que Ton appelle des Lapiaz, se montrent bien dans cette 
gravure. 

4° Aiguille de la Republique et Grands Gharxnoz. — Photogra- 
phie de Tairraz, photographe a Chamonix, d'apres une simili-gravure de 
la maison Van Leer (face a la page 16). 

Ce cliche montre la situation de 1'Aiguille dans les Grands Charmoz. 
Elle a et6, avec la suivante, l'objet d'un voyage special fait par M. E. Beau- 
jard avec Tairraz, dans d'assez mauvaises conditions, l'automne dernier. 
Les brumes contrarierent la photographie et les neiges fraiches cr&rent 
de serieuses difficult^ a ces deux alpinistes. 

5° Aiguille de la Republique. — V. 4° (face a la page 24). 

Ce cliche montre la ceJebre aiguille par la face opposee a celle de l'as- 
cension. C'est sur une des plaques superieures de cette face, ou il n'a pu 
parvenir qu'avec de grandes difllcultes, qu'est venu s'etablir le porteur qui 
a jet6 la corde par-dessus le sommet. 

6° Refuges Cezanne en 1004. — Photographie de M. Flusin, d'apres 
une simili-gravure de la maison Van Leer (face a la page 32). 

Les refuges Cezanne ont 6te tres nombreux et le ou mieux les refuges 
actuels semblent se trouver dans une situation desormais a l'abri des ava 
lanches. Le flot de touristes toujours croissant a decide le C. A. F., sous 
l'impulsion de la section de Briancon, a construire une annexe batie, avec 
gerant d'6te. 

7° Bandeaux, lettres ornees, culs-de-lampe et fleurs, d'apres des dessins 
de 0. Warech, reproduits en zincographie par la maison Fernique. 



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X 



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Au Parmelan 

SOUVENIR D'UNE NUIT d'aOUT 
Pah Andre Theuriet 



>ateau a vapeur qui fait le service du lac 
d'Annecy, ayant stoppe k Menthon, d£j& 
repartait dans la direction de Saint- Jo- 
rioz. A mesure qu'il s'&oignait du rivage, 
nous voyions la ligne de l'borizon reculer. 
Par-del& les prairies et les bois de Menthon, 
es sommets semblaient s'abaisser. Entre les 
*nts de Lanfont et le Mont de Veyrier, une 
£e £chancrure s'ouvrait et, sur le bleu du 
la grise muraille du Parmelan se dressait k 
tu-dessus des p&turages escarp£s. Assis k 
e du bateau en compagnie de mon ami 
1, je la regardais s'allonger, pareille k un 
I cyclop£en, dominant la valine du Fier. 
— j ai une predilection pour cette montagne, me dit 
Tristan. Malgre son attitude hautaine, elle est d'un acc£s facile. 
Son altitude de 1.800 metres s'harmonise avec l'intimite du 
lac dont elle limite Phorizon du cote du Nord, par d'61£gantes 
et sobres lignes qui donnent l'illusion d'un paysage de la Gr£ce. 
Les vertes valines qui se creusent a sa base sugg^rent des 
visions arcadiennes. II n'est pas jusqu'& son job' nom de Par- 
melan qui n'ait quelque chose d'antique. Je ne l'ai pas visitee 
depuis quinze ans, et, si tu veux, dds que nous serons installes k 
Talloires, nous y monterons ensemble... 

En effet, le samedi suivant, par une claire matinee d'aout, 
nous nous acheminions tous deux, b&ton en main, vers le hameau 
des Bossons, dont les maisons s'Sparpillent sous les chataigniers, 
a la listere des bois de Menthon, et d'oii Ton gagne plus rapide- 



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8 ANDRfi THEURIET 

ment le Col de Bluffy. Le site est d'une d&icieuse fraicheur. La 
descente a lieu sous une futaie de sapins, qui surplombe au-des- 
sus d'un petit torrent & la voix tantot grondante et tantdt m61o- 
dieuse comme une flute de cristal. Quand on sort de la sapintere 
embaum£e par l'odeur des framboises sauvages, on suit un sen- 
tier en zigzag qui m£ne k l'entr6e du col et d'oti le regard em- 
brasse les prairies vallonnSes, les bouquets de bois £pars, le 
cours du Fier et la courbe des montagnes de la valine de Th6nes. 
Tristan s'arreta pour contempler le paysage ensoleilte et je sur- 
pris dans ses yeux une lueur attendrie, presque mouill6e. II se 
baissa, arracha machinalement une fleurette au bord du sentier : 

— Tout ici est plein de souvenirs, soupira-t-il; l&-bas, en face 
du village d'Alex, se trouve le gu6 ou Jean-Jacques Rousseau 
traversa le Fier, ayant de l'eau jusqu'& mi-jambes et tirant 
apr6s lui le cheval de Mile Galley ; vers la gauche, prds du che- 
min de Dingy, ce manoir transform^ en ferme fut la demeure de 
l'amie de saint Frangois de Sales, la belle Mme de Charmoisy... 
Et, ajouta-t-il en rougissant 16gdrement, de l'autre c6t6 de la 
riviere, parmi ces maisons de Dingy dont les toits fument dans 
la ros6e, gisent aussi pour raoi des souvenirs qui ont le charme et 
le parfum des cyclamens roses de nos bois... 

II s'interrompit brusquement, comme quelqu'un qui craint de 
trop parler, et nous redescendimes silencieusement vers Dingy- 
Saint-Clair ou nous nous proposions de prendre le repas de midi. 
Apr&s le pont Saint-Clair, la route s'6teve peu k peu parmi les 
pres, les vergers et les mgtairies, au long des ruisselets qui glou- 
gloutent dans l'herbe. Le village, abrit6 par la formidable 
muraille du Parmelan, se divise en trois ou quatre hameaux 
dont les toits fument sous les noyers. Une auberge y balance 
son bouchon de houx, et nous y fimes halte pour dejeuner sous 
une tonnelle en terrasse. Nous avions devant nous un adorable 
paysage alpestre : la gorge de Saint-Clair, bleue et vaporeuse; 
le cone verdoyant des pr6s et des bois d'Alex, surmont^s par la 
couronne murale de Lanfont; puis, au delk du Col de Menthon, 
les cimes azur^es ou violettes des montagnes du lac d'Annecy. 
L'exub£rante verdure de la vallee, le limpide susurrement de 
l'eau, le plantureux dpanouissement des fleurs sauvages, P61an- 
cement des hauts sommets, tout cela formait une inoubliable 
symphonie de formes et de couleurs. 

— Tiens, murmura Tristan, tu vois ce toit d'ardoises qui 
pointe derrtere un massif de noyers?... C'est \k que dort le sou- 
venir de mon premier amour; c'est Ik que demeurait Lucette de 



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AU PARMELAN 9 

Pr6gny... Je bois k la ch&re m^moire de celle pour qui j'avais une 
tendresse passionn£e... 
II vida son verre ; puis, s'interrompant de nouveau : 

— J' en tends 4 heures sonner au clocher de F6glise... Nous 
nous sommes oubli& k bavarder et nous n'avons plus de temps 
k perdre. Regions notre addition... Je te conterai le reste en 
route... 

L'6motion des ressouvenances le rendait expansif et, tandis 
que nous gravissions le chemin qui monte vers la Blonnfere, il 
poursuivit ses confidences sentimentales : 

— II y a une quinzaine d'annSes, j'habitais Alex avec mes 
parents. Lucette avait alors dix-huit ans; elle venait de quitter 
son couvent de Chamb&ry pour rentrer dans cette maison de 
Dingy que je t'ai montr^e et dont je ne puis voir la toiture bleu&- 
tre sans que mon cceur se serre. Nos families voisinaient et je la 
rencontrais souvent, gr&ce k la liberty que permet la vie campa- 
gnarde... Comment nous nous aim&mes, je n'en sais plus rien. 
Aucun £v6nement notable ne marqua les progrSs de cette nais- 
sante passion. Elle fut Poeuvre lente et cachGe des heures de jeu- 
nesse. Nous savourions le bonheur d'etre ensemble, de nous 
regarder en dissimulant notre 6moi sous d'insignifiantes cause- 
ries. Nous 6prouvions une sorte de pudique repugnance k pro- 
faner cette secrete tendresse par une parole ou un geste trop 
expressifs. Nous nous contentions de ces regards fondus Tun dans 
Fautre qui nous alanguissaient d£licieusement. Jamais je n'osai 
lui avouer mon amour et pourtant je Padorais, et elle-m§me, 
j'imagine, avait pour moi plus que de Famitte. La m^moire de 
ces voluptGs sourdes de la vingtteme ann£e parfume encore mon 
&ge mtirissant. L'image de Lucette revit pour moi dans ce pay- 
sage Savoyard que nous contemplons chaque jour. La teinte du 
lac me rappelle le bleu changeant de ses yeux; les ris6es du soleil 
sur Feau Svoquent Fenchantement de son sourire. La montagne 
tout entire avec sa verdeur, sa lumiSre, ses odeurs d'herbes 
fauch^es me semble impr6gn£e du charme troublant qui 6ma- 
nait de la personne de Lucette... 

— Et, demandai-je, qu'est-il advenu de ton idylle roma- 
nesque? 

— Elle a dur6 dix mois. Pendant dix mois, notre amour a 
brul£ discrdtement. Mais nos mdres clairvoyantes nous surveil- 
laient de pres. La passion muette que trahissaient nos regards et 
nos muettes rougeurs leur avaient donn£ des soup^ons. On jugea 
prudent de nous sdparer. Ma famille r&olut de m'emmener k 



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10 ANDRtf THEURIET 

Paris, oti je devais commencer l'^tude du droit. Je n'eus m§me 
pas le temps de prevenir Lucette, car deux jours avant mon 
brusque depart Mme de Pregny s'^tait empress^e de conduire 
sa fille dans le Lyonnais, chez des amis. 

— Et vous ne vous etes jamais revus? 

— Jamais... Un an apr&s, une lettre de faire-part m'apprit 
qu'on avait marie Lucette avec le fils d'un riche fabricant de 
soieries, et ce fut fini. J'ai su seulement plus tard que les jeunes 
mari^s £taient revenus en Savoie, oii le mari avait cr6£ une usine 
importante aux environs d'Annecy. Quinze annees de fausses 
joies et d'agitation se sont depuis succed£ pour moi. Mais j'ai 
conserve au fond de mon £me le souvenir de notre brSve ten- 
dresse. Les plaisirs que j'ai pu gouter par la suite n'en ont 
jamais efface la virginale saveur. Helas! le pass6 est plein 
d'ombres, le present nous coule k travers les doigts comme de 
l'eau, l'avenir est voil£ de t6n£bres... Et voil& de quelle chim6- 
rique 6toffe est faite cette vie a laquelle nous tenons tant!... Je 
songeais k cela, tantot, k l'auberge, en regardant au loin la 
toiture ardois^e de la maison ou peut-etre maintenant Lucette 
revient k l'^poque des vacances. Cette derniere hypothese m'agi- 
tait profond^ment, et en meme temps je me disais que, meme 
au cas de raffirmative, je n'aurais pas le courage d'aller heurter 
k la porte de Pamoureuse du temps jadis... 

Sur la route en lacets, le soleil plus oblique nous grillait le dos. 
AccablSs par la chaleur d'aoiit, nous 6tions devenus taciturnes 
et nous trouvions que la montee n'en finissait pas. II faut croire 
que Tristan, en affirmant que nous n'en avions que pour 
une couple d'heures, ne se souvenait plus des distances, car, au 
lieu d'arriver en plein jour auCol de la Blonnidre, nous n'attei- 
gnimes qu'au cr^puscule la croupe mamelonnee qui relie deux 
massifs bois£s. Vers le milieu d'aout, les journ£es s'accourcissent 
d6j&. Quand nous parvlnmes au premier plateau, le mince crois- 
sant de la jeune lune se rapprochait rapidement de l'horizon. Sa 
clart6, n£anmoins, nous permettait encore de distinguer le mol 
£vasement du col, et, vers la droite, le colossal promontoire du 
Parmelan, qui coupait horizontalement le ciel 6toil6. Peu k peu, 
le croissant s'enfonga derri&re une crete et les objets se noydrent 
dans une obscurite plus opaque. Au loin, une large tache de 
clartS tremblotait au fond de la plaine vaporeuse : 

— Ce sont les lumidres d'Annecy, observa Tristan, et nous 
devons Stre prds du Chalet Chapuy... 

En effet, des b&timents aux toits bas se dessinaient confus£- 



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AU PARMELAN 11 

ment dans l'ombre. Vers notre gauche, nous percevions des 
meuglements de vaches et le bruit frais d'une fontaine se d&ver- 
sant au creux d'une auge de pierre. 

— Maintenant, je m'oriente, reprit mon compagnon; il nous 
faut tourner le dos k la m^tairie et appuyer sur la droite jusqu'au 
Plan de VEcureuil, ou commence le sentier qui aboutit au Grand 
Montoir. 

Tristan avait raison; aprSs avoir traverse les p&tis tourbeux du 
Plan, nous tomb&mes sur 1'embouchure d'une sente fuyant sous 
bois — une sente ent6n6br6e oii nous marchions dans le noir, k 
1'aveuglette. — Mais, en montagne, il faut s'attendre k toutes 
les surprises, et le myst£rieux fourr£ qui s'enchevStre a la base 
du Parmelan nous en r&ervait une quasi teerique. A mesure que 
nous avancions, sous nos pieds de laiteuses et grouillantes 
lueurs rampaient k fleur de terre. Apr&s quelques secondes, nous 
d^couvrimes que ce ph^nomene £tait du k la phosphorescence 
des branches mortes et des souches pourries. Bientdt, a ces fan- 
tomatiques clart£s s'ajouta le verd&tre scintillement de cen- 
taines de vers luisants <§pars emmi la mousse. Tout cela brillait, 
s'eteignait, se rallumait dans la nuit. Les mouvantes lanternes 
minuscules jetaient leur fugace 6clat d'£meraude comme pour 
£clairer un bal de fourmis, et nous croyions cheminer dans un 
conte de fees. La fantasque illumination nous accompagna jus- 
qu'i la sortie du fourrg, et quand nous touch&mes aux premiers 
degr£s du Grand Montoir, quand le plein ciel se remontra, nous 
vlmes qu'il 6tait sillonn£ par de blanches trainees d'6toiles filan- 
tes, et que, &-haut, se continuait la faerie dansante des sous-bois 
ent£n£br&. 

Ce Grand Montoir, si bien nomm6, est un escalier g6ant, tailte 
dans la paroi du rocher et surplombant au-dessus de 1'abime. 
Des rampes de fer scellSes dans le roc en rendent l'ascension 
facile. Elle paralt longue, n^anmoins, surtout aux heures de nuit. 
On croit qu'on n'arrivera jamais au bout de cette 6chelle de 
Jacob. Nous commencions k nous sentir p6niblement essoufltes, 
quand nous aper^umes eniin la silhouette du chalet du Club 
Alpin se d6coupant en noir sur le ciel constelte. 

A Pint6rieur du chalet, un bon feu r^chauffant ronflait dans le 
poele. Tristan avait 6crit au chal&zan pour retenir deux places 
dans la chambre r£serv£e aux touristes m&les, et pour comman- 
der un souper. Precaution utile, car au mois d'ao&t et surtout 
aux veilles de dimanches le Parmelan est un but d'excursion 
pour les bourgeois d'Annecy, qui y viennent « en caravane ». 




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12 ANDRfi THEURIET 

Lorsque nous p6n6trames dans la grande salle servant de rSfec- 
toire, elle £tait envahie par une vingtaine de touristes des 
deux sexes et de tout fige. A travers les groupes, Phospitalier 
chatezan Cadoux et sa femme s'affairaient k dresser le couvert 
sur de massives tables ranges au long des murs et ou s'instal- 
laient d6]k des excursionnistes affamSs. Mme Cadoux allumait 
des bougies et les disposait de loin en loin sur la nappe. Autour 
d'une table isolee au milieu de la salle, une famille de quatre 
personnes mangeait k part. Elle se composait de deux fillettes 
de six k douze ans, d'un homme mtir, gras, blond, la barbe en 
6ventail, la mine un peu gourmSe, et d'une dame que nous ne 
voyions que de dos, mais qui paraissait encore jeune. Les 6paules 
et le corsage conservaient un modele charmant; la taille £tait 
svelte, souple et 616gante. 

A ce moment, le chal&zan, interpelte par mon ami, r£pondit 
k voix haute : 

— Oui bien, j'ai re$u votre lettre et voici vos deux places au 
bout de la table, monsieur Tristan ! 

La dame tressaillit, se retourna presque involontairement, et 
je pus, pendant quelques secondes, considSrer son visage. Elle 
avait des yeux d'un bleu fonc£, tr6s vifs; la bouche 6tait rest4e 
fralche; des boucles de cheveux ch&tains frisottaient sur les 
tempes. — Ses traits fins exprimerent une vague inquietude 
metee d'£tonnement; puis elle fit demi-tour et affecta de s'occu- 
per uniquement de la fillette blonde, plac^e k sa droite. Alors, 
je regardai Tristan, et je m'apergus qu'il £tait tres 6mu. 

— Mon ami, chuchota-t-il quand nous ftimes assis cote k cdte 
k notre bout de table, voil& une strange rencontre!... Cette dame 
est la personne dont je te parlais tantdt. Elle est Ik, sans doute, 
avec son mari et ses enfants... Tu me vois absolument boule- 
vers6. 

Je me mis k examiner curieusement les gens de la table du 
milieu : la jeune femme, silencieuse, semblait £pier la physio- 
nomie de son mari. Celui-ci, qu'on appelait M. Charton, mangeait 
avec des precautions tatillonnes et minutieuses. Par instants, il 
jetait un regard maussade dans la direction de Tristan. Peut- 
etre, jadis, avait-il eu vent de Pancienne inclination de mon 
ami et trouvait-il suspecte sa presence au Parmelan? Mme Lu- 
cette devait savoir k quoi s'en tenir l&-dessus, car elle ne bou- 
geait pas. Seul, un imperceptible frisson des 6paules d^notait 
une agitation int^rieure. Tristan, lui, touchait k peine aux 
plats. II tenait ses yeux fix£s sur les belles £paules fr£mis- 



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AU PARMELAN 13 

santes, sur la nuque blanche de Mme Charion. Et tandis qu'au 
fond du coeur de cet homme et de cette femme se remuaient 
les souvenirs de l'amour d'autrefois. un joyeux brouhaha bour- 
donnait entre les quatre murs nus du chalet. Au dessert, les 
convives de hasard, assembles sur ce sommet de montagne, 
commencerent k quitter leurs places. Des cigarettes s'allumaient, 
des groupes se melaient. Seuls, nous restions isol6s. La plus 
jeune fille de Mme Lucette ne tenait plus sur sa chaise. Avec 
la petulance de son &ge, elle se leva et rdda autour des tables. 
Un moment, elle s'arreta prSs de nous, ses yeux clairs nous 
d6visag$rent, puis s'enhardissant, ses deux petites mains nouses 
demure le dos, elle se rapprocha comme pour entrer en conver- 
sation. 

— Elle lui ressemble! murmura Tristan. 

Une tentation lui venait de caresser la fille de Lucette. II 
Itendait d£ja la main quand la gamine se d6roba avec un 6clat de 
rire. Mais sa fuite simulSe n'Stait qu'un enfantin manege de 
coquetterie, car elle revint vers nous, tou jours riant et de plus 
en plus famili£re, si bien que ses bruyantes espidgleries 6veilte- 
rent Tattention de la m£re. Mme Charton se retourna, rougit et 
interpella la petite d'une voix s^vfire : 

— Eh! bien, Ninette, eh ! bien... Qu'est-ce que cela signifie?... 
Les touristes, presque tous las, gagnaient lourdement, les uns 

le dortoir commun du grenier; les autres, les cellules r6serv£es. 
La ndtre 6tait voisine de la chambre des dames, dont nous s6pa- 
rait une simple cloison de sapin. Tristan se jeta sur son lit, tout 
v£tu et sans desserrer les dents. La lumidre une fois £teinte, nous 
distinguames de l'autre cot6 de la cloison la voix limpide de Lu- 
cette qui c&linait sa plus jeune fille et essayait de Pendormir en 
lui chantant en sourdine une chanson populaire savoyarde : 

La-haut, sur la montagne, 

II y a un pr6 ; 
Les perdrix et les cailles 

Y vont chanter. 
J'ai pris mon arbal&te, 

J'ysuis alte. 
Croyant en tuer quatre, 

J'ai tout manqu6, 
C'est le coeur de ma mie 

Que j'ai bless6... 

J'6tais fatigu£ et cette musique berceuse m'endormit douce- 




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14 



ANDRfi THEURIET 




ment, mais d'un sommeil entrecoupS, pendant lequel j'entendais 
Tristan s'agiter nerveusement sur sa couchette. 

Nous ftimes rSveiltes par la voix de Cadoux qui vint crier k 
notre porte : 

— Messieurs, d£p£chez-vous!... Le soleil va se lever... 

— Monte la-haut si tu veux, grogna Tristan qui achevait de 
boucler ses guetres, moi je file... Je me soucie du lever du soleil 
comme d'une guigne!... Toutes les aurores ne m'dteraient pas le 
noir que j'ai dans l'&me. 

— Mais moi, mon cher, r£pliquai-je, moi qui n'ai pas de peines 
d'amour sur le coeur, je ne me soucie pas d'etre venu ici pour ne 
rien voir. 

II remarqua ma mine disappoints et eut probablement honte 
de son 6goisme : 

— Au fait, reprit-il, je suis stupide... Allons, je t'accompagne. 
Nous gravimes silencieusement le raidillon qui conduit au 

tertre du Signal, et nous nous y assimes en compagnie de tou- 
ristes tr&s frileusement envelopp^s de plaids ou de ch&les. Devant 
nous, par-del& deux plans de montagnes encore noires, le Mont 
Blanc, teinte d'azur, d£coupait son dome et ses aiguilles sur un 
ciel pur dont les rougeurs s'avivaient de plus en plus & mesure 
que l'aube grandissait. A droite et k gauche du massif, des cimes 
lilas dentelaient l'horizon et fuyaient dans la brume matinale. 
Pen k peu les glaciers se color^rent d'un rose vif. Le soleil, tout 
d'un bond, surgit au-dessus des cr&ieaux de la Roche percee, et la 
chalne neigeuse 6tincela d'un bout k l'autre. Sur nos tetes, le ciel 
d'un bleu de turquoise 6tait traverse par de continuels vols d'hi- 
rondelles de montagne. A nos pieds s'£talait, comme une mer de 
pierres aux vagues fig6es, les Lapiaz qui dallent le plateau de 
Parmelan de leurs roches d6chiquet6es, aux crevasses bord^es 
de sapins k demi morts. Le soleil nous dardait maintenant ses 
traits d'or et nous enveloppait d'une tidde caresse. Tristan me 
d^signait de la main les cimes principales de la chalne : l'arete des 
Aravis, le Gharvin a la pyramide bleuatre, laTournette pareille k 
une colossale mitre d'eveque, les cones verdoyants des Bauges. 
Tout en parlant, il ne perdait pas de vue le groupe des touristes : 

— Elle n'est pas venue, murmura-t-il; puis brusquement, il 
ajouta : Partons! 

Je m'arrachai k regret k ce merveilleux spectacle et je suivis 
mon ami. Comme nous contournions le chalet, il nous fallut 
passer devant la chambre r6serv6e aux dames. Les deux bat- 
tants de la fenetre £taient ouverts, et Lucette, en train d'habiller 



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AU PARMELAN 15 

sa petite fille, fredonnait a mi-voix des bouts de melodies, des- 
tines a apaiser la p^tulante impatience de l'enfant. Tristan jeta 
un dernier regard vers la Lucette du temps jadis. Elle ne parut 
pas s'apercevoir de notre passage. Pendant que nous d£valions 
dans le sentier caillouteux, nous entendimes sa voix d'argent qui 
montait plus nette. Elle r£p£tait la rustique cantilene de la 
veille : 

Cest le cceur de ma mie 
Que j'ai blessg : 

« Mie, ma douce amie, 

Tai-je fait mal?... 
— Un petit peu, pas gu&re, 

Si j'en mourais, 
Un baiser de ta bouche 

Me gu^rirait... » 

A cet instant, le soleil embrasa les degr^s du Grand Montoir et 
nous distinguames, a droite, dans le fond, les eaux miroitantes 
du lac de Geneve; puis, tout au loin, les dents des Alpes valai- 
siennes... 

— Ah! s'Gcria melancoliquement mon compagnon en faisant 
sonner sa pique ferrde sur les cailloux, il n'y a pas de rochers si 
escarp^s que I'homme ne puisse escalader; c'est le bonheur 
dans l'amour qui, seul, est inaccessible. 

Andr£ THEURIET. 
20 d^cembre 1904. 



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Qirinze jours autour de 

1' Aiguille de la Republique 

Par H. E. Bbaujard 

u dernier coup de minuit — Tan 1904 
et la veille de la fete nationale — par la 
* porte a peine entre-bdiltee de la salle k 
manger du Montanvers, deux myste- 
rieux fan tomes se glissaient en silence, 
et rapides s'engageaient sur la route 
des Ponts. 

Pierres d6tach6es au passage, grince- 
ments de piolets sur la roche, chutes 
dbauchges t6t suivies d'exclamations 
dnergiques, tout — y compris la trem- 
blante lueur d'une lanterne — demon- 
trait jusqu'& l'6vidence qu'il s'agissait 
non de purs esprits, mais de specimens 
bien vivants de cette detestable race 
d'alpinistes que le reste de l'humanite qualifie d'un nom plus 
bref , dveillant aussitot Pidee de douche et de cabanon. 

A en juger par la grosseur des sacs qu'ils portaient et la lon- 
gueur des cordes enroutees autour de leurs 4paules, les nocturnes 
voyageurs devaient etre de Pespdce la plus dangereuse et bien 
murs pour Pinternement. 

Le mot de « Republique », chuchote entre eux avec une intona- 
tion plutdt menagante, eut sans doute intrigu6 quelque espion 
matinal, vite rassur£ d'ailleurs par les agissements pacifiques de 
ces conspirateurs d'un nouveau genre. II s'agissait, en effet, non 
point de changer la forme du gouvernement actuel, mais seule- 
ment de tenter Pescalade d'un contrefort des Grands Charmoz, 
dont Pextr6mit6 rappelle assez exactement une t§te de Marianne 
coiffee du bonnet phrygien. 
Lentement les deux ombres avangaient, coupant de biais la 




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*r 



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L'AIGUILLE DE LA REPUBLIQUE 17 

Mer de Glace, longeant la moraine qui s'etend sur la droite et 
gagnant le haut du Glacier de Trelaporte, ou les premieres clar- 
tes du jour permirent enfin de distinguer leurs traits. La plume 
de coq cr&nement piqu6e au chapeau, le visage encadre de su- 
perbes favoris, la physionomie ouverte et riante, on put alors 
reconnaitre l'excellent Joseph Simond, des Tissours. II pr6c6- 
dait et guidait 1'auteur de ce recit, « son voyageur » depuis quel- 
ques annees. 

Veritable oasis dans la plaine de neige, une belle pierre aux 
tons dores, plate, s&che, large k souhait, invitait k une premiere 
halte. D'un commun accord les sacs tomb£rent, mollement leurs 
possesseurs les rejoignirent, et voluptueusement allonges com- 
menc£rent k d&ester les flancs rebondis du sac aux provisions, 
tout en cherchant k la lunette la meilleure direction. 

Tels des coups de sabres gigantesques trouant la haute falaise 
qui tombe perpendiculaire sur le glacier, trois fentes semblaient 
indiquer la route. Mais, par malheur, bayant d'une vingtaine de 
metres, la levre sup&ieure ddbordant sur celle d'en bas, deux 
larges rimayes barraient le passage des couloirs les plus en- 
gageants. Nous n'avions pas l'embarras du choix. « Par file a 
droite », cria gaiement Joseph. Et bientot, alleges de nos deux 
sacs, quelques vagues provisions en poche, nous arrivions, grace 
k une gymnastique delicate, au pied de la troisieme chemin^e. 
Peu attrayante vue de loin, elle est pire vue de pr&s; tapiss^e de 
mousse glissante, tout encombrSe de cailloux instables et de rocs 
en surplomb, elle serait impraticable au grimpeur isole, puisque 
le principal mode de locomotion pour le guide consiste surtout k 
jnontersur les Spaules et, au besoin, sur la tete de son « Monsieur ». 
Le mauvais pas franchi, il lui reste encore k tendre la corde 
afin de permettre au marchepied vivant de se hisser a son tour. 

Loin de nous sortir d'embarras, trois heures de cet exer- 
cice violent ne reussirent qu'a nous amener sous un bloc depas- 
sant de telle sorte la verticale qu'il ne pouvait etre question de 
le franchir. Plus de chemin! Barr^ a gauche par une dalle lisse, 
il est coup^ a droite par une muraille verticale ou s'aper^oivent 
seulement quelques asp^rit^s tres espacees. S'y accrocher et s'ele- 
ver rapidement n'est qu'un jeu pour Joseph. Malheureusement, 
seduit par la bonne apparence d'une vire de la largeur de la main 
il ne tarda gu£re k se mettre dans une situation critique, la plus 
critique peut-etre de sa longue vie d'alpiniste. Suspendu k une 
vingtaine de metres au-dessus de ma tete, les souliers d^bordant 
de telle sorte que j'en compte aisement tous les clous, je l'en- 

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48 IT. E. BEAUJARD 

tends crier qu'il ne peut plus avancer ni reculer. II semblait im- 
possible de le secourir k temps; je tentai pourtant 1'escalade de 
oinq ou six metres et passai la corde autour d'une sailliesolide, 
afin d'amortir la chute que je prSvoyais imminente. A Pinstant 
oti j'imaginais un corps tournoyant dans Pespace, je vis mon 
homme faire un bond terrible, 6treindre Parete prochaine, ronde 
et polie, et disparaltre avec des glissements de reptile. Deux mi- 
nutes plus tard, un joyeux jodel m'intimait Pordre dememettre 
en marche. 

Jointes & la pressante sollicitation de la corde, quelques disar- 
ticulations forcen^es me firent franchir l'abominable passage. 
Une accolade prolong^ au flacon « des grandes Amotions » remit 
tous les esprits en bon point. Rapidement alors, et sans diffi- 
cult^s s^rieuses, nous arpentons la crete trSs d6chiquet£e de Tr£- 
laporte pour arriver, vers 2 heures, en un point peu 61oign£ des 
curieuses roches dites « Cornes de Cerf » d'oii P Aiguille de la 
Republique (3.305 metres), tr6s proche, est bien visible. 

De cet observatoire nous consid£rons, non sans une trds na- 
turelle anxi6t£, ce que nous pensons etre les obstacles suprfones 
a la realisation de notre but. Un meme cri nous 6chappe, suivi, 
chez le « grand chef », d'un torrent depressions pittoresques et 
intraduisibles. En face de nous se dresse une suite de contreforts, 
colossales montagnes russes, dont les monies et les descentes k 
pic nous am&ieraient finalement beaucoup trop bas et nous obli- 
geraient a attaquer P aiguille par une face qui pr^sente d'6normes 
plaques, toutes plus inexpugnables les unes que les autres. 

Au milieu des difficult^ pr6c6dentes, si p6niblement vain- 
cues, nous avions quelque peu n6glig6 de surveiller P6tat du ciel. 
Mai nous en prit! Pr6c6d6es d'un coup de tonnerre, de larges 
gouttes d'eau vinrent nous rappeler k Pordre, et il nous sembla 
prudent d'abr£ger une course desormais inutile. La pluie accom- 
pagnait en averse notre marche en arrtere, la rendant plus p6- 
nible de minute en minute. A la corde double nous redescen- 
dons notre fameux couloir, oti un 16ger filet d'eau, peu k peu 
transform^ en ruisseau, puis en cascade, nous suit on ne peut 
plus d£sagr6ablement, entrant par les manches, par le cou, pour 
se r^pandre sous nos vetements avec maints detours originaux 
et imprevus, et se perdre dans la prof ondeur de nos bottes ferries. 

Afin d'6viter cette douche intolerable, j'ai l'id^e, plutdt mal- 
encontreuse, de m'engager dans une fente voisine, relativement 
seche, qui nous am6ne tout droit k un k pic d'une centaine de 
pieds, separ£ du glacier par une coupure de plusieurs metres. De 



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L'AIGUILLE DE LA RtiPUBLIQUE 49 

remonter il n'^tait pas question. Aussi bien, Joseph, doublant k 
nouveau la corde, dut-il, Dieu sait comment, se laisser couler 
fort bas pour atteindre, k Paide de mouvements aussi peu com- 
modes que varies, la fin du « couloir salle de bain ». D'un saut gra- 
cieux il franchit la rimayeetse trouva sur le glacier, oti sous son 
habile direction j'arrivai bientdt, directement etsans encombre. 

Les Eclairs redoublaient, le tonnerre roulait sans discontinuer, 
la pluie faisait rage. A une folle allure nous rejoignons nos sacs, 
toques pitoyables que nous cueillons au vol, et traversons, tou- 
jours courant, la Mer de Glace et le Montanvers, pour arriver 
vers 7 heures k Chamonix , dans un 6tat lamentable et de Phumeur 
qu'on voudra bien imaginer. 

M6contents certes, et battus, oui, nous Potions. Pourtant de 
cette tentative si piteusement avort^e divers enseignements sub- 
sistaient : impossibility Svidente du passage parTr&aporte, pro- 
bability d'arriver en descendant du sommet des GrandsCharmoz, 
n£cessit£ d'etre au moins trois et d'emporter pas mal de corde... 

Des engagements pris avec un colldgue de Paris, qui, fiddle &sa 
parole, tomba au milieu des petards, bombes et autres rSjouis- 
sances du 14 Juillet, nous men&rent, le 15, coucher au Col du 
G£ant, pour grimper le lendemain la face N. de P Aiguille du 
G^ant, redescendre par les cables et rentrer le soir k Chamonix. 
Un temps douteux fut le prStexte d'agr&tbles fl&neries, et une 
excuse pour paresser le 17 et le 18. 

Le 19 seulement, en compagnie de cent mdtres de corde, Jo- 
seph, son frSre Louis, et moi montions dormir quelques heures 
au petit mais confortable chalet du Plan des Aiguilles. A mi- 
nuit, non sans pittoresque, nos lanternes sautillaient comme des 
feux follets parmi les Sboulis et les crevasses des dStestables gla- 
ciers qui prSc&dent les Nantillons. Risquant uneentorse k chaque 
pas, nous atteignons enfin la derniere moraine, oil un sage de la 
troupe fait judicieusement observer que Pabord rocheux du pro- 
montoire du Rognon sera difficile avant le jour. « Si Ton faisait 
un somme? » D'enthousiasme la proposition est accepts et Pon 
s'6tend c6te k c6te sur Pherbe rare, ronflant vite k qui mieux 
mieux. Le sommet des Grands Charmoz ne fut atteint qu'& 6 
heures, gr&ce aux douceurs prolongSes de cette halte. Nous do- 
minions alors d'une centaine de mdtres notre ennemie encore 
lointaine. Une discussion passionn^e s'engagea dds lors sur la 
meilleure voie k prendre pour Paborder. II fallait tout d'abord 
trouver le moyen de gagner la grande chemin^e tombant dans la 
direction de la valine du G6ant, entre les Charmoz et le Gr^pon, 



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20 H. E. BEAUJARD 

la descendre assez bas, escalader une petite aiguille bien visible; 
puis les plus avisos s'accord&rent & dire qu'arrives \k « on ver- 
rait ». Et nous voici furetant a l'aventure, dans l'espoir de trou- 
ver la bonne piste. Le premier, Louis, parvenu au pied du a Ba- 
ton Wicks », nous crie qu'il y a de ce cdt£ quelque chose ressem- 
blant k un passage. Aussitot Joseph prend la t§te nous priant, 
sur un mode imperatif, « d'avoir k veiller sur nos pieds, sur nos 
mains, et de nous faire aussi legers que possible ». Eleves dociles, 
nous franchissons k sa suite des amonoellements de rocs si per- 
fidement entass^s, que les chateaux de cartes b&tis par les en- 
fants sont, aupres d'eux, chefs-d'oeuvre de solidity. Sans ennuis 
s^rieux, mais lentement, nous atteignons le sommet choisi 
comme poste d'observation. Par del& une longue arete et une 
profonde coupure qui nous en s^parent encore, la tete de la 
R^publique nous apparait toute proche etsembleseriredenous. 
Nos jambes refusent le service, nos estomacs crient famine, 
l'heure est avanc^e, et il devient Evident que nous 6chouerons 
encore dans notre tentative. Pourtant, avant la retraite, laissant 
Louis nous tenir la grande corde de 50 metres, rendue utile par 
un verglas perfide, Joseph et moi parcourons la crete jusqu'& 
son extr£mit6. Entre nous etla cime encore viergeaucun obstacle, 
si ce n'est la br^che, large de cent metres, profonde du double. 
De tous nos yeux nous toisons le monstre. H61as! la route, &peu 
pr£s possible jusqu'& une quarantaine de metres du sommet, se 
redresse ensuite jusqu'& atteindre la verticale, absolument lisse, 
ne laissant de plus aucun recul pour permettre le lancement de 
la corde suppl£mentaire. D£pit6, je regarde le « grand chef » pour 
lui communiquer mes tristes impressions et je laisse a penser 
quelle est ma stupeur en le voyant hocher la tete d'un air tres 
satisfait. a Qui, c'est bien ga, je crois que nous la tenons. 
« Devenez-vous fou, Joseph! vous ne voyez done pas?... 

— Mais si, mais si. 

— Eh bien! alors? 

— Ah! voil&; c'est que... 

Et myst^rieusement le bon Joseph me confie qu'il a vu dans 
quelque livre un objet qui nous tirera de peine, capable de faire 
ce que creature au monde ne pouvait ici tenter, et que cette mer- 
veille n'est autre qu'une arbal<He d'un module special. 

Une arbalete! Justes cieux!! 

J'en fis un tel bond, oubliant l'ablme proche, que je faillis 
d'un seul coup gagner le Glacier de la Thendia, ce qui aurait 
£vit£ k l'auteur de la proposition une s6rie de qualificatifs plut6t 



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L'AIGUILLE DE LA R^PUBLIQUE 21 

desagreables, et clos pr^maturement un monologue orageux oft 
passaient, frequents, les mots ridicule, stupide, insensS. Tran- 
quillement, en homme sur de lui, Joseph laissait passer la bour- 
rasque dont la violence meme faisait pressentir la bri6vet6. 
IntriguS par la v6h6mence de nos gestes et croyant & quelque 
sensationnelle dScouverte, le porteur s'6gosillait en appels et en 
questions. Peine perdue!... Au risque de lui voir rompreses cordes 
vocales, nous le laissons crier, prenant sans mot dire le chemin 
du retour, et parcourant tant6t k quatre pattes, tantot debout 
en Squilibre instable, la mince ligne de f aite. Ce f aisant,ma f ureur 
se calme; par un strange revirement, au fur et k mesure que 
s'augmente la distance entre nous et le pic convoite, l'idee folle 
me semble plus digne d'examen, quasi acceptable. Louis n'est 
pas encore rejoint que je declare k Joseph son projet excellent. 
« Par exemple, lui dis-je, si nous r&ississons ainsi, attendons- 
nous k etre trails de la belle fagon par les alpinistes purs, et 
encore plus mal par les v6n£rables pontifes, juges et gardiens des 
saines traditions, qui ne manqueront pas de proclamer doulou- 
reusement que nous ne sommes que de vulgaires acrobates. » 

Impossible de rendre l'incommensurable m6pris avec lequel 
Joseph r^partit : a Oh! vous savez, les pontifes c'est bon pour... 
ici des mots un peu durs que je traduis par... pontifier. Je n'ima- 
gine pas que la crainte de leur opinion nous prive de faire une 
course qui nous a donn6 d6\k pas mal de tracas. Quant aux vrais 
grimpeurs, ils pourront venir au pied de PAiguille, et si Fid6e 
de passer la corde leur d^plait, escalader la face que nous voulons 
gravir sans son aide... le jour ou il leur sera pouss6 des ailes. » 

Louis, mis enfin au courant de nos desseins, les approuve plei- 
nement. Paisiblement nous reprenons la direction du Plan des 
Aiguilles, ou nous arrivons pour diner. A Chamonix, le lende- 
main, la premiere occupation fut de courir au t616phone deman- 
der Fenvoi imm&liat d'une des armes chores k Guillaume Tell. 

Les 22, 23, 24 Juillet se passdrent en Pattente d'un colis qui 
ne nous fut livr6 que le 25. Aussitot, la caravane, augments 
d'un solide porteur, Alfred Tournier, monte installer un bivouac 
que de violentes perturbations Slectriques, accompagn^es de 
grele et de pluie, la forcent d'abandonner pr^cipitamment. Un 
deluge condamne a Pinaction les deux jours suivants. ! 

Le 28, partis de bonne heure, tous les quatre, avec un bagage 
imposant, nous 6tablissons un campement tr&s haut dans les 
Grands Charmoz, & 3.200 metres environ. Une grotte, k la voute 
peu £lev6e, mais au sol bien plat, et suffisante pour nous loger 



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22 H. E. BEAUJARD 

tous, offre un abri pr6cieux, transforme en veritable palais par 
des couvertures artistement disposes. Mettant des lueurs de 
fournaise sur une vaste mer de nuages, le soleil, en une gloire 
triomphante, disparait sous nos pieds. Par d'insensibles gradua- 
tions, les rouges d'incendie p&lissent, faisant place k des roses 
violac^s, k des verts d'6meraude fondus en gris d£licats, auxquels 
succedent des sepias d'une profondeur et d'une intensity mer- 
veilleuses; puis tout s'6teint, tandis que des hautes cimes tombe 
sur la valine une paix majestueuse. 

Le lendemain, 29 Juillet, eveillSs assez tard, nous partons a 
4 heures, suivant sans encombre le chemin d£j& connu. Dans la 
descente, pour arriver au couloir situ6 au pied de la R6publique, 
les grandes difficultes surgissent. Les prises sont rares, fort espa- 
c6es, et si peu sfires que Futility de la corde devient contes- 
table; le moindre faux pas d'une des unites eftt mis toute l'exp6- 
dition en tres vilaine posture. Fort heureusement on en fut 
quitte pour quelques lambeaux d'^piderme ou de vetements 
abandonn& k des saillies ac6r6es autant qu'astucieuses. 

L'aiguille attaqu6e avec une rare violence se d^fendit 6nergi- 
quement. Chemin6es en surplomb, dalles lisses d&nesur^ment 
inclines sur le vide ne suflisent pas k diminuer notre elan ; do 
r^tablissements en r^tablissements, nous parvenons k une Stroite 
plate-forme, longue d'environ cinq metres, au pied d'un mur de 
m§me hauteur parfaitement poli. Nous reprenons haleine, tandis 
que Joseph avisant au sommet de la muraille un bloc de quel- 
ques milhers de kilos, fort propice, semble-t-il, k nous venir en 
aide, reussit k y passer la corde double. A peine s'est-il 61eve 
d'uh mdtre que des cris d'horreur nous 6chappent. La masse en 
6quilibre instable s'est d6tach6eetglisse surnous. Prompt comme 
r^clair notre chef se jette hors de la ligne de chute, pendant que 
nous faisons sur cette vire large de moins d'un metre un saut 
prodigieux. Avec un epouvantable fracas, faisant trembler notre 
6troit perchoir, le terrifiant projectile croule et s'effondre, pas- 
sant & dix centimetres de l'imprudent qui Ta mis en mouve- 
ment. Reaction de la terreur ressentie, un f ou rire nous saisit en 
contemplant nos mines respectives. Quelques minutes de repos, 
employees k faire disparaitre le contenu du flacon « des grandes 
Amotions », d^tendent nos nerfsdouloureusement impressionn^s. 
L'obstacle restait k franchir; une perilleuse pyramide humaine 
est alors tent6e. Joseph k qui 6choit la t&che delicate de cou- 
ronner l'6difice s'en tire avec une 16g£ret6 et une rapidite qui lui 
valent l'unanime approbation de tous les Echelons inferieurs. 



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L'AIGUILLE DE LA R^PUBLIQUE 23 

Joyeusement il nous apprend que nos peines sont finies. Quel- 
ques instants apr&s, en effet, nous sommes tous au pied du bloc 
final. Une bouteille trouvSe en cet endroit nous confirme ce que 
nous savions d6]k, k savoir qu'en compagnie d'un des meilleurs 
grimpeurs actuels, bien connu des habitues du Montanvers, le 
guide Joseph Ravanel, notre ami (k qui survenait huit jours plus 
tard un terrible accident k l'Aiguille Sans-Nom), £tait d6]k par- 
venu jusque-l&. 

Un court entr'acte nous permit d' absorber nos dernieres pro- 
visions, et vers 3 heures environ commen$a la lutte supreme. 
Tous les coeurs battaient, j'en r£ponds, quand l'arbal&tese d6ten- 
dit, envoyant au plus haut la fl&che conductrice; par un hasard 
remarquablement heureux, la corde de soie fut entralnSe juste 
au bon endroit, dans une 6chancrure qui semblait faite k souhait 
pour l'empScher de glisser. Restait k effectuer le passage du 
porteur qui devait, de l'autre cdt6 de 1'arSte, s'en aller nous servir 
de contre-poids. Vers 5 heures, aprSs une s6rie de manoeuvres 
oH il risquait vingt f ois sa vie, Louis nous avertit qu'il 6tait solide- 
ment camp6 et pret k remplir son role. 

En avant! Non sans une trSs vive Amotion je vois Joseph 
quitter sa veste, enlever tout ce qui peut l'alourdir, sauf pour- 
tant ses chaussures — dont l'abandon discut6 fut r^solu par la 
negative — et mettre le pied sur l'6paule d' Alfred pour franchir 
les premiers metres qui surplombent. Bientdt je le perds de vue, 
seul le bruit de ses clous Sraflant le granit me parvient. Quelques 
minutes s'^coulent, interminables. Tout k coup un cri sauvage, 
extraordinaire hurlement dont le son n'est pas prds de sortir de 
ma m£moire, nous annonce son heureuse arrivSe. II est exacte- 
ment 5 h. 13 minutes. 

A mon tour! Sans trop de peine j'arrive a mi-chemin; le dieu 
des alpinistes a plac6 \k un petit piton de roc, merveilleusement 
assujetti pour recevoir le bout du pied et permettre un temps 
d'arrdt. La deuxteme partie de 1'escalade me semble dure, beau- 
coup plus dure. Les noeuds faits k la corde me paraissent inima- 
ginablement espac^s; les deux derniers metres surplombent et 
sous 1'ceil bienveillant de mon pr6d£cesseur (lequel peut bien 
faire des voeux pour moi, mais non me preter la moindre assis- 
tance) je parviens avec des efforts inouis k passer la tSte et les 
bras sur la cr§te. Cinquante metres plus bas, coupee d'un large 
rire de satisfaction, la face 6panouie de Louis me faisait songer 
a la lune en son plein contempl£e au fond d'un puits. Une con- 
vulsion dernidre me met k califourchon aux c6t£s de celui a qui 



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±1 H. E. BEAUJARD 

nous devions la victoire, et une cordiale poign^e de main sup- 
ptee k d'inutiles discours. 

Facile k decrire le sommet! C'est Pexacte reproduction du 
portique qu'etant soldats nous avons bien souvent franchi; tou- 
tefois si la longueur est k peu pr&s la meme, la largeur est insi- 
gnifiante. Deux souliers de montagne ne trouvent pas oii se 
poser cote a cote. Un seul pied est solide, l'autre vagabondant 
devant ou derri&re son compagnon ou encore dans le vide au 
choix de son propriStaire. 

Joseph semble trouver cette position toute naturelle. II se 
16ve et parcourt a toute allure les quelques metres libres, en 
agitant tumultueusement son chapeau et en poussant des jodels 
victorieux. Je dois ici confesser que, voulant Pimiter (et bien 
que peu sujet au vertige), j'£prouvai la tr&sd£sagr6able sensation 
d'un balancement accentuS de PAiguille, roulage et tangage 
d'un nouveau genre, bien capable de donner un mal analogue 
au mal de mer. II me fallut faire appel k toute ma volonte pour 
triompher d'une aussi p&iible impression, et pour entendre 
debout les trois coups de canon qui saluaient notre rSussite. 

La descente ne fut qu'un jeu et deux minutes suffirent plei- 
nement k d^valer les 32 metres si p6niblement enlev^s k la force 
du poignet; 6 heures sonnaient quand toute la troupe se trouva 
de nouveau r£unie. Notre grotte si luxueusement installs, et oil 
nous comptions passer une seconde nuit, £tant beaucoup trop 
61oign£e, il fallut se contenter d'un moins confortable bivouac. 
Cranement, sans inutiles recriminations, en gens qui ont fait 
leur possible pour l'eviter, tous l'accepterent. C'^tait une 6troite 
plate-forme, sise k 3.100 metres et juste suffisante pour nous 
recevoir tous. Scrutes avec soin, les sacs nous fournirent pour 
toute provision cinq morceaux de sucre passablement £corn6s... 
et il nous resta pour consolation de l'actuelle disette la pens6e 
des plantureux festins du retour. Trop 6nerv6s par la lutte, 
nous ne sentions gu£re la fatigue, et jusqu'a minuit les histoires 
se succ^ddrent, tragiques ou joyeuses. Pourtant un k un les con- 
teurs s'assoupissaient...Tout autour de nous les 6toiles,en rangs 
serres, clignotaient malicieusement des yeux, semblant se presser 
pour nous contempler. Subitement, les effagant presque, derridre 
le Mont Mallet, la lune en son plein 6mergeait, phare dnorme, 
inondant d'une lueur feerique les rocs et prStant aux glaciers 
l'apparence de grands fleuves aux flots diamante. Nobles et 
hardis los pics s'erigeaient dans sa clart6 laiteuse, Levant vers 
le ciel des silhouettes d'une nettet6 surprenante; doucement 



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L'AIGUILLE DE LA R^PUBLIQUE 25 

lumineuses, presque irr£elles, les lignes du paysage s'estompaient 
comme vues en reve. Tout rempli cependant d'<Hranges harmo- 
nies, un silence solennel planait sur nous. Nettement la sensation 
de Finfini m'envahit, et plein d'angoisse j'6prouvai Timp^rieux 
besoin de contempler mes compagnons, petites ombres confuses, 
et d'entendre leur respiration dont le faible bruit troublait & 
peine la sublime majesty de cette sc&ne... 

Je commensals k m'assoupir lorsque, filtrant entre mes pau- 
piSres closes, un Eclair soudain me fait ouvrir les yeux. Toujours 
ing£nieux Joseph a d£nich6, dans un recoin secret de son sac, 
quelques morceaux de bois destines k consoliderdespitons mais 
demeur^s sans emploi: il les a d6coup6s et en a obtenu unbeau 
feu clair et p^tillant. Non moins habilement il a dispose autour 
des pierres bien plates, et quand, trop t6t h61as, la flamme se 
meurt faute d'aliment, le brave guide nous les distribue, bru- 
lantes, en nous indiquant le mode d'emploi; une dans le dos, une 
sur la poitrine et nous pourrons braver le froid qui se fait ter- 
riblement sentir. J'entends encore les rires provoqu^s par Pahu- 
rissement d'un des porteurs, arrach£ k ses songes pour recevoir 
ces chaufferettes originales et d'un module in&Iit. 

Jusqu'4 4 h. un sommeil sans reves tint nos yeux ferm^s. 

Apres un substantiel autant que rapide dejeuner, dont le cin- 
qui&me et dernier morceau de sucre, fraternellement partag6, 
fit tous les frais, nous reprimes comme de paisibles bourgeois le 
chemin connu. II eut 6t6 presque agr£able, sans une soif terrible, 
que nous eumes tous la sottise de rendre intolerable en absor- 
bant de la neige en quantity immod£r6e. Une caravane, qui op6- 
rait la travers^e des Charmoz, fut quelque peu stup^faite de nous 
voir surgirau pied du B&ton Wicks. La laissant k son £tonnement 
nous d£val&mes k toutes jambes vers nos provisions qui, rejointes 
k 9 heures, disparurent en moins de rien. A midi nous dinions 
au Plan des Aiguilles, ou les tenanciers — dont j'ai plaisir k faire 
ici l'^loge, ayant 6t6 gkt6 par eux — nous firent la plus cordiale 
reception. Commences Ik avec entrain, les r^jouissances ne 
prirent fin qu'& des heures indues, le lendemain k Chamonix. 

Pour en finir, j'espSre qu'un jour — prochain peut-etre — une 
voie d'accds plus courte, sinon plus facile, sera trouv^e, suppri- 
mant un bivouac dont il n'est gu£re possible de se passer par la 
route que nous avons suivie, et rendant faisable en un jour une 
course tr&s digne d'int£resser tous les amateurs de rochers. 

H. E. BEAUJARD 



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La Mesure des Hauteurs 
par la Chute des Corps 



Par Henri Vallot 



tand on abandonne k lui-mgme un corps dense 
6 quelque hauteur au-dessus de la surface du 
sol, il prend, sous Pinfluence de la pesanteur, 
un mouvement acceiere, et sa vitesse va crois- 
sant. Si la chute de ce corps avait lieu dans le 
vide, elle suivrait les lois du mouvement unifor- 
mement acctlere, quo Ton etudie en physique 
et en m^canique; on sait que, dans ce mouve- 
ment, l'accroissement de la vitesse est propor- 
tionnel au temps 6coule depuis l'origine du 
mouvement, et l'espace parcouru par le corps 
est proportionnel au carre de ce temps; ainsi, 
si au bout d'une seconde le corps a acquis une vitesse carac- 
t£ris6e par le cbiffre : 9 m. 80 par seconde, au bout de cinq 
secondes ce m§me corps a acquis une vitesse cinq fois plus con- 
siderable, qui serait caract6ris6e par le chiffre • 49 m. par 
seconde. Si, au bout de la premiere seconde, le corps a parcouru 
dans sa chute un espace de 4 m. 90, au bout de cinq secondes il 
aura parcouru un espace vingt-cinq fois plus considerable, soit 
122 m. 50. On trouve, dans les aide-memoire de mecanique, des 
tables toutes calcuiees donnant les elements de la chute des 
corps dans le vide (1). 
On connatt Pexperience faite, dans les cours de physique, pour 

(1) Dans son remarquable article : Technique de I'alpinisme insere danale 
Manuel d'Alpimsme, M. Maurice PaUlon a donn6 (p. 445) un petit extrait 
de ces tables. C'est la lecture de ce passage, et la nScessitG d*y apporter 
un tres notable correctif qui nous a sugger6 Hdtfe de r6diger la presente 
note. 



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LA MESURE DES HAUTEURS PAR LA CHUTE DES CORPS 27 

prouver que tous les corps tombent dans le vide avec la meme 
vitesse : on place au fond d'un long tube de verre entierement 
ferme, dans lequel on a prealablement fait le vide, des corps de 
toute nature : des fragments de metaux divers, de bois, de liege, 
des barbes de plume, etc.; le tube etant maintenu dans une 
position verticale, on le retourne brusquement bout pour bout: 
tous ces fragments, partant ensemble du sommet du tube, 
arrivent ensemble au bas; le liege et le plomb, malgre leur grande 
difference de density, s'accompagnent dans tout le parcours du 
tube, comme s'ils avaient ete rendus solidaires Tun de l'autre. 
Inutile d'ajouter que, si on renouvelle la meme experience dans 
le tube rempli d'air, on constatera de grandes inegalites de vi- 
tesse dans la chute de ces diff6rents fragments : ceux qui, k £ga- 
lite de masse, offrent k l'air une plus grande surface, eprouvant 
de la part de celui-ci une plus grande resistance, mettront plus 
de temps pour arriver au bas; ou, si Ton veut, de deux corps, 
pr^sentant la mdme surface exterieure mais ayant une masse 
diflterente, le corps le plus dense arrivera au bas plus vite que 
Pautre. 

On peut conclure de cette experience que la loi de la chute des 
corps dans Pair diff&re de celle de la chute des corps dans le 
vide; nous allons montrer que l'ecart s'accentue rapidement 
avec la hauteur; aussi, pour des hauteurs un peu considerables, 
la divergence est telle, que Ton commet une erreur grossiere en 
substituant, comme on l'a fait trop souvent, Tune de ces lois k 
Pautre. 

Avant de poursuivre notre etude, rappelons que, en meca- 
nique, on evalue generalement la vitesse en mitres parcourus par 
seconde; beaucoup de personnes ne sont point familiarisees avec 
cette unite; elles se representent plus volontiers la rapidite d'un 
mouvement en le comparant k celui des objets qui se meuvent 
k la surface du sol, laquelle s'exprime generalement par le 
nombre de kilometres parcourus par heure; rappelons que Ton 
passe aisement de la premiere expression & la seconde en mul- 
tipliant la premiere par le facteur 3,6 : ainsi une vitesse de 
10 metres par seconde equivaut k une vitesse de 36 kilometres 
par heure; la transformation inverse se fait en divisant par'ce 
meme facteur. On peut done dire que des vitesses, exprimees 
en metres par seconde, de : 

1,50 5 10 20 30 40 50 

equivalent k des vitesses, exprimees en kilometres par heure, de : 

5,4 18 36 72 108 144 180 



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ma HENRI VALLOT 

que Ton peut se figurer comme repr&entant successivement : la 
marche de Phomme k pied, celle du cycliste, des automobiles et 
des trains de chemins de fer moins ou plus rapides ; enfin celle 
des r^cents essais de traction 61ectrique sur voie spSciale, dans 
lesquels Ton a atteint et meme d6pass6 l'&iorme vitesse de 
200 kilometres a l'heure (i). 

Lorsqu'on soumet k Tanalyse math^matique le probleme de 
la chute d'un corps dans un fluide tel que Fair, en admettant 
[ce qui est suffisamment exact dans les limites du ph6nom&ne 
etudte (2)] que la resistance de ce fluide au mouvement du corps 
croit comme le carr6 de la vitesse de celui-ci, on trouve que cette 
vitesse, loin d'augmenter ind&inimcnt comme dans le cas de la 
chute dans le vide, tend vers une limite fixe qui est bient6t 
atteinte, pratiquement du moins; il en r&ulte qu'a partir de ce 
-moment le mouvement du corps peut etre consider^ comme 
uniforme. 

Nous ne donnons pas ici le developpement des calculs qui ne 
pr6sentent aucune difficult^ particuli&re (3); nous reproduisons 
seulement les deux formules finales : 

Vitesse au bout du temps I : 

Hauteur de chute au bout du temps t : 
& = 2,3026 1- log. g + / 

a est la vitesse limite d£finie prdcSdemment; elle a pour 
expression : 



rt = V*s 



P est le poids du corps; S Taire de sa section normalement k la 

(1) Revue generate des chemins de fer, numero de novembre 1904, p. 311. 

(2) Voir a ce sujet les conclusions de M. R. Soread sur une Nouvelle lot 
de la resistance de Voir avec la vitesse. Bulletins de la Societe des ingcnieurs 
civils de France, octobre 1902, p. 464. 

(3) On ecrit l'expression de la force accekratrice, qui est, a chaque ins- 
tant, la difference entre Taction de la pesanteur et la rdsistance de l'air ; 
on integrc une premiere fois cette expression par rapport au temps, ce 
qui donne celle de la vitesse ; une seconde integration donne l'expressioii 
de la hauteur de chute : les constantes de l'integration se determinent aise- 
ment. 



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LA MESURE DES HAUTEURS PAR LA CHUTE DES CORPS 29 

direction du mouvement; k un coefficient caracteristique de la 
forme du corps et de la resistance du fluide; n represente la quan- 
tity- , g etant 1'acceieration de la pesanteur. 

Nous avons fait l'application de ces formules au cas d'une 
pierre qui p£serait 300 grammes et dont la section transversale 
serait de 30 cm 2 ; c'est un caillou de la grosseur de ceux qui 
servent k macadamiser nos routes, d'une dimension moyenne 
de 60 k 65 millimetres; nous avons attribue k k la valeur 0,10. 

Dans ces conditions, on trouve que la vitesse limite vers la- 
quelle tendrait cette pierre dans sa chute serait de 31 m. 62 par 
seconde (inferieure, par paren these, & celle atteinte par les trains 
les plus rapides); elle resterait toujours, en realite, en &e$k de 
cette limite, tout en s'en rapprochant de plus en plus; tandis 
que, si Ton admettait la loi de la chute dans le vide, la vitesse 
atteindrait dej& 49 m. au bout de cinq secondes, et 98 m. au bout 
de dix secondes. Quant k la hauteur de chute, elle serait respec- 
tivement, pour ces deux temps, 92 et 246 m. dans Fair, tandis 
qu'elle aurait atteint 122 et 490 m. dans le vide! On voit a 
quelles graves erreurs on serait conduit si Ton faisait abstrac- 
tion de la resistance de Fair; dans le cas de 10 secondes, par 
exempJe, on aurait estime la hauteur au double do en qu'elle est 
reellement ! 

Nous avons calcuie, avec les donndes indiqu£es ci-dessus, un 
tableau des hauteurs de chute (qui termine notre article), pour 
des temps variant par cinqui&me de seconde, jusqu'a 15 se- 
condes; la hauteur correspondante, de 400 m., est probablement 
sup&rieure k celles qu'on aura la possibility de mesurer par ce 
proc6de. 

Nous avons eu recemment l'occasion de verifier, par une 
application pratique, l'exactitude de notre calcul. La route de 
Saint-Gervais-les-Bains k Megdve franchit, pr&s de Saint-Ger- 
vais, le torrent du Bonnant sur le Pont du Diable, dont la hau- 
teur, mesur^e directement, est de 54 m. depuis Peau du torrent 
jusqu'au sommet du parapet; d'autre part, nous avons constate, 
par plusieurs essais, qu'il s'ecoule 3 s.6 k 3 s. 7 depuis h moment 
ou une pierre, de la grosseur de celle que nous avons prise comme 
type, quitte le sommet du parapet jusqu'& celui ou on la voit 
atteindre la surface de Peau; d'aprds notre table ces chifFres cor- 
respondent k 53 m. 5 et 56 m. 1, resultat satisfaisant, eu egard 
au degre d'approximation du procede. 
* II n'est peut-Stre pas inutile d'ajouter ici quelques mots sur 



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30 HENRI VALLOT 

la manure d'estimer le temps k 1/10 de seconde pr£s, inspire 
de celle employee dans les observations astronomiques de cam- 
pagne (1). Voici quelle est notre fa$on d'operer : l'observateur, 
muni d'une montre ordinaire k secondes, doit pr^alablement 
s'exercer k compter avec surete les cinquHmes de seconde, de la 
manure suivante : 5, 1, 2, 3, 4, 5, i, 2, 3, 4, 5... Le premier 5 se 
compte au moment oil l'aiguille des secondes passe sur un chiffre 
rond de dizaines, 60, par exemple; puis, k chacun des cinq sui- 
vants, on l&ve un doigt et le dixi&ne doigt doit se lever au mo- 
ment precis ou l'aiguille des secondes passe sur la division 10. 
Lorsqu'on a rep6t6 plusieurs fois cette legon au moment de 
l'observation, et que l'on a bien la cadence dans la tete, on peut 
proceder a l'experience. On l&che la pierre au moment precis oft 
l'on compte 5; puis on continue a compter tant que la pierre des- 
cend, en levant un doigt a chacun des cinq suivants. Supposons 
maintenant qu'au moment oti Ton a vu la pierre frapper le fond, 
la numeration des cinquidmes etait entre 3 et 4 : cela signifie 3% 
cinquiemes, oti 7 dixiemes; supposons de plus que trois doigts 
soient leves; on dira : 3 secondes 7 dixiemes. II est bien entendu 
que, pour plus de surety, on repetera plusieurs fois l'experience. 
II est clair que l'observation se fera avec plus de facility et de 
securite si Ton dispose d'une montre dont le balancier batte 
exactement les cinquiemes (ce qui n'est pas toujours le cas); on 
approchera alors la montre de l'oreille, et Ton comptera comme 
ci-dessus, en suivant la cadence du balancier. 

L'approximation obtenue depend evidemment, d'apres ce 
qui vient d'etre dit, de l'habilete de l'observateur; mais il suffit 
d'examiner notre tableau pour se rendre compte qu'il faut s'at- 
tendre, pour des hauteurs un peu considerables, k une incer- 
titude d'au moins 3 metres, rien que par suite del'erreurcommise 
sur l'estimation du temps, sans compter celle provenant de ce 
que les hypotheses admises dans notre theorie ne se trouveront 
jamais exactement realisees. Toutefois, il est certain que ce mode 
d'appreciation des hauteurs peut rendre service, en l'absence de 
moyens de mesure plus precis. 

Dans tout ce qui vient d'etre dit, nous avons suppose que 
l'observateur voit la pierre atteindre le fond; mais il arrive sou- 
vent qu'il Venlend, mais ne peut la voir, soit par suite de quelque 
obstacle, soit k cause de Pobscurite; dans ce dernier cas, le temps 

(1) Consulter notamment : Topographie pratique de reconnaissance et 
d' exploration, par E. de Larmikat, p. 188, 250, 295. 



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LA MESURE DES HAUTEURS PAR LA CHUTE DES. CORPS 31 

observe se compose du temps que la pierre a mis & descendre, 
plus celui que le son a mis k remonter, et celui-ci n'est pas n6gli- 
geable pour les grandes hauteurs, car on sait que le son parcourt 
340 m. environ par seconde. II est n£cessaire alors de faire 
une correction que Ton obtiendra suf&samment exacte de la 
fa$on suivante. Supposons que le temps observe depuis le depart 
de la pierre jusqu'au moment oH on Tentend frapper le fond soit 
de cinq secondes; le tableau nous donne une hauteur provisoire 
de92 m. environ; il s'ensuit que le son a dfi mettre Os.5 k re- 
monter; done la pierre a mis seulement 4 s. 7 k descendre, ce qui 
correspond k une hauteur de 83 m. 3. 



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6.0 


424.5 


9.0 


244.3 


42.0 


308.8 


0.8 


0.2 


3.2 


43.6 


6.2 


127.5 


9.2 


220.5 


42.2 


315.1 


0.4 


0.8 


3.4 


48.5 


6.4 


133.6 


9.4 


226.8 


12.4 


321.4 


0.6 


1.8 


3.6 


53.5 


6.6 


139.7 


9.6 


233.4 


12.6 


327.8 


0.8 


3.1 


3.8 


58.7 


6.8 


145.8 


9.8 


239.4 


12.8 


334.1 


1.0 


4.8 


4.0 


64.0 


7.0 


152.0 


40.0 


245.7 


13.0 


340.4 


1.2 


6.9 


4.2 


69.4 


7.2 


158.1 


40.2 


252.0 


13.2 


346.7 


1.4 


9.3 


4.4 


74.9 


7.4 


164.3 


40.4 


258.3 


13.4 


353.0 


1.6 


12 1 


4.6 


80.5 


7.6 


470.5 


40.6 


264.6 


13.6 


359.4 


1.8 


15.1 


4.8 


86.2 


7.8 


176.7 


40.8 


270.9 


13.8 


365.7 


2.0 


18.5 


5.0 


91.9 


8.0 


183.0 


44.0 


277.2 


14.0 


372.0 


2.2 


22.1 


5.2 


97.7 


8.2 


489.2 


44.2 


283.6 


14.2 


378.3 


2.4 


26.0 


5.4 


103.6 


8.4 


495.5 


44.4 


289.9 


14.4 


384.6 


2.6 


30.1 


6.6 


109.5 


8.6 


204.7 


41.6 


296.2 


14.6 


391.0 


2.8 


34.4 


5.8 


145.4 


8.8 


208.0 


44.8 


302.5 


14.8 


397.3 


3.0 


38.9 


6.0 


421.5 


9.0 


244.3 


42.0 


308.8 


15.0 


403.6 1 



Les alpinistes ont quelquefois l'occasion de recourir au pro- 
c6de de la chute d'une pierre pour ^valuer la hauteur d'un escar- 
pement, la profondeur d'un gouffre; nous avons pens6 leur §tre 
utile en les mettant en garde contre une erreur trop r£pandue, et 
en leur donnant le moyen d'obtenir de ce proced£ toute l'ap- 
proximation qu'il peut comporter dans la pratique. 

Henri VALLOT 



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' EXPLORATIONS NOUVELLES EN 1904. 

Pointe O. dti Gh&telard (3.503 m.), Ascension par la face S. — 
Massif du Grand Roc Noir et de M6an- Martin, carte de France,. 
1/80.000% feuille 179 bis, Bonneval N. O. (1). 

La pointe O. du Chatelard est double : la corniche, dont le Glacier du 
Vallonbrun vient coiffer la crete, dans le voisinage de la cote 3.503 de 
la carte, pr&sente en efTet deux saillies culminantes, a peu pres Sgales,. 
entre lesquelles un couloir s'enfonce sur le versant S. Le sommet E. 
est seul visible de Bessans : la corniche y borde directement Tarete- 
rocheuse. Le sommet O/s'apercoit de tres loin dans la valine descen- 
dante : la corniche y surmonte un grand talus neigeux. 11 a paru que 
cette cime d£passait tres tegeroment sa voisine; peut-etre ne doit elle 
ce privilege qu'aux caprices du vent, distributeur de neiges d'hiver. 

Le 8 aoUt 1904, MM. R. Godefroy et J. Eminbt se sont 61ev6s 
directement de Bessans a la Pointe O. du Chatelard par les rochers 
de sa face E. Le sommet E. fut atteint en 4 h. 40 minutes. De 
celui-ci, M. R. Godefroy gravit seul le sommet O., 6galement par son 
versant S. (traversed du couloir intermediate, escalade du talus nei- 
geux et de la corniche). La descente se fit sur Bessans, en 2 h. 30 mi- 
nutes, par une voie peu diffe>ente de celle suivie a la montee. 

Les itine>aires d'acces a la Pointe O. du Chatelard sont actuelle- 
ment les suivants : 

1° A rites E. etO. — Premier parcours, le 5 aout 1880, par E. Ro~- 
chat et Blanc-le-Greffier, guide (2). — « Haute Route » de Bonneval a 
Lanslebourg. 

(1) Consulter, sur cette pointe, la monographic tres documentee : Le 
Massif de Mean-Martin,pa,v le Rev. W. A. B. Coolidge (Revue Alpine, 1901), 
p. 6-7, 10 et 4ti. 

(2) Annuaire du C. A. F., 4881, p. 104-113. 



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EXPLORATIONS NOUVELLES EN 1904 33 

2° Face N. (glacier). — Premiere ascension, le 25 juillet 1903, par 
H. Mettrier et S. Gromier, guide (1). — Mont6e directe de Font-Gail- 
larde, dans la valine de la Rocheure. 

3° Face S. (rocher). — Premiere ascension, le 8 aout 1904, par R.Go- 
defroy et J. Eminet (2). — Montle directe de Bessans, en Maurienne. 
Renseignements de M. R. Godbfboy. 

Pointes de Cdte Meutonnant (3.300 m. environ). — Massif 
de Scolette, carte de France 1/80.000% feuille 179, Saint-Jean-de- 
Maurienne S. E. 

Sur la rive gauche de TArc, entre les combes de Bramanette et du 
Fond, se dSveloppe une petite chatne a laquelle on peutconserverle 
nom de Cote Meutonnant, qui lui est attribue* sur la carte sarde. Elle 
se dStache de 1' arete qui borde a TO. la valine d'Etiache a la Pointe de 
Bramanette (3.279 m.), et se termine, vers la valine, par le Signal de 
Longe Cote (3.108 m.). 

Cette chalne est tres peu connue. Toutefois, des chasseurs du pays 
et des alpins Pont peut-etre visit^e : quelques habitants de Modane 
ont atteint Longe Cote; enfin, le 20 juillet 1898, MM. R. Godefroy 
et G. Jomier ont gravi, par son arete N. E., la Pointe de Bramanette, 
k laquelle la carte donne la preeminence. De cette cime, il fut for- 
mellement constate* que la crSte atteint des altitudes notablement 
superieures, dans sa partie moyenne, la ou figure, sur la carte, la cote 
3.277. 

Le 10 aoiU 1904, MM. R. Godbfboy, J. Eminet et R. Michard, 
s'elevant directement a l'E. des chalets du Fond, parvinrent, en 
2 h. 30 minutes, a la plus haute des pointes de Cote Meutonnant 
(3.300 m. environ) par des 6boulis et des rochers faciles. Un cham- 
pignon rocheux, de pres de 3 metres de hauteur, forme le sommet. Ce 
signal naturel fut surmonte* d'un inorme cairn. La crete S. E., dont 
les dentelures se passent ou se tournent aise*ment, conduisit en 35 mi- 
nutes a un deuxieme sommet, interieur au prexSdent mais supe>ieur 
encore a la Pointe de Bramanette. Un signal y fut 6galement cons- 
truit La descente se fit, en 1 h. 30 minutes, sur les chalets de Brama- 
nette par les couloirs rocheux de la face E. et le fond de la combe. 

Des pointes de Cote Meutonnant on jouit de tres belles vues sur la 
Maurienne, en particulier sur le massif de P6clet. L' Aiguille de Sco- 
lette, qui dresse a courte distance le superbe a pic de sa faceN. E., se 
presente sous un aspect des plus grandioses. 

Renseignements de M. R. Godbfboy. 

(1) Revue Alpine, 4904, p. 51. 

(2) Id., p. 360-361. 



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34 CHRONIQUE ALPINE 

Mont l'Aliet (3.115 m.). Massif de Belle Cote et duMont Jo vet. 
— - Les caries de Tttat-major Sarde (feuille xxxvn, M t. Iseran) et de 
PEtat-major francais (80.000% feuille 169 bis, Albertville S. E.), attri- 
buent ce nom au point culminant d'une arete tres escarped, situee 
dans la partie orientals du massif de Belle Cote. En r£alite\ ce sommet, 
qui, du village de Peisey, se pr&ente comme une pyramide reguliere 
au fatte extremement aigu, est appele\ par les habitants de la valine, 
YCEillette. Une troisieme denomination : Aiguille Grise ou Mont Blanc, 
se lit sur le plan cadastral de la commune, mais il semble que, dans les 
habitudes locales, on reserve ce nom a la partie me>idionale de l'arSte 
qui descend vers les chalets de la Plagne. Lors de la triangulation 
ex£cut£e pour la construction de la carte francaise, apres r annexion 
de la Savoie, le Mont l'Aliet a servi de signal de recoupement; 
mais aucune pyramide n'y fut construite, et il en a 6t6 de m6me 
en 1903, quand le Service g£ographique de Tarm6e a poursuivi, 
dans cette partie de la Tarentaise, T extension des plans direc- 
teurs. 

La cime passait pour inaccessible, et ne portait en tout cas aucune 
trace d'ascension anterieure, quand M. H. Mbttbibb en atteignit 
le sommet, le 13 aotit 1904, avec le guide Jules Roux, de Peisey. On 
n'y rencontre cependant pas d'obstacle de premier ordre ; mais, en 
raison de la mauvaise qualite* du rocher calcaire et du redressement 
vertical de Tar6te dans sa partie supe>ieure, cette course ne devra 
elre entreprise que par des grimpeurs prudents, et completement 
soustraits au vertige. 

Communication de M. H. Mettbier. 



NOMENCLATURE 



Massifs de la Vanoise. — Dans sa monographic si travaillee 
<les Massifs de la Vanoise parue dans YAnn. S. T. D„ 1903, M. Mau- 
rice Paillon 6met (p. 112) F assertion que le nom de Vanoise n'appa- 
ralt pour la premiere fois dans les cartes qu'a la date de 1 700, dans la 
carte du Pere Placide et celui de Pralorgan sur la carte de Jaillot 
de 1690 Nous possesions diverses cartes, anterieures a celles de 
Jaillot et du Pere Placide, qui donnent des indications sur cette 
region. 

Deja la premiere Edition de la carte de Borgonio (1680) mentionne : 
« Entre deux Aigues. » 



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NOUVELLES ALPINES 35 

Mais la carte de N. Sanson d' Abbeville portant gravee la date de 
1647 (surcharge© en 1648), et ayant eu pour graveur A. de la Plaes, 
indique netteraent, apres le village de « Bauzey » : 

Pbalobgnan, avec le signe conventionnel des lieux habites; 

La Vanoism, avec le signe propre aux cols; 

Entbe dbux Aygubs, avec le signe des cols; 

Tebmignon, avec le signe des lieux habites. 

Ainsi done, ntine>aire complet de la traversed du Col de la Vanoise, 
avec rindication du ressaut du Plan du Lac, estsufflsamment indique 
sur cette carte de Sanson, des 1647. 

Notons en passant que les recherches de Nicolas Sanson ont ete 
particulierement scrupuleuses et que, ddja dans le Thidtre giogra- 
phiquedu Royaume de France 6dit6 en 1637 par Melchior Taver- 
nier, se trouve une carte de N. Sanson ou figure Pralognan tres 
exactement mis en place mais modifle par le graveur en Fralorgnay 

Henei Dtjhamel. 



NOUVELLES ALPINES 

N.-B. — La plupart de nos correspondances ont eu un retard par suite 
des tourmentes du commencement de Janvier. 

Nous sommes heureux d'annoncer a nos correspondants qu'ils recevront, 
sous peu, une tres jolie brochure illustr^e, V Almanack du Monlagnard pour 
1905, que T&liteur Lucien Laveur, ancienne librairie Rothschild, met gra- 
cieusement a notre disposition. 

Alpes 

Annecy. — Le sentier du Parmelan restant en assez bonnes condi- 
tions, il suffira d'un petit entretien pour le mettre en excellent 6tat. 

Au Semnoz, il y aura quelque chose k faire, mais seulement quand 
le proprietaire de I'hotel voudra y participer. 

Pour la Tournette, les travaux execute's par le C. A. F., avec la con- 
tribution du T. C. F., ont beaucoup ameliore le sentier, et actuellement 
un alpiniste tres mediocre peut en realiser r ascension; mais pour avoir 
mieux et attenuer la fatigue, il y a encore des ameliorations urgentes 
a entreprendre que la Section d 1 Annecy du C. A. F. se propose de 
raener h bien. 

Le plus gros morceau sera le sentier de la Pointe Perc£e (2.752 m.); 
il n'est pas question d'y ex^cuter un sentier muletier, mais d'enlever 
tout danger k l'ascension de ce superbe belvedere du Mont Blanc. 
Renseignements de M. F. Cbolabd. 



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36 CHRONIQUE ALPINE 

Ghamoniz. — Le mois de D6cembre a 6te* partie beau et froid cette 
ann£e. Deux ou trois jours de neige vers les 5, 6, 7 ; puis un ciel mer- 
veilleusement pur, du soleil et une temperature moyenne de — 12°. 
Depuis huit jours : beau temps toujours, de — 25° a — 29°, 8. 

La patinoire de T Hotel Couttet se maintient splendide depuis le 
12 D6*cembre. Les Anglais patinent, se lugent, skient du matin au 
soir. 

La neige est sillonne'e de traces de skis. Deux Norvegiens sont 
reste*s deux jours pres de Chamonix, stup6fiant les meilleurs skieurs 
par lews Evolutions. Sur des pentes de 35 0/0 (Col de Voza) ils ex6cu- 
taient des sauts de 18 m. ets'arretaient net au bas par un virage savant 
au milieu d'un tourbillon de neige. Le docteur Payot et M. E. Beau- 
jard ont, avec Ravanel, remis de son accident a 1' Aiguille Sans-Nom, 
atteint en skis le Col de Balme en 2 h. 30 pour la montee et 25 mi- 
nutes pour la descente, y compris de nombreuses poses pour la pho- 
tographic. 

Dans quelques jours quinze touristes doivent partir pour faire en 
skis le tour du Mont Blanc et une envie secrete poussera probable- 
ment quelques- uns d'entre eux a tenter a nouveau le passage des 
hauts cols sur Zermatt. 

Renseignements deM. lb D r Payot. 

Pralognan. — La tourmente du 30 au 31 d6cembre a 6te* 
effroyable; on ne pouvait sortir des maisons tant le vent 6tait violent. 

La descente des foins des hauts chalets des Saulces, de l'Arolle, de 
BelPrSs'est effectu^e sans incidents, du 19 au 25. 

On discute en ce moment la creation de trois services automobiles 
entre Pralognan et Moutiers-Salins-gare. Ce serait au grand avan- 
tage des touristes qui perdent un temps pr£cieux dans les cars alpins 
obliges d'aller au pas dans toute la montee. 

Trois guides ont achete* des skis ets'essaient depuis quelques 
jours a s'en servir. Les gens du pays sont tres 6tonn6s de ce genre 
de sport absolument inconnu a Pralognan jusqu'a ce jour. Nous 
n'avons plus qu'a attendre la visite de quelque touriste amateur de 
courses d'hiver. 

J. A. Faveb, guide de 1™ cl., 3/1/05. 

Val d'ls^re. — Nous avons eu 45 c/m de neige, et la derniere 
quinzaine il y a eu un ciel sans nuage. Les cols sont encore pra- 
ticables. 

Victob Manoaed, guide, 3/1/05. 



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NOUYELLES ALPINES 37 

BriaxiQon. — L'6cole militaire de skis de Briancon commencera ses 
exercicesle 6 Janvier, sous la direction du capitaine Bernard, du 159* 
regiment d'infanterie. Pendant six semaines, des delegations d'offi- 
ciers, sous-officiers et soldats des 97% 157% 158, 159 J regiments d'in- 
fanterie et des bataillons de chasseurs du 14 e corps y prendront part. 
Les marches d'hiver, qui devaient etre entreprises en Decembre par 
la plupart de ces bataillons, auront lieu dans le courant de Fevrier. 

H. D 

Grenoble. — Pendant le mois de Decembre la neige est demeuree 
extremement peu epaisse sur les Alpes Dauphinoises, et elle n'est 
gueredescendueau-dessous de 700 metres d'altitude jusqu'au dernier 
jour du mois. Pendant la journ£e du 31 la tourmente a regne avec 
intensity aussi bien dans les valines que sur la montagne. 

Au Col de La Croix Haute, ou se trouve, a 1.125 m. d'altitude, la 
station P-L-M., recemment denommee Col de la Croix-Haute-Lalley, 
le train partant de Grenoble, le 31 Decembre, a 6 h. s., a destination 
de Qap, est reste en panne et, malgre* le zele mis au deblaiement, 
la voie ferree est rested obstruee par une couche d'environ 2 m. 
de neige. Cinq trains venant soit de Veynes, soit de Gap n'ont pu 
ainsi franchir le col. 

Diverses lignes de transport d'energie eiectrique de la region 
grenobloise ont subi egalement quelques interruptions par suite de 
r obstruction momentanee, par des glacons ou des avalanches de 
neige, des canaux de derivation des eaux vers les usines. Grenoble a 
6te* par suite plonge dans Tobscurite pendant quelques heures des 
soirees du l or et du 2 Janvier. 

L'Isere, dont les eaux sont fort basses, charrie des glacons de plus 
de 1 m. 50 ; plusieurs bras de la riviere se trouvent presque comple- 
tement pris par la glace en amont de Grenoble. 

La voiture montant au Villard-de-Lans, le soir du 31 decembre a 
ete arreiee en cours de route par la tourmente de neige. 

H. Duhambl. 

Le Planet-sur- Argentines. — Peu de monde dans notre valiee 
et il en sera de meme tant que le chemin de fer ne fera pas un ser- 
vice regulier d'hiver. 

H a plu vers les 2, 3, et 4 Decembre; puis nous avons eu un temps 
de printemps. La neige etait fondue presque partout dans les pentes; 
devant Y Hotel du Planet, chamois et moutons trouvaient facile- 
ment leur nourriture dans la forSt. Du 29 au 31, chute de neige; le 
31, tourmente. 



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38 CHRONIQUE ALPINE 

Navette-Gtemence d'Ambel. — D6cembre a 6t6 en general 
tres beau. Les 1«% 26 et 29, — 12°. Nous avons eu 30 m/m de pluie 
seulement. Les 8, 13, 15 et 30 un peu de neige, 43 c/m. Par suite du 
beau temps elle a, en partie, disparu aux endroits exposes au S. 

Les communications ont 6t£ entierement libres. Les chasseurs ont 
pu poursuivre les chamois jusque sur les sommets. 

Dans nos vallees on s'occupe aux soins des troupeaux ou au teil- 
lage du chanvre. Les femmes filent, laine ou chanvre, ou passent 
leur temps a tricoter. 

Philombn Vincent, Maire et guide. 

Pyrinfes 

Saint-Lary (Vallee d'Aure). — A partir du 18 Novembre, le 
froid diminue assez sensiblement dans la valine. Nous jouissons de 
quelques journees bien ensoleiltees. 

La temperature change brusquement dans la matinee du 7 De- 
cembre ; de gros nuages, pousses par le vent du Nord, s'amoncellent 
sur les hauteurs environnantes et nous.amenent une bourrasque a 
Tentr^e de la nuit. Le sol est recouvert d'une 6paisse couche de 
neige qui ne tarde pas a disparaltre . 

Du 8 au 11, les journeys sont pluvieuses et sombres. Dans la ma- 
tinee du 12, gros flocons de neige. En quelques heures la valine est 
toute blanche. Ici, la couche de neige n'atteint que 10 c/m mais 
sur les hauteurs elle est double. A la neige succedent les pluies. 
Le temps passe au beau le 16. II permet a quelques Aragonnais de 
franchir le Port de Bielsa avec un troupeau de mules achetees a la 
foire de Sainte Luce a Castelnau-Magnoac. 

La presence du vent cTautan rend la temperature tellement douce 
que nous nous croirions au milieu du printemps. Chaque soir, au 
coucher du soleil, le ciel prend une teinte legerement pourpree que 
reflete la neige etincelante des sommets voisins : c'est un spectacle 
f eerique . 

Cette nouvelle p^riode nous accompagne jusqu'au 30. Dans la 
soiree du dit jour, le ciel se couvre de nuages. 

Le ventdu Nord commence ase faire sentir dans la matinee du 31, 
promenant dans les airs de petits grains de neige. II devient de 
plus en plus en plus fort dans la soiree . 

Francois Mabsan. 



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VOITURES, CHEMINS DE PER— REFUGES, HOTELS 39 



VOITURES ET CHEMINS DEFER. 

Ghemin de ier de Chamonix a Martigny. — Lea travaux se 
poursuivent avec activity des deux cotes. La section de Chamonix a 
Argentieres sera ouverte en 1906. 

Au dela le trac6 est tres complique\ Apres Argentieres il passera a 
mi-hauteur des pentes du Planet, traversera la route du Col de Balme, 
franchira l'Arve entre le village des Frasserands et celui du Tour. De 
la un tunnel le fera passer de la valine du Tour dans celle des Montets, 
ou il ressortira a peu pres au Col des Montets. 

Paris-Oberland. — Les alpinistes du Nord de la France qui 
voudraient aller faire une vittegiature d'hiver dans le Jura, Francais 
ou Suisse, ainsi que dans TOberland Bernois pourront utiliser un 
nouveau service du P.-L.-M., de jour et sans transbordement, entre 
Paris et Berne, par Dijon-Pontarlier. Ce service est assure par une 
voiture directe a couloir et a water-closet. 

Depart de Paris par le rapide de 9 h. 20 mat., arrivee a Berne 
a 10 h. 10 sdir. — Sens inverse, depart de Berne a 9 h. 20 mat, 
arrivee a Paris a 10 h. 14 soir. 

Excursion en traineau dans le Dauphine. — Le P.-L.-M. 
a organise* la traversed en traineau du Lautaret. Depart de Paris le 
22 Janvier, re tour le V tevrier. Prix, tous frais compris : V 9 classe, 
390 francs ; 2 3 classe, 350 francs. 

Les neiges sont tres abondantes depuis le commencement de Jan- 
vier et nul doute qu'avec beau temps cette excursion ne soit 
teerique. 



REFUGES ET HOTELS. 

Situation du Refuge Garon — Le Bull Mensuel du C A. F. 
de Juillet 1903 portait, page 214, dans le « Projet de Construction 
d'un Refuge au Col des Ecrins », que l'emplacement du refuge 
serait : * a 3.250 metres, sur un promontoire rocheux, au Sud de 
la Roche Hippolyte Pic, s6par6 de Roche Faurio par le col et le 
glacier de ce nom; a deux heures trois quarts du Refuge Tuckett (a 
raison de la difference d'altitude et des nombreuses crevasses du 
glacier), a une heure un quart de l'extre'mite' du Col des Ecrins. » 
Le re*cit de Tinauguration (page 248) venait confirmer cette assertion 



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40 CHRONIQUE ALPINE 

ajoutant meme cette indication a a peu de distance du Col des 
Ecrins ». 

II me semble utile de revenir sur cette determination de Pempla- 
cement du refuge. Peu de temps apres Inauguration, deux de nos 
camarades faisaient, sans guide, Pascension du Pic de Neige Cordier, 
par le versant d'Arsine et la longue arSte N. du pic. En fin de saison, 
cette arete se trouvait en mauvaises conditions et, par suite de la taille 
des marches, ces alpinistes arriverent seulement a trois heures au 
sommet. Desireux de revenir sur le Lautaret, ils durent prendre le 
Glacier de la Platte des Agneaux, coup6 de colossales crevasses. Ils 
furent sur le point de renoncer a cette route, tres difficile en P6tat 
du glacier, et de tenter de rallier le nouveau refuge. Mai leur en 
eut pris, car il est probable qu'ils ne Peussent pas trouv£, dans le 
jour finissant. 

En effet, le Refuge Garon n'est pas sur le promontoire de la Roche 
Hippolyte Pic, au S. de cette pointe, sSpare* de Roche Faurio par 
le Col de Roche Faurio; nous Pavons atteint, dans la visite que nous 
lui avons rendue en 1904, sur le promontoire S. de la Roche Paillon. 
Dans la carte de Duhamel (Edition 1892), il faut le chercher sur la 
planche Partie S. E., Ill, non pas sur le a 7 » de la cote 3.470 du Col 
de la Roche Faurio, mais bien sur un ilot rocheux au N. du « B » de 
Glacier Blanc. 

Sa situation a 6t6 admirablement choisie par MM. Escalle et 
Challier : abrite des avalanches qui trouvent a droite et a gauche 
des voies de descente tout indiqu6es, il domine, du sommet de la 
muraille au bord de laquelle il est construit, le plateau supgrieur du 
glacier. Des infiltrations d'eau de fusion glaciaire se font jour en 6te 
dans le gros ilot rocheux, comme du reste dans celui qui existe au bas 
du Col de Roche Faurio. 

En r^surn^, le Refuge Caron est situe sur Pilot interieur du pro- 
montoire rocheux qui descend au S. de la Roche Paillon, a 
3.250 metres environ d'altitude, a 2 h. 30 du Refuge Tuckett, a 1 h. 
ou 1 h. 15 du Col des Ecrins. 

Je me permettrai, en terminant, d^mettre quelques doutes, que 
j'espere illusoires, sur la stability du refuge. Au cours de notre cam- 
pagne, nous y avons pass6 une nuit et une matinee de temp£te 
effroyables : la violence du vent 6tait telle que le refuge 6tait secou6 
sans trevo jusque dans ses fondations et nous envisagions sans 
enthousiasme la perspective de commencer, avant Pheure que nous 
nous Stions fix6e, la descente sur le Glacier Blanc. 

G. Flub in. 



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REFUGES ET HOTELS 41 

Nouveaux hotels. — On commence la construction d'un grand 
hotel a Lognan. Nombre d'alpinistes vont crier a la profanation. Ce 
pavilion de Lognan, si primitif, mais ou, les soirs venus, Ton goutait 
si bien la poesie des solitudes alpestres, va done faire place a un 
caravanse>ail, ou Ton passera la soiree a danser. 

Une route rejoindra ensuite le Col des Montets a l'hotel du Planet, 
puis celui-ci a l'hotel de Lognan, et les foules elegantes viendront ainsi 
se rendre visite, tout comme a Zermatt. 

Bah! ajoute notre correspondant, nous les purs nous saurons bien 
nous d£gager de ces devices capouanesques pour aller veiller dans 
Fair des altitudes et dormir sous quelque grosse pierre, ou nul ne 
viendra troubler nos impressions, des impressions un peu &pres, mais 
des souvenirs imp6rieux. 

Hdtels de montagne. — La Suisse a presents pendant long- 
temps une grande avance sur nous pour le confortable de ses hotels 
d'altitude ; mais voici qu'il se produit en France un mouvement con- 
siderable pour r amelioration des viltegiatures de montagne. Le Club 
Alpin a le premier pris l'initiative d'encourager les hoteliers des 
Alpes, puis sont venus les Syndicats d' Initiative des regions de tou- 
risme, et voici que le Congres de Tlndustrie Hoteliere, rScemment 
r£uni a Toulouse, vient d' adopter un certain nombre de vceux tres 
inte>essants et dont la realisation faciliterait grandement Forganisa- 
tion des petits hotels de montagne. Voici ces vceux : 

1° Le Congres, conside>ant qu'il y a lieu de favoriser la creation de 
petits hotels de montagne dans les sites pittoresques, 6met le vceu 
que ceux de ces hotels dont la valeur locative n'exceMerait pas 300 fr. 
soient affranchis d'impot pendant une periode de cinq ann6es a dater 
de leur ouverture (ces hdtels ont une saison extremement courte et 
des recettes tres modiques); 

2° Le Congres, p6n6tre* de Timportance considerable que presente 
au point de vue de I'int6r6t du pays tout entier le dSveloppement 
du tourisme en France; de la n^cessite de cr^er des hdtels concus 
dans un esprit nouveau et en vue du tourisme; de l'emploi fructueux 
que peuvent trouver les capitaux dans de telles entreprises : 

Emet le vceu : que les pouvoirs publics, les compagnies de chemlns 
de fer, les soctetes nnancieres, les syndicats d'initiative, la presse, 
et d'une facon g6ne>ale, tous ceux qu'interesse le dSveloppement 6co- 
nomique du pays, favorisent, appuient, provoquent la fondation de 
nouveaux hotels dans les contrges ou les sites sont particulierement re- 
marquables au point de vue du tourisme, et, d'une facon g6ne>ale, 
Femploi des capitaux dans rindustrie hoteliere. 



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42 CHRONIQUE ALPINE 



SCIENCES ET ARTS. 



Lev6s g6od£siques des hautes regions des Alpes fran- 
gaises. — On sait que la Commission de topographie du Club Alpin 
Francais s'est attachee tout d'abord a classer les critiques nombreuses 
eman^es de touristes et qu'elle a propose de s'attaquer aux massifs 
les plus mal figures sur la carte du Depot de la Guerre. On n'a pas 
oublie non plus les magnifiques resultats acquis des une premiere 
campagne par M. P. Helbronner et publies dans VAnnuaire du C. A. F. 
pour 1903, p. 439-505. 

Nous extrayons des Comptes rendus des Seances de VAcadimie des 
Sciences (7 novembre 1904) les lignes suivantes relatives aux leves 
g6odes*ques que M. P. Helbronner a continues en 1904 : 

La campagne de 1904, tres favorisee par la continuity des belles journees 
de l'ete, a porte sur les massifs de Belledonne, des Grandes-Rousses, de 
Taillefer et des Arves. II a £te fait 45 stations primaires et secondares 
dont plus d'une dizaine sur des sommets d'altitude variant de 2.800 metres 
a 3.500 metres, notamment au Pic de l'Etendard, sommet culminant des 
Grandes Rousses, au grand Pic de Belled orine, sommet culminant du 
massif de ce nom, a l'aiguille de Gol6on, etc. Les quatre points du premier 
ordre du Dep6t de la Guerre : Ptc du Frine, Goleon, Taillefer, Rocker Blanc 
des Sept-Laux (ce dernier pour la seconde fois) ont et6 stationnes ; les 
axes des signaux, construits vers 4830 et retrouves en assez bon 6tat, 
servent de point de depart pour cette campagne. Ce canevas couvre environ 
500 kilometres carres, dans lesquels plus de 170 points g6odesiques seront 
determines. En chaque station, il a ete pris une mesure de la decli- 
naison magnetique. 

La campagne de 1905 est en preparation depuis Pete" dernier, par la 
construction des signaux necessaires : elle portera uniquement sur 1' impor- 
tant massif du Pelvoux. 

En attendant la publication de ces triangulations qui ne paraltra 
que lorsque les calculs fort longs qu'ils entralnent pourront etre ter- 
miner, nous sommes en mesure de donner, au resume* ci-dessus, 
quelques complements d'un caractere plus particulierement alpin. 

Les ascensions se sont en general effectue'es facilement. L'escalade 
du Grand Pic de Belledonne a exig6 quelques precautions a cause des 
instruments dont le poids et Pencombrement ont necessity, a de nom- 
breuses reprises, leur passage a bout de corde. L'ascension du Pic do 
l'Etendard s'est faite tres rapidement par Parete O. Celle de PAiguille 
du Goleon en partant de la Grave a et6 retardee par Putilite* d'aller 
reconnaltre le col qui se trouve entre le Bee de Grenier et Pextremite* 
de ParSte N. O. du Goleon dont le sommet n'a 6te* atteint qu'a 7 h. 
L'ascension la plus delicate a 6t6 celle du Pic du Frene, a cause de 



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SCIENCES ET ARTS 43 

1*6 tat de decomposition de la montagne qui s'e'croule litteralement sur 
son versant N. 

Les heures de depart ont £te* fixers entre minuit et 2 h., de facon 
a atteindre autant que possible les sommets avant 6 h. mat. 

Parmi les stations principals faites sur les points culminants on a 
grande altitude, nous citerons : 

La Croix de Chamrousse. — Le Col de la Pra. — Le Rocher du Fro- 
mage. — Le Rocher de FHopital. — La Cime de Galetau. — Le 
Grand Pic de Belledonne (9 h. 45 de station au sommet). — La 
Grande Lance de Domene. — Le Col de la Grande Vaudaine. — La 
Cime de Colon. — Le Col de la Balmette. — Le Rocher Blanc des 
Sept Laux (2? station des leves : la premiere en Juillet 1903). — La 
Montagne des Challanches. — Le Signal des Petites Rousses. — Le 
Refuge de la Fare. — Le Pic de l'Etendard ou Pic Nord des Grandes 
Rousses (arrived a 6 h. au sommet; en station jusqu'a 2 h. 30 de Fapres- 
midi). — Le sommet culminant des Rochers Rissiou ou Pic Gros 
Coissy. — Le Signal du Taillefer (arrive au sommet a 4 h. 45 mat) 
— Le Signal de la Montagne de Villard Reculas. — Le Signal de la 
Montagne de l'Homme Sud. — Le Signal de Rif Tord Sud. — Celui 
de Rif Tord Nord. — L' Aiguille du Goteon (d'ou Tobservateur fut 
chasse* par un orage vers 4 h. s.). — Le Pic du Mas de la Grave. — 
Une des pointes de la Crete orientale du Glacier de Saint-Sorlin sur 
FarSte du Grand Sauvage (montee p6nible par des schistes dresses 
coupants). — Le Pic du Frdne, etc., etc. 

M. Helbronner avait pour guides Joseph Baroz fils, du Grand 
Thiervoz, qui Faccompagnait d6ja en 1903, et Pierre Ginet d'Alle- 
mont. 

Les campagnes de 1903 et 1904 auront permis ainsi de determiner 
250 points g6odesiques sur une surface de 650 Km *. C'est un ca- 
nevas relativement tres serr^ sur lequel les travaux de topographie de 
detail peuvent venir se baser : parmi les secteurs particulierement 
inte>essants de ce r6seau dont les resultats sont d£ja publies (Ann. 
C. A. F. 1903), il faut citer la region des lacs des Sept Laux qui 
pourrait offrir aux amateurs de planchette une facile et pitto- 
resque 6tude topographique. Les calculs relatifs a la campagne de 
1904 donneront, quand ils parattront, la possibility de lever avec 
precision tous les details des parties elevens des Grandes Rousses et de 
Belledonne. On peut done des a present souhaiter de voir des ama- 
teurs de topographie alpine se mettre au travail ; ce ne seront pas 
ceux-la qui gouteront le moins le charme et la poe*sie de la haute 
montagne. Nous connaissons, en effet, des alpinistes topographes qui, 
d'amateurs au d6but, se sont tellement passionn6s pour ce travail 



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44 CHRONIQUE ALPINE 

qu'ils en ont fait leurs occupations de predilection et y ont consacre la 
majeure partie de leur temps... 

Au sujet de la campagne 1905, nous croyons savoir que, a l'heure 
actuelle, pres d'une centaine de grands signaux ont ete deja cons- 
truits sur les cols ou les sommets eieves du massif des Ecrins et du 
Pelvoux par les ordres de M. Helbronner. 

Renseignements de M. P. Helbronneb. 



DIVERS 

Distinctions. — Nous apprenons avec plaisir que le Comity 
de r Alpine Club a nomme membre honoraire de cette association le 
Reverend W. A. B. Coolidge dont tous les alpinistes connaissent 
rerudition profonde et le labeur incessant. Cette nomination honore 
autant F Alpine Club que notre collegue et ami. On sait que M. Coo- 
lidge est deja membre honoraire du C. A. F. 

EN SOUVENIR 

Emile Guigues (1825-1904). — Cet alpiniste de la premiere 
heure vient de s'eteindre a Embrun. II fut de la phalange qui, 
apres la guerre de 1870, voulut poursuivre la regeneration de notre 
race en jetant les jeunes sur le sentier de l'alpinisme. Le massif des 
Ecrins et du Pelvoux, le Brianconnais, le Queyras, etc. s'offraient a 
l'ardeur des pionniers. Professeur au college d'Embrun, Emile Gui- 
gues suivit le mouvement lance par son compatriote, E. Cezanne. 
i. II collabora avec ardeur aux illustrations de nos premiers an- 
nuaires; chaque ann6e, de 1876 a 1883, et encore en 1887, il vint 
egayer les recits de T&ge herolque par ses dessins a la plume ou, 
sous un peu d'exageration, on sent pourtant un esprit de fine obser- 
vation et de franche humour. 

Retire dans sa campagne aux environs d'Embrun, il etait accueil- 
lant, plein de bonhomie et d'affable amenite, et ceux qui comme 
nous sont alles le visiter et causer avec lui de cette belle periode 
ou tout etait nouveau, sentiments et choses, garderont un exquis 
souvenir de cet homme de bien. 

M. P. 



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NOUVELLES BIBLIOGRAPHIQUES 

Nouvelle Edition du Guide da Haut-Dauphin6. — Le 
R4v. W.A.B. Coolidge va entreprendre la redaction d'une nouvelle 
Edition anglaise de son guide du Haut-Dauphine\ de la sene des 
Climbers Guides. Les grimpeurs francais qui connaisssent la langue 
anglaise accueilleront cette nouvelle avec plaisir ; une Edition mise 
k jour par M. Coolidge aura en effet toute la precision et la conci- 
sion demandles pour ce genre de guides d'un format si commode 
et si portatif. 

Le R6v. W.A.B. Coolidge sera reconnaissant aux alpinistes qui 
pourraient avoir des notes k lui envoyer k ce sujet de vouloir bien 
les lui adresser : am Sandigenstutz. Grindelwald (Suisse). 

Henri Ferrand. — Quatre volumes illustr6s publics sur le Dau- 
phine" n'ont pas suffl k V activity permanente de M. Henri Ferrand. 
Le voici qui entreprend d'^tendre k la Savoie la s£rie d^ja parue. 
Le nouveau volume aura pour titre D'Aix-les-Bains & la Vanoise : i! 
comprendra la region de la Savoie mgridionale : Aix-les-Bains et son 
lac, Challes et Brides, enfin les Glaciers de la Vanoise. 



REVUE DES PRINCIPAUX PERIODIQUES 

Anxraaire de la Sootete des Touristes du Dauphin^, 
XXIX, 1903. — Cette excellente publication, au texte interessant 
et aux illustrations r^ussies et bien comprises, n'a vraiment qu'un 
d£faut> c'est de parattre un peu tard (elle n'est d'ailleurs pas seule 
de son cas), alors que la campagne alpine d'e'te* et meme d'automne 



X 



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46 BIBLIOGRAPHIE 

est deja terminee : aussi craignons-nous de r6peter des nouvelles deja 
connues en annoncant, d'apres la Chronique de la Sociki qui cons- 
titue la premiere partie de VAnnuaire, l'etablissement d'un sen tier 
du sommet de la moraine de Bonne-Pierre au chemin des fitancons 
et la fermeture du chalet de Roche-Be>anger par suite de Tinertie 
des communes proprietaires qui n'y ont voulu faire aucune repara- 
tion. 

Pour les raisons donn6es ci-dessus, nous nous contenterons d'in- 
diquer la Revue alpine des courses au-dessus de 2.200 m. en 1903. 

Les Massifs de la Vanoise font Pobjet d'une monographic com- 
plete due a M. Maurice Paillon : c'est une nouvelle Edition de son 
article Vanoise dans le Dictionnaire geographique de la France de 
M. P. Joanne, avec de nombreuses et prScieuses additions de toute 
nature. 

Passage de quelques cols pen connus du Valjouffrey et du Haut Val- 
gaudemar : au cours d'une campagne d'etudes glaciaires entreprise 
dans le Pelvoux meridional, Tauteur, M. Offner, et ses compagnons, 
MM. Flusin et Jacob, ont eu affaire a quelques passages d'une dif- 
ficult^ bien supe>ieure a leur reputation, comme par exemple le Col 
de la Mariande, que la gravure p. 132 nous presente bien different 
d'un col a vaches : « En pareil cas, dit modestement M. Offner, des 
alpinistes aussi peu 6prouv6s que mon ami Jacob et moi se conso- 
lent en protestant contre la reputation de facility conservee par la 
tradition a des cols que personne ne franchit jamais. » 

Un article anonyme sur les Skis en Dauphini est un plaidoyer bien 
motive en faveur de ce sport d'hiver, indiquant les services qu'il peut 
rendre a 1'alpinLsme et a 1'armee. 

Nous retrouvons easuite MM. Flusin, Jacob et Offner presentant 
cette fois les r^sultats scientifiques de la campagne dont Tun d'eux 
nous contait precedemment quelques incidents alpins. Leurs obser- 
vations ont porte sur les glaciers du massif du Pelvoux les plus mal 
proteges, pour le cas oft le mouvement de retrait general viendrait 
a s'accentuer : ils occupentles deux versants de la chalne qui s'etend 
de la Roche de la Muzelle au massif des Bans et des Aupillous. Ges 
glaciers ont subi pendant les trente dernieres annees une decrue ge- 
nerale, sauf une legere crue secondaire en 1890, d'ailleurs bientot 
suivie de regression ; dans Tensemble, ils reculent tous, et la decrue 
est mortelle pour quelques-uns, qui ont presque entierement disparu. 

Sous le titre Comment naU et meurt une montagne, M. Chabrand 
donne un resume saisissant des principaux phenomenes orogeniques 
et des causes du nivellement general auquel tend recorce de notre 
planete. 



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OUVRAGES DIVERS 47 

Le volume se termine par une touchante notice n£crologique con- 
sacree par M. Ferrand a notre regrett6 collegue Albert Molines et 
par la revue coutumiere des publications alpines. 

J.R. 



OUVRAGES DIVERS 

Henri Ferrand. — Le Vercors ; le Royannais et les Quatre 
Montagnes; region du Mont Aiguille, du ViUard-de-Lans, et des 
Grands-Goulets; 1 vol. 33/25, de 93 p., avec 125 phototypies, dont 
16 hors texte; Grenoble, Gratier, 1904. 

Un livre bien illustr6 offre rarement de bonne prose. Le pauvre 
texte est la pour servir d'habillage aux gravures : c'est le terme 
consacre en librairie. 

La pens^e de l'auteur va lentement ou vite, trarae re*guliere qui 
vient se fixer sur la chaine du plan 61abor6 avec l'6diteur, et ainsi 
se cr£e un morceau chatoyant d'6toffe r^guliere. C'est dans cette 
piece qu'il va falloir tailler 1' habit destine aux gravures. Souvent 
trame et chaine sont sans valeur, ceuvre d'un apprenti secondaire. 
Mais quand le tissu est beau, brill ante soierie ou drap lustre^ qu'il 
a 6te* fait par un malt re ouvrier, c'est pi tie* de voir le coupeur y 
porter ses ciseaux brutaux pour dScouper un vehement qui seye 
bien a Dame Image. 

Et alors l'auteur du texte est oblige de venir, tel cet ouvrier 
qu'on nomme un stoppeur, recoudre, raccommoder, faire disparattre 
les traces de tristes d£chirures, d'abominables mutilations. Aussi 
ouvrons-nous toujours avec inquietude un livre a gravures inter- 
catees dans le texte, et, la plupart du temps, cons ta tons -nous avec 
peine que l'habit est mal cousu, mal raccommode\ Empressons-nous 
de dire que c'est un sentiment que nous n'avons pas eprouve* a 
feuilleter le livre de M. Ferrand, non pas que Nditeur n'ait 6t6 
teroce, — ils le sont tous ! — mais parce que l'auteur a 6t6 un habile 
artisan. 

Faisons comme ces grands enfants que sont les hommes, et 
voyons d'abord les images. Elles sont belles ou curieuses, classiques 
ou inconnues, interessantes, et bien reproduites toujours. Un bon 
ours se prelasse au bas d'une page. Pourquoi un ours? Le Vercors 
a-t-il des ours? Ma foi, oui, il en reste encore, au dire du Guide 
Joanne et de M. Ferrand. Le dernier tu6 se trouve au mus6e de 



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48 BIBLIOGRAPHIE 

Grenoble avec cet exergue : ours tue* k Gresse,le 7 octobre 1898. Ce 
n'est point vieux. 

Le pays n'est pas banal avec ses forets immenses, aux crevasses 
calcaires insoupconne'es et inexplor^es, avec son berceau de prairies 
aux hameaux partout 6pars, avec ses falaises grandioses aux vues 
immenses. 

L'auteur a du avoir un grand plaisir k mettre debout ce iivre du 
Vercors, et si la t&che d'^crire, de parfaire son ouvrage a 6te un 
peu ingrate, comme ellel'est toujourset pourtous. — Jeme trompe, 
Alexandre Dumas Scrivait avec joie, avec bonheur, il se distrayait 
lui-meme k lire de l'Alexandre Dumas. Mais tout le monde n'est 
pas Dumas pere. — Oui,si la Uche d'Scrireet d'habiller les gravures 
a 6t6 parfois rude, le voyage de preparation a du etre exquis. 
Comme nous aurions voulu etre de la caravane. Documents sur 
Thistoire et la geographic du Vercors comme Test l'auteur, il a du 
Stre un cicerone parfait. Et quel agr6ment que d'aller k la suite de 
cette beureuse bande, formed d'un auteur connu, d'un photographe 
6me>ite et d'un bon mulet, chercher des details, des anecdotes, dans 
un pays « que ne sillonne encore aucun chemin de fer, ou ne s6* vissent 
aucun casino ni kursaal, aucune station thermale, mais qui recoit 
ses visiteurs k la bonne franquette. » 

Le volume est \k pour nous consoler. II s'ouvre sous une d£dicace 
tres fine; elle nous fait comprendre que ce livre a et6 6crit avec de 
douces souvenances. L'introduction est une bonne page de ggogra- 
phie, claire, bien ordonn^e et faite dans la bonne maniere. 

Puis les lignes courent k travers l'histoire, une histoire interessante 
qui nous fait saisir revolution du Vercors, autrefois sans chemins, 
puis accldant au monde ext£rieur par cette route des Grands- 
Goulets, de venue c&ebre depuis longtemps deja. Nous parcourons 
ensuite le pays des Quatre Montagnes aux p&turages richement 
nourriciers, les gorges de la Bourne si longuement belles, la foret de 
Lente que ce volume va contribuer k rendre celebre, le Royan- 
nais, etc. 

Mais pourquoi, monsieur Henri Ferrand, venez-vous donner un re- 
gain de vitality a ce terme de Royannais dont nous a dote* le P.-L.-M., 
ressuscitant quelque mauvais vocable? Pourquoi pas Royans, car... 
Pont -en- Roy ans est la pour nous dire que le pont n'ltait pas en 
Royannais? Voili, n'est-il pas vrai, un bon sujet pour quelque nou- 
velle brochure. 

C'est la seule critique que nous ayons a faire. 

M. P. 



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OUVRAGES DIVEHS 49 

W. A. B. Goolidge. — Josias Simler et les Origines de VAlpi- 
nisme jusquen 1600; 25/16 de cxcn-307-327*-99 f * p., avec 11 illus- 
trations, 1 carte; prix 25 francs ; Grenoble, Allier, 1904. 

II y a quelques ann^es, au cours d'une conversation amicale, deux 
maltres incontestes de l'erudition alpine, MM. W. A. B. Coolidge et 
FeTix Perrin, se firent part d'un projet qu'ils avaient concu separ6- 
ment. II s'agissait de traduire le plus ancien ouvrage traitant sp6- 
cialement des Alpes, le De Alpibus Commentarius, public a Zurich, 
en 1574, par J. Simler. 

L'ex6cution du projet, diffe>£e par diverses causes, aboutit au 
splendide volume que nous avons entre les mains aujourd'hui. 
M. Coolidge le signe seul; mais il tient express6ment a reconnaltre, 
des les premieres lignes de la preface, Tassistance tres utile et tres 
active que lui a pr£t6e M. Perrin. Bien d'autres noms seraient a 
citer en ligne accessoire, et Ton ne sait ce qu'il faut plus louer chez 
M. Coolidge, Peffort personnel ou le talent de transformer en colla- 
boration teconde cette fraternity vraie qui rayonne des Alpes et qui 
unit tant d'hommes distingues appartenant a la Suisse, a la France, 
a l'Amgrique, a Tltalie, a PAllemagne, a l'Angleterre. 

Avec de tels auxiliaires, lo cadre de Tentreprise ne pouvait man- 
quer de s'e*tendre. L'ouvrage de Simler, important a coup sur mais 
tres incomplet, devient le noyau d'une cristallisation brillante. Le 
volume en est plus que triple* par des pieces annexes inconnues et 
savoureuses, par des commentaires aussi abondants que precis. Tout 
nom g^ographique, toute expression technique qui se pr^sente est le 
point de depart d'une enquSte aboutissant k la dScouverte des 
sources et des pr6curseurs. M. Coolidge, s'appropriant le mot d'un 
ancien, promet dans sa preface de ne dire que des choses certaines. 
11 ne tient pas parole, heureusement. Mais chaque conjecture, placSe 
par lui avec une conscience admirable a son veritable rang de pro- 
bability, fait mieux qu'instruire le lecteur : elle le fait penser, die 
l'incite a s'enqu&rir. Elle deviendra entre les mains de quelque cher- 
cheur futur le fil d'Ariane qui re>61era Tissue du labyrinthe. 

Des a present nous pouvons considerer comme fixee la liste des 
grands sommets alpins designed nominativement avant 1600 et celle 
des passages de glaciers connus a la meme 6poque. II est remar- 
quable que si, a plusieurs de ces sommets nous pouvons attacher 
le nom d'un premier vainqueur, ce n'est jamais le cas pour les cols 
dont le passage, provoque* par des raisons utilitaires, n'a point recu 
de publicity. On voit Tattrait des cimes s'exercer sur un 6crivain 
illustre comme P6trarque; sur des souverains comme Philippe de 
Mac^doine, l'empereur Hadrien, Pierre III d'Aragon et notre vanite 

4 



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50 BIBLIOGRAPHIE 

peut trouver quelque satisfaction a se placer sous ces patronages 
Sminents. Antoine de Ville, gravissant le Mont Aiguille en 1492 sur 
l'ordre de Charles VIII, nous apporte le premier exemple du succes 
d'une entreprise demeur^e difficile au point de vue de l'alpinisme 
moderne. Pour trouver la relation d'une traversed glaciaire malaisSe, 
il faut descendre jusqu'a la fin du XVII* siecle et suivre Ph. Arnod 
au Col du G6ant. Encore ce r6cit, tres court, ne fait que constater 
un insucces. 

II semble que Ton puisse caracte>iser assez brievement la per- 
sonne et le livre de Josias Simler. Ne* pres de Zurich en 1530, il est 
mort dans cette ville en 1576, s'eHant acquis par une vie laborieuse 
une solide reputation de th^ologien, de professeur et d'e>udit. Par 
l'abondance des renseignements historiques et g^ographiques qu'il 
a r£unis sur les Alpes, par leur judicieuse ordonnance, il a d6passe 
de loin ses pr6d£cesseurs et appele* sur un sujet presque neuf l'at- 
tention de tous les hommes instruits. Dans le domaine des sciences 
naturelles il emprunte d'inte>essants details a son mattre et ami 
le botaniste Conrad Gessner. II est moins heureux sur le terrain de 
la physique. Les sources, m6me les plus elevens, sont pour lui des 
infiltrations des eaux de la mer. A propos du froid des hautes 
montagnes, il cite la judicieuse explication de S6ne<jue avec un 
commentaire qui prouve qu'il ne Fa pas comprise. II croit faire 
beaucoup en ajoutant quelques mkres (p. 57) a la hauteur de 
2.000 pas que Scaliger veut bien conc^der aux cimes dominantes. 
Que cette expression ultramoderne ne donne point au lecteur 
l'id6e de conside>er Simler comme un pr6curseur du systeme m6- 
trique. II y a des taches meme dans le Soleil et des lapsus dans les 
meilleures traductions. 

Notre auteur aurait eu sans doute meilleure opinion de 1' altitude 
des sommets s'il avait 6te* lui-m6me alpiniste. II admirait les cimes 
neigeuses visibles de sa ville natale, mais il ne les a point vues de 
pres, sans doute faute de loisir et de sante* ; c'est tout au plus s'il 
s'est 61eve* a 2.000 metres d'altitude sur les flancs du Pilate. Son 
chapitre xiv, intitule Difflcultis des passages dtravers les Alpes, n'en 
est pas moins plein d'attrait etremarquablement exact. Ony trouve 
expliqu£s l'usage de la corde sur les glaciers, des raquettes sur la 
neige d'hiver, l'origine et le danger des avalanches. Suivant 1'ingS- 
nieuse hypothese de M. Coolidge, ces renseignements ont du $tre 
fournis k Simler par ses eldves valaisans, que Ton a rSussi a iden- 
tifier sur les registres de 1' University de Zurich. L'un d'eux s'appe- 
lait Kalbermatter, et Ton notera que ce nom est porte\ encore au- 
jourd'hui, dans les valines de Saas et de Lotschen, par des guides 



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ARTICLES -DE REVUES PliRIODIQUES 51 

qui sont au premier rang dans leur profession. Felicitons Simier 
d'avoir 6te" si bien inform^; plus encore, d'avoir trouve* d'aussi excel- 
lents commentateurs. 

Si Ton est tente de penser que le m£thodique professeur manque 
d'enthousiasme pour son sujet, qu'on se dedommage en lisant aux 
pieces annexes les belles pages dues a la plume de Conrad Gessner. 
A lui seul il franchit d'un bond l'intervalle entre FGtat d'ame an- 
tique et le notre. Ce n'est plus une curiosite mel6e d'effroi que la 
montagne suscite, c'est la passion, le coup de foudre. Gessner, 
conquis du premier coup, ne se reprendra plus. Dans sa lettre a 
J. Vogel sur V Admiration de la montagne (1541), dans son r^cit 
d'ascension au Pilate (1555), vibre le m&ne accent de triomphante 
jeunesse, et tout veritable ami des Alpes y retrouvera quelque 
chose des plus pures et des plus sinceres Amotions de sa vie. 

P. PmsBirx. 



ARTICLES DE REVUES PfiRIODIQUES 



Sous ce titre nous comprenons le sommaire des articles originaux 
des principaux pe>iodiques alpins, francais ou strangers, et les 
articles des revues franchises sur des sujets concernant l'alpinisme : 

GtHtBALrrfes. 

Karl Domenigg. — Sur des sentiers rarement frequentes. OEster- 
reichische Touritten-Zeitung, n° 24, 1904. 

Ernest Solandt. — Du deboisement. Revue des Alpes Dauphinoises, 
n" 2 et 3, 1904. 

Docteur Ghristophe Mailer. — De l'attache du ski. Mitt, des D. und 
CE. Al., dec. 1904. 

Prince Roland Bonaparte. — La vie alpestre. La Nature, nov. 1904. 

Ch. Rabot. — Debacles sous-glaciaires. Spelunca, n° 37, juin 1904. 

Paul Helbronner. — Sur la tel£stereoscopie. C. R. de VAcad. des 
sciences, dec. 1904. 

P. de Lacroix. — Joseph Vallot et son ceuvre [12 p. ill.]. Revue 
illustree, juiilet 1904. 

Luclen Rudaux. — Les hautes altitudes atteintes. La Nature, 
dec. 1904. 

Li. Splro. — Courses de dames. Echo des Alpes, dec. 1904. 

Docteur L. W. — Premier congres des jardins alpins. Echo des Alpes, 
dec. 1904. 

Docteur L. W. — Silhouette de montagnes : La Varappe. Echo des 
Alpes, dec. 1904. 

Douglas W. Freshfleld. — Les montagnes et rhumanite. Alpine 
Journal, nov. 1904. 



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62 felBLIOGRAPHlE 

Alebs occimntalbs. — Savoie, Dauphine*, Provence. 

W. A. B. Coolidge. — En Maurienne. Revue alpine, dec. 1904. 

Ghapelain. — Le torrent et les actions torrentielles dans les Alpes 
francaises. Bull, de la Sect. Vosgienne du C. A. F., XXIII, n° 5, 1904. 

D'Espinassous. — La Grave [Moeurs anciennes]. Revue du T. C. F., 
dec. 1904. 

Da Iiapparant. — Les glaciers du Dauphine [Analyse de la note de 
MM. Jacob et Flusin]. C. R. de VAcad. dee Science*, dec. 1904. 

Adolf Sglseder. — Pic de Neige Cordier et Barre des Serins. GEstcr- 
reichische Alpenzeitung, dec. 1904. 

W. Andarton Brigg. — Un pelerinage au Mont Viso (3 ill.). Alpine 
Journal, XXII, n« 166, 1904. 

A. Lawrence Rotch. — Cinq ascensions aux observatoires du Mont 
Blanc (6 ill.). Appalachia, X, n° 4, 1904. 

P. Mougin. — Les poches intraglaciaires du Glacier de Tete-Rousee, 
avec 4 fig. La Geographic, no v. 1904. 

Alfbs centrales. — Suisse. — Italie septentrionale. — Tyrol. 

A. Hurner. — Du Grimsel par les montagnes de l'Oberwallis ; de la 
vallee de Saas, par le Strahlhorn a Zermatt et au Cervin. Alpina, XII, 
n° 20, 1904. 

E. A. Broome. — L'arete du Rothhorn (2 ill.). Alpine Journal, n° 166, 
1904. 

A. E. Field. — Le Petit N&ssihorn et le Wellhorn (1 ill.). Alpine Jour- 
nal, XXII, n« 166, 1904. 

Philipp. Reuter. — De l'CEtztal a Meran. Milleilungen des D. und. OE. 
A., dec. 1904. 

"Willy Fleischmann. — Une excursion d'hiver au Sonnvendjoch. 
€Eilerreichi$che Tour.-Z., n° 23, 1904. 

Rene Gouzy. — Le Kienthal. 6cho des Alpes, dec. 1904. 

Alpes obdbntales. — Dolomites. — Alpes d'Autriche. 

Antonio Borti. — Dans les Dolomites Ampezzanes : ascensions sans 
guides (2 ill.). Rivista Mensile del C. A. I, nov. 1904. 

G. Errera. — L'exploration speleologique du Consiglio. Rivista Mensile 
del C. A. /., nov. 1904. 

Giov. Russoz. — Ascension a la Crete Granzaria (2.068 m.)A Ipi Giulie, 
dec. 1904. 

P. S. Leicht. — La course Sauris-Resariis. In alto, nov. 1904. 

Ed. Piehl. — La premiere escalade de la muraille sud de la Rock- 
spitze (2.749 m.). OEsterr. Alpens., dec. 1904. 

Umberto Sotto Corona. — Premiere ascension a la cime du Las- 
trons del Lago (Judenkopf), 2.600 m. Alpi Giulie, dec. 1904. 

N. Gobol. — Sur Torographie des Alpes Juliennes : mise en ordre de la 
nomenclature de notre region. Alpi Giulie, dec. 1904. 

Pyrenees. 

Gomte H. Russell. — L'art de gravir et d'explorer les Pyrenees. 
Bull Pyreneen, IX, n« 48, 1904. 

Alph. Meillon. -— Esquisse toponymique de la vallee de Cauterets. 
Bull. Pyrenien, IX, n* 48, 1904. 



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B1BLI0THEQUE DU C. A. F. 53 

P. Pages y Rueda. — Excursion a Ripolles, Bergada et Cardonor. 
Bulletti del Centre Excursionista de Catalunya, oct. 1904. 

E. A. Martel. — Exploration souterraine des Pyrenees franchises. 
Spelunca, n« 37, juin 1904. 

Norbert Font y Sague. — Les Valines. B. del C, Exc. de Catalunya, 
oct. 1904. 

M. H. — Ascension du Cuje-la-Palas (2 976 m.). Bull. Pyr., dec. 1904. 

Gapitalne R. — Les Gorges de l'Aude a Pierre- Lis et a Saint-Georges. 
Bull. Pyr., dec. 1904. 

Caucasus. 
A. Fischer. — Au Gaucase en 1904. Alpina, XH, n° 20, 1904. 

Asie. 

W. Hunter Workmann. — Hautes explorations dans le Baltistan 
(4 ill.). Appalachian X, n« 4, 1904. 

Am±mque du Nobd. 

W. M. Davis. — L'e>osion glaciaire dan3 la chalne du Sawatch Colo- 
rado. Appalachian n° 4, 1904. 

Arthur "Wheeler. — Notes sur certaines altitudes dans les Rocheuses 
Canadiennes. Appalachian X, n° 4, 1904. 

Edouard Tewes. — Dans les Waputehks du Sud — Mont Daly. Gla- 
cier et chute du Takakaw — Carton du Bas Oyo. Appalachian nov. 1904. 



BIBLIOTHfeQUE DU C. A. F 



Les additions suivantes ont 6t6 faites depuis novembre 1901. 

N.-B. — Ces lirret resteront a la disposition des membres du C. A. P. au local du Club; 
Us oe pourronl Aire empruntes avant le 20 F^vrier 1905. 

Dons des auteurs ou iditeurs, 

K. Baedeker. — L'ltalie des Alpes a Naples; 16/11 de XLH-4*8 p., 
26 cartes, 28 plans, 15 croquis; 2* edit.; Leipzig, Baedeker, 1905. 

Prince Roland Bonaparte. — Vie alpestre; fasc. de La Nature y 
19/9/04. 

Tres curieux article sur les migrations saisonnieres des habitants des 
Alpes. 

Lucien Briet. — La Crevasse d'EscoaXn; extr. Bull. Pyrenees 23 p.; 
Pau, 1904. 

Lucien Briet. — La Grotte de Gidre; extr. Bull, et Mem. de la S. de 
Spelcologie, 7 p. 

Lucien Briet. — Le Pic-Lang; extr. Ann. C. A. F. t 1903, 38 p. 

E. Duregne. — La Grande Montague de la Teste de Buch; extr. Ann. 
C. A. F., 1903, 34 p. 

Henri Ferrand. — Le Vercors, le Royannais et les Quatre Montagues. 
Rigion du Mont Aiguille, du Villard-de-Lans et des Grands-Goulets; 33/25 do 
93 p., 125 phototypies dont 16 hors texte; Grenoble, Gratier, 1904. 

Magnifique volume d'une collection qui s'enrichit presquo chaque annuo ; 
est analyse a la p. 47. 



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54 BIBLIOGRAPHIE 

E. Albert Glandaz. — Italic, Guide du Yachtsman en croisiere; 18/11 
de 364 p., 1 carte; Paris, [Glandaz, Yacht-Club de France], 1904. 

E. Albert Glandaz. — Fleuves et rivieres de France, Somme, Aisne, 
Sarthe; 28/19 de 20+36+20 p., croquis et similigr. dans le teste; Paris, 
[Glandaz], 1902. 

P. Jousset. — V Italic illustree; 33/25 de 11-370 p., 14 cartes et plans en 
coulenrs, 9 cartes en noir, 12 hors texte, 78 i similigr.; Paris, Larousse, 
s. d. (1904). 

Beau volume : 24 p. sont consacrees exclusivement aux Alpes, elles con- 
tiennent un choix de belles et artistiques reproductions : pay sages animes, 
fleuves, torrents, cascades, montagnes et escarpements d'un heureux effet. 

Ch. Lentheric. — Le Rhone; Histoire d'un Fleuve; 24/16 de II448 p.; 
8 cartes et plans; pr. 10 francs; Paris, Plon, 1905. 

Nouvelle edition populaire en un volume de la magistrale monographie 
du grand fleuve francais. Les deux premiers chapitres ontun etroit rapport 
avec l'alpinisme. Gcomorphogenie, erosion des montagnes, glaciers prehis- 
toriques, glaciation actuelle, regime torrentieldu Rh6ne et de ses affluents, 
eboulement des montagnes, avalanches de rochers, etc. Les chapitres sui- 
vants sont la conclusion de cette premiere 6tude et, le volume commence, 
on suit avec plaisir et Ton arrive facilement a la fin. 

Paul Mieille. — Huit jours en Espagne, un raid a bicyclette; 21/13 de 
20 p;Tarbes, Lescamella, 1904; pr. fr. 50. 

Acquisitions. 

J *B. Baddeley. — The English Lake District (9* edit.); guide, 16/10 
de XXX-248-20 p., 18 cartes, panoramas, etc.; London, Dulau, 1902. 




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GENfiRALITtS 



A part les observations faites dans les observatoires de montagne, 
celles qui sont re levies dans les postes Sieves ou dans les hauts 
villages de nos Alpes ne pr&entent pas, la plupart du temps par la 
faute d'instruments mal gradues ou mal construits, quelquefois mal 
places, le degr6 de precision ngcessaire pour etre conserves et 
)£gu£es a nos succes3eurs. Les chiffres des observatoires de mon- 
tagne 6tant gardes dans les archives de cq? etablissements et se 
trouvant publics dans le Bulletin international du Bureau Central 
Meteorologique de France, nous n'encombrerons pas nos colonnes 
de ces statistiques. 

D'autre part les observations g£ne>ales qui nous arrivent des 
postes et des centres alpins presentent un grand inte>et pour les 
montagnards, notamment en ce qui touche l'enneigement et la 
pluviomStrie. 

Dans ce sens il y a beaucoup a faire. Au point de vue de la 
provision des avalanches, de l'Stude des glaciers, de Tenregistrement 
des reserves de houille blanche, ces donnees peuvent 6tre pr^cieuses. 
Gr&ce a l'appui du Bureau Central Meteorologique, nous avons la 
certitude d'etre a m§me de fournir des pluviometres a nos meilleurs 
et plus assidus observateurs de haute altitude. 

Pour ce qui concerne l'enneigement, nous recommandons la 
mesure en endroit dScouvert, loin des vallonnements ou se forment 
des congiaires, loin aussi de certaines croupes bien connues des 
montagnards, presque tou jours dGcouvertes de neige. On mesurera 
l'gpaisseur tomb^e depuis la veille, l'6paisseur totale depuis le dSbut 
de la saison. Mais la mesure de l'enneigement n'est interessante 
que si Ton en connatt la density e'est-a-dire si Ton conn alt combien 
T^paisseur de neige tomb£e fournit d'eau de fusion, autrement dit 



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S5 MriTKOROLOGlE 

quelle 6paisseur de pluie elle reprEsente. Ce coefficient de densite" do 
la neige est en effet tres variable : il peut aller, d'aprds « les Observa- 
tions sur VEnneigement et sur les Chutes <T Avalanches, faites par la 
Commission franchise des Glaciers en 1903 », de 1/2 a 1/50 se tenant 
g£ne>alement autour de 1/10. Ce qui revient a dire qu'il faut lOc/m 
de hauteur de neige pour faire 1 c/m de pluie. On pourra obtenir 
cette density a l'aide d'un seau que Ton abandonnera a Fair libre : 
pour faire F observation, on fera fondre la neige qu'il contient et Ton 
mesurera la quantity d'eau produite comme on la mesure pour le 
pluviometre. 

La direction et la force des vents sont aussi tres importantes dans 
les altitudes ; nous y avons constate* souvent des vents regnant 
pendant de tres longues pSriodes, et prenant presque Failure de vents 
alize*s. La force devra dtre chiffrSe de 1 a 9, traduisant ainsi les 
donates habituelles : 1, faible; 3, assez fort; 5, tres fort; 9, tour- 
mente. 

Notons en passant que nous emploierons pour les points cardinaux 
les abr6viations, N. E. W. S. : W. pour Ouest est en effet univer- 
sellement adopts en m^tSorologie en France comme a F6tranger. 

De notre cdte*, gr&ce au Bulletin dont le Bureau Central M6t6oro- 
logique veut bien nous {aire gracieusement le service, nous e* tudierons 
Finfluence des pressions barome" triques sur la haute montagne, Alpes 
et Pyrenees. Nombre de depressions du grand courant Equatorial 
qui passent sur nos plaines viennent mourir au pied des Alpes, alors 
que les depressions secondaires, qui se detachent de la rive droite de ce 
grand courant et qui, passant sur FEspagne, viennent aborder le 
golfe du Lion et surtout le golfe de Genes, ont une grande influence 
sur retat m6t6orologique des Pyrenees et des Alpes. 

Nous grouperons autour de ce schema general du temps les diverses 
observations qui nous parviendront des postes et des centres alpins, 
donnant ainsi les resultats de tel ou tel mouvement cyclonique. 

L'avantage de ce Bulletin sera de faciliter F6tude de la provision 
du temps par F6tude des observations ant6rieures. II aura en outre 
un inte>et rStrospectif en donnant la physionomie exacte du temps 
pendant le mois precedent et en permettant de s'y reporter ensuite, 
a la lecture du re*cit de telle campagne alpine que Ton desirera 
etudier. 

M. P. 



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m£t£orologie 



LE TEMPS DU MOIS 

Decembre 1004. — Leg 'premieres neiges de l'annee sont tombees 
autour de la fin de Novembre, et le commencement de Decembre a ete 
trouble par one serie de depressions. Le 10, un mouvement cyclonique (745) 
passe sur les Alpes et les Pyrenees, amenant des chutes de neige a Brian- 
yon et a I'Aigoual. Le 11, deux mini mums, neige au Pic du Midi. Le 12, 
grande depression peu importante sur les Alpes, mais une deformation 
fait prevoir une depression secondaire qui se produit le 13; N. W tres fort 
sur les Alpes et W. sur les Pyrenees, neige. Les 14 et 15, situation entre 
deux depressions : les Pyrenees parlicipent decelle du N., les Alpes de celle 
du Midi et les vents sont inordonnes, assez forts. La presence d'un coin- 
cement des hautes pressions commence a se faire sentir : Gap, beau et 
sans vent. 

A partir du 16 nous entrons dans une autre periode, le coincement des 
fortes pressions s'accentue, faisant prevoir la forte zone de resistance d'un 
anticyclone. Les vents sont encore tres forts, sauf sur les Alpes. L'anti- 
cyclone est form6 le 17 et Ton pout des lors etre sur d'une de ces magni- 
fiques penodes d'hiver sans danger, car les neiges tomb6es sont peu abon- 
dantes, alors que les plaines vont abandonner leur humidite par le 
rayonnement et se couvrir de brouillards. 

Dans Ja montagne, temps clair, avec vents legers soufflant de tous les 
rhombes. Le 20 l'anticyclone s'amoindrit un peu, mais il est encore a larges 
talus. Le 21 et le 22 une depression passant au N. le deprime un peu sans 
l'amoindrir. 

Le 24 disparition de l'anticyclone et commencement d'une periode de 
variable, avec uniformity de Vienne auz Acores. Nuageux; la situation 
peut se troubler d'un moment a l'autre. Forte depression passant au N. le 
29 pendant qu'un petit anticyclone protege Alpes et Pyrenees ; vents inor- 
donnes, S. £. a Briancon et N. N. E. au Mounier. 

Enfin, le 30, nouvelle situation, tres troublee; une forte depression (735) 
passe du N. E. au S. E. de l'Europe, preparant les vents violents et les 
fortes chutes do neige des jours suivants. 

En resume, au point do vue des courses en montagne, Decembre a pre- 
sents une periode exceptionnellement sure, du 16 au 23, ezcellente 
pour les ascensions, mais avoc trop peu de neige pour les exercices de 
skis. 



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ACTES DE LA DIRECTION CENTRALE 

La direction centrale du Club Alpin Francais s'est re'unie le 11 Jan- 
vier. 

CHRONIQUE DES SECTIONS DU C. A. F. 

Section de l'lsere. — Rapport sur Tann6e 1904. — La Section 
a complete" son installation dans l'hotel de la Chambre de com- 
merce; avec le concours de membres competents de la Soctete* 
d' Amateurs Photograph es, elle a organise* pour les projections la 
salle de conferences et y a donne trois stances : M. J. Pocat a parie 
de TAndalousie et Tanger; M. G. Berge des Alpes tyroliennes; M. Ch. 
Coutavoz de TEcosse; projections impeccables de M. E. Duchemin. 

Sous les auspices de la Section il a ete tenu au siege social une 
reunion ou le « Ski-club des Alpes » a ete reorganise. Rappelons 
qu'il est la plus ancienne societe fran$aise de skis (1896). 

La collection de cliches de projections s'est accrue et des envois 
ont ete faits au dehors pour des conferences sur le Dauphine. 

Courses collectives. La prudence a impose le renvoi, puis la suppres- 
sion de la course collective projetee pour Fevrier : on se rappelle 
quel temps k avalanches a regne presque tout ce mois. Le 28, un 
groupe de membres de la Section a visite renorme et tres interes- 
sante avalanche du Rucelfc (dite aussi avalanche de la Danchere) 
tombee le 17 dans le vallon du Lauvitel. 

Le 13 Mars, le Plateau de Ratz fut escalade par la cheminee do- 
mi nant le Trou Noir; le temps etait ^uperbe, ce qui malheureuse- 
ment ne se re trou va pas pour les courses suivantes. Brouillard et 
pluie le 17 Avril aux Galeries du Saint-Eynard et au Col de la Falta; 
pluie le lundi 23 Mai, empdchant Tascension du Ferrand, apres une 
belle journee de Pentecote ou Ton avait fait la promenade du Col 
du Pendu; brouillard et pluie le 26 juin pour le passage du Col de 



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CHRONIQUE DES SECTIONS DV C. A. F. 59 

Comberousse et du Col du Grand-Glacier : la caravane renonca k 
Tascension du Puy Gris devant l'opacite du manteau qui l'envelop- 
pait. Seule, dans cet intervalle, la petite course du 12 mai, au Collet 
de Prabert, n'avait pas souffert du temps. Celui-ci se d£cida k favo- 
riser notre principale course collective, placee comme d'ordinaire k 
mi-Juillet; nos collegues passent du Valais en Lombardie, le groupe 
le plus nombreux par Saas et le Monte Moro, l'autre par Zermatt, 
la Cima di Jazzi (3.818 m.) et le Neu Weisstor; puis on revient par 
le Lac Majeur, le Saint-Gothard, le Lac des Quatre Cantons. 

Deux courses d'automne reussirent tres bien : le 18 Septembre, la 
si peu connue Breche des Lacs Robert nous mena k Chamrousse. 
Le 13 Novembre, nous etions quarante-deux pour visiter le Frou, la 
Ruchere et Arpizon, et la moitie de nos camarades escaladaient la 
crete de FAli6nard. 

Travaux en montagnes. 1904 a ete une ann£e d'entretien et de 
preparation. Menus amenagements et reparations dans nos refuges 
(celui du Promontoire continue k nous valoir maints remercie- 
ments). Determination de Templacement de poteaux entre le 
sommet de Chamrousse et le Col du Petit Infernay ; ils permettront 
d'aller surement de la Croix aux Lacs Robert et eviteront ainsi le 
retour possible d'accidents tragiques comme celui de Juin dernier. 
Rappelons, k propos de celui-ci, que les deux premieres caravanes 
de secours furent organised par nos collegues, Mile W. Bade et le 
lieutenant-colonel Blazer. Ces poteaux sont prets et seront mis en 
place au prin temps. Etude par une commission d'un avant-projet de 
refuge dans le Vallon de la Pierre (groupe Nord de Belledonne). 
Notre attention continue k se porter aussi sur plusieurs moyens 
d'augmenter les agrements des environs de la Pra. 

Guides. Les presidents de la Section de l'lsere et de la Societe 
des Touristes du Dauphine se sont entendus sur la f aeon dont seront 
nommes les premiers guides du Club dans netre region. 

P. Lory. 

Lons-le-Saulnler. — Une Conference a ete donnee le 30 No- 
vembre, devant unesalle comble, au the&tre de Lons-le-Saulnier, par 
M. l'abbe Perron, membre du Syndicat d*initiative sur « le Jura 
pittoresque ». 

Cette conference, appuyee de plus de 300 vues en noir et en 
couleurs, k laquelle fut invitee gracieusement la section ledonienne 
du C. A. F., a fait connaltre & nombre de nos compatriotes qui les 
ignoraient les beautes de notre Jura. 

Le meme sujet a ete traite au Grand Palais pendant l'Exposition 



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60 CHRONIQUE DU C. A. F. 

de r Automobile. Enfln, Lille veut avoir prochainement a la SocieHe' 
de gSographie notre conterencier jurassien et d6j& Besancon le reclame. 
Nous souhaitons que « le Jura pittoresque » fasse ainsi son tour 
de France, et meme qu'il franchisse la frontiere. 

Section de Paris. — Vacances scolaires; voyage en Savoie. — 
Peut-6tre est-il bien tard pour parler d'un voyage vieux de cinq mois 
deja; raais on ne jugera sans doute pas hors de propos que le premier 
num£ro de cette Revue parle de nos caravan es scolaires, dont le but 
principal est d'inspirer a la jeunesse V amour de la montagne. 

Done le 1" Aout 1904, nous foulions d'un pied joyeux la route 
ensoleiltee et torride de Bozel. Une d&icieuse promenade par les 
pittoresques gorges de Ballandaz et la verte valine du Doron nous 
conduisait a Pralognan. Nous franchissions ensuite, par un temps 
superbe, le Col de la Vanoise, en admirant tour a tour les glaciers de 
la Grande Casse et ceux de l'Arpont; longue course couple par un 
dejeuner aus9i gai que copieux a Entre-deux-Eaux. Le lendemain, 
apres 1' ascension du Mont Cenis, 6gay6e par les m^prises de quel- 
ques « sp&ulateurs » malheureux et terming par un merveilleux 
coucher de soleil, nous arrivons k Bessans, trou d'inconfortable 
m6moire, ayant « couvert » en deux jours plus de 75 kilometres. De 
la nous rem on tons PArc jusqu'a sa source, dans une valine sauvage, 
et, de Bonne val-sur- Arc, ou nous prenons gite au chalet-hotel du Club 
Alpin, nous atteignons Val-d'Isere par le Col de l'lseran, ou nous 
jouissons d'un splendide panorama du cote* de la frontiere italienne. 
Nous regagnons enfin en quatre jours, Moutiers, en suivant le cours 
torrentueux et superbement encaisse* de l'lsere. Deux excursions fa- 
voris£es par un soleil radieux, Tune au Lac de Tignes, et l'autre au 
Petit Saint- Bernard, d'ou nous saluons le Mont Blanc, coupent fort 
agr6ablement cette longue descente. 

Le 9 aout nous quittions a regret ce beau pays, emportant le 
souvenir impe>issable de ses s^veres beautes, ainsi que celui des 
joyeux compagnons au milieu desquels nous l'avions parcouru. Si 
l'on songe maintenant que le prix de ce magnifique voyage elait 
des plus modique (135 francs), on pourra s'6tonner et regretter 
que M. Richard et M. Rogery, les inimi tables chefs, n'aient pu recru- 
ter qu'une vingtaine d' adherents dans tous les lyc6es de Paris! 

Jean Bregeault. 



Le geranl : L. Vignal. 



PARIS. TVrOGRAPBIE PLON-KOURRIT ET C'% 8, RUE GARANCIERE. — 6439. 



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Les Campements 

dans les Pyrenees 

Par Henry Spont 

r le privilege deschosesvraiment belles de 
jamais lasser Penthousiasme et d'offrir sans 
se&Padmiration un aliment nouveau. Celui 
qui s'imaginerait la montagne sous Punique 
apparence de la sauvagerie grandiose, gen6- 
ralement vulgarised par Pimage, se trom- 
perait aussi complement que Pdtranger 
prompt k juger Paris d'apr^s les seuls bou- 
levards. Chaque personne est un monde, 
s6dant, outre Pensemble des instincts heY6- 
nmuns k la race, une foule de quality 
individuelles acquises; et les differences caractdristiques qu'on 
retrouve au fond de tout etre pensant se rencontrent, moins 
eclatantes, mais perceptibles quand m§me, au sein de la mature 
inerte. 

Un glacier ressemble a un glacier, une muraille est pareille k 
une muraille, et qu'on attaque tel ou tel pic, il faut toujours 
monter pour Patteindre et descendre pour en revenir. Emettre 
cette opinion raisonnable et honnete, c'est dire k Pamoureux 
abandonne* qu'une femme est toujours une femme, et que la 
beaute* des formes, les dons de la sensibility, du denouement et 
de Pintelligence, qui parent & ses yeux la bien-aimde, existent 
egalement, plus deVelopp^s peut-etre, chez d'autres. 

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02 H. SPONT 

Or, le montagnard est un amoureux, c'est-4-dire un homme 
qui ne discute pas, qui ne comprend pas, qui affirme. Plus il 
pratique la montagne, phis il Pinterroge et la devine, plus il 
d^couvre en e)le des triors insoupgonngs de grandeur, de deli- 
catesse, de sublimits, de charme; ei k mesure que son 6nergie et 
son entendement s'Slargissent et s' affluent, k mesure que Pac- 
coutumance, en tuant les premieres terreurs legitimes, lui per- 
met de percevoir des details — en amour, il n'y a que des details 
— qui 6chappaient d'abord k son regard rapide et inquiet, il 
sent s'accroitre en lui le d£sir 6perdu de posseder plus 6troite- 
ment encore les joiesprofondes r6serv6es aux conquSrants. Une 
fois parvenu & la communion parfaite entre la nature et son 
organisme personnel, sur de pouvoir, gr&ce k Pentrainement, 
r^sister aux £preuves fatales, il devient non pas le maitre 6golste 
>et jaloux qui fait tout plier devant ses caprices, mais Padora- 
teur £mu, patient et fidelc, qu'un sourire accord^ de temps k 
autre k sa ferveur paie largement de ses soins. 

Les glaciers ne sont qu*un des innombrables aspects particu- 
liers & ces altitudes. Le grimpeur ne vise qu'une partie des vo- 
luptds certaines, et comme il y a place pour toutes les beaut£s, il 
y a place aussi pour tous les amants. Le chasseur et le gdologue, 
le touriste et le curieux, le botaniste et le pdcheur sont ggale- 
ment des appelds qui peuvent devenir des 61us. Chacun d'eux 
recherche et trouve dans rinfinie vari6t£ de ce monde la serie 
demotions ou d'etudes propres k satisfaire, a combler ses gouts 
personnels. Chacun d'eux aime la montagne a sa fa$on, qui est la 
bonne, puisqu'elle est la sienne. Qui £tablira la cote du merveil- 
leux, l'Schelle du sublime? Qui dira quel est le plus magnifique, 
du pic solitaire dress£ au milieu des neiges ou du lac £tincelant et 
sombre dans sa ceinture de rochers, et la joie d'errer parmi les 
pins de la foret bruissante ne vaut-elle pas Pivresse de s'61ever 
au long d'une paroi de glace vers la cime lointaine, qui se rap- 
proche? 

* 

Les ascensionnistes out 6t6 les premiers artisans, n£cessaires, 
de la conquSte. lis ont montre par leur exemple que la montagne, 
si redoutable, n'est pas inaccessible, et que le courage, servi par 
la passion et la clairvoyance, arrive, bien dirige, k vaincre les 
plus grands obstacles. II faut saluer ces explorateurs hardis, 
g6n6ralement modestes, qui ont tracg la route ou s'engagent 
aujourd'hui naturellement nos pas. G'est a eux que nous devons 



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LES CAMPEMENT8 DANS LES PYRENEES 63 

d'avoir brisd k jamais les anciennes terreurs qui maintinreni 
pendant des socles au fond des valines la bravoure timide de 
nos robustes et cr&iules aleux. Nous leur devons aussi la con- 
naissance gfographique des pointes essentielles ei des passages, 
la transformation des indigenes en guides capables de conduire 
et de soigner leurs successeurs, lesquels, bien outilies d&ormais, 
ont os£ s'attaquer aux sommets secondaires ou p£rilleux laiss^s 
vierges dans le travail initial d'exploration. II reste, il restera 
pendant de longues ann£es encore une ample matidre pour les 
Energies futures, ei, les moyens d'acc£s augmentani avec la 
confiance, les grimpeurs sont assures de trouver, ici ou 1A, en 
Europe, en Asie ou ailleurs, les Amotions trds nobles et pas tout 
k fait st&riles du danger vaincu. 

L'ascensionniste, homme d'action, a dans ses r£cits nerveux 
et alertes, mis surtout en lumtere la valeur de son effort et a vu 
dans la montagne plutdt un pr£texte k exalter son courage qu'une 
r£alit£ susceptible d'6mouvoir sa sensibility. Et il a eu raison, 
car, en pareil cas, Teffort librement consenti et pouss6 k 1'ex- 
tr&me est k lui seul une magnifique le$on. Le savant, qui le suivit 
de loin, s'est attache k retude des ph£nom£nes nouveliement 
observes dont la connaissance peut contribuer k augmenter 
sinon le bien-Stre materiel, du moins la somme des acquisitions 
intellectuelles si prgcieuses. Ni l'un ni l'autre n'a r6ellement, 
profondement exprim6 le caract£re de beauts exceptionnelle 
qui marque la plus r^cente conqu£te de l'humanite sur la nature, 
lis Font domptSe, ils Font 6tudi£e; mais absorbs par P^golsme, 
tr£s respectable et d'ailleurs n6cessaire de leur passion, ils n'ont 
pas song£ k la foule qui, avant de comprendre le dernier cha- 
pitre d'un livre, a besoin d'en lire le premier. 

* 

La foule & vrai dire ne devait pas les preoccuper. Assez d'ecri- 
vains serviles s'abaissent k flatter ses mauvais instincts pour 
qu'une elite, par un esprit de legitime reaction, s'offre le couteux 
plaisir de m^priser son approbation. Le dedain pourtant est, au 
meme titre que la flagornerie, une detestable erreur. Entre ces 
deux termes exce6sifs, il y a place pour 1' Education, source du 
progr£s. C'est le public, ne Poubliez pas, qui juge et condamne, 
c'est lui qui fait et defait les reputations et rien ne subsiste en 
dehors de son souverain suffrage. Les lettrfe ont pu autrefois, 
dans une repuWique polic^e et peu nombreuse, imposer k leurs 
amis des formes d'art passag&res, cr64es pour eux. Aucune 



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64 H. SPONT 

oeuvre, si profonde qu'elle soit, n'a surv^cu & 1'oubli niveleur 
sans le concours de cette posterity insensible aux considera- 
tions personnelles, et en somme assez Equitable malgre ses 
fautes. 

Victor Hugo a 6crit pour elle, comme Shakespeare, comme 
Jean Racine, et c'est l'esperance de recevoir plus tard sa conse- 
cration qui ensoleilla les derniers moments des g^nies precur- 
seurs dont la voix ne devait etre comprise qu'aprds leur mort. 

Pour p£n£trer dans le cercle d'idees de la foule, pour captiver 
son attention indifferente ou fatigu£e, pour emouvoir son coeur 
mobile, la montagne doit lui etre r6v£l£e dans son intimity vraie, 
dans sa nudity severe et charmante, et non pas seulement dans 
ses fantaisies accidentelles et ses tr^sors scientifiques. En trans- 
posant avec habilete — done simplement — la part de beauts, 
meme minime, qui nous a frappes en elle, nous sommes certains 
que le lecteur, pris & la seduction des mots, saura lire entre les 
lignes et completer par son imagination personnelle ce qu'il y 
aura d'imparfait dans la traduction. Et puisque aucune langue 
du monde ne possdde de vocables assez comprehensifs, assez 
precis et assez vagues pour enclore l'impression totale des mille 
realites changeantes, puisque les meilleurs d'entre nous ont 
echoue dans la t&che ardue d'expliquer compietement la nature, 
essayons du moins de l'evoquer, c'est-&-dire de figurer par un 
choix ingenieux de signes representatifs et neufs le reflet des 
sensations que provoqua en nous la vue de certaines images 
essentielles. 

A la conqu§te, & l'observation de la montagne, succede au- 
jourd'hui la prise de possession raisonnee. L'homme n'est plus 
pour elle un enfant, comme il le fut d'abord, ni un ennemi 
comme il le fut ensuite. II est devenu un ami. 

Ce troisieme degre vers la connaissance de plus en plus pro- 
fonde des merveilles naturelles ne peut §tre atteint que par ceux 
qui voudrent de longs jours & leur ardente contemplation. 

La seule autorite dont nous pourrions nous prevaloir — si la 
chose etait necessaire — c'est la somme de sensations et de sou- 
venirs due & quinze ans — & quinze campagnes — d'ascensions, 
de campements et de promenades & travers les Pyrenees d£- 
sertes et rudes. Ce qui importe, en somme, ce n'est pas de con- 
naitre tel ou tel paysage, — car un paysage, on l'a dit, est un etat 
d'&me. Ce qui importe, c'est de voir, de sentir, d'extraire P6mo* 



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LES CAMPEMENTS DANS LES PYR£n£ES 65 

tion vivante, noble, infiniment respectable, qui est au fond du 
moindre objet de Punivers, c'est de rapporter de ce contact bien- 
faisant des faculty plus aiguis£es, un coeur plus tendre, une 
intelligence plus vaste, c'est d'augmenter son etre interieur, de 
savoir plus, d'admirer mieux, de comprendre davantage, d'etre 
plus indulgent, plus fier, plus brave, plus doux. 

Voili le profit personnel, Pacquisition utile. Le s^jour pro- 
long^ Ik haut, en abolissant la preoccupation du retour, de la 
retraite, du ciel pr§t k se couvrir, de Porage menagant, libdre le 
montagnard de Pinquietude qui Paccompagne toujours en ses 
courses rapides, et le laisse tout entier & la joie de vivre. L'indi- 
vidu, nagudre comprint par la peur ou d6prim6 par la fatigue, se 
dilate, se detend, s'6panouit comme une fleur, comme la fleur 
mdme n6e sur cette terre, nourrie de cette terre k qui elle s'at- 
tache par ses racines. II cesse d'etre l'^tranger, celui qui passe; il 
est rami, Penfant, celui qui reste. II est chez lui, tout k fait, au 
m£me titre, avec les memes droits que les autres habitants de la 
grande famille muette, les rochers, les arbres... 

Les Pyr^n^es sont, en France, les montagnes les plus favora- 
bles k ce genre de vie. Elles sont assez hautes pour renfermer de 
v&itables glaciers, c'est-&-dire P ensemble des attraits particu- 
liers aux grandes altitudes, et, en m§me temps, leurs valines 
encaissges et profondes, leurs fordts innombrables, leurs lacs, 
leurs cascades, leurs chaos d'6boulis, constituent k cdt£, au-des- 
sous des cimes d£chiquet6es et sinistres, un d£cor relativement 
plus aimable, oil Pexistence, facility par un climat plus 6gal et 
plus temp6r6, n'est pas impossible. En outre, elles sont trds peu 
visit^es, sauvages, mal am6nag6es pour les touristes, et P61oi- 
gnement des centres balnGaires, situ£s sur le versant fran$ais, y 
rend les stapes invraisemblablement p^nibles et longues. Enfin, 
les principaux massifs appartenant, totalement ou en partie, k 
PEspagne, le pays classique de Pindifterence et de la morgue, qui 
ne tire personnellement aucun parti de ses richesses pittoresques 
dont il semblerait vouloir ^carter la foule, il en r&ulte que le 
campement devient une n£cessit£ plus encore qu'un agr£ment 
pour quiconque veut explorer. 

N6cessit£ facilement realisable et peu coflteuse d'ailleurs. Une 
tente en bonnet de police pesant avec ses accessoires 5 kilogr. 500 
suffit pour offrir k quatre hommes un abri decent capable de 
r£sister au vent, k la temp§te, k la pluie. Un guide et un porteur 
assurent le transport de ce materiel r6duit qui permet k P6quipe 
bien soud6e, bien unie, de tenir lacampagne k la condition de se 



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66 H. SPONT 

ravitailler tous les trois ou quatre jours, pendant plusieurs se- 
maines cons£cutives. Et ce temps-la n'est pas inutile pour visiter 
les solitudes du versant espagnol, des Monte Maudite, des Sierras 
d'Aragon ou de Catalogne, par exemple. Le point essentiel est 
de bien determiner d'avance le plan de la tournle, d'y prgvoir 
des variantes en cas de surprises, et d'assurer sa retraite. C'est 
la un jeu fort plaisant qui d£veloppe nos quality d'initiative. 
Car les guides, peu habitues a ce genre d'expSditions et hostiles 
d'instinct aux innovations, sont plutdt les ex£cuteurs que les 
conseilleurs de nos desseins. 

Vous imaginez ais&nent ce que cette existence comporte de 
joies enlan tines et viriles, la part de pittoresque et d'imprfvu, 
le c6t6 aventureux, dramatique ou grotesque, de ces longues 
heures d'action et de fl&neries passtes au grand air par des gens 
lib£r& de soucis, et qui peuvent dresser en cinq minutes, n'im- 
porte ou, leur maison de toile, infiniment l£g£re et propre. II n'y 
a done pas & insister ici sur les avantages de cette combinaison 
si pratique, si n£cessaire, du moins dans les Pyr6n6es. Elle a 
offert & un gcrivain convaincu l'occasion d'^prouver des sensa- 
tions fortes; elle permettra demain a un grand artiste de les tra- 
duire en un langage Eloquent et simple, qui touchera enfin le 
cceur des foules irrSsolues et sensibles. 

Hehry SPONT. 




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De Miage au Mont Blanc 

par l'Aiguille de Bionnassay 

Pab H. Durand 

l 6tait done venu 1c moment de rSaliser enfin un 
pro jet longuement m&lite dans les veiltees d'kiver 
i et pr£par£ par une iongue correspondance. Apr&s 
quelques courses dans la Vanoise, le lieutenant du 
Verger et moi, nous arrivions en voiture aux Cha- 
pieux, oft nous attendait Blanc le Greffier, assists 
d'un porteur. 

Nous voulions, par le Dome de Miage, le Refuge 
r ^NL^^ Durier, l'Aiguille de Bionnassay et le Dome du 
*^^* Gouter, atteindre le sommet du Mont Blanc. II 
fallait done, outre l'6quipement r£duit au strict n&jessaire, 
emporter des vivres pour trois jours; le Pavilion de Tr&atete, 
oik nous comptions coucher le premier soir, n'est pas toujours 
habite et ne compte pas comme station d'approvisionnement. 
Le 12 juillet 1904, au jour naissant, nous partimes lourdement 
charges et arrivdmes k 7 heures et demie k la Croix du Bon- 
homme. Nous y jouimes d'une belle vue sur les groupes de la 
Vanoise et de Bonneval, et sur le Mont Pourri, dont les glaciers 
Itincelants captivent 1'attention 

Quel dommage qu'un si beau pic ait un si vilain nom. Le Club 
Alpin Francais, qui a juridiction souveraine sur les montagnes, 
devrait d'office le rebaptiser et lui imposer une denomination 
plus digne de ses m£rites alpestres. 

U importe de savoir que le passage de la Tarentaise a la vaB&v 
de Montjoie comprend deux cols : la Croix du Bonhomme et le 
Col du Bonhomme proprement dit, et que la traverse presquo 
horizontale qui les r&unit se fait sur le territoire de Beaufort (la 
Giettaz); pour avoir ignor6 ou oublie cette v£rit£ topographique, 




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68 II. DURAND 

certains alpinistes, el non des moindres, sont descendus dans le 
brouillard k Beaufort, croyant arriver aux Chapieux. lis en ont 
ri. Mais il est pourtant des circonstances ou la perte d'un jour 
est particulidrement f&cheuse. 

Pour cette region, la carte de Mieulet s'arrete an Nant Borant, 
la carte d'Imfeld, plus etendue, donne un trace suffisant. Les 
cartes des guides Joanne sont d'un format trop petit pour pre- 
server de toute erreur; mais le texte indique la route a qui le lit 
avec attention. On trouve des indications completes sur la 
feuille d'Etat-Major « Albertville, 169 bis », difficile k lire, mais 
assez exacte. 

Au second col, la vue est interessante sur la valine de Montjoie, 
le Plan Jovet avec son petit lac, 1' Aiguille de Beranger, les 
Ddmes de Miage. Le Mont Tondu masque les Aiguilles de Trfla- 
t€te; et le Glacier de TWlatete, notre route de demain, se cache 
derridre le Mont Jovet. 

L* Aiguille de Bionnassay et le Mont Blanc disparaissent dans 
le brouillard, qui se forme partout. 

Nous descendons rapidement. En traversant le Plan des 
Dames, nul de nous n'oublie de porter sa pierre au tas qui 
d'apr&s la tradition recouvre les restes de deux dames mortes de 
froid en cet endroit. 

On retrouve la meme coutume en Corse et en Algerie, et aussi 
dans les Pyrenees, ou le col fronttere de la Pierre Saint-Martin, 
entre les vallees de Salient et d'Azun, contient un monument 
semblable, dont les gens du pays ne peuvent plus indiquer la 
raison d'etre ni Porigine. lis n'en continuent pas moins k Paug- 
menter consciencieusement k chaque occasion, leurs actes etant 
regis par la coutume, beaucoup plus souvent que par la raison. 
L'accident arrive k ces malheureuses dames, non moins qu'un 
autre de meme nature qui atteignit deux jeunes Anglais, donna 
au Col du Bonhomme la plus mauvaise reputation, un peu 
oubliee aujourd'hui, comme le col lui-meme, depuis que le Tour 
du Mont Blanc, autrefois en faveur, ne tente plus que quelques 
pietons. Notre epoque n'admet plus les longues expeditions k 
dos de mulets; elle ne reve qu'automobiles, chemins de fer k 
cremailiere et bicyclettes. Est-ce un mal ? Je ne le crois pas : 
Talpinisme ne peut que gagner au developpement et au perfec- 
tionnement des moyens de transport. 

Nous dejeunons k Tauberge de la Balme et apprenons avec 
plaisir que le tenancier de Treiatete vient de monter & son poste. 

Nous esperions decouvrir sur la droite un raccourci, mais il n'y 



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DE MIAGE AU MONT BLANC PAR L* AIGUILLE BE BIONNASSAT 60 

a que broussailles impraticables et pas de pent. II faut des- 
cendre au Nant Borant, ou peu s'en faut. Fuyant un orage qui se 
forme au Mont Joli, nous remontons k grands pas la Combe 
Noire, et arrivons tout essoufltes au pavilion (1.976 m.), juste k 
temps pour 6chapper k une abondante averse. 

S'il faut vous dScrire ce pavilion, je dirai : n'imaginez pas 
quelque kiosque oriental. C'est un vieux b&timent en ma$on- 
nerie mal cr6pie, dont le rez-de-chauss6e sert de logerraent aux 
b§tes et le premier aux gens. Gr&ce k la d6clivit6 du terrain, 
T^tage est de plain-pied d'un cot6, avec une terrasse mal nivel^e. 

L'Stable n'est point plafonn£e; un simple plancher la s6pare 
de Thabitation. L'hdtesse, qui est optimiste, donne toute son 
approbation & cette disposition 6conomique; les ehambres, dit- 
elle, n'en sont que plus chaudes. Les alpinistes ne sont pas de cet 
avis; ils pensent et disent qu'on vient k Tr&atete pour respirer 
Fair du glacier, et non pas l'odeur d'une 6curie mal tenue. 

Le manque de propret6 et de confortable 6carte les voyageurs 
qui devraient affluer dans cette auberge, bien placSe k quatre 
heures de Saint-Gervais, k proximity d'un panorama splendide 
et aux abords d'un des plus beaux glaciers de la chalne, dont il 
est certainement le plus ignore. 

Saint-Gervais, s£jour tr&s agr^able, voit tous les ans grandir 
sa clientele, dont la partie active visite surtout le Prarion, le Col 
de Voza et le Mont Joli. 

Du Col de Voza, on n'aper^oit ni le Mont Blanc ni le Dome du 
Gofiter; les Aiguilles de Chamonix, vues en raccourci, produisent 
peu d'effet; 1'Aiguille du Goiter ne parait pas k son avantage. 
Seule, PAiguille de Bionnassay dSdommage le touriste des peines 
que lui a eoiit^es l'ascension du col. 

De tous les belv^ddres fr6quent6s par la foule avide de con- 
templer le Massif du Mont Blanc, le Mont Joli est le moins re- 
commandable. 

L* Aiguille et le Ddme du Gotiter, plaques sur la masse du 
colosse, s'en distinguent mal. On ne voit pas le sommet du Mont 
Blanc, mais seulement celui de la seconde bosse (4.556 m.). 

Enfin, k deux pas de ce puissant massif glaciaire, on ne voit 
pas de glaciers. Celui de Bionnassay, enti&rement cach6 dans les 
rochers, ne montre que ses pentes sup&rieures et une courte 
partie de son extr6mit6 inferieure; le Miage Nord, le seul bien en 
vue, est restreint et couvert de pierres. De tous les glaciers 
du massif c'est certainement le moins beau. 

Si je jette ainsi des pierres dans les p&turages du Mont Joli, ce 



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70 H. DURAND 

n'est pas que je nourrisse aucune animosity contre cetie person- 
nalite orographique. Je voudrais seulement, sans les Eloigner de 
la region, en trainer les touristes, strangers k la haute montagne, 
vers la vue saisissante de 1' Aiguille de Beranger ei les splendours 
glaciaires de Treiatete. 

Alors, sans doute, quelques-uns d'entre eux diraient : com- 
ment avons-nous pu si longtemps ignorer ces choses! et k Fen- 
thousiasme de la premiere heure, succederaient dans leur ame, 
desormais ouverte i l'alpinisme, la perseverance et le desir du 
retour. 

Pour attirer le voyageur k la montagne, il faut, sans trop exi- 
ger de ses forces, la lui montrer dans toute sa beaute; donncr it 
ceux qui ne reviendront pas, mais qui proclameront leur admi- 
ration sur la route, ces souvenirs qui durent toute la vie; fuse 
olim meminisse jnvabit; faciliter k tous, si on veut me permettre 
cette comparaison, Tentr^e du spectacle, et ne pas laisser gas- 
piller temps et ressources aux bagatelles de la porte. 

Et pour obtenir ce resultat, autant qu'on peut l'attendre de la 
belle region qui nous occupe, il ne faut qu'un bote! propre et 
simple, 14 o& on ne trouve actuellement qu'une mediocre au- 
berge. Le Club Alpin Francais peut exercer dans ce cas une heu- 
reuse influence, k peu de frais, mais avec quelques frais. IL en 
co&te bien moins d'ameliorer une installation existante que de 
cr^er de toutes pieces le plus simple refuge. 

Un aubergiste, qui attend peu des voyageurs, qui vit sans eux 
du produit du betail et de la culture — et e'est le cas de celui de 
Treiatete, — peut reconnaitre les avances qui lui seraient faites 
en acceptant de faire un excellent service avec un tarif k prix 
modique, si le confortable qu'on lui reclame, et dont il n'a aucune 
id^e, est instalie chez lui dans des conditions qu'il ne saurait 
atteindre, et avec des depenses qu'il n'aura jamais Pinitiative 
d'exposer. 

II faut voir Pinstallation des refuges gardes du Tyrol, sur 
toutes les routes et sur tous les versants des montagnes frequen- 
t£es, pour mesurer Petendue du chemin qui nous reste k pareou- 
rir si nous voulons faciliter Faeces de la montagne k toutes les 
forces et k toutes les bourses. 

Je m'excuse de cette digression, inspires par une sincere com- 
miseration pour les infortunes touristes qui se eontentent de 
monter au Mont Joli. Et je reprends le fil de ma narration. 

Malgre les critiques qui precedent, formulas dans l'interet da 
commun des touristes, plutot que dans celui des alpinistes endur- 



X 



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DE MIAGE AU MONT BLANC PAR L'AIGUILLE DE BIONNASSAY 71 

cifl, noire caravane, habitude k se contenter de ce qu'elle trouve, 
n'a qu'& se louer de son s£jour &Tr61at§te. II y a quaire bons lits 
ei la table est aussi bonne qu'on puisse le demander dans une 
auberge si peu frequentee. 

Malheureusement, le temps ne s'am£liore pas. Le lendemain 
matin, au jour, il pleut k verse; inutile de se lever. A 7 heures, le 
ciel s'6claircit du cdt£ du Mont Blane; tandis que tombe sur 
Saint-Gervais une averse curieusement 6clair6e par un rayon de 
soleil, le tonnerre se fait entendre sur les montagnes de Tricot. 
Jntonuii l&vum. Sur cet heureux presage, auquel Blanc ne com- 
prend rien — les deductions qu'ii en tire 6tant absolument con- 
traires aux notres, — nous nous levons, et nous partons k 
8 heures. 

Par un chemin tailfc dans le roc, muni d'une rampe en fer 
comme celui des Ponts aupr£s du Mon tan vers, nous abordons le 
glacier qui d^crit une vaste courbe, et de la Combe Noire au Col 
Infranchissable, £tale sur une longueur de 7 kilometres ses 
neigos immaculees. Sans former de ressauts bien marques, sauf 
en un seul point de sa course, il descend majestueusement, 
comme un large fleuve, et rappelle k plusieurs egards le Glacier 
d'Aletsch, dans les Alpes Bernoises. 

Le glacier est en tr£s bon 6tat; on le remonte sans enfoncer et 
sans donner un seul coup de piolet . Au Nord, paralt 1' Aiguille de 
B£ranger, facile merit accessible de plusieurs cdtes; au Sud, le 
Mont Tondu et le Col du Mont Tondu, qui conduit k l'Altee 
Blanche par le Col de la Seigne. 

Un plateau assez crevass£ nous conduit k un ilot rocheux 
oii nous faisons halte pour admirer les Aiguilles de Tr&atete et 
l'Aiguille des Glaciers (celle qu'on voit des Mottets, en Taren- 
taise). Nulle part on ne peut trouver de plus beaux sSracs, un 
plus formidable entassement de glaciers suspendus; comme 
comparaison, il faudrait aller au Glacier de Saleinaz, voir l'Ai- 
guille d'Argentidre; au Glacier du Tour, l'Aiguille du Chardonnet. 
Le point culminant n'est pas en vue; il se dresse en Italie, sur le 
chemin qui slpare le Glacier de Miage du Glacier de l'A116e 
Blanche. 

Les touristes qui voudraient jouir de ce magniflque spectacle 
et qui redouteraient 1'ascension, pourtant bien facile, de l'Ai- 
guille de Beranger, n'ont qu'fc suivre notre route et remonter, 
sans aucun risque avec un bon guide, jusqu'au Col Infranchis- 
sable, oil ils auront par surcrolt, si le temps les favorise, une vue 
admirable sur l'Aiguille de Bionnassay, les ar§tes du Dome et le 



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72 H. DURAND 

Mont Blanc, pr6c6d6 des deux Bosses, 6paul6 du c6t6 Italien par 
les ar§tes du Brouillard et de Peuteret. 

Une avalanche partie de 1' Aiguille des Glaciers salue notre 
depart. Malheureusement, le temps se gfite, la Valine de Mont- 
joie se remplit de brouillard, les nuages montent plus vite que 
nous et envahissent les Aiguilles de Tr61atete. 

Au moment d'aborder la Crete, objet de nos d&irs, nous h&i- 
tons sur le choix du couloir qui nous y conduira. C'est le cas de 
consulter les cartes et de constater avec d&appointement que la 
carte Imfeld ne vaut pas mieux pour cette region que celle de 
Mieulet etquecelui qui Fadessin^e n'est jamais venu &Tr61atfite. 
Nous n'avons aucune connaissance des lieux. Le Greffier a pass£ 
le Col de Miage, mais il vient pour la premiere fois k TrflatSte et 
n'a fait ni les aretes de Miage, ni 1' Aiguille de Bionnassay. Nous 
aurons done, pendant deux jours, les Amotions d'une premiere 
ascension. 

Au point o^l se dessine au fond du glacier l'6chancrure pro- 
fonde du Col Infranchissable, nous tournons k gauche, et, sur un 
pont plus 61£gant que solide, nous franchissons une crevasse 
magnLfiquement 6vid6e, pour gravir un couloir neigeux qui 
monte raide entre deux promontoires rocheux. Au point culmi- 
nant (2 h. soir), nous esp&rons pouvoir jeter un coup d'oeil sur 
notre route, quand fond sur nous une violente averse de grfile 
fondante qui nous inonde d'eau glac£e. 

Voil& le brouillard 6tabli partout; on tient conseil pour se 
r^chauffer. D'un ton timide, Dame Prudence hasarde de judi- 
cieuses observations, cherche k montrer le p6ril : que la journ6e 
est avanc6e, que le temps compromis peut amener la tourmente; 
que nous risquons de nous 6garer sur cette arSte inconnue. 

Avec une logique alpine, on lui fait comprendre qu'il ne 
saurait §tre question de retourner au pavilion. Pour la tranquil- 
liser, on choisit dans les rochers voisins un emplacement pour 
bivouaquer, sans feu, avec tous les agr^ments que promettent la 
temperature et la nuit, & l'altitude de 3.600 m. 

Epouvant^e de cette proposition, cette pauvre Prudence se 
tait, et elle fait bien. 

On decide de tenter l'aventure. Nous montons k l'Est par une 
ar£te neigeuse, rapide et souvent en corniche, pour arriver en une 
heure k un sommet mi-partie neige et rocher, que nous pensons 
etre celui qui est cote 3.680. Le brouillard est plus 6pais que 
jamais. Blanc se d£sespdre. II craint, non sans raison, de s'en- 
gager k l'aventure sur ces cretes dangereuses qu'il ne connalt 



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DE MIAGE AU MONT BLANC PAR L'AIGUILLE DE BIONNASSAY 73 

pas; mais comme il craint encore bien plus de revenir en arridre 
et que notre compagnon du Verger insiste beauconp pour conti- 
nue^ le r6sultat de la nouvelle deliberation k laquelle nous nous 
livrons est de decider la marche en avant. 

Quelques rochers faciles nous conduisent k une etroite cr§te 
rocheuse oii nous marchons en equilibre, jusqu'& une ar£te tr£s 
raide, suivie de pentes verglassees longues et assez dangereuses 
au-dessus des precipices qui tombent sur le Glacier de Miage 
Nord. Le broinllard nous les cache, mais nous n'en ignorons 
pas Pexistence. 

Au moment oil nous arrivons k FarSte qui vient du Col Infran- 
chissable, le brouillard s'eteve du cote Italien et nous laisse 
apercevoir la tlte carree et la superbe Aiguille de Treiatete, au 
triple sommet. 

L&, dans les brouillards flottants qui nous entourent, nous 
commettons une grosse erreur, en appuyant trop k droite, et 
nous engageant imprudemment dans les couloirs vertigineux 
et pleins de verglas du versant Italien. 

Nous traversons pendant quelques instants des rochers verti- 
caux, noirs et trempes d'eau, oii les prises sont k Petat de projet; 
leur aspect sinistre inspirerait 1'horreur et Feffroi, si les alpi- 
nistes n'avaient pris depuis longtemps la resolution de bannir 
de leur compagnie ces vilains sentiments, et de ne conserver 
que de l'admiration pour ces belles oeuvres de la creation. Sous 
la menace de seracs surplombants, par des pentes de neige ra- 
pides, coupees de plaques verglassees et d'arStes rocheuses, nous 
arrivons enfin k 7 h. du soir au Col de Miage. 

L'arete est si etroite qu'on peut k peine circuler autour du 
refuge, grande boite en sapin couverte en zinc, enfouie dans la 
neige du c6te Italien. Nous nous demandons un instant si nous 
parviendrons k y penetrer. Le constructeur ne savait peut-§tre 
pas qu'une porte doit dtre ouverte ou fermee; celle qu'il a fournie 
ne peut pas s'ouvrir et ne ferme pas. 

Certes, les portes de nos refuges ne meriteront jamais la mau- 
vaise reputation des portes de prison. Mais il ne faut pas qu'on 
puisse prendre Phabitude de dire, dans ce pays prompt aux 
comparaisons faciles : cette porte ferme comme une porte de 
refuge. 

J'ai dej& signaie cette situation grave k la Commission des 
Refuges; elle considerera, sans doute, que les alpinistes, quelles 
que soient leurs opinions en matiere d'economie publique, pros- 
crivent, dans le cas qui nous occupe, le regime de la porte ou- 



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74 M. DURAND 

verte, parce qu'il jeite an froid dans lee refuges, en les remplis- 
sant de neige. 

La porte c£de enfin k nos efforts; nous trouvons dans Pinte- 
rieur une belle balterie de cuisine, huit matelas et seize couver- 
tures malheureusemeni impr6gn£s d'une humidity qu'augmen- 
teront encore nos habits mouill6s. Sur ce col en lame de couteau, 
presque partout neigeux, il est impossible d'a&rer la literie en la 
mettant au soleil. II serait indispensable de placer k Pint6rieur 
deux barres en sapin, qui, la nuit, serviraient d'oreiller, qu'on 
installerait au depart pour y placer les matelas, soulev^s au- 
dessus du lit de camp et exposes k Pair en tous sens. 

Pendant que d'habiles cuisiniers travaillent avec ardeur k la 
preparation du diner, nous admirons un splendide effet du soleil 
couchant. En dessous, le brouillard blanchit et s&che k vue d'oeil 
et se prepare k disparaltre, comme c'est son devoir k la veille 
de la f3te du 14 Juillet. 

Minuit, temps superbe, tout est geU autour du refuge. 

Nous ne partons qu'& 6 heures pour donner le temps au soleil 
de fondre le verglas que nous apercevons dans les rochers ou 
nous allons nous engager. 

La partie sera s^rieuse. Longtemps, nous suivons l'ardte nei- 
geuse, presque partout gel£e, souvent en corniche, pour attaquer 
enfin les rochers par le versant N. O. Deux cents metres de 
grimpade difficile, agr6ment£s de quelques pas d£licats, nous 
ram&nent k ParSte fronttere. Blanc cherche k rejoindre une che- 
mise que ses y eux per^ants ont distingu£e depuis la veille sur le 
versant ltalien. On y parvient par une vire horizontale tr£s 
etroite, dominant k pic un precipice de 800 metres, semblable k 
celle qui donne acc£s k la Cascade petrifi£e de P Aiguille M&ridio- 
nale d'Arve. 

Voici la chemin^e, vertigineuse, verticale, int£ressante k gra- 
vir au-dessus de ce beau precipice. Souvent les piolets passent de 
main en main; mais on trouve de bonnes prises, et la corde ne 
nous sert pas k grand'chose. A 4.000 m. d'etevation environ, 
s'etend, tout pr£s du sommet, une large vire encombr^e d*ebou- 
lis ou nous nous installons pour dejeuner, sachant que cette ope- 
ration importante ne pourra se faire au sommet. 

L'Aiguille de Bionnassay doit etre r^serv^e exclusivement aux 
alpinistes experiment's; tr£s abrupte, souvent perilleuse, elle 
offre cependant cette particularity digne de remarque, d'etre 
accessible avec plus ou moins de danger, dans toutes les direc- 
tions. Sur le versant ltalien, et sur celui que limitent les arStes 



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DE MIAGE AU MONT BLANC PAR L'AIGUILLE DE BIONNASSAY T* 

de Miage et de Tricot, on pent passer partout, quoique souvent 
k grand risque. Aueune caravans n'a suivi le m£me cbemin; 
celle de M. te docteur Grisel a du passer plus k droHe, celle de 
M. Kern, au contraire, a continue jusqu'au sommet notre pre- 
miere direction. Sur le versant N., on peut pratiquer trois routes, 
dont deux fort exposes aux chutes de s^racs. 

Cette ascension est comparable k celle de P Aiguille Verte, 
comma nous avons pu en juger cinq jours plus tard. 

Bionnassay, plus vari&e, plus int^ressante, phis Tertigineuse 
aussi, quoique en r£alit£, moins dangereuse, surtout si la montta 
et la descente se font du c6t£ du Refuge Durier. L* Aiguille Verte 
rachetant par une plus belle vue la monotonie de son plrilleux 
et sombre couloir. Toutes deux fort exposes aux pierres rou- 
lantes. L' Aiguille Verte se dtstinguerait par le nombre; Bion- 
nassay, par la grosseur de ses pierres plates orn^es de feldspath 
et de mica. Suivant leurs penchants et leur caract&re, les alpi- 
nistes peuvent choisir, s'ib ne Different, comme je le leur sou- 
haite, essayer des deux. 

Pendant le dejeuner, s'6tend devant nos yeux une vue sans 
homes sur la Savoie, l'Oisans et les Alpes Gr6es jusqu'au Mont 
Viso. Mais l'attention se d^tourne promptement de ces cimes 
connues pour s'attacher aux aspects nouveaux que rev&t le 
Mont Blanc sur cette face peu pratiqu^e. Nous irons voir sur le 
versant Fran^ais les grands champs de neige, les glaciers ruisse- 
lants, et derri&re les aretes, fuyant k perte de vue, la coupole 
lointaine et myst^rieuse. Ici, sur le versant Italien, du chaos des 
roches menacantes qui enserrent et cachent le Glacier du D6me 
surgit majestueuse et solitaire, et s'61£ve au ciel, la neige du 
Mont Blanc Apparition sublime qui frappe d'admiration et 
d'etonnement l'esprit le plus blas£ sur les splendeurs des hautes 
Alpes. 

Nous repartons k 9 h. 30 pour arriver en quelques minutes au 
sommet, ou nous saluent les cris des ouvriers de T§te Rousse. 

Je ne connais dans les Alpes aucun sommet comparable k 
celui de V Aiguille de Bionnassay. La cime de la Grande Casse 
donne un peu la m&me impression, mais d'un cdt£ seulement, 
tandis qu'ici on se trouve juchg sur la pointe tranchante d'un 
coin dont Pinclinaison est 6gale sur les deux faces. Couvrez de 
neige le faltage en ardoise d'un pavilion incline k 60 degr&; 
prolongez par la pens^e les faces jusqu'fc une profondeur de 
1,200 m., vous aurez une juste id6e de ParSte ou il faut marcher 
en £quilibre, si mieux on n'aime, comme plusieurs Font pr£f6r6, 



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76 H, DURAND 

se mettre k califourchon et se porter en avant sur les mains. 
Pour nous autres, nous passons debout; sur cette lame de cou- 
teau, chaque pas porte & la fois en France et en Italic La cr£te, 
parfaitement horizontale, n'a pas plus de 15 & 20 metres de 
longueur; elle est enticement neigeuse, sans aucun affleurement 
derocher. 

Voici 1'arSte orientale, qui jouit d'une si mauvaise reputation. 
Certes, l'inclinaison est formidable; c'est le cas de manoeuvrer 
avec ensemble et de ne pas commettre la moindre faute. Aussi 
loin que la vue s'etend, nous ne voyons que de la neige, et, en 
realite, jusqu'au Col de Bionnassay, on ne trouve pas le plus 
petit rocher. Les corniches, dont quelques-unes sont magnifi- 
ques, se recourbent en volutes, souvent en partie ebouiees, du 
cote N.; nous suivons done le versant Italien, sondant avec pre- 
caution pour ne pas marcher en porte-&-faux; souvent un piolet, 
traversant la neige, nous montre k 1.000 metres de profondeur 
les crevasses du Glacier de Bionnassay. Aucun Gendarme ne 
barre la route. Seul, un ressaut de l'arete nous oblige un mo- 
ment k un redoublement de precautions. 

Apr£s avoir parcouru les trois quarts de l'arete, nous aperce- 
vons k notre droite une barre de rochers. Esperant y trouver de 
l'eau, dont nous sommes exposes k §tre priv^s jusqu'au Refuge 
Vallot, nous abandonnons la crete, qui ne pr£sente aucun chan- 
gement appreciable, pour descendre tout droit par une pente de 
neige extra-rapide, et d6\k bien amollie par le soleil. Notre 
attente n'est pas trompee, et nous nous rafraichissons k volonte, 
assis sur des dalles et des feuillets de pierre qui pourraient servir 
k couvrir toute une maison. 

II ne nous reste plus qu'a traverser k niveau une pente de neige 
escarpee pour arriver au Col de Bionnassay, arete de neige qui 
separe les deux glaciers de Bionnassay italien et frangais, le 
premier tres etroit et crevasse, le second presentant de beaux 
escarpements et de vastes surfaces de glace. 

Ce col, d'apr£s M. Kurz, n'a jamais ete franchi. II n'offre 
aucune difficulte, sauf celles qu'on doit s'attendre a trouver sur 
des glaciers de premier ordre. II inspire peu le desir de le fran- 
chir &ceux qui descendent de l'aiguille; on y jouit pour tan t 
d'une vue grandiose sur les aretes et les seracs du Dome du 
Goflter. 

Reprenant notre route, il nous faut tailler des pas pendant 
plus d'une heure dans une pente en glace dure, oti le vent qui 
s'engouffre dans le col enieve toute la neige. Arrives au point oii 



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DE MIAGE AU MONT BLANC PAR L'AIGUILLE DE BIONNASSAY 77 

la chaine des Aiguilles Grises se soude & Tarete fronttere, nous 
dominons le beau Glacier du Dome, et pouvons suivre de l'oeil, 
de la base au sommet, la route dangereuse et peu fr£quent£e qui 
aboutit au sommet du Mont Blanc, derri&re la seconde Bosse. 
Nous rencontrons les traces des caravanes italiennes qui par le 
Glacier du Dome et les aretes du Goiiter montent au Refuge Val- 
lot. Cette route est aujourd'hui la plus fr£quent£e de toutes 
celles du versant de Courmayeur. 

L&, disparurent en 1890, emportes probablement par le vent, 
Palpiniste italien de Villanova, et ses deux excellents guides 
Maquignaz et Castagnieri. Ni le courage, ni F experience con- 
sonance ne trouv£rent gr&ce devant la colore de la tempete 
hurlante, et ces hommes pleins de jeunesse et de force dor- 
ment leur dernier sommeil dans les abimes du Glacier de Bion- 
nassay. 

Une arSte en large dos d'&ne, facile par le beau temps, tr&s 
dangereuse par le mauvais temps, conduit au Dome du Goiiter. 
La pens£e, anticipant sur les ev£nements, se repr£sente l'anima- 
tion de ces lieux quand le chemin de fer electrique, qu'on vient de 
conc£der, conduira la foule des touristes au sommet de P Aiguille 
du Goiiter, que nous apercevons \k, tout pr£s. L' ascension du 
Mont Blanc deviendra facile, et dependra seulement de P6tat de 
l'atniosph£re. Les alpinistes fuiront Tin^vitable progres et aban- 
dons eront ce grand chemin pour se r£fugier aux aretes du Brouil- 
lard et de la Brenva. 

Nous arrivons & 3 heures de TaprSs-midi au Refuge Vallot, 
oii nous trouvons plusieurs caravanes qui descendent du Mont 
Blanc. Le brouillard se forme un peu partout, et nous donne pour 
le lendemain des craintes qui ne devaient pas se r£aliser. 

Le soleil se couche, produisant sur les nuages de toute nature 
qui nous entourent de prestigieux effets de lumiere. A la nuit 
tombante un brouillard blanch&tre enveloppe Parete et ne tarde 
pas k se r£soudre en neige. 

Nous souflrlmes du froid pendant la nuit, et nos souliers 
geldrent si bien que nous eQmes toutes les peines du monde & les 
chausser le lendemain matin, faute d'avoir pris la precaution de 
les mettre & cdte de nous, sur le lit de camp. 

Le 15 juillet, au matin, nous sommes debout au jour, mais 
nous ne partons qu'& 6 heures pour ne pas trop souffrir du 
froid. La temperature est relativement douce, mais le sol, horri- 
blement gel£, nous oblige a battre constamment la semelle et k 
entretenir la circulation k coups de manche de piolet. Apres la pre- 



y 



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78 H. DURAND 

m&re Bosse, du Verger, qui sent ses pieds se geler, sans souci de 
l'essoufllement qui n'atteint pas ses vingt-cinq ans, se d6tache et 
prend les devants. II partagera ainsi, avec quelques rares devan- 
ciers, dont le premier fut Jacques Balmat, le privilege de se 
trouver seul au sommet du Mont Blanc. 

Pour moi, dans cet air rar6fi£, de violents battements de coeur 
m'empechent de faire sans arret plus de 100 pas. Nous mon- 
tons lentement, et arrivons au sommet k 8 heures. Nous avons 
done mis 2 heures depuis le refuge; e'est la dur6e moyenne 
4e l'ascension. 

L'air est d'une puret£ id6ale, sauf dans la direction du lac de 
Geneve; pas un souffle de vent ne trouble l'atmosphere. Apres 
avoir visite l'observatoire Janssen, qui perd l'6quilibre et s'en- 
fonce dans le glacier, nous nous installons — que dirait M. de 
Saussure? — sur des chaises, pour admirer la vue. 

Maintenant, faisons comparaitre & la barre de l'alpinisme les 
ascensionnistes qui font profession de critiquer et de mepriser la 
vue du Mont Blanc. 

Conc£dons tout de suite k ceux qui sont months dans le brouil- 
lard qu'ils n'ont rien vu. 

Quant aux touristes qu'un vent glacial et un froid de — 10° 
rendirent insensibles aux beaut^s de la nature, ils enfoncdrent 
sur leurs yeux le passe montagne qu'ils avaient tout exprds 
achete a Chamonix; et quand on leur soutint plus tard que la vue 
du Mont Blanc n'a pas grand m6rite, ils se montrerent assez dis- 
poses k le croire. 

Mais comment les £lus, favoris^s comme nous d'une belle 
journ^e, pourraient-ils refuser leur etonnement et leur admira- 
tion au spectacle unique au monde, qu'offre k ses visiteurs cette 
cime que Ton voit de partout et d'oil Ton voit tout. 

Sans doute les premiers plans font dSfaut, et les tableaux qui 
s'oflrent de toutes parts aux yeux ne remplissent pas toutes les 
conditions esth£tiques exigees par l'artiste. 

Mais l'immensite et, en meme temps, la variety de ce pano- 
rama grandiose surpassent tout ce qu'on peut voir dans les Alpes. 

Ce chaos de cimes, ces montagnes innombrables qui assemblent 
aux pieds du colosse leurs bataillons soumis, ram&nent la pens6e 
vers ces 6poques de l'histoire oii les peuples, subjugu^s par l'6clat 
d'une renomm£e retentissante, firent treve un instant k leurs 
rivalit&s s6culaires pour acclamer k l'envi un nom dominateur, 
Alexandre ou Napoleon. Ainsi le Mont Blanc commande aux 
Alpes, et du fond du lointain Tyrol aux humbles volcans de 



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\ . 



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DE MIAGE AU MONT BLANC PAR I/AIGUILLE DE BIONNASSAY 79 

l'Auvergne, les sommets respectueux subissent la domination 
des neiges de sa cime. Et oil done trouverions-nous de plus 
hardis precipices, de plus majestueuses aretes r^unissant leurs 
pointes de premier ordre autour du sommet unique, du gSant 
qui domine les Alpes? 

M§me par un temps d^favorable, la fatigue consacr£e k cette 
ascension regoit sa recompense; P^tendue des glaciers, la beauts 
des escarpements laissent des souvenirs ineffa^ables k ceux qui 
savent apprGcier les m6rites de la Montagne. 

Le temps s'£coule. Nos guides ayant termini le d£nombre- 
ment des montagnes de leur valine natale qui les int6resse par- 
dessus tout, nous pressent de partir. Nous quittons k regret le 
sommet et par les Petits Mulets, nous descendons dans la direc- 
tion du Corridor. 

Nous sautons une rimaye, dont aucune relation ne fait men- 
tion, et arrivons au sommet du Mur de la Cote. Les premiers, 
cette ann£e, nous avons song£ & l'honorer d'une visite, et nous 
avons le regret de constater qu'il faudra tailler du sommet k la 
base une glace noire, dure comme un rocher. 

La discorde s'introduit dans la caravane. 

En vain nous conseillons de mettre en avant le porteur, qui, 
dtant & Page oil Ton ne se fatigue pas, pourra d£crire deux lacets 
et aller aboutir ainsi k Pentr6e du Col de la Brenva, direction 
qui a toujours £t6 suivie quand ce passage £tait r6guli£rement 
pratique. 

Blanc s'obstine & rester en avant et, s'epuisant k tailler cette 
glace dure, il nous fait descendre, bon gr6 mal gr6, tout droit sur 
les petits rochers rouges. Nous nous laissons glisser sur leur 
granit k gros grains, la meilleure de toutes les varies de granit, 
pour user promptement un fond de culotte; nous sautons une 
rimaye haute de plus de trois metres, et nous voici dans le Cor- 
ridor, a Nous sommes sortis », comme dit Blanc. 

Le conseil s'assemble et prend stance sur la neige; car e'est ici 
que nous devons decider si nous pousserons jusqu'au Col du 
G£ant. 

L'inventaire de nos provisions montre que nous n'avons que 
peu de chose k manger et rien & boire. Nous ignorons dans quel 
£tat se trouve le Refuge du Col du Midi. II est k craindre de ren- 
contrer des pentes de verglas sur le revers des Monts Maudits. 

Nous nous ressentons plus ou moins — je parle sur tout de 
ceux qui,depuis longtemps,n'ont plus 25 ans — des fatigues et 
des privations relatives de ces trois journ6es pass^es dans Pair 



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80 H. DURAND 

rar6fi6 des hauts sommets. On decide done de rejoindre Chamo- 
nix. Un bon dejeuner modifierait vraisemblablement notre 
resolution. Mais nous n'en avons pas les elements k notre dispo- 
sition. 

Nous descendons le Corridor et, franchissant, non sans diffi- 
culty les deux grandes crevasses qui en barrent P entree, nous 
faisons halte au Grand Plateau pour contempler ce beau cirque 
de glace, cSl&bre dans les annales de Palpinisme. 

Ici s'arrfitfirent longtemps, saisis d'une terreur religieuse, les 
premiers explorateurs du Mont Blanc. 

L&-bas, s'ouvre devant nous Pancien passage, tfimoin des 
efforts, du triomphe de Balmat, et des catastrophes r6p6t6es, 
vengeance de la Montagne sur les audacieux qui violaient ces 
solitudes respect£es par tant de socles. 

A cette place campdrent sous l'ouragan d£chaln6 Martins, Le 
Pileur et Bravais. 

Lk venait tristement s'asseoir sur la neige, attendant la Jus- 
tice qui ne vint jamais, le vieux guide Moutelet, malheureux pr£- 
curseur, qui devait mourir sans avoir r£ussi k entralner personne 
sur sa route, cette facile route des Bosses oti se pressent aujour- 
d'hui, sectateurs de toutes les routines, les fils de ceux qui ne 
surent pas accorder k sa misfire Paumdne d'un essai. 

H. DURAND. 




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DOCUMENTS DIVERS 81 



CONTRIBUTION A L'HISTOIRE DU MONT BLANC 

Dans Pouvrage intitule : Description du Royaume de France, par 
Pierre Davity, de Tournon, public en 1626 et indite* en 1637 par 
Francois Ranchin, puis en 1660 avec des modifications dues a J.-B. 
de Rocoles, nous lisons, a propos de la description de « Foussigny, 
ancienne Baronnie », les lignes sui vantes qui se rapportent alachafne 
du Mont Blanc : 

a On la divise en haut et bas Foussigny, qui n'est pas si 
montagneux que r autre. La plus haute montagne du pals est 
la Glaciale, appellee Maudite par les habitans, a cause des neiges 
perpStuelles dont se forme le crystal. Elle est si 6minente que 
sortant de Lyon par la porte de Saint-S6bastien, on Pappercoit, 
quoy que la distance soit de quarante lieues de pals, de sorte 
qu'elle n'est point habitue en sa cime comme sont toutes les 
autres du Foussigny. La riviere d'Arve, qu'on estime plus 
rapide que le Rhone mesme, dans lequel elle entre sous Geneve, 
fort de cette montagne, dont les glaces venans a fondre 
Pendent par fois extraordinairement. » 

H. DUHAMEL. 



LES COLS DE LA MAURIENNE EN 1667 

Nous reproduisons plus bas un document fort ingress ant qui nous 
donne des renseignements curieux relatifs aux trois passages princi- 
paux qui font communiquer la Maurienne avec la Tarentaise. II 
s'agit d'une lettre de Charles-Emmanuel 1 1, due de Savoie, adress^e, 
sous date du 22 juillet 1667, au ch&telain de la Maurienne, Grassis, 
a Saint-Michel. Ce document a 6te* imprime* dans les Travaux de 
la Sociiti d'Histoire d'Arckiologie de la Maurienne, 2* s6rie, 1, 1894, 
p. 169-170. Remarquer le mot « voitures »; actuellement, aucun de 
ces trois cols n'est accessible aux « voitures », ni meme a de simples 
chars. 

W. A. B. Coolidgb. 

« Cher bien ame* et f£al. Pour faciliter le commerce des pro- 
vinces de Tarentaise, Beaufort et Faucigny avec celle de la 
Maurienne et la valine de Suse, il est n^cessaire de faire Sparer 
et maintenir en bon etat les passages des Encombres, de la 
Vanoyse, du Mont Iseran, et autres qui traversent les montagnes 



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82 



ALBERT GOS 



qui sont entre la Maurienne et la Tarentaise, afin que les 
voitures et bestail puissent pratiquer les chemins sans danger. 
Nous vous ordonnons pour cet effect de faire travailler au 
plustost & la susdicte reparation en tous les diets endroits et de 
prendre soin que les diets chemins soient maintenus comme 
les autres de la Maurienne, s'agissant en cela de Futility pu- 
blicque, aussi bien que de nostre service; et nous asseurant, que 
vous ferez ex^cuter et observer cet ordre avec ponctualit^ et 
diligence, nous prions Dieu pu'il vous ait en sa sainte garde. 

De Turin, le 22 juillet, 1667. 

«C. Emanuel. » 



NOTRE-DAME DES NEIGES 




Au culmen du sentier, sur un collet qui domine la vallee profonde, a la 
place ou les vents font rage, la foi simpliste et le sens pratique du monta- 
gnard ont edifie la petite chapelle de Notre- Dame des Neiges. Dans son 
calme sanctuaire l'esprit reprend courage, et sous son auvent protecteur le 
corps epuise recouvre la force qui lui permettra de resister victorieusement 
a la tourmente. 



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ILLUSTRATIONS 



1° Col de la Ruchere et Chamecnaude (2.087 m.) — Photo dcM. G. 
Oddoux, de Grenoble (face a la page 76). 

Le massif de la Grande Chartreuse abonde en sites gratieux : 1* En tree du 
Desert, la Close do Grand Logis sont sauvages et grandioses, le Monaster* 
est melancoliquement doux, la Descente du Sappey est un large panorama, 
mais le plus gracieux de tous ces paysages, le mieux compose* est sans doute 
celui qui s'encadre auSud du Col de la Ruchere, avec les con tre forts boises 
du Grand Som a gauche, les falaises de Charmant Som a droite, et dans le 
fond F616gante silhouette de Chamechaude. C'est dans la grange qui miroite 
au premier plan que les Chartreux mettaient unepartie de la r6colte de fleurs 
necessaire a la fabrication de leur liqueur. 

2° Au Sommet du Pic d'Aneto ou de Nethou (3.404 m.) — Photo 
de M. Maurice Spont (face a la p. 78). 

Ce n'est point ban ale chose que de camper sur ce beau sommet, le plus 
haut des Pyrenees, pour y jouir de sa vue inflnie au jour tombant, ou le matin 
aux fraiehes lueurs de F aurora. 

i 3° Montage du bateau demontable. — Photo de M. Maurice Spont 
(face a la p. 80). 

« Attention >. — « Doucement ». — Et voila la toile du bateau qui se 
tend, pr6te a resister a Feffort de Feau. Le montage est termini — « A 
reao, maintenant >. 

4* Estan Mayou. — Photo de M. Maurice Spont (face a la p. 82). 

Et quel charme alors de pousser au large, d' admirer des paysages 
changeant a chaque pas, de pecher pres du vieux tronc d'arbre blanchi par 
le temps. 

5° Passage du Lautaret en hiver. — Photo de M. G. Oddoux (face 
4 la p. 86). 

Les ombres s'allongent, le froid est vif et pour tan t, dans l'air glacial, on 
va, confortablement et chaudement vetu, dans un heurt, emporte dans un 
glissement de reve. On s'Slevera par les grands lacets qui paraissent un fil 
rayant la netge, et a la tombee du jour on ralliera le chaud .refuge du Lau- 
taret, et le soir on s'assoupira delicieusement dans la ttedeur de la salle a 
manger, sons des voutes solides, capables de resister aux epaisses neiges 
qui veloutent de blanc les grandes prairies. 

Le P. L. M. a organise* cet hiver un service r£gulier a jours fixes; pour- 
quoi Davos, pourquoi pas nos Alpes franchises? 

6* Refuge du Promontoire. — Photo de M. Paul d'Aiguebelle (face 
a la p. 92). 

A l'age herolque on n'eut jamais ose croire a la possibilite d'e'tablir un 
refuge sur le Promontoire mSme de la Meije. La section de Tlsere a men6 
a bien cette cenvre en 1901. Construit a trois heures du Chatelleret, a cinq 
beores de la Berarde, il a grandement facility, de ce centre, le passage de 
la Meije en col. On peut ainsi aborder assez tot les fame uses Aretes sans ris- 
qner d*y etre pris par le mauvais temps. Comme il est situe a peu de dis- 
tance de la Breche de la Meije, il sert autant a la Grave qn'a la Berarde, 
comme Fa d£montre la statistique des dernieres ascensions. 



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EXPLORATIONS NOUVELLES EN 1904 
Massif da Pelvoux. 

Point© de Ghanteloube (3.120 m. env.). — 22 juillet 1904. — 
La carte de France au 80.000° (feuille 189, Briancon, S. O.) figure 
-cette pointe sur la Crete des Bouchiers, mais ne lui donne ni nom ni 
cote, ainsi d'ailleurs qu'& la plupart des sommets de cette region. 
Situ6e imm&Iiatement au S. du Col du Loup du Val Champoteon 
qui la sSpare du Pic de Verdonne (3.324 fm.), son aspect gra- 
cieux attire les regards au tournant du chemin qui monte d'En- 
traigues dans la Combe de Bonvoisin. L'ascension en a 6te faite, 
le 22 juillet 1904, par M. H. Mettbieb, avec les guides Eugene 
Estienne et Denis Longis. Du glacier situe* k Forigine du Vallon de la 
Pierre, la caravane gravit la face O. et redescendit par la face E., sur 
le chemin du Col de l'Alp Martin. 

Communication deM. H. Mettbieb. 

Pointe du Queyre (3.200 m. env.). — 23 juillet 1904. — C'est 
£galement sur la Crete des Bouchiers, mais a 500 m. k peu pres 
au N. du Pic de Verdonne que se dresse la Pointe du Queyre. Ce 
nom lui a 6te* donne* par M. H. Mettbieb, qui en a atteint le sommet, 
avec le guide Eugene Estienne, le 23 juillet 1904, par la face E. et 
l'arSte N. La carte de Cassini appelle Petit et Grand Ker les torrents 
qui se de* versent dans la Combe de Chanteloube ; la forme Queyre 
parait pr6fe>able, 6tant donne* qu'elle respecte mieux la prononciation 
locale (1) et qu'elle se rapproche de l'orthographe des noms : Queyron, 
Queyras, en usage dans des regions voisines (2). 

Communication de M. H. Mettbieb. 

(1) Cependant, d'apres M. Ernest Chabrand (Origine et Signification du 
nom de Queyras. Grenoble, s. d., in-16), ce mot queyras viendrait lui-meme 
de cair, qui signifie la pointe de rocher, le cap de pierre. 

(2) Chateau Queyras, locality de la vallee du Guil qui a donn6 son nom 
au pays environnant; le Sommet de Queyron ou de Queyrel (2.498 m.), 
en Champsaur. 



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EXPLORATIONS NOUVELLES EN 1904 85 

Pic de Verdonne (3.324 m.), par la Face E. et premiere 
traverse. — 4 aoUt 1904. — Cette time n'a 6te£ravie qu'une fois (1 ) 
depuis 1' ascension que M. Coolidge en a faite; en] 1884. M. Coolidge et 
ses devanciers, MM. Gardiner et Pilkington (1879), etaient months et 
descendus par l'arete S. O. Le 4 aout 1904, M. H. Mbttbibb, avec les 
guides Eugene Esteknne et] J. P. Engilbeege, a gravi le pic par 
6a face E. et accompli la premiere traversed de cette belle tour de 
rochers. 

Communication de M. H. Mbttbibb. 

Pointe Marie (3.250 m. en v.). — 4 aoUt 1904. — H. Mbttbibb 
avec Eugene Esttennb et J. P. Engilbebge. — Cette pointe se 
dresse sur l'arete reliant le Pic de Verdonne au Sirac, immediatement 
a TO. du Col de Verdonne. L'£dition]anglaise du Guide du Haut Dau- 
phine (Londres, 1892, p. 224) la qualifie de « a very conspicuous 
snowy point ». Elle n'est cependant revetue de neige que sur sa face 
N., et se presente du c6te* S. comme une fiere aiguille rocheuse. La 
caravane pr6c6dente en a fait Pascension, en montant par l'arete E., 
extrfcmement d^sagr^e, et, en descendant par l'arete O., jusqu'a 
une depression de la][cr6te permettant de communiquer de la Combe 
de Chaborneau avec le Val Champoieon. 

Communication de M. H. Mbttbibb. 

Caucase. 

Gancase occidental. — Le docteur Fischer, de Bale, M. Alexan- 
dre de Meck, president du Club Alpin Russe, avec le guide Ch. Jos si 
Jeune, de Grindelwald, ont accompli au Caucase occidental, les pre- 
mieres ascensions dont nous donnons le resume" ci-dessous. 

Un des affluents du Kouban, la riviere Teberda, se compose de 
plusieurs affluents qui portent les noms de Gonatchkire, Amanaouze 
— celui-ci pourrait etre consider comme la source principale de la 
Teberda, — Dombai, Ulgen et Alibek. Ce dernier torrent prend nais- 
sance au glacier d'Alibek qui, par ses dimensions, par la proximite* 
des hauts et beaux sommets, ainsi que par la richesse de la vegeta- 
tion environnante, peut etre classe* parmi les plus beaux glaciers du 
Caucase. II se trouve a deux journ£es de marche du village Tcherda, 
qu'on peut atteindre en voiture en deux longues journeys en partant 
de la gare NevinomysskaHa, chemin de fer de Vladicaucase. D'un 
camp situe* au pied de la moraine de gauche du glacier Alibek, la 

(i)Par M. P. Termier, le 24 septembre 1895 (Ann. S.T.D, 1895, p. 94). 



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86 CHRONIQUE ALPINE 

caravane prec^dente a fait ptasieurs excursions et les ascensions 
suivantes. 

Le 4 aout 1904, ils atteignent le triple sommet du Semenoff bashi 
(3.620 m.) en montant par ParSte E.,et en descendant par PareleO. 

Le 6 aout, 1' ascension du Sounakhet (3.599 m.); la m on tee par 
la rive gauche du Glacier a « Double Langue » s'est trouvee etre telle- 
ment difficile qu'en revenant, ils prirent une direction plus au N. 
par-dessus la crete de la rive gauche de ce glacier. 

La plus belle excursion fut Pascension du Djalovtchat (3.869 m.), 
dont ils r^ussirent la conquSte apres une traversed difficile du n6v6 
sup^rieur du Glacier « a Double Langue », un sommet qui forme 
le noeud de trois aretes et 1' arete tranchante du Djalovtchat 

Le 10 aput, ils visiterent le Col Djessard (3.763 m.), au fond du 
Glacier Belalakaya (nomine* a tort sur la carte Glacier Amanaouze), 
et, le lendemain, le docteur Fischer et Ch. Jossi firent la premiere 
et difficile ascension du Sommet Belalakaya (3.845 m.), un g6ant de 
granit a parois tres abruptes. 

En suivant ensuite les valines du Alibek et Dombai Ulgen (on pro- 
nonce Oulguenne), ils p£n£trerent dans la valine du Ptyche, un affluent 
de ce dernier. Ici le mauvais temps les surprit. Apres une ascension 
sans difficult^ du Col Dombai Ulgen (3.006 m.), ils ne purent vaincre 
ni le Ptyche (3.247 m.), ni le Dombai Ulgen (4.042 m. ). 

Par un col facile (Tchutchkhur), ils gagnerent la valine du Buulgen 
(on prononce Bou-Oulguenne), et descendirent ensuite cette valine, et 
remontant le Gonatchkhire, ils passerent la nuit au pied du Col Klou- 
khor (2.816 m.). Apres une journee de marche, ils planterent leur 
tente au pied du Col Nakhar (2.869 m.), qu'ils atteignirent le lende- 
main de bonne heure. De ce col, le docteur Fischer et Jossi firent la 
premiere ascension du Mont Nakhar (3.783 m.). et vinrent coucher 
tous re*unis dans un camp, a trois heures de marche du col. Le lende- 
main ils passerent la nuit au village de Outchkoulane. 

Ici M. Alexandre de Meek se s£pare de ses compagnons pour aller 
a Kislovodsk, tandis que ceux-ci ascensionnaient le Col Bourountash. 

De la, le docteur Fischer et Jossi, envoyant leur caravane a Ourous- 
biew, firent Pascension du sommet occidental de YElbrouz (5.630 m.) 
et descendirent sur le Kosh (huttes) de Azaou, accomplissant ainsi la 
traversed complete du Nord au Sud du g^ant caucasien. Ils rejoi- 
gnirent ensuite M. de Meek a Kislovodsk ou ils se s^parerent de nou- 
veau, Ch. Jossi et M. de Meek pour rentrer, tandis que le docteur 
Fischer et un guide du Club Alpin Russe (Jani Bezourtanoff) allaient 
a Vladicaucase et de la a la vallee Kistinka. 

C'est de ce vallon que le docteur Fischer fit les premieres ascensions 



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NOUVELLES ALPINES 87 

du Kuril-tail (4.091 m.), Shino-tau (3.928 m.), et au fond du Glacier 
Kibisha deux sommets non d^nomraes (3,668 et 3.713 m.). 

Ajoutons que M. de Meek a pris beaucoup de photographies, qu'il 
rapporte des 6chantillons gSologiques et botaniques, et qu'il a re- 
cueilli, avec le docteur Fischer, nombre d'observations m6t6orolo- 
giques et surtout topographiques. 

Renseignements de M. Alexandre de Meck. 

ITINtfRAIRES ANCIENS 

Ddme de Miage, Col Infranchlssable, Col de Mlage. — 

L' experience acquise et les observations que nous avons pu faire 
en montant a 1' Aiguille de Bionnassay, me permettent de donner a 
ceux qui voudraient suivre nos traces les conseils suivants : 

Pour monter au d6me 3.680 m., prenez le grand couloir bifurque* 
au sommet qui precede la chute de glace du Glacier de Tre*latete. 

Pour aller de TrelatSte au Refuge Durier sans suivre l'arSte cul- 
m in ante, il faut monter au Col Infranchissable et de la suivre au 
mieux l'arSte frontiere du cote" Frangais, sans jamais mettre le pied 
sur le versant Italien. Cette voie n'est pas enticement exempte de 
difficult^ mais elle est pourtant beaucoup plus facile que celle que 
nous avons suivie, elle permet a de bons marcheurs de faire le trajet 
du Pavilion de TrelatSte au Refuge Durier en 7 h. 

Communication de M. H. Dttrand. 

NOUVELLES ALPINES 

Alpes. 

Annecy. — Le mois de Janvier, quoique froid, a e"te* g£ne>alement 
beau. Beaucoup de neige sur les hautes montagnes, 20- c/m dans 
la plaine. Aucune interruption dans les services publics. 

Le Syndicat d* Initiative s'occupe activement de Porganisation des 
services de voitures. 

F. Cbolabd. 

Allemont. — Froid tres rigoureux du l ep au 8 : les ouvriers des 
ardoisieres ont 6te* obliges de suspendre le travail, la roche 6tait 
gelSe. Le reste du mois, plus doux. II y a 1 m. de neige sur les mon- 
tagnes vers 1.500 a 2.000 m. La plaine de TOisans est dans le 
brouillard : au dessus de 1.500, ciel pur et tres chaud. 

Pierre Giott, guide, 2/2/05. 



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88 CHRONIQUE ALPINE 

La Bexarde. — II serait certainement impossible de faire des 
courses de montagne en ce moment dans la valine du V6n6on. La 
derniere neige est tres mauvaise. II y en a 90 c/m ici, et les sommets 
sont fortement tapisses : malgre" cela, pas encore d'avalanches. 
Jean Baptiste Rodeer, guide de 1" cl. 2/2/05. 

Navette-C16mence-d'Ambel. — II reste en rase campagne 
60 c/m de neige, et aux endroits exposes au soleil elle a presque d6ja 
disparu. On pourrait atteindre certains sommets et passer des cols 
faciles. 

Aucune fondriere, ni avalanche ; sentiers et routes sont tres pra- 
ticables. 

On va probablement installer le te*16graphe a la Chapelle-en-Val- 
gaudemar. 

Philomen Vincbnt, maire et guide, 6/2/05. 

Gourmayeur. — Quelques froids au d6but de Janvier et temps 
generalement doux depuis lore. Les courses de montagne sont pos- 
sibles. 

Le 22 Janvier sont arrived ici MM. Emile Fontaine, Beaujard, 
D r Payot et Couttet, accompagnes des guides Jean et Joseph Rava- 
nel, apres la traversed du Col du Bonhomme et du Col de la Seigne. 
lis retournent a Chamonix par le Col Ferret," Orsieres et le Col de 
Balme. II est int^ressant de constater que gr&ce aux skis on peut 
desormais visiter nos montagnes en plein hiver avec autant de 
charme qu'en e*te\ et que les grandes valines notamment, si fasti- 
dieuses par la grosse chaleur, deviennent fort agr^ables a parcourir 
par le froid. 

Laurent Bareux, ge>ant du Refuge Torino, 3/2/05. 

Lantaret — Le 22 Janvier nous avons eu une famille parisienne 
qui a franchi le col en tratneau par un temps magnifique. Elle se 
dirigeait sur Briancon, le col du Mont Genevre et Oulx. Ici l'^paisseur 
de la neige est de 1 m. 50. 

Le MonStier-les-Bains. — Le 18 Janvier un d£tachement du 
12° Bataillon alpin de Chasseurs a pied, compost de douze offlciers 
et de cinquante hommes, partit en manoeuvre pour aller au Col du 
Lautaret et en revenir le soir mdme. La petite troupe, envelopp^e 
par une violente tourmente de neige a mis 8 h. 30 pour atteindre le 
col, tant la raarche 6tait difficile, dans la neige fralche, au milieu 
d'un vent aveuglant. 



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NOUVELLES ALPINES 89 

Le chef de ctetachement prit le sage parti de faire coucher son 
monde au refuge et la troupe rentra le lendemain a son cantonne- 
ment. 

Cette moyenne de marche de 1.700 metres a l'heure n'est pas un 
fait nouveau. Nombre d'alpinistes se sont trouve*s d£ja dans des 
conditions analogues et n'ont pu arriver, bien que peu nombreux, a 
faire des moyennes notablement supe>ieures. 

Le Planet-sur- Argent iere. — Le mouvement retrograde du 
lever du soleil est curieux a observer en ce moment. Le 20 Janvier, 
il ne se levait qu'a 10 h. 30, entre le Dru et la Verte. Le 26, il apparais- 
sait a gauche de la Verte a 9 h. 10, presque au bas de 1' aiguille. II 
apparalt maintcnant au premier tiers du Glacier d'Argentidres. 
Nous avonseu aujourd'hui 6 F6vrier, 7 h. 15 dur6e d'insolation. II 
fait tres chaud des que le ciel est pur. 

Nos marmottes apprivois6es se sont terr&s pour l'hiver et nous 
avions des craintes qu'elles n'aient pas pu le faire convenablement ; 
elles ont siffle* dernierement, elles n'ont done pas gele\ Ceux qui ont 
fait r&evage des marmottes savent que e'est un r&ultat difficile a 
obtenir. Notre chamois apprivois6 sort avec nos moutons et trouve 
sa nourriture devant la maison. 

Pralognan. — Depuis que je fais des observations me*te*orolo- 
giques, je n'ai pas souvenance d'avoir vu le thermometre si bas, 
— 20°. Les grands vents, les 1, 7, 10 et 17, ont d6garni de neige 
nos montagnes; en revanche le bas de la valine a une couche tres 
6paisse. Malgre* cela nos routes sont ouvertes et la circulation en 
traineau s'effectue bien. 

Joseph Antoine Favbb, guide de l re cl., 4/2/05. 

Val d'ls^re — Les cols sont passables et quelques grandes 
ascensions, a pentes faibles, sont possibles. 

Victor Mangard, guide, 4/2/05. 

Pyrenees. 

(Javarnie. — Pendant tout le mois de Janvier, les sommets son 
Teste's accessibles, sauf les jours mSme de tourmente, le 18 notam- 
ment 

II y a eu des visiteurs au cirque de Gavarnie le 3, le 14 et le 15. 

Henri Passbt, guide, 2/2/05. 



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90 CHRONIQUE ALPINE 

Saint-Lary. (Valine d'Aure). — Les trois premieres journeys de 
Janvier 1905 sont marquees par une forte tempete, accompagnee de 
neige. Le thermometre descend jusqu'a-15°. Tous les petits cours 
d'eau sont glaces. Des la soiree du 4, le froid devient moins vif; 
le 6, une pluie fine tombe presque toute la journee. La tempera- 
ture reste variable jusqu'au 10 ou elle passe au beau jusqu'au 14. 
L' apparition des nuages cuivres dans la soiree du 15 nous annonce le 
vent ou la pluie, suivant le vieil adage du pays : Broumo arrouyo, 
bent ou plouyo. 

En effet, apres un vent du S. O. tres fort, nous avons la pluie 
dans la nuit du 17; elle est suivie d'une chute de neige. Le 19 au 
matin, la couche mesure 17 c/m. 

Vent du S.-O. le 21. Le temps passe ensuite au beau jusqu'au 27. 
Nouvelle apparition du vent de S. O. jusqu'au 30. Dans la nuit, un 
£pais brouillard envahit la valine ; il ne disparalt que le lendemain 
au soir, apres avoir couvert de givre les arbres surle flanc des collines. 

Les bourgeons des saules commencent a Sclater sur les rives de 
la Neste. 

Francois Maksak, 7/2/05. 

GUIDES 

Guides et porteurs bre votes du G. A. F. — Le Club Alpin 
Francais continue Fceuvre importante entreprise rScemment en vue 
de r^glementer, de tarifer et de breveter les guides. Apres Tentente 
tres importante conclue avec la Soci^te* des Touristes du Dauphin6, 
voici les dernieres nominations faites sur les propositions de la Sec- 
tion des Alpes-Maritimes par la Direction Centrale du C. A. F. 

Guides de \ n classe. — A Saint-Martin- Vesubie : Nafta (Mi- 
chel); Plent (Jean Baptiste); Plent (Jean) flls. 

Guides de 2" classe. — Au Belvedere : Daniel (Barth&eray). — 
A Beuil : Maynard (Arthur). — A Isola : Fabret (Antoine. — A Saint- 
Etienne de Tin6e : Fabre (ThSophile).— A Saint-Martin- Vesubie : 
Guigo (Paulin); Martin (Dominique); Barel (Louis). 

Poeteurs. — Au Belvedere : Fantino (Antoine); Gasiglia (Cesar). 
— A Bueil : Ricci (Charles). —A Saint-Martin-Vesubie : Barel 
(Joseph Pierre); Bernard (Valentin). 

SCIENCES ET ARTS 

Capture d'un GypaSte barbu. — Nous trouvons dans le bul- 
letin de la Soctete* d'Etude des Sciences naturelles de Nlmes qui vient 



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GUIDES. —SCIENCES ET ARTS 91 

de paraltre, que M. P. Berenguier a signal^ la capture, a la date du 
8 Juillet 1903, d'un magnifique gypaete barbu, dans la region du 
Mont Ventoux. On sait que le gypaete tend a disparattre des Alpes. 
Nous prions nos correspondants de nous transmettre dans l'inte- 
ret de la science les passages authentiquement signals de ce rare 
rapace. 

Society des Peintresde Montague. — L'Assemblee Generate 
annuelle de la Soctete a eu lieu le 25 Janvier dernier. M. Chartran, 
le peintre bien connu, dont le pinceau si habile et si delicat a glo- 
rifie aussi la Montagne, a et6 nomme membre titulaire. 

Des felicitations chaleureuses — la Direction Centrale du G.A.F. 
y a joint les siennes dans sa derniere stance — ontete" adressees au 
President Jean Desbrosses, le vaillant doyen des Peintres de Mon- 
tagne, qui vient d'etre nomme chevalier de la Legion d'honneur, 
apres une vie tout entiere noblement consacree a Tart a travers un 
labeur acharne. 

La prochaine Exposition (8*) de la sociSte aura lieu dans la 
Galerie du Cercle de la Societe de laLibrairie, du 16 mars au 9 avril. 
Des cartes seront inserts dans notre prochain nume>o. 

Plaques orthochromatiques. — On sait que les plaques pho- 
tographiques d'une Emulsion ordinaire rendent les objets colons de 
f aeon anormale, en donnant une valeur de tonalite diffe>ente de celle 
que nous percevons. On acherchS a corriger ce de7aut par les plaques 
dites orthochromatiques. Nous trouvons, sur ce sujet des plus int6- 
ressants pour les photographes de montagne, dans le Bulletin de la 
Socieli f ran $aise de Photographie du l er Janvier, sous la signature de 
M. R. Guilleminot, les interessantes remarques suivantes : 

Les plaques orthochromatiques sensibles au jaune et au vert peuvont 
£tre divides en deux classes bien distinctes : 

1° Plaques sensibles au violet, au bleu, au jaune et au vert. 

2° Plaques sensibles au jaune et au vert, insensibles au bleu et au violet. 

Gette distinction est basee sur ce que les premieres necessitent l'emploi 
d'un ecran jaune pour attenuer ou annuler le bleu, e'est-a-dire pour donner 
le maximum d'effet orthochromatique, tandis que les secondes en sont dis- 
p?nsees. Ces demises sont pr6par6es soit avec une couche ecran, en contact 
avec Temulsion, soit par Paddition directe, a Nmulsion, d'une assez forte 
proportion d'un colorant jaune. 

II y a lieu de remarquer tout d'abord que : 

1° Les plaques orthochromatiques a sensibility integrate conserved peuvent 
remplacer les plaques ordinaires dans tous les cos. Bien souvent, pour ne pas 
dire toujours, elles donneront de meilleurs resultats, si elles ont une rapidiU 
suffisante. 



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92 CHRONIQUE ALPINE 

Par l'adjonction facultative d'un ecran jaune, elles deviennent aptes a 
rendre convenablement les sujets les plus difficiles que Ton puisse rencontrer, 
sans pour cela perdre leur sensibility chromatique. Elles donnent alors le 
maximum d'effet orthochromatique. en attinuant le bleu dans une mesure 
proportionnee au sujet a photo graphier. 

2° Les plaques a sensibility r6duite pour le violet et le bleu constituent 
des plaques speciales qui ne peuvent convenir pour tous les cas. Leur sensi- 
bility un peu faible ne permet de les employer pour l'instantan6 que par tres 
belle lumiere; encore faut-il ne faire que de l'instantane pas trop rapide. II 
est inutile pour la plupart des cas d'employer un 6cran ; cependant certains 
sujets ne peuvent, malgr6 cette plaque sp&ciale, etre bien rendus qu'avec 
6cran que Ton choisira alors clair; ce sont les lointains et les vues de montagne 
avec effete de neige. • 

Nous ajouterons que Tehran convenable est, en montagne, l'6cran 
augmentant la pose de huit a dix fois. Si les lointains sont rapproches 
on pourra descendre jusqu'a six ; s'ils sont tres eloigned il faudra 
augmenter la puissance attardante de Tehran de facon progressive. 
Nous avons obtenu la representation du Mont Blanc, de Lyon, a 
cent soixante kilometres, en merae temps que celle d'un premier 
plan, avec un Scran de soixante fois la pose. 

L'Scran trop puissant, sur des lointains rapproches, produit en 
montagne des neiges ay ant tous leurs details de modeled, mais par. 
contre des ciels trop noirs, d'un d&agrSable effet. 

M. P. 

DIVERS 

Ecole de skis de Briangon. — L'in^galite* des neiges tombees 
au d6but du mois, pendant lafameuse tourmente du 31 D6cembre au 
1" Janvier, a fait retarder Pouverture de l'6cole de skis. Enfln le 
24 Janvier, sont arrived une dizaine d'officiers et soixante-quinze sous- 
officiers et soldats pour suivre ici les cours de skis. En raison de la 
quantity de neige tombSe r6cemment, les 6quipes de skieurs ont pu 
commencer leurs exercices le lendemain. 

Ski-Club de Grenoble. — Le dimanche 7 Janvier, les membres 
de ce club ont fait une sortie a Lus-la-Croix- Haute. Ce village est 
admirablement bien place* pour ce genre de sport La nouvelle station 
de La-Croix-Haute-Lalley offre, elle aussi,de superbes emplacements. 

Un mouvement considerable en faveur de l'organisation des 
exercices de courses de skisse propage en Suisse. N'oublions pas que 
soit dans le Jura, aux Rousses par exemple, soit en Savoie ou en 
Dauphin^ nous avons, a proximity du chemin de fer, de magniflques 
champs d'excursion. 



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EN SOUVENIR 93 

EN SOUVENIR. 

Eduard Richter. — Nous apprenons, par dSpecho de sa 
faraille, la mort, a Graz le 6 FSvrier, de cet alpiniste si connu, pre- 
sident de la Commission Internationale des Glaciers, et membre hono- 
raire du Club Alpin Francais. Son passage au Club Allemand Autri- 
chien y a marque" une ere particuliere de prospe>ite\ Les alpinistes 
francais qui l'avaient vu au Congres International de l'Alpinisme, a 
TExposition Universelle de 1900, n'ont pas oublie* cette sympa- 
thique figure. 

Le Club Alpin Francais s'est associe* au deuil de sa famille en lui 
transmettant Pexpression de ses sinceres regrets. 

Xavier Drevet (1830-1904). — Le 26 Novembre s'est 6teint a Gre- 
noble un homme qui a eu une certaine influence sur le mouvement 
des touristes vers les Alpes. Xavier Drevet fonda, le 15 mai 1864, son 
journal hebdomadaire (bi-hebdomadaire en 6t6), le Dauphine. Avec 
la collaboration distingue^ de sa femme, Louise Drevet, il pr&enta au 
pubtic curieux des choses d'en-haut, une image fidele de la vie des 
montagnards dauphinois. II fut le pre mier,croyons- nous, a donnerune 
chronique alpine, tres 616gamment 6crite et bourse de faits interes- 
sants, et ace titre il adroit aux souvenirs des alpinistes francais. 

Claude Turc. — Ce guide vient de trouver la mort sur le che- 
min de Saint-Christophe k la Be>arde. Le 19 Janvier, il£tait alle\du 
hameau des Etages qu'ilhabite, a Saint-Christophe et devait revenir 
le jour meme. Les chemins avaient 6te* rendus tres mauvais par les 
30 c/m de neige tombed les jours pr6c6dents. II quitta Saint-Chris- 
tophe mais ne put rentrer aux Etages, et fut pris de congestion, a 
vingt minutes du hameau. Son corps ne fut retrouve que le lende- 
main. II laisse dans la misere une veuve et deux petites filles dont 
la plus Agee n'a que huit ans. II 4tait guide de deuxieme classe. 



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NOUVELLES BIBLIOGRAPHIQUES 

Librairie Dauphlnoise. — La librairie Dauphinoise, qui, sous 
la direction de M. Felix Perrin, a Gdite" nombre de livres importants 
concernant les Alpes, vient d'etre acquise par M. de Vallee, ancien 
secretaire g6ne>al du Syndicat d'initiative de Grenoble. Souhaitons 
qu'elle nous livre quelques bons volumes sur la raontagne. 

OUVRAGES DIVERS 

Ardouin-Dumazet, Voyage en France. Pyrenees. — 3 vol. 
18/12 de 340, 334, 347 pages, avec cartes et croquis ; se>ie 39, 40 et 
41 ; prix, chaque : 3 fr. 50; Paris, Berger-Levrault, 1904, 

Get ouvrage remarquable, dont le succes va toujours grandissant, 
ne rentre dans aucun cadre de livres regulierement classify. Le plan 
tout a fait nouveau, original, la forme attrayante de Tceuvre, font 
<ju'un volume une fois ouvert, on ne peut s'empecher de le lire jus- 
qu'au bout. 

Ges trois tomes d£crivent les Pyr6n6es-Orientales, les monta- 
gnes de l'Ariege, le grand Massif Central, qui englobe rextr&nite* 
Sud de la Haute Garonne et des Hautes Pyrenees, et finalement la 
parti e occidentale de la chatne francaise qui comprend le B6arn et 
le pays Basque, sans oublier Roncevaux et T6pop6e 16gendaire qui 
a po^tis^ le souvenir du neveu de Charlemagne dans la Basse 
Navarre. 

Dans ses recite de courses et ses descriptions, M. Ardouin-Duma- 
zet trace ses tableaux largement, a grands traits, sans omettre n6an« 
moins aucun point essentiel, mais sans recourir aux details superflus. 
Son plan est si parfaitement coordonne*, ses descriptions sont telle- 



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OUVRAGES DIVERS 95 

ment precises, qu'on pourrait, & la rigueur, sans autres indications, 
parcourir les regions qu'il decrit 

M. Ardouin-Dumazet affectionne tout particulierement l'agricul- 
ture, les produits de la terre, les vegetations plantureuses et les 
vertes pelouses qui avoisinent les grands bois t il les depeint excel- 
lemment, ce qui donne parfois a ses r^cits un charme penetrant. 
On ne peut pas dire qu'il soit absolument epris des Pyrenees. Ce 
serait beaucoup ltd demanded les Alpes ay ant fait sur l'esprit de 
l'auteur, depuis sa plus tendre jeunesse, une impression profonde. 
Cependant on sent qu'il les a visitees avec interet; certaines con- 
tr6es lui ont m^rae inspire des pages tout a fait sup6rieures. 

Les grandes cimes pyrtn&nnes ne le laissent pas insensible, mais 
oombien c la riante vallee, avec ses pres, ses petites cultures, ses 
beaux villages blancs ombrages de ch&taigniers et les petite gaves 
roulant sous les aulnes leurs eaux bleues couvertes d'ecume •* 
semble avoir pour lui plus de charme. • Aux heures fraiches — 
ajoute gracieusement l'ecrivain, — avant le grand soleil ou quand 
le cr^puscule s'abaisse, on a des joies et des Amotions que les pics et 
les neves ne sauraient donner. »M. Ardouin-Dumazet s'est beau- 
coup attache aux divers sujets qui touchent a la production agri- 
cole et sur tout a la question de l'eievage, si in teres* ante au point 
de vue national. Cela nous a valu un fort beau chapitre sur le 
cheval de Tarbes, auquel 1'auteur, en sa qualite* de grand ecrivain 
militaire, a donne tous ses soins. 

Aucune question scientifique ou industrielle non plus n'est 
negligee. Les critiques aussi ne sont pas oubliees. II faut dire — 
exception faite pour Toulouse qui n'a pas eu le don de lui plaire 
— qu'elles sont parfois attenuees. 

M. Ardouin-Dumazet a etudie les contr6es qu'il d6crit en obser- 
vateur consciencieux et avise. II a voulu savoir ce qu'elles etaient 
autrefois, il a tenu a se rendre compte par lui-m&me de ce qu'elles 
sont aujourd'hui et de ce qu'elles pourraient devenir demain, si la 
routine des populations rurales etait un peu moins invincible. 

Emile Bhlloc. 

H. Vallot. — Instructions pratiques pour VExicution des Trian~ 
gulations complementaires en haute Montagne; 2 vol : t. I, 29/1 « de 
132 p.; t. II (planches) 81/21 de xxiv pages; Paris, Stenheil. 1904. 

M. H. Vallot, dont tous les alpinistes qui s'occupentde topographic 
ont lu le recent TraiU de Topographie alpine, vient de publier ces 
Instructions pour completer son ceuvre. Elles ont pour objet de 
permettre aux alpinistes, que ne rebutera pas le maniement du 



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96 BIBLIOGRAPHIE 

theodolite, d'etablir le canevas sur lequel viendront s'appuyer les 
lev£s de leurs collegues topographes. 

La triangulation primordiale de l'Etat Major, qui forme la base 
de tous les travaux topographiques, est en effet k mailles trop 
etendues pour pouvoir appuyer immediatement les lev^s k grande 
echelle. II faut la completer par un r^seau plus serre, mais aussi 
tres precis, c'est la le but de la g£od£sie alpine. 

Les deux premiers chapitres « Organisation des operations trigo- 
nometriques » et « Operations surle terrain » sont Merits sp£cialement 
pour les op^rateurs en grande montagne. Les instruments k 
employer doivent, en effet, satisfaire a certaines conditions de poids 
d'une part, de precision de F autre, qui sont antagonistes, et aux- 
quelles il est necessaire de bien reflechir pour adopter un type con- 
venable ; le choix des stations, et la construction des signaux se 
font egalement dans des conditions speciales, qu'il faut connaltre, 
enfin la triangulation compiementaire faite par l'alpiniste geode- 
sien doit s'appuyer sur un canevas preexistant, auquel il faut se 
rattacher judicieusement. L'auteur discute et expose tous ces points 
avec la plus grande clarte, faisant ainsi profiter ses lecteurs de la 
grande experience qu'il a acquise dans ses travaux du Mont Blanc. 

Les chapitres in, iv et v sont relatifs aux calculs des triangles 
du canevas. La partie a Calculs » est certainement celle qui effraye 
le plus le geodesien novice, et plus d'un consentirait volon tiers a 
faire des observations sur le terrain, a condition qu'un autre voulut 
bien en tirer parti. C'est un prejuge con tre lequel on ne saurait trop 
reagir, car au fond rien n'est plus simple que le calcul d'un re*seau. 

II ne saurait rester aucun doute sur ce point pour ceux qui vou- 
dront bien lire les trois chapitres en question et en appliquer les 
prescriptions si simples et si clairement exposees. Nous signalerons 
tout particulierement la partie consacree a la compensation gra- 
phique du reseau, par l'apptication du theoreme de M. Hatt, qui 
n'avait pas encore, a notre connaissance, ete expose d'une facon 
element aire. 

Le traite se termine par deux chapitres, vi et vu, consacres au 
calcul des coordonnees geographiques et des altitudes, exposes avec 
la meme clarte et la meme simplicite que les precedents. Enfin un 
atlas de modeles et d'exemples complete tres heureusement cet 
ouvrage parfait en tous points; on ne saurait trop le re commander 
a tous ceux, alpinistes ou non, qui s'occupent de geodesie, bien 
que l'auteur, tou jours trop modeste, le presente seulement comme 
un recueil de prescriptions, publie simplement sur les instances de 
ses amis. R. Bourgeois. 



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ARTICLES DE REVUES PfiRIODIQUES 97 

ARTICLES DE REVUES PtiRIODIQUES 

Sous ce titre nous comprenons le sommaire des articles origi- 
naux des principaux p6riodiques alpins, francais et Strangers, et 
les articles de revues franchises sur des sujets concernant TAlpi- 
nisme. 

L. V. C am ouB. — Etude sur le Fer carbonate" spathique des Alpes du 
Dauphini el sur ses Transformations; 19 /12 de 92 p. ; Grenoble, Drevet, 1904. 

Etude regionale tree interessante, a la fois scientifique et pratique. 

W. A. B. Goolidge. — Un chien fidele (1 p. 1/2), Revue Alpine, Janvier 
1905. 

R. Guilleminot. — Sur les Plaques orthochromatiques et les Ecrans 
colores (6 p.), Bulletin de la SocUU franchise de photographie, 1/1/05. 

Voir a la page 91. 

Alphonse Lavirotte. — Nos TStras. (Charmant article plein d'humour). 
Revue Alpine, Janvier et fevrierl905. 

g£x£ralites. 

Paul Hamelle. — L'6ducation physique. V Education physique, de- 
cembre 1904. 

Lucien Rudoux. — Mers de nuages. La Nature, Janvier 1905. 

G. Mareschal. — La Telest6reoscopie. La Nature, Janvier 1905. 

Eug. A. Desgouttes. — La Suisse et les Pyrenees au XVIII 6 siecle. 
L'Echo des Alpes, Janvier 1905. 

H. v. Ficker. — Chute des Neiges en Hiver et formation des" Avalanches. 
(Esterr. Alpenz., Janvier 1905. 

te R. Godefroy. — Le nom « Maurienne » (2 p.). Revue Alpine, Janvier 
1905. 

I* . Thorant. — Les Trois Pucelles [rendition presentee par L. C], avec 
5_illustr. Revue des Alpes Dauphinoises, 15/9/04- 

Alpes occidentales. 

W. A. B. Goolidge. — Souvenir de mon Voyage en 1879 a travers les 
Alpes Maritimes. Bull de la Section des Alpes- Maritimes, 1903. 

Victor de Gessole. — Le Chalnon de la^Madre di Dio. Bull, de la Sec- 
tion des Alpes Maritimes, 1903. 

Paul Moguez. — Ascension du Caire de 1* Agnel. Bull de la Section des 
Alpes Maritimes, 1903. 

R. T. — Excursion au Lac d' Alios. Bull de la Section des Alpes Mari- 
times, 1903. 

Docteur Karl Blodig. — La premiere Ascension du Dome de Roche- 
fort (4.012 m.). (Esterr. Alpenz., Janvier 1905. 

Albert Gelber. — Ascension du Mont Blanc. Osterr. Tour is ten Zei- 
tung, Janvier 1905. 

Flores des Tufs du Lautaret et d'Entraigues. Bull, de la Sociiti Giolo- 
gique de France, n° 3, 1904. 

E. A. Sfartel. — L'Oucane de Chabrieres. La Nature, Janvier 1905. 

E. Fontaine. — L* Aiguille de Saussure. VEcho des Alpes, Janvier 1905. 

Leon W. Collet, — L' Aiguille du Geant. VAlpiniste, Janvier 1905. 



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98 BIBLIOGRAPIIIE 

Alpbs cbntbales. — Suisse. — Tybol. — It alee septbntbionale. 

R. Phillapitsch. — Du Cevedale au Mont Vioz. MiU. des Deutschen und 
(Ester r. Alpenvereins, Janvier 1905. 

D* Adalbert Segin. — Une Ascension du Finsteraarhorn dans l'Oberland 
Beraois. (Ester r. Tour. Zeitung, Janvier 4905. 

A. Husmer. — De Qrimsel vers l'Oberwallis ; de la Saastal vers Zermatt 
et le Matterhorn. Alpina, Janvier et fevrier 1905. 

Olinto Marinelll. — Observations faites durant une Excursion au Mata- 
jur. In Alto, Janvier 1905. 

Lares.— AuStivo; 13 Novembre 1904. Boll. delV Alpinista, janvier- 
fevrier 1905. 



Alps s orientals 8. 

Emil Gutmann. — L* Excursion de Noel au Grand Bosenstein (2.449 m.)» 
Mitt, des Deutschen und (Ester r. Alpenvereins, decern bre 1904. 

J. Gepich. — II tdf del montasio dalla val Seiseia (2,755 m.). Alpi Giuiie, 
Janvier 1905. 

O. Doff-Sotta. — A la Cime Manstorna ( Alpes Dolomitiques). Alpi Giulie, 
Janvier 1905. 

£c088B. 

James Moclay. — Les Cairngonns de Deeside. Scottish Mountaineering 
Club Journal, Janvier 1905. 

Cevexnes. — Plateau central. 

Felix Mazaurie. — Lie Cagnon de la Coze; Explorations scientifiques 
des mois d'aout et septembre 1902. Bull, de la Sociiti d? Etude des Sciences 
naturelles de Nimes, 1903. 



Pyrenees. 

Li. J. Bosc. — Monographic de l'Hotellerie du Pic du Midi de Bigorre. 
Bull de la Sociiti Ramond, n° 3, 1904. 

E. Marchand. — Observations sismiques faites a TObservatoire du Pic 
du Midi. Observations meteorologiques du Pic du Midi. Bull de la 
Sociiti Ramond, n« 3, 1904. j 

Regions abctiques. 

Otto Nordenskjold. — Resultats scientifiques de 1' Expedition antarc- 
tique su6doise. La Giographie. dec. 1904. 



BIBLIOTHfiQUB DU C. A. F. 
Les additions suivantes ont 4te* faites depuis Janvier 1905. 

N.-B. — Cts livres resteront a la disposition des membra du C. A. F. an local da Club; 
Us ne pourronl elrs empruntds ataat le 20 mars 1905. 



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BIBLIOTHfcQUE DU G. A. P. 99 

Dons des auteurs ou editcurs. 

Docteur Florentine) Ameghino. — Paleontologia argentina; extr. 
Publ de la Universidad de la Plata, 80 p. ; La Plata, 1904. 

Emile Bertaux. — Rome; 26,19 de 172+176+1 76.; p.. 348 grav.; 
prix, 12 fr.; Paris, Laurens, 1905. 

M. Berthelot. — Notice his tori que sur la Vie et lea Travauxde M. Daw 
brie; 28/23 de 42 p.; Paris, Firmin Didot, 1904. 

Section du Ganigou du G. A. F. — Regie me nt intirieur'et Rlglement 
pour lee Excursions; 1540 de 24 p.; Perpignan, impr. de X Ind&pendant, 1904 

Gonty. — La Mediterranie, de Marseille a Gines, la CSte d'Azur, Us 
Alpes Maritime*; 14/9 de 368 p.; prix : 3 fr.; Paris. 

D r Joseph Gorin. — Escalades et Escapades dans les Alpes, par im 
magistral, un professeur et un vagabond; 23/15 de 127 p. avec illustration 
dans le texte; Liege, De^cer, 1904, et chez Jullien k Geneve. 

L'auteur resume en quelque8 lignes heuieuses les delails geographiques 
qui eussent alourdi le sujet. II nous conduit des Alpes Pennines au Mont 
Blanc a travers de veritables cols d'alpinistes, comme le Triftjoch, ou de 
simples valines de touristes, coinme le Val Ferret. 11 nous demontre en route 
« comment on rate le Cervin ». 

Tout cela avec la bonne humeur et la rondeur que nous promettait le titre. 

George Davidson. —The Glaciers of Alaska; extr. des Transactions 
and Proceedings of the Geographical Society of the Pacific, 98 p., 11 cartes; 
San Francisco, 1904. 

Henri Ferrand. — La Photo graphic a Grenoble, extr. du Bulletin de la 
SociiU dauphinoises d? Amateurs photographes, 16 p.; Grenoble, 1904. 

[R. Fouilliand]. — Catalogue de la Bibliothique de la Section lyonnaise 
du C. A. F. ; 22/14 de xvi-183 p; prix: 1 fr.; Lyon, Section lyonnaise, 1904. 

La bibliotheque de la Section lyonnaise du C. A. F., grace aux importants 
subsides dont elle est dot6e annuellement, et grace aussi a ]'activit6 des 
divers bibliothecaires qui s'y sont succlde' — et parmi eux nous devons une 
mention particuliere a M. R. Fouilliand — est de venue une des plus importantes 
bibliotheques alpines de France et de l'6tranger. Le catalogue que nous presen- 
tons est divis6 en trois parties : noms d'auteurs, matieres, cartes et panoramas. 
L'ordre et la conscience admirables avec lesquels il a 6te elabli, la quantity 
de documents auxquels il refere, en font un aide precieux pour tons les 
alpinistes qui font des recherches. G'est avec la Bibliographic nationale 
Suisse, le Swiss Travels de M. Coolidge, et le Catalogue de la Bibliothique de 
r Alpine Club, un indispensable compagnon de bureau. 

8. Guenot. — Compte rendu du Congress de V Industrie hdtelUre, extr. du 
Bulletin du Syndicat d Initiative de Toulouse, 80 p.; Toulouse, 1904. 

Paul Joanne. — Algirie et Tunis ie, 16/11 de 26+LVI+448 p; prix, 
12 fr.; Paris, Hachette, 1905. 

Paul Joanne. — Prix de chaque monographie, 1 franc; Paris, Hachette; 
1905. 

Cannes, Antibes, Grasse et leurs environs, 16,10 de 64 p.; 
Menton et ses environs, 16/10 de 56 p., 2 cartes, 1 plan et 12 grav.; 
SainuRaphaU et VEstirel, 16,10 de 60 p.; 3 cartes, 1 plan et 9 grav.; 
Toulon, Hyeres, Les Maures, 16/10 de 64 p.; 4 cartes, 2 plans et 

10 grav.; 
Tunis et ses environs, 16/10 de 48 p. 



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100 BIBLIOGRAPHIE 

Paul de Lacroix. — /. V allot et son ceuvre; extr. de la Revue illustrle, 
16 p., l«*juillet 1904. 

H. Mettrier. — Les Mimoires de La BlottUre et de RousseU documents 
relatifs a la connaissance des Pyr6n6es au d6but du dix-huitieme siecle; 
extr. de la Revue des Py rentes, 16 p.; Toulouse, 1904. 

Get infatigable chercheur a trouve" a la Mazarine un manuscrit des 
Mbmoires de la Blottiere et de Roussel; il a ensuite fouille a leur sujet la 
bibliothdque de l'Arsenal et les Archives du Ministere de la Guerre. De la 
discussion savante a laquelle il soumet ses trouvailles ressortent d'int£res- 
sants renseignements sur l'histoire des Pyr6ne*es. 

Angelo Mosso. — Laboratoire scientifique international du Mont Rosa, 
travaux de Tannee 1903 : 24 16 de x-296 p.; Turin, Loescher, 1904. 

Rene Mougenot. — A travers la Chaine du Mont Blanc; 25 16 de 
80 p. avec 1 carte esquisse; Nancy, 1905. 

J. (Miner. — Passage de quelques Cols peu connus du Valjouffret et du 
Haut Valgaudemar ; extr. Annuaire S. T. D. f 21 p.; Grenoble, 1904. 

A 6t6 analyst p. 46. 

J. Oifner. — Les Spores des Champignons au point de vue midico-Ugal ; 
25 16 de 67 p., avec 2 planches; Grenoble, Allier, 1904. 

These de doctorat du Dr J. Offner, pre*parateur de botanique a la 
Faculty des sciences de Grenoble, bien connu du monde alpin pour ses 
intSressants travaux de botanique alpine et de glaciologie. 

Paul d'Oihenalrt. — Les Explorateurs des Hautes- Pyrenees ; extr. du 
Bulletin de la SoctiU acadimique des Hautes-Pyrinies, 68 p.; Tarbes, 1905. 

F. Prudent. — La Cartographic de VEspagne, travaux des membres du 
Club Alpin Francais; extr. des Annales de Gtographie, 20 p.; Paris, 1904. 

E. A. Tiirler. — Guide de Sainte-Croix, les Rosses et environs; 20/13 de 
48 p.; prix, fr. 50; Sainte-Croix, Soctete" de developpement, 1904. 

Dr C. Van Merris. — Amilie-les-Bains, le climat et les eaux sulfu- 
reuses; 19/13 de 134 p. ; 5 grav. ; prix, 2 fr. ; Perpignan, l'Ind6pendant, 1904. 

Welschinger. — Strasbourg; 26 19 de 152 p.; 117 grav., volume de la 
collection des villes d'art c61ebres; prix, 94 fr.; Paris, Laurens, 1905. 

[X]. _ Jules Maci de Lipinay (1851-1904); 19/12 de 44 p.; 1 photo. 
Marseille, Barlatier, 1905. 

[X.] — Almanachdu Montagnard, 24/16 dc 64 p.; Paris, Laveur, 1905; 
prix 1 fr. 

Innovation heureuse venant affirmer une fois encore que ralpinisme n'est 
plus Tapanage des Feuls grimpeurs, mais que le mouvement qu'il a cr6e se 
propage peu a pcu dans le monde. L'6diteur doiine en sous-titre & son 
almanach, Revue annuelle de la mont agne ; d'ou une tres grande variete. Ce 
sont des renseignements sur les guides, les refuges, les centres alpins, avec 
dc bons portraits, quelques jolies illustrations honn6temcnt reproduces. 
Souhaitons longue vie & 1'almanach du Montagnard. 

Ritz. — Panorama du Torrenthorn ; 176,5; Sion, Galerini, 1882. 

Reynes et Denzac. — Funiculi Funicula, chant en l'honneur du Cani- 
gou; 35 '27 de 4 p.; prix, 2 fr.; Paris, Ricordi, et Perpignan, Section du 
C. A. F., 1904. 



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Janvier 1905. — La forte depression du 30 Decembre, veritable ere 
de tourmentes dans les Alpes, a amene avec elle des troubles considerables; 
elle s'etait deplacee le 31 du N. W. au S. E. 

Du l a au 7 nouvelle periode de beau temps et de froid. Le 1* un anti- 
cyclone sur le N. donne de F activity aux vents du N. sur les Alpes (la par tie 
W. des Pyrenees se trouve en dehors). On peut partir sans crainte de tour- 
mentes, raais les avalanches sont a craindre. Le 2, 1' anticyclone s'gtend de 
Brest a Varsovie, pendant que la depression se comble, vents faibles dans 
le bas : N., 1, a Briancon ; N., 9, au Mounier; N. N. E., 8, au Puy-de-Ddme. 
A la Grave on constate — 32°, — 25° a la Berarde, — 13° a Gavarnie. 
Le 3, la depression ancienne est deflnitivement combine, vents faibles sur les 
sommets -. Gap, beau et sans vent; une depression passe de TO. a l'E. sur le 
N., Alpes et Pyrenees sont protegees par 1' anticyclone qui va de la Corogne 
a Kiev. Le 4, la tres forte depression du N. (725) refoule l'anticyclone, 
mais Alpes et Pyrenees sont encore protegees; les vents fratchissent : N. N. 
E. f 5, au Mounier; N. N. W. 8, au Puy-de-Ddme; W., 2 seulement, au Pic du 
Midi avec brouillard naturellement. Le 6, changement de temps qui se pre- 
pare; les faibles pressions couvrent presque FEurope et une depression secon- 
daire se forme sur le golfe de G6nes, vent tres fort dans les altitudes, 8 au 
Mounier; les montagnes se degarnissent de neige dans les endroits exposes. 

Du 7 au 20, periode tres troublee (avec accalmie au milieu), et releve- 
ment de la temperature. La depression de la veille se creuse (735 Breslau); 
bourrasque de neige du 6 au 7, 30 c/m a la Be>arde avec — 12°. Le 8 de fortes 
pressions apparaissent mais la hausse trop brusque indique leur courte 
duree. En eftet. elles sont fort reduites le 10 et une depression a courbes 
rapprochees trouble Fatmosphere, N. E. t 9, au Mounier, N. N. W., 9, au 
Puy-de-D6me; les Pyr6n6es sont un peu protegees par un maximum de 775. 
Du 11 au 15, temps clair et beau, un maximum de 775 protege tou jours 
Alpes et Pyrenees contre les depressions qui passent au N. (731 le 12 sur 
Christiana), et qui se changent le 13 en veritable mouvement cyclonique. Le Pic 
du Midi, le 14, nous revele une depression, S. W. t 1, alors que le temps est 
beau dans les Alpes avec vents E. ou N.; c'est la seule note discordante a 
I' anticyclone. En efTet, le lendemain apparatt un minimum qui va troubler 
profondement l'etat general. A cette gpoque, la region Embrunaise est 
encore depourvue de neige. Le vent l'a chass^e en par tie des sommets 
exposes. Le 15 et le 16, vent glacial qui se transforme en ouragan dans la 
nuit du 16 au 17. La neige tombe : 40 c/m a la Berarde par — 10° a — 15°; a 



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102 CHRONIQUE DU C. A. F. 

Briancon elle produit 40 m/m d'eau; a la Grave — 17° (le 16), abondante 
chute. Lea Pyrenees sont moins maltraitees, pourtant forte tourmente a 
Oavarnie le 18, avec neige produisant 44 m, m d'eau. 

Un temps couvert succede le 19 et le 20 avec distribution inegale des 
pressions mais 4 talus en faible pente indiquant une amelioration probable. 

Du 21 au 31 belle periode, clair et beau, pendant laquelle on peut abor- 
der la montagne large mais pas les vallees resserrees, 4 cause des fortes 
chutes precedents. Le 21, il n'y a que 25 m/m d'ecart des courbes barome- 
triques entre Brest et Kiev. Le 22 est encore plus caracteristique et il n'y 
plus que quatre isobares entre le Pic du Midi et Varsovie, l'anticyclone 
atteint une forte puissance (780) : belle periode pour des courses en mon- 
tagne. Une depression passe au N. mais tres haut; la presence d'un anticy- 
clone tres fort se fait sentir ici; les vents sont forts sur les Alpes et notam- 
ment sur la vallee du Rh6ne, avec le phenomene local du Mistral (N. W., 
4, au Ventoux). Le 27, un cercle d' anticyclone (785) et le 28(790) vient nous 
donner du brouillard dans les plaines (signale 4 Allemont) et du soleil sur 
les hauteurs. Le 29, une depression passe au N. E. f endiguee par le maximum 
de 785 qui persiste sur les Alpes et les Pyrenees. Le 30, il n'y a plus que 
780 et le 31, 775. 

Pendant le mois : a Pralognan (observes par J. A. Favre) 93 c/m de neige 
ayant donne au pluvio metre 78 m/m, 7 (coefficient 1 11,8) : a C16mence 
d'Ambel (Philomen Vincent) 72 c/m; a Val d'Isere (Victor Mangard), 54 c/m; 
a l'Aigoual (M. The>ond, observateur) 150 c/m ayant donne 192 m/m 6 
(coefficient 1/7,7). 



DIRECTION CENTRALE 

Stance du 11 Janvier. — La Direction Centrale s'est r£unie le 
11 Janvier sous la p residence de M. Caron, president 

Etaient presents : MM. Schrader, Puiseux, Garbe, Joanne, Emile 
Belloc, Henry Cuenot, Lemercier; MM. les deleguSs de section : 
Moron (Annecy),Escudie* (Lyon), le commandant Bourgeois (Vosges), 
Desouches (Briancon), Pellat (Embrun), Philippe Berger (Hautes 



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DIRECTION CENTRALE 103 

Voeges), Henri Vallot (Midi), Laugier (Alpes Maritimes), Leroy 
(Atlas), Lefrancois (Canigou), Matter (Rouen), Diehl (Carthage), 
Demanche (Pau), Bregeault (Haute Bourgogne), Barrere (Lons-le- 
Saunier), Chatelain (Nord Est), Janet (Alpes Provencales), de Jarnac 
(Nord), le docteur Cayla (Lot et Padirac), le docteur Reinburg 
(Bagneres-de-Bigorre), Boland (Corse), Tignol (Chamonii), Chevil- 
lard, secretaire general. 

S'etaient fait excuser : MM. Joseph Vallot, le prince Roland 
Bonaparte, Sestier, Sauvage, de Billy, Richard, le marquis d'Or- 
nano, Richard-B6renger,le docteur Philbert, Tournade, Noetinger, le 
docteur Bouquet, Malloizel, B6nardeau. 

M. le President annonce la mort de M. Henri Chotard, president 
honoraire, del£gu6 de la section d'Auvergne, et rappelle sa longue 
carriere. Membre du Club Alpin depuis 1876, il fut un de ses bienfai- 
teurs par les services distingues et d6voues qu'il lui a rendus. M. le 
President adressera a Mme Chotard les profondes condolences de 
la direction centrale douloureusement tame par la perte de cet 
eminent et vene>6 collegue. 

M. le President a encore le p£nible devoir d'apprendre a la direc- 
tion centrale la mort de M. Th. Salome, qui fut pendant de longues 
annees le detegue 1 de la section de Rouen. Les anciens membres du 
club qui ont suivi nos courses ont garde le souvenir de sa vaillance 
et de sa bonne humeur. Au nom de la direction centrale, il envoie un 
hommage 6mu a sa m&noire. 

M. le President est heureux, apres ces tristes communications, 
d'avoir l'agrtable mission d'annoncer que M. Adrien Bayssellance, 
president de la section du Sud-Ouest, a £te* promu commandeur de 
la Legion d'honneur et a recu de la Society d'Encouragement au bien 
une couronne civique, la plus haute recompense qu'elle puisse decer- 
ner. Une manifestation en l'honneur de notre collegue aura lieu a 
Bordeaux, le*5 Fe*vrier. Sur la proposition de M. le President, la di- 
rection vote [k Tunanimite des felicitations a M. Bayssellance et 
decide que trois de ses membres : MM. Schrader, Belloc et de Jarnac, 
la representeront a la manifestation projetee en son honneur. 

Sur la proposition de M. Paul Joanne, la Direction Centrale, pour 
permettre l'insertion re*guliere dans la Montague du compte rendu 
mensuel de ses stances, decide que cette publication parattra le 
20 au lieu du 15 de chaque mois. 

M. Emile Belloc estd£legu£ par la Direction Centrale pour la repr6- 
senter au Congres national des Soci£t£s franchises de gfographie 
qui se tiendra a Saint-Etienne en 1905. 

M. le President fait sa voir qu'il a, vu Turgence, autorise la Section 



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404 CHRONIQUE DU C. A. F. 

lyonnaise a d^cerner la grande medaille du Club a M. le docteur 
Otto Nordenskjold, a l'occasion d'une conference faite par lui a la 
section. II demande a la Direction Centrale de ratifier r attribution 
de cette distinction a M. le docteur Otto Nordenskjold. La Direction 
vote la ratification demanded. 

Sur la proposition de M. le President de la Section vosgienne, la 
Direction Centrale decide que le congres qui aura lieu dans les 
Vosges en 1905 sera ouvert le samedi soir 5 Aout et cldture le lundi 
matin 14 Aout. 

M. Schrader donne lecture d'une note de M. Joseph Vallot concer- 
nant l'erection definitive du monument Durier sur la place du 
Casino municipal de Chamonix. Conform6ment aux propositions de 
M. Joseph Vallot, la Direction Centrale decide la nomination d'une 
commission locale executive pour prendre les resolutions necessities 
par l'installation du monument. Cette commission est composed 
de MM. le docteur Payot, Morel-FrSdet, Bossoney et Nivert. 

M. Henri Vallot, au nom de la Commission des travaux de mon- 
tagne et des guides, donne lecture des demandes de subvention 
forme* es par les sections pour 1905. 

M. Cuenot, au nom de la Commission des travaux en montagne 
et des guides, communique une lettre de r Alpine Club d'apres 
laqueile cette society a fait mentionner dans V Alpine Journal l'initia- 
tive du Club Alpin Francais concernant Torganisation de ses guides 
et porteurs breveted, en invitant ses membres a prendre part a la 
souscription organise* en faveur de la Caisse des guides et porteurs. 
Des remerciments sont adressSs a 1' Alpine Club pour sa g£n£reuse 
intervention. 

M. Cuenot rend compte de Y organisation des guides et porteurs 
breveted dans le Dauphine\ 

Sur la proposition de la Section des Alpes Maritimes et le rap- 
port de M. Cuenot, r assemble nomme dix guides et cinq porteurs 
breveted du Club Alpin. 

Une proposition de la Section des Alpes- Maritimes tendant a 
renvoi de livres a une bibliotheque de guides en formation a Saint- 
Martin- Ve^ubie est renvoy£e avec avis favorable a la Commission 
de la bibliotheque. 

M. Georges Demanche donne des explications sur la participation 
du Club a l'expositionde I'Automobile et des Sports et sur les resultats 
obtenus. II propose de cre"er un outillage permanent, en vue des 
expositions futures. M. le President lui adresse les felicitations et les 
remerciements unanimes de ses collegues. 

ConformSment aux vues de M. Demanche, la Direction Centrale 



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DIRECTION CENTRALE 405 

decide la nomination d'une commission dite Commission des exposi- 
tions. 

Sont nommes membres de cette commission : MM. Barrere, Belloc, 
Boland, le docteur Bouquet, Demanche, Bregeault, Diehl, Lemercier, 
Reinburg. 

M. Joseph Lemercier est nomine* secretaire de la Direction Gentrale 
en remplacementdeM. PaulJoanne,nomm6prec6demment president 
de la Commission des publications. 

La Direction Centrale recoit divers ouvrages de la part de leurs 
auteurs ou de leurs 6diteurs. Elle adresse ses remerciements aux 
donateurs. 

Stance du l 6 * tevrier. — Presidence de M. Caron. 

fitaient presents : MM. Schrader, Puiseux, le prince Roland Bona- 
parte, Sauvage, Lemercier, Emile Belloc, Henry Cuenot, Duval, 
Joanne, Richard; MM. les dengues de section : Berthoule (Auvergne) 
Escudie (Lyon), Desouches (Briancon), le docteur Bouquet (Mont 
Blanc), Henri Vallot (Midi), Laugier (Alpes Maritimes), Lefrancois 
(Canigou), Diehl (Carthage), Demanche (Pau), Bregeault (Haute 
Bourgogne), Barrere (Lons-le-Saunier), de Jarnac (Nord), le docteur 
Reinburg (Bagneres-de-Bigorre), Tignol (Chamonix), Chevillard, 
secretaire ggn&ral. 

S'eHaient fait excuser : MM. Joseph Vallot, Sestier, Garbe, le 
colonel Prudent, le marquis d'Ornano, Moron, Richard -Be>enger, 
Malloizel, Tournade, Matter, Rodary, Chatelain, BSnardeau, Boland. 

M. le President souhaite la bienvenue & M. Berthoule, del^gue* de 
la Section d' Auvergne, en remplacement du regrette* M. Chotard. 

M. Paul Joanne, au nom de la Commission des publications, rend 
compte des observations faites sur le premier nume>o de la revue et 
des ameliorations projete*es. 

Apres avoir entendu MM. Richard et Bregeault, la Direction Centrale 
decide qu'elle proposera k TAssemblee g6ne>ale de nommer 
MM. Lefebure et Solvay, membres honoraires du Club Alpin Francais. 

Sur le rapport de M. Cuenot fait au nom de la Commission des 
travaux en montagne et des guides, la Direction Centrale d^cerne la 
m6daille du Club au guide Joseph Basile Amies, de Pralognan. 

M. Henri Vallot fait savoir que T6tat des subventions proposers 
par la Commission des travaux en montagne et des guides pour 
l'ann£e 1905, sera prochainement imprimS pour dtre distribue* ^ 

aux membres de la Direction Centrale. 

M. Cuenot annonce que l'exposition des peintres de montagne 
aura lieu du 16 Mars au 15 Avril. La sociSte' a eu la satisfaction d'en- 



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106 CHRONIQUE DU C. A. F. 

registrar F adhesion de M. Chartran, et de voir d£corer de la Legion 
d'honneur son president, M. Jean Desbrosses. 

Divers ouvrages sont offerts ala Direction Centrale par leurs auteurs 
ou leurs 6diteurs. Elle adresse ses remerciements aux donateurs. 



CONGRES ANNUEL 

(Tdnisib. — Paques 1905) 

Le Congres annuel du Club Alpin Frangais aura lieu en Tunisia 
aux vacances de P&ques. Les membres du Club qui y parti ciperont 
b§n6flcieront d'une reduction individuelle de 50 pour 100 sur tous 
les reseaux de chemins de fer francais et algeViens. Des reductions 
importantes sont 6galement accord^es par les Compagnies de Navi- 
gation (Compagnie G6ne>ale Transatlantique et Compagnie de Navi- 
gation Mixte.) 

Le programme des excursions provoit les cinq groupes distincts suivants : 

l or itiniraire : Tunis, Bardo, Carthage, Bizerte, Zaghouan, Douga (en 
anto), Kairouan, Sousse, Tunis. — Prix : 215 francs. 

2* itiniraire : Tunis, Bardo, Carthage, Bizerte, Zaghouan, Douga, Kairouan, 
Sousse, Tunis. — Prix ; 175 francs. 

3* itiniraire : Tunis, Carthage, Bardo, Douga, Bizerte, Sousse, Kairouan, 
Sfax (en auto), Gafsa, Sfax (en bateau), Tunis. — Prix ; 325 francs. 

4* itiniraire : Tunis, Carthage, Douga (en auto), Bizerte. Zaghouan, KaJ 
rouan, Sfax (en bateau), Gafsa, Sfax (en auto), Tunis. — Prix : 350 francs, 

5 # itiniraire : Tunis, Carthage, Bizerte, Zaghouan, Bardo, Kairouan, 
Sousse, Gabes (en auto), Tunis, Douga (en auto), Tunis. — Prix : 465 francs. 

Les prix approximatifs ci-dessus comprennent toutes les defenses (hotels 
et transports) de Tunis a Tunis pendant la durte des excursions, c' est- a -dire 
du vendredi matin 21 Avril au vendredi soir 28 Avril pour les trois premiers 
groupes et du vendredi matin 21 Avril au mercredi soir 3 Mai pour les deux 
autres groupes. 

Les delais de validity des bons de remise sur les chemins de fer et ceux 
des billets de passage sur les paqueboU sont flx£s pour Taller du 1" au 
25 Ayril, pour le retour du 25 Avril au 20 Mai. 

Les congressistes pourront effectuer leur retour par une Compagnie de 
Navigation autre que ceile qui les aura transported a Taller. lis pourront 
choisir leurs points d'embarquements et de d^barquements parmi tous les 
ports francais, alge'riens et tunisiens desservis par les Compagnies, ce qui leur 
permettra de visiter individuellement TAig6rie, soit avant, soit apres le 
Congres. 

Les membres du Club disireux de faire partie de ce voyage sont 
priis d'en informer le plus l6t possible le Secritaire Geniral du Club. 
Un programme d&aille donnant les indications complementaires 
utiles leur sera adressL 



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CHRONIQUE DES SECTIONS DU C. A. F. 107 



CHRONIQUE DES SECTIONS 

Section du Caroux. — L'assemblee g£ne>ale a d«§cid«§ l'organi- 
sation d'une excursion en Algerie, a 1' occasion des f&tes de P&ques, 
et a FAigoual pour les fetes de la Pentecote. Le programme sera 
envoy e ulterieurement aux membres du C. A. F. qui en feront la 
demande. 

Section de Paris. — Caravanes scolaires. — M. Ch. Lefebure, 
l'auteur du beau livre : Mes etapes d'alpinisme, qu'il a, on le sait, 
re^dit6 au b6n4floe de nos caravanes scolaires (1), avait bien voulu 
venir de Bruxelles faire a nos collegues et a nos jeunes pupilles une 
causerie accompagnee de projections. Aussi la salle de ia Soctete de 
Geographie 6tait-elle, dans la soiree du 28 Janvier, bonded d'une 
foule d'auditeurs dont la plupart portaient a la boutonniere l'in- 
signe de nos caravanes* Presque tous les membres de la Commission 
des caravanes scolaires, qui avait organist cette reunion, y assis- 
taient, et M. Puiseux, president honoraire du Club, avait tenu a 
donner par sa presence un nouveau temoignage de sympathie a 
notre ceuvre. Pendant plus d'une heure, le conferencier fit defiler sur 
1'ecran une longue serie de merveilleuses photographies et les 
expliqua en un langage aise, familier, plein de bonne humeur, qui 
conquit d'abord l'auditoire. II nous promena ainsi des alpages aux 
sommets, tantot nous initiant a la vie intime des montagnards, 
tantot nous instruisant sur la formation et la marche des glaciers 
ou nous donnant d' utiles conseils sur la technique de l'alpinisme, 
tantot enfln refaisant avec nous ses grandes ascensions, par exemple 
celles du Cervin et du Mont Blanc et la vertigineuse escalade de la 
cheminee verticale du Riffelhorn. II prit soin d'ailleurs de nous pre- 
venir que les grimpeurs de premier ordre n'avaient pas le privilege 
exclusif des grands spectacles alpestres, et que le passage de tel col, 
accessible a tous, procurait aux amoureux de la montagne des 
jouissances incomparables. L'auditoire salua la peroraison du con- 
ferencier par un double ban enthousiaste et 6couta debout la Bra- 
banconne, jouee au piano par M. le commissaire de l re classe Seguin. 
Enfin nos jeunes choristes exScuterent, avec accompagnement de 
clairon et de tambour, la Marche des Caravanes scolaires. 

(1) Nous rappelons que cet ouvrage, illustre de nombreuse* et remar- 
quables photographies, est en vente au siege du Club; 5 fr. broche, ot 
7 fr. 60 relie. 



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108 CHRONIQUE DU C. A. F. 

L'excursion dominicale du lendemain rgunissait 75 adherents, 
qui, partis de trois gares diflterentes, se groupaient devant le monu- 
ment de Buzenval pour entendre une inte>essante causerie de 
M. Jeun sur la bataille du 19 Janvier 1871, et gagnaient ensuite 
Garches par les bois et T6tang de Saint-Cucufa. M. Lefebure, qui 
nous avait accompagnes, a pu ainsi constater de ses yeux que 
jamais l'ceuvre a laquelle il s'inte>esse si g§ne>eusement n'a £te* plus 
prospere. 

Julien Bregeault. 



Section de Provence. — Assemblee generate du 27 Janvier 
1905. — M. Matton, president, apres un souvenir 6mu a feu 
M. Mace* de L6pinay, son pr£d6cesseur, a rendu compte des travaux 
de la Section pendant 1'annSe 1904. II s'est particulierement 6tendu 
sur les excursions et ascensions tant collectives qu'individuelles, les 
conferences, les travaux de jalonnement, puis il a fait Thistorique 
de la campagne qui s'est poursuivie en vue des rSformes aux statuts 
du Club alpin. 

L 'expose* financier de 1904 et le projet de budget pour 1905 ont e^e* 
approuvSs. 

Bureau, — A la suite des elections qui ont eu pour but le renou- 
vellement partiel du bureau, celui-ci se trouve ainsi compose. Pre- 
sident : M. A. Matton. Vice -presidents : M. Eugene Pierre, vice-pre- 
sident sortant r£61u, et Paul Ruat. Secretaire g6ne>al : M. Maurice* 
Bourgogne. Tr^sorier : M. H. Berxer. Secretaire -adjoint bibliothS- 
caire : M. Maurice Durand, r6elu. Conseillers : MM. L. Borelu,. 
A. Guigotj, Ed. Turcat (elu en remplacement de M. A. Paul). D616- 
gu6 pres la Direction Centrale : M. F. Noetingbr. 

La commission des excursions comprend : MM. Ch. Fabry,. 
G. Bayan, P. Fluchaire, Ed. Burnand, L. Nardin, Th.-J. Harris* 

Maurice Bourgogne. 



Le ge'rant : L. Vignal. 



PARIS. TYPOGRAPHIE PLON-NOURRIT ET C", 8, RUB 6ARANCIBRE. — 6657. 



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(j Obboux. 
Entire de$ Gorges du Boitlon. 



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t" Annie. - N<» 3. l**^?^^* 



20 Mars 1905. 




Le Retour de l'Allobroge 



Par M. Paul Berret 



LE ROCHER DE COMBOIRE 

cartelee par quatre pieux, la peau 

d'ours s^chait au soleil d'Isere, et de 

temps en temps, sur le derme encore 

moite, une goutte de sang filtrait k tra- 

vers les petites veines rompues par la 

brusquerie de l'6corchage, perlait un 

instant, coulait et tombait sur le sol. 

Et les yeux fixes, accroupi sur une 

pierre, les genoux ramen^s presque jus- 

qu'au menton, la t§te entre les deux 

poings, l'homme, en silence, songeait, pendant que le souffle 

de Fair, montant par saccades de la valine, secouait sa longue 

chevelure, balan^ait sur ses pieux la peau velue de Tours, et 

repliati par instant la toison brune sur Tenvers fralchement 

6charne. 

L'on etait au d6but de fevrier : sur un ciel laiteux couraient 
des nuages de plomb livides qui s'accrochaient par instants 
aux d^chlquetures de la montagne des Sept-Lacs, semblaient 

8 



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410 PAUL BERRET 

quelquefois submerger les pics sous leur brouillard houleux, 
puis les dScouvraient inopinement, pour aller trainer en nappes 
lourdes et noires le long des grandes Roches- Rousses. Du coteau 
ou il elait assis, I'homme dominait la valine de l'lsere : devant 
lui, plus loin que le confluent du Drac, Cularo, la Conque-des- 
Rivi&reSy elalait ses huttes rondes de torchis, couvertes de 
chaumes, au long desquels glissaient par instant des paquets 
de neige detaches par le degel. Un vent chaud tourbillonnait 
autour du rocher de Comboire ou l'Allobroge avait sa demeure; 
vent inattendu, dont la tiedeur dilatait sa poitrine de conva- 
lescent et affolait ses nerfs b rises par un trop long repos. D'ail- 
leurs ce premier et brusque sursaut du printemps au milieu des 
glaces de l'hiver, bouleversait la nature entiere. Les neiges se 
d6sagr£geaient sur les parois rocheuses, et se precipitaient en 
petites avalanches au bas des pentes : les cascades et les torrents 
se gonflaient. 

Les cascades retentissaient le long des &-pic, inclines et 
fouett£es par le vent; et Ton percevait & l'ouverture des fissures 
de la montagne la coulee blanche des eaux de torrents; elles se 
pressaient les unes sur les autres, bouillonnaient, escaladaient 
les blocs qui barraient leur lit. Leurs jets d'6cume claquaient 
dans l'air, et leurs mugissements sourds roulaient dans les 
gorges. 

Le Drac s'£talait tumultueusement dans toute la plaine; il 
y £tendait en vainqueur le r6seau de ses eaux ardois6es, d'oti 
^mergeaient des lies de cailloux blancs. Rien n'eHait plus mobile 
que sa course; il entrainait avec un grondement ininterrompu 
et sourd des masses de galets qui s'entrechoquaient en se pre- 
cipitant : parfois, soudainement, ces cailloux trouvaient un 
obstacle; alors, ils s'amoncelaient et se d^chargeaient les uns 
sur les autres, et opposaient leur masse au torrent; le torrent 
d^tournait la furie de ses flots 6cumeux et se deversait k c6t6 
de Tile apparue; mais d'autres fois, la violence meme du 
courant minait par la base File de cailloux, et celle-ci s'ecrou- 
lait av«c un fracas profond qui repandait la peur, tandis 
que les debris, repris et noyes par les tourbillons de la masse 
liquide, descendaient k l'lsere avec un roulement sinistre. 

Ce chaos de la nature plaisait & l'Allobroge de Comboire. 
Blesse\ il y a six mois, dans une chasse, en escaladant un roc, 
il avait dti se cantonner dans sa hutte; six mois, il avait ainsi 
vdcu, en haut du rocher de Comboire, sur son lit de feuilles de 
fougere; et les soins de sa femme et de ses filles n'avaient 



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LE RETOUR DE L'ALLOBROGE Hi 

pu adoucir la colore qu'il avait de sa blessure et de son inacti- 
vity. Certes, des huttes de Cularo, ses compagnons etaient 
quelquef ois months le soir, pour lui f aire le r6cit de leurs expedi- 
tions dans la montagne : il avait compt£ avec envie les chamois 
et les ours qui avaient £t6 tu£s en son absence, et son esprit 
avait vagabond^. A la paroi de sa hutte, sur la saillie d'une 
branche de ch§ne, il avait consider^ longtemps une petite 
statuette d'or, un Apollon grec, d61icatement cisele dans le 
m£tal pr^cieux, et auquel il manquait un bras. Sur la route de 
retour, Paleul, qui P avait rapports du pillage du temple de 
Delphes, avait mutil£ de sa massue puissante l'image d'art, 
svelte et divine, et dans quelque relais, avait donn6 les morceaux 
pour payer sa nourriture. Devant le dieu, des pays strangers 
s'etaient 6voqu6s aux yeux du malade; son imagination naive 
avait essay£ de se pr^ciser les regions lointaines, miroitantes 
de soleil, oii les traditions contaient qu'6taient partis ses an- 
cdtres; des temples de marbre, des coffres pleins d'or, des femmes 
de r§ve dansant au son de melodies Granges avaient hant£ 
son cerveau; et par-dessus tout, il avait rev6 de batailles im- 
menses, de coups d'£p£e formidables tranchant des tetes et 
des membres, de rauques trompettes sonnant la victoire, et 
du butin entass6, oii Ton se ruait encore la lance au poing et le 
glaive au cote. 

Enfin, avant-hier, il avait pu, sur la neige glac6e, monter 
jusqu'aux bois de la montagne qui dresse ses trois pointes k 
la gauche de Comboire, et adossant un ours poursuivi contre 
la paroi du roc, il avait, entre les pattes levies et les grifTes 
sorties, plante son glaive dans le coeur de P animal. C'6tait sa 
revanche. 

Car ne savait-il pas que plusieurs de ses compagnons etaient 
partis, le long de PIsdre, et guerroyaient dans Pile, pr£s du 
Rhdne, avec les strangers venus de Carthage? II n'avait pu les 
suivre. 

Mais maintenant, des quartiers de chair d'ours pendaient 
au toit de sa hutte, et le vent secouait comme un tapis sanglant, 
la peau de la bdte morte, t^moignage 6clatant du retour de sa 
force et de sa vigueur. 

Un enfant blond, les cheveux 6bourififes sortit de la hutte : 
il essayait ses premiers pas, il vint jusqu'& la peau de Pours, 
consid£ra quelque temps, de ses yeux bleus 6tonn6s les gouttes 
de sang qui tombaient a terre, arrondissant sur le sol une petite 
flaque dpaisse et noire; puis, decide, il pr^senta sous la toison 



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112 PAUL BERRET 

du fauve son tout petit doigt rose, et le fit £clabousser par la 
premiere goutte qui tomba. 
L'homme regarda, secoua sa chevelure et sourit. 

II 
LE PASSAGE D'ANNIBAL 

Le lendemain, le vent s'6tait apaisS. Un brouillard 16ger et 
t6nu planait sur la valine : les cimes, d6gag6es des nuages, et 
sur lesquelles la neige s'^talait de nouveau, dScoupaient nette- 
ment sur le ciel bleu les aretes vives de leurs glaciers. Le mu- 
gissement du Drac 6tait plus sourd; la valine semblait se reposer. 
Du haut de Comboire, le regard embrassait toutes les cimes; 
et les filles de l'Allobroge, debout pres de la butte, se les nom- 
maient des noms qu'elles leur avaient donnas : celle-ci 61evait 
au milieu de la plaine son c6ne rSgulier; celle-la, par del& 
Cularo, profilait deux pointes aigues, dont Tune 6tait recour- 
se; & l'horizon, Tune d'elles semblait l'immense molaire d'un 
carnassier gigantesque. Le ruissellement du soleil sur les eaux 
du Drac 6blouissait leurs yeux verts, oii se r6fl6tait l'immensit6 
du paysage; le p6re aiguisait le fer d'une lance, toujours songeur, 
pendant que le brouillard se dissipait k l'horizon et d£couvrait 
les huttes de la Conque-des-Rwi&res, endormie au bord des eaux. 

Tout k coup d'immenses clameurs retentirent dans la paix 
de la valine; une fourmiltere humaine se rSpandit autour des 
maisons de Cularo : les Carthaginois arrivaient. 

Le bruit des eaux du Drac fut couvert par celui d'une mu- 
sique grandissante et rythmic. On distinguait d'abord un corps 
de fantassins, vetus de rouge; leurs tuniques souples et sans 
ceinture suivaient en flottant les mouvements de leurs corps : 
leurs boucliers de cuivre miroitaient, accroches k leur bras 
gauche; de 1' autre bras, ils soutenaient leurs longues trompettes 
de bronze, dont les appels d^chiraient Fair; les Numides, avec 
leurs clairons courts, composaient a ces appels aigus une basse 
continue, interrompue parfois par le crSpitement gr§le des 
petits tambours, ceroids de m6tal. Cette premiere colonne fit 
halte pr6s des huttes et toute la plaine alentour se remplit de 
rumeurs confuses, de signaux et de cris. L'Allobroge, sa femme, 
ses filles, jusqu'au jeune enfant dans les bras de sa mere, con- 
templaient 6merveill6s le spectacle. Une 6quipe vint jusqu'au 
pied de Comboire, arm£e de pelles et de pics, et descendit dans 



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Lfi RETOUR DE L'ALLOBROGE H3 

le lit du Drac : ils 6taient suivis de machines Snormes qui rou- 
laient pgniblement sur le sol, et k l'aide desquelles ils enfon- 
c&rent des madriers dans le sable gris du fleuve. Ils avaient 
manage* le long de la rive un canal par ou s'engouffraient les 
eaux, et ils allerent ainsi, provoquant ramoncellement des 
galets dans le milieu du fleuve. Une large chauss£e se dessina 
d'une rive & l'autre. Qk et 1&, ils laissaient entre les pieux 
d'^troits et profonds intervalles pour l'Scoulement de Teau; 
puis ils jet&rent de gros troncs d'arbres sur ces intervalles et 
1 6merveillement de l'Allobroge fut grand de voir dompter 
Tindomptable. 

On fit tout d'abord passer les 61£phants. Quand le Gaulois 
aper$ut ces Snormes b§tes, couvertes de peau grise et rugueuse, 
balan$ant devant elles leurs trompes enlumin6es de minium, 
quand il vit leurs oreilles 6cart6es et peintes en bleu, qui s'agi- 
taient autour de leur t§te, pendant que tintait leur collier de 
clochettes, il ne put s'empScher de tressaillir; puis & contempler 
les tours dont ils 6taient charges, P6peron dor6 de leur poitrail 
de fer, et surtout leurs defenses allongSes par des lames d'acier 
courbes, polies et tranchantes comme des fers de hache, une 
immense terreur d'admiration le saisit jusqu'aux entrailles. 

Le d£fil6 continuait. Des nSgres, coifltes d'une calotte de pour- 
pre et ceints de peaux de panthdres, passerent, et leurs pieds 
se posaient facilement sur les pierres rondes du Drac, grfice aux 
sandales de cuir cru, dont l'extrSmitS faisait saillie en 6ventail 
et prot^geait leurs doigts de pied. Puis vinrent les Baniures, 
portant sur leurs gpaules leur 6norme gourdin aiguis£ et durci 
au feu, 6pieu et massue tout k la fois; les Makes, qui avaient 
enroul6 autour de leur cou, pour avoir les mains libres, la corde 
du croc de fer qu'ils lan^aient k Pennemi, et, apr&s eux. les 
Espagnols avec leurs mitres de poil et leurs sayons de peau de 
mouton, cousus pour laisser les bras nus. La garde d'Annibal 
suivit, casqu6e de cuivre et cuirassee d'6cailles d'or Enfin, 
1'^lite de la cavalerie africaine s'engagea sur la chauss£e de 
galets : c'etait toute la noblesse de Carthage, mont£e sur de 
petits chevaux de robe sombre. Hommes et betes avaient le 
corps abritg sous des armures dont les plaques de metal, mobiles 
et peintes de couleurs vives, resplendissaient et scintillaient 
sous la lumi&re crue du jour reftetSe par les eaux du torrent : 
puis, toute la legion carthaginoise serra ses rangs, afin de tra- 
verser en meme temps un plus grand nombre d'hommes Ainsi 
firent, derrtere elle, les rSguliers, les symmaques et les auxi- 



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114 PAUL BERRET 

liaires de tous pay9. La file mouvante de ces troupes £tait inter- 
minable, k plusieurs reprises il fallut reinstaller les ponts de 
troncs d'arbres : surtout quand vint le tour des catapultes, 
des onagres et des carrobalistes, et de toutes les machines que 
Tarm6e tralnait k sa suite. Au-dessus de la for§t des Spieux, des 
lances et des piques se balan^aient comme des fleurs de cette 
moisson d'acier, et port£s k bout de piques, les carrSs d'or et 
d'argent, cisel6s, enrichis de pierreries et d'£maux qui servaient 
d'enseignes k ces multiples et divers troupeaux d'hommes de 
guerre. 

Le soleil avait disparu derrtere la muraille du Vercors, et la 
cohue des guerriers continuait encore k passer au milieu d'un 
fracas d'armes et d'appels de trompettes d'une rive k l'autre. 
Les neiges de la montagne des Sept-Lacs et des Roches Rousses, 
s'incendiaient sous la pourpre du couchant; une brume bleue 
s'6tendait en nappe dans la valine, et debout sur son rocher de 
Comboire, brandissant son arc au-dessus de sa t§te, PAllobroge 
hurlait main tenant, belliqueux et f orcen6, dans P exaltation 
de son extase; sa femme, agenouiltee sur la terre, tenait une 
de ses mains, sur laquelle elle pleurait; les filles se tenaient k 
distance, enlacdes, craintives et silencieuses, l'enfant, accroch6 
k la draperie qui enveloppait les Spaules de sa m&re, se blottis- 
sait contre elle, un feu de bois s'allumait devant la hutte, et, 
dans la nuit qui tombait, les reflets de cet fitre 6clairaient par 
instant de leur lueur vacillante et rouge&tre Phomme en d£lire, 
la femme en pleurs, les enfants tremblants, et la peau d'ours qui 
s£chait sur ses quatre 6pieux. 

Ill 
LES GLACES DU LAVTARET 

Pendant seize ans, il suivit Annibal en Italie. II fut paitout : 
au T6sin, k Trasim&ie oti Ton combattit au milieu d'un trem- 
blement de terre et ou Ton noya dix mille Romains dans un lac; 
k Cannes oil la chair des ennemis usa la lame des 6p6es, et oii 
Ton ramassa dans des boisseaux les bagues des chevaliers 
romains tu£s dans le combat; devant Rome oft il demandait 
avec des cris sauvages k entrer le premier; dans le Brutium oik 
il faillit p6rir de faim, de misere et de maladie. 

II connut tous les enivrements du carnage, toutes les joies 
sauvages de la victoire : il tua, il pilla jusqu'fc lasser son &me et 



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LE RETOUR DE L'ALLOBROGE 115 

son bras; il eut sa ceinture pleine d'or et d'objets pr&sieux; le 
lendemain il fut sans manteau. II coucha dans les lits de bronze 
et d'or de Capoue et sur la terre gluante des marais de l'Apulie. 

Pendant seize ans il marcha, il commanda et il obeit; il fut 
cbef et soldat; il maugr6a contre les injustices, et il en commit. 
Aux marecages de Clusium, il avait failli etre massacre par les 
ordres d' Annibal. Le chef carthaginois avait fait d'abord, sur 
le sol encore ferme, passer les £16phants, puis ses troupes afri- 
caines,s es allies de Mauri tanie : les Gaulois durent d^filer les 
demiers dans un sol defonc6, boueux et visqueux, ou un grand 
nombre p&rirent de maladie, car il leur fallut passer la la nuit, 
sans tente, au milieu de ce terrain pestilentiel et dans la bourbe 
de la giaise pietinee. Alors il ameuta tons les hommes valides de 
sa compagnie : Ton voulait tuer Annibal : la garde se saisit du 
meneur; mais on lui pardonna, de peur que tous les Allobroges 
ne fissent defection. II sut ensuite qu' Annibal, pris de la peur 
d'etre assassin^, se deguisait chaque jour et mettait des perruques 
pour ne pas etre reconnu, et il m^prisa celui qu'il avait cru 
Dieu. Dans la suite, il fut distinguS par lui et s'honora d'etre 
toujours au poste le plus dangereux. II quitta l'ltalie sur le 
m&me vaisseau que les Carthaginois; mais il ne vit pas Zama. Des 
pirates le rapatrterent par l'Adriatique jusqu'au rivage de 
Padoue, et mendiant, vieux et courb£, il chemina a travers la 
Cisalpine, pour regagner le mont Gendvre et redescendre jus- 
qu'& Cularo. 

... En quittant le mont Gendvre, il s'engagea dans le bas- 
fonds creus£ par la Guisane : il avait h&te d'arriver et se propo- 
sait de gagner par la petite route la vallee de la Romanche. Au 
depart, Annibal avait voulu suivre les grandes voies, afin d'etre 
sur de trouver des approvisionnements et de rencontrer des 
valines ou il put dSployer ses troupes et mettre en ligne ses 
elephants. On avait done, apr£s avoir traverse le Drac, suivi, 
jusque chez les M^dulliens, l'lsere, qui n'^tait alors qu'une 
branche du Rhone, et, de la, on avait remont6 le val de PArc 
Mais l'Allobroge avait la fievre du retour : il savait qu'un 
plateau dScouvert, accessible, entre les glaces avanc^es du Gab- 
bier et du Combeynot, separait la Guisane de la Romanche, et 
c'^tait un jeu pour lui de le fianchir. II se garda done bien de 
s'engager le long du ruisseau de droite, qui Petit jet£ dans 
I'impasse de la Combe-Mauvaise, et serra de pres les eaux 
claires de VAquisana. C'est ce qui le perdit : il trouva devant 
lui des pentes glissantes qu'il remonta pSniblement : ascen- 



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116 PAUL HERRET 

sion rude o\X il s'aflligeait de ne plus retrouver son agility : 
son coeur battait, le froid serrait ses tempes. II arriva ainsi 
aux sources memes de la rividre qui s'6chappait d'une Stroite 
galerie de glace. L&, il s'6tonna de n'avoir devant lui qu'un col 
6troit, encombrg par les n6v6s et tout different du grand pla- 
teau qu'il s'attendait Arencontrer; son inquietude augmenta. 
II avance cependant, mais voici que, parvenu au milieu du col, 
il sent son pied trSbucher sur une plaque de m6tal qui trouait 
la surface glaciaire. Exhum6 de sa cavity par le choc brusque 
de la chaussure, un sommet de casque en cuivre apparut. 
L'Allobroge s'agenouilla : s'aidant de ses mains et de son 6p6e 
courte, il 6carta la surface du n6v6 et vit deux corps : un Gau- 
lois et un Carthaginois qui semblaient reposer cote a cote. Le 
glacier avait empech6 que rceuvre de la mort et du temps ne 
s'accomplit : il semblait que les deux jeunes gens n'eussent 
quitt6 la vie que depuis quelques heures. Comment 6taient- 
ils \k? Sans doute, comme beaucoup, ils s'6taient s6par6s du 
gros de Tarmac, avaient tente des chemins qu'ils croyaient 
connaitre et avaient p&ri loin de tout secours. Etait-ce l'ava- 
lanche qui les avait ainsi roules jusqu'A ce cercueil de glace? 
Etaient-ils tomb6s dans quelque crevasse et un 6boulement 
survenu plus tard les avait-ils jet6s sur le plateau? « Heureux 
ceux-la, pensait l'Allobroge, qui ont succomb6 dans la joie du 
depart et dans l'esp£rance non frustr^e de la victoire et de la 
conquSte! » Dans la p&leur de la mort, il pouvait distinguer 
encore le teint blanc du Gaulois et le teint basan6 du soldat 
punique. Singuli&re destin^e! UnAfricain et unAUobroge dor- 
maient dans le raeme lit de glace au pied des Alpes de Gaule : 
et l'Allobroge songea que sans doute la mort avait fait au loin 
de pareils couples, sous les sables brulants de Zama... 

II restait la, singulterement 6mu de cette vision : le jour 
finissait; le haut du glacier qui descend des grands sommets 
du couchant s'empourprait; au sommet, des seracs oti trai- 
naient des nuages d'un rose de feu se dressaient, comme des 
masses de m6tal rougi, d'une transparente incandescence, 
cependant qu'au pied les glaces conservaient leur lividitd 
bleu&tre ou se melaient des teintes de plomb. 

Le froid devenait plus intense. L'homme, qui ne songeait 
plus k piller, respectueux de la mort comme s'il eut senti la 
sienne dejA proche, ramena la neige sur les deux cadavres. 

Mais l'angoisse l'etreignait k la gorge : il avait de plus en 
plus conscience qu'il 6tait 6gar6 et il sentait grandir en lui 



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LE RETOUR DE L'ALLOBROGE 117 

Phorreur d'une fin pareille k celle des deux soldats. Eperdu, il 
est pris de l'irr^sistible d6sir de fuir le voisinage de la mort. La 
peur aiguillonne ses nerfs. Dans l'ombre du jour finissant, 
parmi les paturages brules paries neiges, il s'elance k sa droite 
sur la pente d'un monticule escarp^ et, courts, haletant, tr6- 
buchant de fatigue et de terreur, il atteignit un sommet d'ou 
ses yeux pergants fouill&rent l'horizon crgpusculaire. Au sep- 
tentrion, un plateau s'^tendait, ou planait d6]k la brume de 
la nuit : au milieu, une table de pierre druidique — ances- 
tral abri du futur Altaretum, — se dressait et retenait encore 
le reflet d'une lueur 6man6e des glaciers voisins. II leva ses 
deux bras vers le ciel qui s'6toilait, remercia Teutat^s, dSvala 
vers le dolmen protecteur, et, route dans son manteau, s'6ten- 
dit sur la terre s&che, k l'abri des pierres de refuge pour attendre 
le jour. 



LA TERRE NAT ALE 

Le lendemain, il descendit dans sa vallee famili&re de la 
Romanche et poursuivit sa route en songeant : il y avait dix- 
huit ans qu'il avait quitt6 sa demeure : il avait maintenant 
cinquante-trois ans, le dugout de la vie errante, le besoin du 
repos et la soif du foyer. 

II s'engagea dans les sentiers qu'il reconnaissait k peine. Au 
soir lui que rien n'avait 6mu des violents spectacles de la vic- 
toire et de la dSfaite se sentit d^faillir au moment de tourner, 
en sortant de la gorge, dans la valine du Drac II n'osait plus 
avancer. Chemin faisant, il avait rencontrS quelques habitants 
qu'il avait cru reconnaitre, qui l'avaient d6visag6 et qui s'6taient 
d6tourn6s de lui. Se trompait-il? II n'6tait plus cependant qu'& 
quelques heures de marche de Comboire et ces figures semblaient 
lui avoir et6 familidres. Alors il fit un d6tour, il se rappelait, 
dans une muraille de roc presque a pic sur la Romanche, l'ha- 
bitation d'un vieux de la tribu, moitte druide, moitie sorcier, 
celui-l& m£me qui l'avait gu6ri de sa blessure. II le trouva dans 
sa grotte, courbG, les yeux presque vides et cercl^s de rouge, la 
barbe toute blanche, la figure parchemin£e, mais vivant. lis 
se reconnurent, et tous deux, silencieux, mesur^rent r^ciproque- 
ment sur leurs visages le temps 6coul6 et l'empreinte terrible 
de sa fuite. 

« Ta hutte de Comboire, certes, tu la retrouveras, dit le vieil- 



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118 PAUL BERRET 

lard; mais un autre y habite : ce n'est pas ton fils. Tu ne reverras 
pas ta femme, et tu ne reconnaitras pas tes filles. Quinze jours 
apres ton depart, rarridre-gardedel'arm6e6trang6reatravers61e 
pays : elle a laiss£ ici des blesses, qu'on a soign^s et qui se sont gu6- 
ris; c'etaient des mercenaires grecs : ils ont tu6 nos chamois, ils 
ont press£ la grappe de nos vignes et bu le lait de nos troupeaux. 
ils 6taient forts et tu avais emmen6 tous tes amis de la valine. 
Les Grecs ont ravi tes filles ; ta femme et ton fils, ils les ont pour- 
suivis dans la montagne, et les ont tu£s. lis sont dix, qui nous 
imposent la loi de leur force; je n'ose plus sortir qu'& la nuit. 
Ils ont choisi ta demeure, qu'ils ont agrandie, parce qu'ils y ont 
trouv6, disent-ils, leur divinity : c'est un Apollon d'or, dont ils 
chantent quelquefois la gloire sur leur lyre. Descendons j usque 
dans la plaine, et de \k tu verras Comboire et ta hutte. » 

Le long de la Romanche, par la fin d'une nuit claire ou luisaient 
encore les etoiles, le vieux ployant son menton et sa barbe 
blanche sur son b&ton, et l'Allobroge, qui serrait son glaive 
conlre sa ceinture, ramp&rent sur les rochers et descendirent 
sur la rive du Drac. 

Voici se profilant sur le ciel et bord6 par le torrent aux flots 
d'argent, sous la clart6 lunaire, le dome du rocher de Comboire. 
L'Allobroge n'a pas dit un mot au vieillard. II monte le long des 
pen tes et paralt debout sur la hauteur. Le son d'une lyre semble 
bercer la douceur de la nuit : les pommiers sont en fleurs et 
leurs gerbeB blanches reposent doucement sur le velours des 
prairies. Une lueur indique la porte. Une massue garnie de 
clous de fer est sur le seuil. II la saisit d'abord, puis il regarde : 
des hommes, des femmes s'assoupissent et dorment d6j&, autour 
d'une table ou les coupes sont vides ou renvers^es pGle-mdle. 
Au fond, sur un socle, ou la peau d'un ours fait au dieu un £pais 
coussin, le petit Apollon d'or aux formes sveltes et divines, 
rayonne sous les reflets d'une lampe de terre qui pend du pla- 
fond. 

La rage Stouffe le coeur de l'Allobroge : il se pr^cipite la 
massue lev6e. II l'abat au hasard sur la tete d'un dormeur, qui 
delate : une femme en s'6veillant crie : Mon pdre! Inconsciente la 
massue tourbillonne et renverse tous ceux qui s'approchent, 
le sang ruisselle et l'homme, en d61ire, l&ve et abat sans cesse la 
terrible cogn^e de fer et de bois : mais le dernier survivant s'est 
glisse jusqu'& lui, et, avant de crouler, lui aussi, sous la massue, 
il a plong£ son poignard dans le flanc du meurtrier. 

DerriSre les crdtes de la montagne des Sept-Lacs, et des 



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LE RETOUR DE L'ALLOBROGE H9 

Grandes Roches-Rousses, le ciel blanchit : PAllobroge frappS k 
mort a saisi l'Apollon d'or et,du haut de Comboire,a jet6 le dieu 
dans les Hots ardois£s du Drac, puis il a trains, malgre sa bles- 
sure sanglante, tous les cadavres jusqu'au bord du precipice 
et les a fait rouler dans le torrent. Horreur! ils se sont redresses : 
ils suivent une arm6e : voici les tambours et les trompettes de 
bronze, voici les oreilles bleues des 616phants et leurs trompes 
rouges; toute une cohue forcen^e passe avec des cris de guerre 
et de victoire; des enseignes d'or se balancent au bout des 
piques... 

C'est la fievre de sa blessure. II frotte ses yeux; il sent son 
sang qui coule sur son c6t6. Alors il saisit sa corne d'appel qui 
ne Pa jamais quitt6, et rassemblant son souffle, il sonne & 
pleins poumons, comme il sonnait jadis pour rassembler ses 
compagnons, quand il chassait Tours et le chamois. 

II sonne : et le cri rauque de la corne d^chire le clair matin de 
Paube. 

Alors, voici que de la montagne voisine est descendue, puis 
remont^e sur Comboire, guidSe par un adolescent superbe et 
farouche, une vieille aux cheveux blancs : elle est pr£s du bless6 : 
« Maitre, 6veille-toi. »Et l'homme, relevant la tete, a reconnu sa 
femme, qui, depuis dix-huit ans, vivait cach^e dans les bois du 
mont voisin, surveillant Comboire et la hutte, maigrissant de 
douleur et de famine, pendant que le fils grandissait, gardien 
fiddle, et croyait k la m&re qui disait : « Ton p£re reviendra.» 

II est Ik, 6tendu devant sa hutte. Comme jadis, les montagnes 
£ternelles ont leur couronne de neige blanche, et les eaux ardoi- 
s6es du Drac s'6tendent dans la plaine en mugissant doucement : 
le fils et la m£re sont agenouiltes autour du mourant : la femme 
s'est courb^e sur son visage pour un baiser supreme, et Phomme 
meurt, silencieusement, comme il a v6cu, de remords, de douleur 
et de joie. 

Et pendant que la pauvre vieille pleure accroupie, le fils, du 
geste auguste de ses aleux, les bras £tendus en croix, baise le sol 
paternel reconquis — et qu'il ne quittera jamais. 

Paul BERRET. 



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Le Massif de la Sana 



(Pae M. W. A. B. Coolidge) 

L'^tude des anciennes cartes d'une region alpine est tou jours 
fort int^ressante, mais elle Test surtout quand on connalt 
personnellement la region, car autrement la pensSe s'y em- 
brouille et la tete s'y perd. Ces anciennes cartes figurent, 
bien entendu, toute region alpine d'une fagon tr6s approxima- 
tive, et ce n'est que peu & peu que la confusion s'6claircit, d'or- 
dinaire k la suite d'observations faites par les premiers carto- 
graphes ou touristes qui parcoururent les pays repr6sent6s 

Tel a 6t6 le sort du petit massif que nous allons 6tudier. Ayant 
le malheur, si je puis m'exprimer ainsi, de s'61ever entre deux 
cols de glaciers faciles et connus^depuis des stecles, il est rest6 
sans nom sur les cartes et peut-§tre m§me n'a-t-il pas eu plus 
de succds auprgs des indigenes; car les cols traversant un massif 
ont, de notori6t6 alpine, toujours 6t6 connus de meilleure heure 
que les sommit£s de la chaine qu'ils franchissent. Et c'est pr6ci- 
s^ment Ik le cas du Col de la Leisse et du Col de la Rocheure 
ou des Quec^es de Tignes, qui m&nent tous les deux de la haute 
valine de l'Arc k la haute valine de PIs£re, celui-l& de Termi- 
gnon k Tignes, et celui-ci de Termignon a Val-d'Is&re. 

Le vallon de la Leisse est un des plus sauvages et des plus 
solitaires des Alpes, tandis que celui de la Rocheure est riant 
et sem6 de chalets. Mais comme Tignes est un village plus impor- 
tant que Val-d'Isdre, ces deux cols ont 6t6 tr6s souvent confondus 
et sur les anciennes cartes on voit un tracd assez vague qui part 
de Termignon pour passer par les chalets du vallon de la Ro- 
cheure et aller cependant tomber & Tignes. Ces traces vagues 
ont Fair de franchir notre massif d'une fagon rectangulaire, 
bien que, en r6alit6, les itin^raires de ces deux cols passent k 
PO. et & PE. de notre chaine. 

A ma connaissance, le massif de la Sana n'apparait pas avec 



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a 
SJ 



<3 



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LE MASSIF DE LA SANA 121 

des noms et une topographie meme relativement exacte, avant 
la carte sarde, au 1/50.000 6 , feuille 37, levee sur le terrain en 
1853, mais publtee en 1858 seulement. 

II est possible, il est meme probable que Bourcet fait allusion 
k la Pointe de la Sana, lorsque (p. 322 de ses Memoires, 6d. de 
Berlin, 1801) il parle d'un pic appete « le Mont de Valnoir, entre 
Tignes et Termignon », car il est certain que son « col du Mont 
de Valnoir » (voir son texte, p. 156 et 350, et le trac6 de sa carte, 
menant de Termignon & Tignes, est soit le Col de la Leisse (le 
Vallon de la Leisse est bien un val noir) soit du Col de la Ro- 
cheure. 

En 1843, un Anglais, M. A. T. Malkin, lors de son passage du 
Col de la Galise, 6crit que, outre le Col de la Leisse de Tignes k 
Termignon, il y a un autre passage (plus facile d'aprds son 
guide, Boch, de Lanslebourg) qui m£ne de Val-d'Is&re k Termi- 
gnon, et qui rejoint Pitin6raire du Col de la Leisse « apres avoir 
pass6 au pied d'un pic tr£s 61ev6 et tr£s beau, dont la tete est 
recouverte de neige et qui s'appelle la Roche d'Or » (Alpine 
Journal, xv, p. 128). Peut-etre faudrait-il voir une allusion k 
notrecime, sous le nom de «la Rocheure », nom actuel du vallon 
qu'il domine au Nord? 

Ea 1855, M. Gottlieb Studer, descendant du Col de la Galise, 
signaJe (Mitteilungen der Naturforschenden Gesellschaft de Berne, 
1856, p. 29) comme visible au midi du hameau de Val-d'Is£re 
« une crete neigeuse 6tincelante k laquelle on attribue le nom de 
Aux Fours ». Cette description pourrait peut-§tre se rapporter 
k notre cime, le nom « Aux Fours » 6tant une forme estroptee 
de « Aux Ours » (Barme de l'Ours). 

Sur son panorama pris du Col de la Galise, k la m§me date, 
M. Gottlieb Studer attribue au point culminant de notre massif 
le nom de « Pointe du Pisset », bien qu'il n'en fasse aucune men- 
tion sp&nale dans son texte. Par contre, dans sa description du 
panorama dont il jouit en 1856, depuis la Pointe de la R6chasse, 
il fait une allusion vague k notre cime, sans cependant la nommer 
sur le panorama lui-m§me : a Le Mont Iseran, et la Levanna 
6taient caches par une montagne plus rapproch^e, qui s'£leve 
par une ar§te rocheuse & une belle pyramide neigeuse, situ6e 
a l'E. du col de la Leisse et forme le point culminant de la chalne 
qui &6pare le vallon de la Leisse de celui de Laroucheur. » 
(Mitteilungen der Naturforschenden Gesellschaft de Berne, 1861, 
p. 123-124.) 

En 1873, parut la feuille Bonneval de la carte de l'E. M. F. 



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4*2 W. A. B. €OOLIDGE 

au 1/80.000°; elle donnait un figure assez exact du terrain. 
C'est peu aprds, comme nous allons voir, que notre massif a 6t6 
d^couvert par les touristes. 

I. — TOPOGRAPHIE DU MASSIF (1). 

La topographie physique de notre massif est tr&s simple. Le 
point culminant de la region, la Pointe de la Sana (3.450 m.) 
s'&eve & la jonction meme de trois cretes, de sorte qu'il 
domine au S. le Vallon de la Rocheure ou de Saint-Jacques, k 
TO. le Vallon de la Leisse, et au N. E. la Combe du Charvet. 
(Signalons ici, un contrefort peu important qui court de la Sana 
vers le N. E. et se termine au Rocher de la Croix de Pisset 
(2.745 m.), qui, lui, sSpare les deux bras de la Combe du 
Charvet.) 

1 # De ces trois cretes, Tune descend de la Sana vers le Sud 
Ouest, sSpare les vallons de la Rocheure et de la Leisse, et 
apr£s s'etre £lev6e en deux cimes (cot6es 3.317 et 3.086 sur la 
carte de l'E.M.F. et nomm6es Roc Blanc sur la carte sarde), 
s'abaisse au Pas de Leisse Dessus (2.841 m.), qui fait com- 
muniquer les deux vallons susdits, avant d'aller se terminer au 
Rocher du Col (3.159 m.) et & une autre cime (3.202 de la 
carte de l'E. M. F.), qui toutes deux dominent au N. E. les 
chalets d'Entre-Deux-Eaux. 

2° La deuxieme crete, assez courte, descend de la Sana vers 
PEst et forme la cime de la Barme de l'Ours (3.152 m.) 
avant de s'abaisser au Col de la Rocheure ou les Quecees 
de Tignes (3.051 m.), qui fait communiquer le Vallon de la 
Rocheure avec la Combe du Charvet, et au deli duquel la crete 
s'eleve de nouveau vers la Pointe de Mganmartin (3.337 m.). 

3° La troisteme crete est k la fois la plus Iongue et la plus 
importante. Elle descend de la Sana vers le Nord, culmine suc- 
cessivement aux divers sommets (3.152, 3.157 et 3.093 m.) des 
Rochers de Genepy, et k la sommite innommSe, cot6e 2.908 
sur la carte de l'E. M. F., avant de s'abaisser au Col de Fresse 
(2.589 m.), qui fait communiquer la Combe de la Thouvtere 
avec le fond du vallon descendu du Col de la Leisse vers le lac 
de Tignes. Au dela de ce col, la crete (gardant toujours sa direc- 
tion septentrionale) s'&dve de nouveau pour former la Pointe 

(1) Une table de concordance des divers noms et cotes donnes sur la carte 
sarde et sur la carte de l'E. M. F. se trouve a la fin de cet article. 



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LE MASSIF DE LA SANA 123 

de Fresse (2.705 m.) et les deux cimes du Signal de la 
Thouviere (2.713 m. et 2.655 m.), avant de s'abaisser au 
Pas de la Thouviere (2.253 m.) Au delk de ce pas, notre 
crete incline abruptement vers l'E., dominant la gorge pro- 
fonde qui s'ouvre entre Tignes et Val-d'Is&re, et vient mourir, 
& Pentr^e sup^rieure de cette gorge, dans le Rocher Thou- 
viere (2.348 m.). 

Cette troisidme cr£te, differente des deux autres, donne nais- 
sance, k deux crates laterales, qui s'eHendent vers PE., & travers 
une region de tr&s beaux p&turages. La premiere de ces crates 
laterales part de la cime 3.093 des Rochers de Genepy , et s'abaisse 
au Col du Charvet (2.656 m.), avant de s'61ever de nou- 
veau pour se terminer au Rocher du Charvet (2.860 m.). 
La eeconde cr£te laterale, moins bien d&veloppec que l'autre, 
part de la cime 2.908 (qui domine le Col de Fresse au N.), et 
Buivant une direction tegdrement N. E., forme le Col du Grand 
Pra (qui est plutdt un plateau gazonne), avant de s'Slever 
aux Rochers de Bellevarde (2.833 m.) qui dominent le 
village de Val-d'Isere k l'E. 

D'apr^s M. Termier (Elude de la Constitution gtologique du 
Massif de la Vanoise 7 Paris, 1891, p. 111-112 et carte), la plus 
grande partie de notre massif se compose de schistes lustres. 
Ces schistes recouvrent d'autres couches gGologiques, qui ne 
sortent au jour que vers rextrernite* o^cidentale de notre 
chaine. Lk, en effet, les p&turages de Leisse Dessus, et les 
fiers escarpements du Rocher du Col sont form6s de calcaires, 
surmont^s, sur la cime m§me du Rocher du Col (3.159 m.), 
par des marbres chloriteux, associ6s k des schistes noirs. Mais 
d6]k au point 3.086, situe* au N. E. du Pas de Leisse Dessus, 
commencent les schistes lustres qui recouvrent toutes les 
autres couches. 



II. — HISTOIRE ALPINE DU MASSIF. 

II est certain que de rares touristes (par exemple M. John 
Ball, en 1853, et M. Gottlieb Studer, en 1856) ont franchi le Col 
de la Leisse avant 1877, mais dans leurs descriptions tr£s breves 
(si description il y a), ils portent leur attention sur la Grande 
Motte, et pas sur la pointe de la Sana. Et en ce qui regarde le 
Col de la Rocheure ou des Quec^es de Tignes, il semble que mon 
passage en 1878 soit le premier passage fait par un touriste et 



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124 W. A. B. COOLIDGE 

le premier dont on trouve mention dans les recueils consacrSs 
aux Alpes (voir Alpine Journal, IX, p. 99). 

Vers 1862, les officiers de l'E. M. F. firent construire des pyra- 
mides sur la Sana et le Rocher du Col; mais c'est, en 1875, 
M. Ferdinand Reymond qui le premier nous pr&ente person- 
nellement, si je puis m'exprimer de la sorte, la Pointe de la 
Sana. Dans VAnnuaire du C. A. F. pour 1875 (II, p. 156), il 6crit 
les phrases suivantes : [apr£s avoir donn6 passage au col de la 
Leisse] « la chalne se relive par le massif imposant de la Sana, 
qui atteint 3.450 m., et domine le vallon de Saint- Jacques, 
oti aboutit le passage peu fr6quent6 du Pisset ».L'ann6e suivante 
(ibid., Ill, p. 183), M. Pierre Puiseux dit k son tour : « Nous 
citerons comme devant offrir une admirable vue panoramique 
l'Aiguille de la Sana (3.450 m.), dont l'ascension semble facile 
depuis le Val-de-Tignes. » Ces lignes Staient a peine imprimis 
que par la plus heureuse des chances (si chance il y a), M. Pui- 
seux, accompagng de son fr£re et de M. Boutan, monta k la Sana 
afm de verifier sa propre prophetic Voici le texte de son r^cit 
(Bulletin du C. A. F., 1877, p. 317), fort court, mais k ma con- 
naissance tout ce que cet alpiniste a public sur ce sujet; nous 
savons d'autre part que l&-haut il a pris une esquisse de ce 
beau panorama (voir Annuaire du C. A. F., IV p. 171), encore 
inSdit parait-il : 

« Depart de Val-de-Tignes, le 18 Aout 1877, k 7 h. 35. Apr6s 
trois heures d'une mont^e tr£s douce, nous abordons le glacier de la 
Barme-de-FOurs : nous le remontons de TO. k YE., au pied des 
beaux escarpements de la Sana, jusqu'& un col 61ev6 (3.100 m.) 
ouvert immediatement k l'E. du pic. Des pentes de neige con- 
duisent au sommet (cinq heures de Val-de-Tignes). La descente 
&Entre-Deux-Eaux, qui demande 2 h. 30, estaussi facile que la 
mont^e. Nous avons trouv6 au sommet une pyramide, erig^e 
probablement par les officiers de l'Etat Major. Un ciel parfaite- 
ment serein nous a permis d'admirer un des panoramas les plus 
beaux et les plus 6tendus de la chalne des Alpes. » 

Un aimable farceur de mes amis, a dit que si je n'ai pas 6t6 
le premier sur une cime quelconque des Alpes fran^aises, j'ai 
toujours 6t& le second. Mais dans le cas de la Sana je ne fus 
que le troisteme. En 1878, le 2 Aodt, je traversai le Col de la 
Leisse, faisant en route l'ascension de la Grande Motte, et le 
23 Aotit je passai le Col de la Rocheure ou des Quec^es de Tignes, 
mais le mauvais temps m'empScha de monter k la Sana. Ma 
visite & la Sana fut remise jusqu'au 30 Aotit 1886 (voir Alpine 



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LE MASSIF DE LA SANA 125 

Journal, XIII, p. 118; Revue Alpine, 1901, p. 9; etOesterreichische 
A Ipen-Zeitung, 1886, p. 285). Toujours accompagnS de mon fiddle 
Aimer fils et parti d'Entre-Deux-Eaux, je remontai le vallon 
de la Rocheure pendant deux heures, jusqu'en face de la Fon- 
taine Gaillarde. Inclinant alors vers le N. E., par des pentes de 
gazon, nous gagn&mes un large plateau herbeux situS au S. de 
la cime (30 min.). Nous continuons dans la raeme direction 
pendant 40 min. encore, jusqu'& ce que nous dominions le ruis- 
seau descendant de la Barme de l'Ours, puis grimpons par des 
pierres croulantes jusqu'au glacier qui recouvre le flanc S. E. 
du pic, glacier que nous traversons pour gagner l'arete E., par 
laquelle nous atteignons enfin le sommet (1 h. 25, soit 4 h. 35 d& 
marche depuis Entre-Deux-Eaux). Notre itin&raire est proba- 
blement identique k celui qui avait 6t6 suivi, a la descente 
en 1877, par la caravane de M. Puiseux. Dans mon r6cit, ins6r6 
dans YA. /., je fais remarquer que la cime pourrait etre gagnSe 
du vallon de la Leisse par une route plus difficile il est vrai que 
celle venant du vallon de la Rocheure; mais personne ne semble 
avoir profits de cette indication, en sorte que la Sana est une 
des rares sommitds des Alpes qui n'ont H6 gravies que par 
un itin£raire seulement. 

Quant au panorama dont nous jouissons de la cime pendant 
plus d'une heure, il justifie complement les louangesde M. Pui- 
seux. II est surtout beau vers les sommites de la Tarentaise et 
vers la chalne du Mont Blanc. Comme la Sana est trSs accessible 
d'Entre-Deux-Eaux, de Val-d'Is^re, et m§me (comme nous allons 
voir) de Bonneval-sur-Arc, je me permets d'attirer Pattention* 
de mes collogues sur ce belv6d6re superbe, si bien plac6 et si 
facile k gravir. 

A la descente, nous suivimes la meme route qu'& la montee 
jusqu'& l'arete qui domine le ruisseau de la Barme de l'Ours 
(32 min. de la cime). De ce point nous nous dirigeames vers le 
S. E., nous tenant sur le versant S. de la crete des Quec6es de 
Tignes, afin d'atteindre le pied S. 0. de la Pointe du Pisset 
(3.043 m.) gagn6 en 50 min. de la Barme de l'Ours. Puis nous 
franchimes le Col du Pisset (2.979 m.) et le Col des Roches pour 
gagner Bonneval-sur-Arc (4 h. 22 de marche de la cime de la 
Sana). 

Quatre ans plus tard, en 1890, je fis une deuxidme course dans 
notre massif, exploit qui m'autorise k reclamer le titre tfexplo- 
rateur principal de la region, car personne autre que moi ne Pa 
visits k deux reprises. II s'agissait cette fois de reconnaitre les 

o 



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126 W. A. B. COOLIDGE 

Rochers de G6nepy (3.157 m.) (voir A Ipine Journal, XV, p. 297; 
*t Oesterreichische A Ipen-Zeitung, 1890, p. 248). Le 22 Juillet eat 
la fete de la Madeleine, patronne de man coltege k Oxford; }e 
m'applique taujours k la c416brer en faisant, si possible, une 
course nouvelle. II faisait mauvais temps le matin, de sorte que 
oe n'est qu'k 9 h. 15, qu' Aimer fils et moi partimes pour notre 
itenerie. Ce fut en effet une fl£nerie que notre montde par des 
paysages admirables, k travers des forete superbes, et enfm sur 
les prairies magniiiques du Grand Pra, jusqu'au Col de Fresse 
(2.589 m.), que nous atteignimes en 2 h. 25 de Val-d'IsSre. 
Depuis le col nous suivimee plus ou moms l'arete schisteuse vers 
le S., mettant 1 h. 5 jusqu'a la cime cot6e 2.908 m., 35 min.de 
plus k une tete noir§tre, 23 min. encore jusqu'fc Cime Nord des 
Rochers de G6nepy (3.093 m.), et enfin 20 min. de plus jusqu'au 
point culminant (3.157 m.). Nous mimes done 2 h. 23 ducol k 
la plus haute pointe de la crete. Point de difficulty, mais une 
promenade ravissante & tous 6gards : le panorama s'6tendait des 
Ecrins jusqu'au Mont Blanc. Sur la pointe 3.093 nous trou- 
vfimes un petit drapeau rouge, et une pyramide, et sur la pomte 
3.157, il y avait aussi une pyramide, — tous ces signes de la pre- 
sence de 1'homme y avaient 6t6 places tout rScemment par 
les ing&iieurs fran^ais months sans doute du Col de la Leisse et 
occup^s alors& faire de nouveaux levgs. — Commenous n'attei- 
gnimes la plus haute cime qu'& 3 h. 40 de l'apres-midi, nous ne 
nous donn&mes pas la peine de pousser jusqu'& la pointe qui 
forme Pextr6mit£ m&ridionale de la chaine (3.152 m.), pointe 
sans doute tres accessible et peut-etre encore vierge. De notre 
cime 3157, nous descendlmes k 1'E. par des pentes de neige et 
d'eboulis jusqu'au gazon (40 min.) d'oti en 45 min. nous ga- 
gn&mes le sentier dans la Combe du Charvet. Encore 20 min. 
et nous sommes en face du Hameau du Manchet, d'oii 40 min. 
suflirent pour notre rentr^e k Val d'Is£re (2 h. 25), apr^s une 
<!61icieuse flanerie. 

Voici ce que j'ai fait moi-meme dans le massif que nous 6tu- 
•dions. 

Et mes successeurs ont-ils 6i& nombreux? Non, je ne le crois 
pas, mises a part les caravanes qui, de Val-d'Isere, traversent 
le Col de Fresse, se rendant au Col de la Leisse ou & la Grande 
Motte. Le 15 septembre 1893, M. C. Regaud monta a la Sana 
{Bulletin du C. A. F., 1893, p. 248). En 1894, M. Rebout, qui 
en 1893 avait franchi le Col de la Rocheure (voir le dernier ren- 
voi), monta k la cime 3.157 des Rochers de G&iepy, tandis que 



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LE MASSIF DE LA SANA 427 

M. et Mile Sophie Lacharrtere gravirent la Sana (voir pour ces 
deux courses le Bulletin du C. A. F. t 1895, p. 6). On aura 
remarquS que tous ces touristes sont des Lyonnais. 

Dans la nouvelle Edition (1898) du « Guide Ball », j'ai vantS k 
plusieurs reprises la Sana et les p&turages qui s'^tendent & l'E. 
de la chalne des Rochers de G&iepy (voir p. 229, 246, 274 et 276). 
Profitant de mes indications, deux de mes amis anglais, M. et 
Mme Baker-Gabb monterent, le 23 Juillet 1900, & la Sana (4 h. 30 
de Val-d'Is£re). Le jour suivant, ils se rendirent au Col de Fresse 
puis pousserent jusqu'aupr£s la pointe cotee 3.125, sur le Glacier, 
de la Grande Motte, oti ils pass£rent des heures d&icieuses k 
savourer ce panorama merveilleux. Ils descendirent alors par le 
chemin du Col de la Leisse jusqu'au Lac de Tignes et rentr&rent 
k Val-d'Is£re par le Pas de la Thouvi&re, apres une journ^e de 
12 h. (haltes comprises), pendant laquelle ils avaient joui 
d'une serie extraordinaire de vues superbes, surtout vers le Mont 
Blanc (en voir la description enthousiaste dans V Alpine Jour- 
nal, XXI, p. 528-529). 

Qu'il me soit permis de signaler encore une promenade char- 
mante, dont j'ai fait mention dans le « Ball » (p. 274). Depuis le 
plateau gazonnS du Col du Grand Pra (2 Ji. de Val-d'Isdre), 
— d'oti Ton monte k TO. en 30 min. au Col de Fresse, — con- 
tinuer vers le S. (si Ton ne veut pas gravir 'en 1 h. le 
belv6d6re des Rochers de Bellevarde, 2.833 m.) jusqu'au Col 
du Charvet (2.656 m.), du col facile ascension k la pointe 3.093 
du G6nepy, ou au Roc du Charvet, (2.860 m.) puis retour k 
Val-d'Is£re, par la Combe du Charvet. On peut aussi regagner 
Val-d'Isere en 1 h. 30 du Col du Grand Pra, par la Combe du 
Santon. Dans Tun ou 1'autre cas on aura fait une tourn^e 
ravissante k travers des p&turages splendides, et joui en route 
de vues vraiment merveilleuses. 

t— TABLE DE CONCORDANCE 

POUR LE MASSIF DE LA SANA 





E. M. F. (1/80.000) 


Carte sarde. (1/50.000). 


1. 


3202. 


Rocher du Col. 


2. 


Rocher du Col, 3159. 


Roc de Molaravet 


3. 


2841. 


Passage de Leisse Dessus. 


4. 


3086 et 3317. 


Roc Blanc. 


5. 


Pointe de la Sana, 3450. 


Pointe de la Sana. 


6. 


La Banne de l'Ours, 3152. 


La Barrae de l'Ours. 


7. 


Rochers de Genepy, 3152, 3157 et 
3093. 


Rochers de Genepy. 



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128 



BIBLIOGRAPHIE 



8. 


2745. 


Rocher de la Croix de 


9. 


2656. 


— 


10. 


Rocher du Charvet, 2860. 


Rocher du Charvet. 


11. 


2908. 


— 


12. 


Rochers de Bellevarde, 2833. 


Rocher de Bellevarde. 


13. 


Col de Fresse, 2589. 


Col de Fresse. 


14. 


Pointe de Fresse, 2705. 


Pointe de Fresse. 


15. 


2713. 


— 


16. 


La Thouviere (signal), 2655. 


Tuf de la Thouviere. 


17. 


Pas de la Thouviere, 2253. 


— 


18. 


2348, 


Rocher Thouviere. 



a. Le n. 9 pourrait etre baptise" Col du Charvet (voir Ball, p. 274). 

b. Le grand plateau gazonntf,qui s'etend entre les n. 11 et 12, pourrait etre appelt Col du 
Grand Pra (voir Ball, p. 274). 

N.-B. — Sur la Carte Sarde,la Pointe de la Sana elle-mlme ne s'eleve pas (comme 
elle le fait effectivement) a la jonction avec la crete principale de celle qui 
monte des Quecees de Tignes. 

n. — BIBLIOGRAPHIE DU MASSIF DE LA SANA. 
N.-B. — Non compris, le sommet principal. 

Rochers de Genepy et 2908. — Alpine Journal, t. XV, p. 297. Oesterreichische 

Alpen-Zeitung, 1890, p. 248. Bulletin du O. A. 
F„ 1895, p. 6. Ball (1898), p. 245, 274. Joanne 
(1898), p. 414. 

Roc du Charvet Accessible depuis le Col du Charvet (n° 9). (Voir 

Ball, p. 274, et Joanne, p. 414.) 

Col de Fresse. LeAlpi che cingono r Italia, p. 808. A. 7. t. XV, 

p. 297, t XXI, p. 528. Oesterreichische Alpen- 
Zeitung 1890, p. 248, et 1896, p. 32. ZeiU 
schrift du Club Alp in Allemand- Autrichien* 
XXVII, p. 191. Annuaire du Club Alpin 
Suisse, t. XXXII, p. 71. Pebmn, Topogra. 
phie et Difense des Alpes franchises, Pen- 
gueux, 1894, p. 146. Ball, p. 245, 274. 
Joanna, p. 373. 

Ce col offre l'itine>aire le plus court entre 
Val-d'Isere (montee au col 2 h. 30), et le Col 
dela Leisse (trajet jusqu'au col 30 min). 

Pointe de Fresse Pbbkin, p. 146. 

Col du Grand Pra 2 h. de montee de Val d'Isere par la Combe de 

la Thouviere, et 1 h. 30 de descente a Val 
d'Isere par la Combe du San ton (Ball, p. 274). 

Rochers de Bellevarde. . . Accessible en 1 h. environ depuis le Col du 

Grand Pra (Ball, p. 274, et Joannb, p. 414)» 
. A. J., XV, p. 297, XXI, p. 529. Revue alpine. 
1903, p, 4. Ball, p. 227, 245. Joannb, p. 414. 
Mont6e de Val d'Isere, 1 h. 45, descente au 
Lac de Tignes, 15 min. (Ball, p. 274). 

W. A. B. COOLIDGE. 



Pas de la Thouviere. 



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ILLUSTRATIONS 



1° Entree des Gorges du Boulon, vue du village de Saint-Mury, 
massif de Belledone. — Photo de M. G. Oddoux, photographe a Grenoble, 
(face a la page 108). 

Dans un paysage verdoyant comme un verger de Normandie, le petit 
village de Saint-Mury est niche a l'ouverture des Gorges du Boulon. Et au 
dela des gorges, aux sapins serrSs sous lesquels mugit le torrent du Vorz, 
le touriste trouvera le Cirque du Boulon, un des plus agrestes et des plus 
grandioses des Alpes de Savoie et du Dauphin6, ou cinq cascades descendant 
des abruptes digues du Lac Blanc, ou la vue, se portant to uj ours plus haut, 
contemple dans le ciel la silhouette granitique du Grand Pic de Belledonne. 

2° Vallon de la Leisse et Grande Gasse, vu d'Entre-deux-Eaux* 
— Photo de M. Roubier, de Pralognan, (face a la page 120). 

Au premier plan les quelques chalets d'Entre-Deux-Eaux ; le haut vallon 
de la Leisse tourne a droite, laissant a droite les con tre forts du massif de 
la Sana, a gauche la fameuse Ardte Nord de la Grande Casse. A gauche 
l'ouverture du Col de la Vanoise. 

8° Gol du Pelvoux, vu de la moraine du Glacier Noir. — Photo de 
M. Henri Ferrand, de Grenoble, (face a la page 128). f 

La superbe cascade de glace, vue de face, ne laisse que peu deviner la 
raideur de ses chutes de se>acs, seuls les rgvelent la hauteur des precipices 
de gauche qui conduisent au sommet du Pelvoux et a droite la presque 
verticalit6 des rochers du Pic Salvador Guillemin ou Pic Sans Nom. 

4° Lac Longet, massif de Belledonne. — Photo de M. G. Oddoux, 
photographe a Grenoble, (face a la page 136). 

Suivant l'heure, suivant la hauteur du soleil, ces lacs de haute montagne 
aux aspects perpltuellement changeants off rent de tristes paysages sans 
vie ou des paysages pleins de charme, comme celui que nous presente 
M. Oddoux. 

5° Panorama de 1' Aiguille du Plat de la Selle. — Photo de 
M. L. Marx, (face a la page 140). 

Dans une course faite, le 24 fevrier 1896, sans guide, ce dont nous le feli- 
citons, et, sans corde, ce qui mente un blame, M. L. Marx avait eu le cou- 
rage, que n'ont plus h£las les alpinistes de nos jours, d'emporter une 
chambre photographique 13/18. G'est a cela que nous devons le joli cliche 
que voici. Au deuxieme plan, Plaret et Pic G6ny; au troisieme plan, 
Grande Ruine et Pic Bourcet, Roches du Glacier Blanc, du Pic de Neige 
Cordier jusqu'a Roche Faurio, puis la Grande Sagne, les Barres et la Barre 
Noire, enfin les Ecrins qui de la prennent toute leur ampleur ; a droite, 
derriere le Fifre et le Pic Goolidge, le Pelvoux. 

6° Refuge Felix Faure, col de la Vanoise et Grande Casse. — Photo 
de M. Roubier, de Pralognan, (face a la page 148). 

Au premier plan de gauche, le refuge dont la position ggnlrale se voit 
bien, au deuxieme plan les deux moraines, t6moignant quel puissant courant 
glaciaire fut jadis ce Glacier des Grands Couloirs. Plus haut, les belles pentes 
de neige ou eut lieu « l'accident de la Grande Casse ». Dans un cartouche 
a droite, le refuge, en plus grand. Petit refuge de plus en plus frequents, 
tant est grandiose le paysage qu'il commande. 

Erratum. — Les' photos 2, 3 et 4 du dernier "num6ro sont de M. Marcel 
Spont et non Maurice comme un lapsus nous l'a fait dire. 



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EXPLORATIONS NOUVELLES EN 1904 

Mont Pourri (3.788m.). — Carte de France au} 1/80-000 8 
(feuille 169 ter, Tignes S. O.) a corriger pour les parties hautes de la 
montagne par la carte-esquisse de M. Rene Godefroy, publiee dans 
VAnn S. T. D. XXVI, 1900, p. 125. 

Quatre itineraires principaux permettaient d'atteindre jusqu'ici 
le sommet du Mont Pourri : la face S. O., la plus ordinairement 
pratiquee; l'itmeraire du Glacier des Roches, par ou se fit en 1862 
F ascension de M. Mathews; enfin les arMes N. etS. qui presentent 
des difficultes plus grandes. Quant a la belle paroi E., qui domine 
le Glacier N. de la Gurre, elle etait reside en dehors du champ 
d'action des alpinistes, soit k cause de la raideur de ses escarpements, 
soit par suite du danger des chutes de pierres qui, sur cette face 
expose 1 e au soleil levant, semblent parti culierement a craindre. Les 
caravanes qui s'attaquaient au Mont Pourri par son versant orien- 
tal, en partant de Sainte-Foy ou des Brevieres, empruntaient done 
partiellement Tar^te N. ou FarSte S., la premiere a partir du Mont 
Thuria (3.615 m.), ou vientse relier 6galement un itine>aire parti du 
refuge du Grand Col, la seconde que Ton rejoignait d'habitude aux 
alentours de la Breche Puiseux, la variante de M. A. Messimy qui, 
en 1894, escalada les rochers k droite de cette br&he, n'ayant pas 
6t6 reprise depuis. 

Le 30 juillet 1904, M. H. Mktteiee, avec les guides Jean -Ma rib 
et Auoxt8tb Blanc, a suivi une route nouvelle permettant de s'ele- 
ver directement depuis le Glacier de la Gurre a la cime du Mont 
Pourri. 

Les Granges Martin, d'ou se fit le depart de l'ascension, sont 
situeessur un plateau de p&turages (2.165 m.) au N. O des Bre- 
vieres, d'ou Ton y monte facilement en une petite heure de marche. 
La caravane les quittait a 12 h. 35 du matin et, se dirigeant aussitdt 



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EXPLORATIONS NOUVELLES EN 1904 131 

vers le Glacier de la Savine, le traversal t dans sa par tie infeneurev 
pour gravir la crete rocheuse et gazonnee qui domine sa rive gauche. 
Le falte de ce coutrefort etait atteint a 1 h. 35, aupres d'un signal de 
pierres, visible des Granges Martin, et qui pourra servir, la veille au 
soir, a rep^rer la direction. De la, en suivant vers le S. O. ParSte 
du promontoire, on atteint en 50 min. le Glacier S. de la Gurre, 
au dessus de la chute qu'il forme dans la valine del'Isere.Onse trouve 
alors au bord d'un vaste plateau de n£ves, qu'il n'y a plus qu'a tra- 
verser, en evitant d'enormes crevasses, pour gagner le pied de 
Parete E. Celle-ci doit pouvoir dtre abord£e vraisemblablement par 
sa pointe (la carte de E. M. F. indique a tort une separation continue 
entre les deux glaciers de la Gurre), mais les ascensionnistes pr6- 
fererent adopter une voie plus courte en se dirigeant vers un couloir 
creuse" dans la face S. de Parete, a quelque distance a TO. A 3 h. 25, 
la caravane d£bouchait au sommet de ce couloir, et apres une halte 
de 20 min., reprenait 6on ascension le long de la crSte rocheuse,. 
contre laquelle s'appuie a droite, en affleurant sur certains points, 
la langue terminale du glacier. De ce cote, P arete E. ne tarde pas k 
disparaltre presque completement dans la paroi, raySe de profondes 
cannelures, qui la prolonge vers le N., mais, a gauche, la coupure est 
nette, absolue, et, a mesure que Pon s'eleve, on jouit mieux de la 
verticalit6 des pentes et de la profondeur de Pablme. La partie ne 
requiert pourtant toute Pattention du grimpeur qu'a Papproche de la 
tour, de couleur jaune, ou Parete E. vient se souder a Paxe faitiere 
de la montagne. A cet en droit, Pinclinaison g£ne>ale atteint au 
moins 70°, mais les prises s'offrent nombreuses et la solidity du 
rocher est de nature a inspirer une s6curit6 parfaite. Ce dernier 
passage surmonte\ 4 min. de marche sufllsent pour atteindre le 
toit de neige qui forme la cime du Mont Pourri. La caravane y par- 
venait a 5 h. 55, et avant de commencer la descente, qui se fit par 
Parete S„ pouvait jouir pendant de longues heures de la beau to* 
d'un panorama auquel la purete du ciel matinal et la delicatesse de 
la lumiere donnaient un charme pins grand encore. 

La duree de la course, haltes d^duites, a 6t6 de 4 h. 40. La dif- 
ference de niveau (1.620 m.) franchie en ce court espace de temps 
est la preuve que les difficulty rencontr£es sur le parcours ne 
sont pas considerables. Plus inclines que Parete S., surtout dans sa. 
partie supeneure, Parete E. presente par contre des rochers d'une 
stability plus grande et une crSte moins d£chiquet£e. Gette appre- 
ciation, comme toutes celles que Pon porte sur les routes de haute 
altitude, est sujette a varier naturellement selon les conditions 
dans lesquelles se trouvera la montagne le jour de Pascension; unfr 



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132 CHRONIQDE ALPINE 

experience unique ne permet pas de porter a cet egard un jugement 
d&initif. C'est ainsi que, lors de la course precedente, F arete etait 
entierement degarnie, tan d is que plusieurs photographies la 
montrent couverte de plaques de neige presque jointives sur une 
grande partie de sa hauteur. II est done possible que, certains jours 
ou le soleil ne viendra pas le fondre, le verglas apporte une entrave 
serieuse a la marche d'une caravane essayant de progresser par ce 
chemin, notamment dans les premieres semaines de Juillet Quant 
aux chutes de pierres qui semblaient devoir constituer un danger 
^minemment redoutable sur cette face du Mont Pourri, la saillie 
de F arete est partout assez accentuSe pour qu'elles ne paraissent 
pas a craindre ; cependant d'assez nombreuses traces ont 6t6 remar- 
qu6es a la base du couloir gravi depuis le Glacier de la Gurre. 

Directe, sure, relativement facile, telle doit se presenter, ensomme, 
dans des conditions normales, la nouvelle voie d'ascension. Une 
variante tres interessante pourra y Stre apportee, si Ton monte de la 
Gurre aux chalets situ&s a la cote 2.120, pour rejoindre de la la base 
de Tarete par la traversee du glacier N. De toutes facons, que Ton 
adopte Tun ou 1' autre itineraire, le parcours de Tarete E. offre une 
route essentiellement pratique a ceux qui entreprennent Fascension 
du Mont Pourri depuis la haute valine de l'lsere. La traversee du 
massif dans le sens de l'E. a TO. est assurement moins fatigante et 
semble aussi plus vartee que la traversee longitudinale par les aretes 
N. et S. ; mieux encore que celle-ci peut-etre, elle permet d'admirer, 
sous quelques-uns de ses aspects les plus saisissants etles plus gran- 
dioses, une montagne que, deja en 1838, le Guide Murray proclamait 
one of the most beautiful, in form, in the Alps (1). 

Communication de M. H. Mkttrikr. 

NOMENCLATURE CARTOGRAPHIQUE 

Massifs de la Vanoise — A propos de la note publiee sous 
•ce titre a la p. 34, un de nos collegues complete ainsi nos notions sur 
Tatlas de Tavernier : 

• II n'y en a eu qifune edition, celle de 1643. II renferme bien quel- 
ques cartes de 1637, voire meme de 1625, comme la carte de Suisse de 
Gaspar Baudoin. Tavernier n'Stait qu'un simple ouvrier graveur et ce 
n'est qu'a la fin de 1642 qu'il a succedS a Boisseau. C'est pourquoi 

(1) « L'une des plus belles, comme forme, des Alpes. • Dans le guide de 
1838 et dans los editions posterieures jusqu'a la neuvieme, le Mont Pourri 
est designe sous le nom de Chaffe-Quarre. 



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COURSES D'HIVER 133 

nous avons un Thedtre des Gaules de Boisseau en 1642 et un Thi&tre 
geographique du Royaumede France de Melchior Tavernier en 1643. 
La bibliotheque nationale de Paris possede le Thedtre des Gaules de 
Boisseau, mais pas Patlas de Tavernier. Un des rares exemplaires 
connus en France se trouve dans la bibliotheque de Tabbe* Jules 
Chevalier, k Romans. » 

COURSES D'HIVER 

Au Col des Montets. — Le 6 FSvrier, le lieutenant Brunet, du 
30* de ligne et les lieutenants de Fabry et de Jouart, du ll e chas- 
seurs alpins ont fait, avec le guide Robert Charlet, et accompagne's 
de Auguste, Charles et Raoul Tairraz, ce dernier &ge* de huit ans, la 
traversed en skis du col des Montets. Temps superbe, mais neige un 
peu molle adhe*rant au ski. 

Au Glacier d' Argentine. — Trois jeunes touristes ont en- 
trepris, le £ FSvrier, la traversed du Glacier d'Argentiere, par un 
temps magnifique. II ne leur fallut pas moins de 3 heures pour aller 
jusqu'au glacier. lis furent en effet obliges de monter en zigzags 
continuels k travers les rochers et d'enlever tres souvent leurs skis; 
ils enfoncaient alors jusqu'aux Spaules dans la neige. lis parvinrent 
enfin k trouver un escarpement qui leur permit d'arriver au plateau 
glaciaire. Mais, line partie du glacier une f ois franchie, le piolet, si em- 
barrassant auparavant, devient un instrument de sauvetage. II y eut 
A tailler quelques marches, & escalader un petit se*rac, k traverser une 
crevasse couverte de neige. La moraine fut enfin atteinte. Mais il 
fallut redescendre en se tenant k mi-cote et traverser des couloirs 
d'avalanche. Enfin tout danger finit par Stre conjure. 

La morale : qu'il ne faut pas trop entreprendre avant d'avoir 
beaucoup appris. 

Le ski est un merveilleux instrument mais dans son terrain seu- 
lement 

Au col de Voza. — Le 5 tevrier une vingtaine de Chamoniards, 
de Genevois et de Gervaisiens ont traverse* en ski le Col de Voza. 

En skis. — Le ski devient fort k la mode en France, dans les 
Alpes comme dans les Pyr6n6es. 

L'alpiniste si connu, Henri Duhamel, fut un des premiers k pra- 
tiquer et k conseiller le sport nouveau dans la montagne; il Stonna 
beaucoup ceux qui connaissaient le massif en Belledonne en leur 
affirmant que Ton pouvait manoeuvrer k Faise dans ses fortes 



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134 CHR0N1QUE ALPINE 

pentes. Un Ski-Club fut fonde a Grenoble, mais ne prospera que 
lentemenL II y a quatre ans des offlciers et des soldats pjpis dans les 
bataillons alpins <fe chasseurs A pied ou dans les bataiilojis des 
regiments d'infanterie dits bataillons rigkmaux des Alpes furent 
re*unis a Besancon, pour tare exerces a l'usage du ski. Des offi- 
ciers suSdois et norvegiens furent demanded, en mission, pour 
apporter a l'Ecole Militaire du Ski l'appui deleur experience. 

Gette ann6e la pSnurie de neige, qui s6vit dans FUbaye, dans 
le Queyras, dans le Brianconnais, et qui n'est pas sans inquteter les 
montagnards, a force* l'Ecole de Ski a attendre loegtemps que son 
terrain d'exercice soit prdt a la recevoir. L'Ecole, sous la direction du 
capitaine Bernard, du 156% vient enfin l'6tablir au Col du Lautarei 
(2.075 m.) ou elle ne trouva que 1 m. 50 de neige ; a pareille Ipoque 
Fepaisseur de la neige atteint ordinairement de 3 metres a 5 metres 
et dans certains ravins, comme celui de la Mauri annette, de la Marion - 
nette comme on dit la-bas, pres du passage de la route du Galibier, 
r^paisseur des congi aires y atteint parfois 15 metres. 

Citons ce qu'un touriste ecrivait il y a quelques jours a ce 
propos. 

« Le directeur de Tficole ne pouvait mieux choisir son centre 
d'exercices, car le col du Lautaret se prdte merveilleusement au 
sport du ski, meme pourune ecole comprenant 120 skieurs. Plateaux 
a«x pentes faibies pour les debutante, vallons allonges, croupes aux 
pentes variees, s'&evant insensiblement jusqu'a 45 et au-dessus; 
versants exposes au Nord et au Midi, ou la neige se presente sous 
toutes les densites, ressauts et talus, voila ce que le skieur trouve 
auxabords de l'hdtel du Lautaret. 

« Aussi ce fut, pour mes amis et moi, un vrai plaisir des yeux que 
d'assister aux exercices de l'Ecole de Ski, ou tous rivalisaient d'au- 
dace, de souplesse et d*6tegance dans les exercioes les plus divers. 

« Sous Toeil vigilant des moniteurs et la direction des officiers du 
cadre, ils glissaient d*un mouvement souple, sans fatigue apparente, 
s'&ancaient sur des pentes rapides, le corps penchS en avantet des- 
cendaient comme reclaim, laissant derriere eux un nuage de pous- 
siere blanche, puis ralentissaient leur course dans des virages gra- 
cieux et s'arrStaient net par une tention brusque des j arrets. Puis 
lis remon talent a de nouveaux points de depart soit par une marche 
directe, soit, lorsque la pente 6 tait trop forte, ou la neige trop giis- 
sante, par une marche bizarre, ou les skis dessinaient comme des 
aretes de poisson. Et c'6tait plaisir de les voir repartir toujours 
alertes, I'obU briilant, le visage anime*, leg&rement rougi par ie feu 
dela course. 



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COURSES D'HIVER 435 

« La vue de l'tcole de Skieurs en pleine action fut pour nous une 
relation. Nous songions k un Davos francais et nous nous disions 
que de tous les centres d'hiver ou Ton cherche k acclimater le ski, 
le Col du Lautaret £tait certainement le plus favorable, car les 
exercices de ski y sont possibles depuis le 1" D6cembre jusqu'au 
l er Avril. » 

G'est, repris k nouveau, le mot que nous prononcions ici le mois 
dernier. 

Le mouvement qui se prononce en faveur de l'usage du ski se 
propage dans le public francais. Le Club des Sports Alpins de Cha- 
monix vint aprds le Ski-Club de Grenoble et maintenant il compte 
plus de 100 membres, mais que nous voici encore loin des 1.500 mem- 
bres du Foreningen tils ski idraettens fremme, de Chris tania et 
merae des 1.000 membres de YOberharzer Ski-Club. Et ce n'est point 
seulement sans les classes dirigeantes que le ski fait son apparition. 
Dans la valine de Charaonix, k Pralognan, ce f urent d'abord les guides 
qui se familiarisdrent, ot maintenant, dans le Brianconnais notam- 
ment, facteurs, montagnards se servent du ski, cette bicyclette de 
la neige. 

En France, nous avons tout ce qu'il faudrait pour d^velopper les 
sports d'hiver. Les emplacements ne manquent naturellement point, 
mais encore faut-il qu'ils aient k proximity un grand hotel confor- 
table. 

A ce double point de vue, les endroits qui resteront en vedette sont 
les divers bourgs de la valine de Chamonix. Chamonix, Argentine, 
e Planet sur Argentine (1.317 m.) sur la route du Col de Balme. 

En Savoie, Pralognan. 

En Dauphin^ le Lautaret avec sa situation incomparable. 

Dans les Pyr6n6es, la section de Pau du C.A.F. a 6t6 la premiere, 
croyons-nous, k employer le ski ; elle a inaugur6 ce sport en D6cembre 
1903, et, depuis, cet exercice a pris assez d'extension pour que, 
chaque dimanche il y ait 20 k 25 skieurs qui prennent le train en 
vue d'aller sillonner, les uns la valine d'Ossau, les autres celle 
d'Argelds. Quelques alpinistes ont mdme fait des courses remar- 
quables en skis, r ascension du Vignemale, en Mai 1904, le N6thou 
en avril 1904, le Pic du Midi de Bigorre le 1" Janvier 1905, ou ils 
eurent — 19° 6. Plusieurs dames se sont laiss6 prendre au charme 
de ce nouveau sport. 

Jadis, quand nous rentrions en automne, nous remisions, non sans 
un regard de regret, vdtements d*alpinisme, piolets et cordes, jusqu'dt 
Tannde suivante. Avec la raquette nous avons pu reprendre nos 
belles courses en plein hiver : mais ces randonn£es, k raison de 



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136 CHRONIQUE ALPINE 

iin kilometre a Pheure, devenaient parfois trop fatigantes. Voici que 
le ski a renouvele" la montagne; avec le tralneau, avec la luge, avec 
ie tobogan, avec la patinoire artificielle on peut jouir maintenant 
d'exquises viMgiatures d'hiver. 

Nbtons en passant que cet hiver-ci la hauteur notable du baro- 
metre nous a reserve, en plaine, des temps brumeux et tristes, alors 
que dans le Brianconnais, du l er Novembre au 7 F6vrier, il n'y a eu 
que 7 jours sans soleil contre 75 jours de pleine insolation. 



NOUVELLES ALPINES 

Alpes. 

Allemont. — F6vrier a 6te* g6ne>alement beau. II a fait tres froid, 
le 13, et le temps s'est couvert; nous avons eu quelques heures 
de neige, en gros flocons; elle n'a fait que blanchir le sol. Le20, le 
temps s'est remis completement au beau. 

Aucune course n'est possible actuellement : les neiges ne sont pas 
bonnes. 

Pierre Ginkt, guide de 1™ cl, 2/3/05. 

La B6rarde. — Les refuges du Garrelet, du Chatellerot, et du 
Promontoire sont en tres bon 6 tat. 

Des poteaux indie ate urs sont places sur le sentier de la T&te de la 
Maye. 

Au printemps prochain tous les sen tiers conduisant a nos refuges 
seront mis en bon etat de viability. 

J. B. Rodieb, maire et guide de 1™ cl., 3/3/05. 

Grenoble. — II n'a 6te* effects cet hiver que peu d'ascensions 
dans la region grenobloise, malgr6 la pe'riode 6tonnamment belle qui 
a dur6 du 20 Janvier au 19 FSvrier. Citons : les Galetaux, faits de 
la Pra, par M.M. Bonfort et Revol; le Grand- Vey mon t (traversed), 
course collective de la Section de Plsere. 

Lesdernieres chutes de neige de Janvier s'£taient tres in^galement 
re'parties : tres abondantes dans les massifs subalpins du N. (Char- 
treuse et Vercors), elles avaient e* 
Croix- Haute (nulles meme en Ga 
rUbaye, etc. Aussi, dans ces dernH 
ils d&ouvert jusqu'a 2,000 m. ( 
circulaient dans toute la Chartreu 
la neige. 



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NOUVELLES ALPINES 137 

Comme il n'y avait pas eu de notables coups de vent du S., les 
avalanches avaient 6te* peu nombreuses et faibles, et dans le haut 
des massifs calcaires la neige 6tait rested sou vent poudreuse sous une 
couche dure, d'ou etat dangcreux de quelques passages. 

Depuis le 19 F6vrier, c'est le temps variable ordinaire a cette 
6poque-ci ; mais les precipitations aqueuses sont bien plus faibles 
que Fannee derniere et se produisent par temperatures en moyenne 
plus basses. 

P. Loby. 

Le Lautaret. — A dater du 1" Juin un service r£gulier d'auto- 
mobiles fonctionnera entre le Bourg-d'Oisans et le Lautaret, avec 
prolongement facultatif jusqu'a Brianyon. Deux voitures circuleront 
dans chaque sens. 

On va incessamment commencer les travaux du nouvel hdtel en 
pierre qui doit s'&ever au 8. des chalets Bonnabel. Ce sera un grog 
appoint pour d£velopper au Lautaret les viltegiatures d'hiver. 

Navette Ctemence d'Ambel. — Temps tres beau, un peu 
froid, le sol est couvert dans la valine de m 50 de neige ; les commu- 
nications sont libres; pas de fondrieres, pas d' avalanches. 
Phelomen Vincent, guide de 1™ classe, 6/3/05. 
Pralognan. — Fe>rier a 6te* en partie tres bien cette annee. 
Nous n'avons eu que cinq jours de neige, les 3, 20, 21, 22 et 28 ; a part 
cela un ciel merveilleusement pur, du soleil et une temperature 
moyenne. 

J. -A. Favbb, guide de l re cl., 3/3/05. 

Val-d'Is&re. — Les dernieres chutes de neige rendraient pour le 
moment difficiles les grandes ascensions. 

Un detachement d'officiers et de soldats du ll e Chasseurs alpins a 
execute des manoeuvres d'hiver dans la Tarentaise; il a s^journe* 
quelques jours a Tignes et le 21 il est monte* a Val d'Isere. Partis du 
hameaude la Dai lie (1.801 m.), nous sommes arrives auGol de Fresse 
(2.589 m.), en 4 h. de marche en raquette. La neige n'offrait pas 
de resistance dans le bas : au col nous avons essuye* une tourmente 
avec — 10°. La course s'est effectu6e sans incident. 

Victor Mangabd, guide de 1* classe, 4/3/05. 

Pyrinies. 

Gampan. — Chute de neige abondante du 19 au 22 F6vrier. 
Ntanmoins, en raison de la slcheresse anterieure, la neige est peu 
£paisse jusqu'a 2.000 m. au moins. A 1.300 m., le 26, je n'ai 
constats qu'une epaisseur de 1 metre sur un versant mal expose. 



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138 CHRONIQUE ALPINE 

Apre* quelques jours de chaleur, les courses de moyenne montagne 
seront aussi faciles qu'en ete. 
Nombreux incendies en montagne sur la rive droite de TAdour. 

L. Lb Bohdidibr, 28/2/05. 

Saint-Lary (Valine d'Aure). — Du l er au 10 FSvrier, nous avons 
une temperature exceptionnelle. Les journeys sont claires et chau- 
des; il y a toutefois quelques gelees. Les p&querettes et les violettes 
commencent k faire leur apparition. Des feux tres nombreux sont 
allumes sur la montagne par lesbergers. 

Les 20, 21 et 22, forte tempSte de neige. Grftce aux soins des agents 
des Ponts et Chaussees, qui ont fait passer les chasse-neiges sur les 
routes, la circulation des courriers n'a pas 6te" interrompue. II y a 
d'autres chutes de neige le 27 et le 28. Nous n'avons pas encore 
d'avalanches k signaler. 

Francois Mabsan, 6/3/05. 

NOTES DIVERSES 

Creation d"un refuge Rudolf Spannagel. — Nous recevons 
de YCEsterreichischer Touristen-Club l'avis suivant que, en raison de 
Pint^ret general alpin qu'il fait si bien ressortir, nous nous empres- 
sons d'inserer. 

Le comite* central de YCEsterreichischer Touristen-Club a r&olu d'honorer 
la m&noire de son ancien president, mort de si tragique facon, par la crea- 
tion d'un refuge Rudolf Spannagel. 

Partant de cette id6e que, avec le D r Rudolf Spannagel, ce n'est pas seule- 
ment le president de l'O.T.G. qui est tombe* mais un des plus enthousiastes 
champions de l'alpinisme, le comity fait appel a la bonne volonte de tons; 
il demande une petite obole, en vue d'elever bientot dans les Alpes ce 
monument qui doit proflter aussi a tous et tSmoigner que les amis de la 
montagne savent honorer la me* moire d'un homme qui a bien me* rite* de la 
cause alpine. 

ACCIDENTS 

Col du Sautron. — 22 Fevrier 1905. — Giuseppe et Antonio 
Reinero, ouvriers ptemontais. — Le col du Sautron est rests un 
des derniers cols suivis par les ouvriers ptemontais venant se louer 
en France ; il fait, en efTet, communiquer la valine de la Maira avec 
la valine de TUbayette et de I'Ubaye, ou les ouvriers italiens 
trouvent & s'employer avantageusement. Alors que les paysans des 
autres vallees ont & leur service des cols faciles ou relativement 
faciles, Col de la Madeleine pour la vallee de la Stura di Demonte, 



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NOTES DIVERSES* — ACCIDENTS 439 

Col Agnel pour la valine de la Varaita. Col Lacroix pour le Val du 
P6, Col du Mont Gendvre ei Col du Mont Cenis pour les vallees 
vaudoises et le val de Suze, Col du Petit Saint- Bernard et Col 
du Grand Saint- Bernard pour la vallee d'Aoste, ceux de la Maira, 
n'ont que le Col du Sautron, le plus dangereux de tous ces passages. 

A la suite d'une campagne menee dans la Revue Alpine sous la 
signature de B. TrSmeau, p. 299-303, le Club Alpin Francais avec 
le con co urs de la Section lyonnaise et ulterieurement du Club Alpin 
Italien, d£cida la creation d'un refuge-abri. Pour diverses causes il 
fat decide de Fetablir sur un mamelon habituelkment plus degarni 
de neige que les ale n tours, au pied du col, sur le vers ant francais. 

Depuis la creation du refuge (et£ 1902) aucun accident n'Stait 
venu attrister le passage annuel des ouvriers. 

Le 22 Fevrier un tonnelier ambulant italien Giuseppe Reneiro, &g6 
de 72 ans, et ses fils Pietro et Antonio, 22 et 19 ans, quittaient 
Larche pour se rendre dans la Maira par le Col du Sautron. lis 
passerent au refuge et se ctirigerent de la sur le col qu'ils attei- 
gnirent sans trop de difficult^, malgr6 une assez forte couche de 
neige fraiche. La, ils trouverent le brouillard et se mirent a des- 
cendre, sans direction precise, jusqu'a 1 k. 5 environ sur le versant 
italien. Mais voyant le brouillard s'epaassior de plus en plus en nkbla 
bissa,ce& nuages bas, indices infailhbles de la tourmente, pris de 
peur de ne pas trouver la Croee Paesana qui balise la barre 
rocheuse, Us deciderent de remonter au col et de ralMer le refuge 
et Larche. Mais leurs traces avaient disparu, aucun point de repejre 
n'Stait visible, ils errerent longtemps k Faventure, ayant de la 
neige jusqu'au ventre. Gr&ce a quelques provisions et a un litre de 
vin emportes, ils purent supporter la fatigue et le froid pendant 
six heures encore. 

Vers 5 h., la tourmente fouetta leur visage : ils comprirent 
qufls etaient de nouveau sur le Col du Sautron, qu'ils avaient 
franchi le matin a 10 h. Reprenant courage, se sachant a 
10 min. du refuge, ib flrent rapidement la forte descente du 
co! et parvinrent dans la cuvette au bord duquel le refuge Tt6- 
mean est situe\ Mais ils ne purent dans la tourmente en dfstinguer 
les murs sauveurs. Dans un dernier effort, le pere s'affaissa sous le 
coup d'une congestion cerSbrale. Pendant 1 h. 30 ses enfants cher- 
cbdrent a le ranimer par des frictions energiques. 

Pietro voulut alors se sauver avec son frere Antonio; cehii-ci 
refusait d'abandonner « le pere ». Pietro le supplia de partir, le 
battit mdme, mais le pauvre enfant, extenuS du reste, s'accrocha 
au cadavre de son pere et fut inSbranlable. Pietro, desespere\ a 



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440 CHRONIQUE ALPINE 

bout de force, se dirigea vera Larche ; il se traina, marchant sur 
ses pieds geles, dans la nuit noire, allant a la pente, suivant la voie 
d'instinct et mettant douze mortelles heures pour faire une descents 
qui demande a peine deux heures en temps ordinaire. II arrivait a 
Larche vers 6 h. du matin, pieds et mains gel£s et fortement tum6- 
fi£s. 

Le ma ire de Larche inform 6 fit partir deux gendarmes en h&te 
vers le Sautron;le lieutenant Mortemard de Boisse, du 157°, qui 
commando le poste de Larche et la Batterie de Viraysse, partit peu 
apres avec sept hommes. Les gendarmes arrives premiers trouverent 
au pied de la grande rampe les cadavres du pere et du fils. Le 
detachement arrivait peu apres et les deux corps furent transporters 
a Larche. Pietro est soigne" dans ce village mais il se remettra dif- 
ficilement de ses blessures. 

II se d£gage un enseignement bien net de cet accident : le refuge 
est tres utile. Dans les hivers pre^dents il a empeche* deja de nom- 
breux accidents. Mais pour qu'il ait toute sa valeur, il faut que la 
voie qui y conduit soit balis6e. Si du col au refuge de longues 
perches avaient montre* la direction, les pauvres ouvriers auraient 
pu trouver un abri, tres simple, mais encore un abri, ou pouvoir 
respirer et se reposer, reprendre des forces pour accomplir ensuite 
la fin de la descente. II estvrai que les perches sont souvent 
de'truites par ceux mSmes auxquels elles servent..., pour faire du 
feu dans ces Sboulis rocheux oi Ton ne trouve pas une racine a 
bruler. Mais cette destruction est lente et ne sauverait-on qu'une 
vie, peine et defense seraient recompenses. 
• 

EN SOUVENIR 

Pierre Roderon (f 21 Fe*vrier 1905). — Sans avoir jamais eu 
de pretention a jouer les premiers roles, le guide Pierre Roderon 
avait, comme auxiliaire de son frere Chris tophe, fait toutes les 
gran des ascensions du Dauphine* et de la Savoie m£ridionale. On se 
souvient que les deux freres furent les deVoues compagnons de notre 
collegue Henri Ferrand dans toutes ses campagnes sur la frontiere 
franco-italienne. Au commencement de l'ann^e 1501, Pierre Ro- 
deron avait 6te* frappe* d'altenation raentale. 11 vient de s'Steindre 
le 21 F^vrier k Saint-Christophe, dans la maison familiale ou son 
frere lui prodiguait ses soins. 



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NOUVELLES BIBLIOGRAPHIQUES 

Soci6t6 des Bibliophiles dauphinois. — Signalons la fonda- 
tion a Grenoble de cette soci£t6 dont r existence pourra etre utile a 
nos collegues qui s'occupent de recherches d'archeologie alpine. Le 
premier president est M. H. Ferrand, avocat, l'auteur bien connu 
de nos lecteurs, et le premier secretaire est l'obligeant M. Edmond 
Maignien, conservateur de la bibliotheque de Grenoble. Notons en 
passant que la bibliotheque de Grenoble reserve encore bien des 
surprises a ceux qui s'occupent de Thistoire des Alpes. 

BEVUE DES PRINGIPAUX PERIODIQUES 

Zeitschrift des Deutschen und Osterreichischen Alpen- 
vereins, redigiert von Heinrich Hess; 1904, vol. xxxiv; 27/19 de 
VIII-404 p.; ill. en phototypie, simili gravures texte et hors texte; 
cartes; Innsbruck, [D.6.A.], 1904. 

Dans ce volume compact, il se trouve assurementdes pages arides, 
mais pas une qui ne soit substantielle et instructive. C'est un resul- 
tat qui fait grand honneur a la direction judicieuse autant qu'ex- 
pe>imentee de M. Hess. Nous ne pouvons entreprendre ici que de 
donner de breves indications. 

Blaas (J.). Structure et Relief dans les Alpes. — L'auteur, adepte 
de la th^orie orogenique classique, nous retrace le conflit de la con- 
traction du globe terrestre, qui tend a rider la surface, et de l'ero- 
sion aqueuse, qui travaille & la niveler. La premiere de ces deux 
forces est de beaucoup celle qu'il est le plus difficile d'analyser et de 
surprendre a l'oeuvre. Les phSnomenes d'injection, de dislocation, 
de charriage, sont eclaircis par desexemples bien choisis. Un plisse- 
ment particulierement Snergique a pour consequence une Erosion 
plus active, et celle-ci, a un certain degr6 d'avancement, cr6e un 
relief ind^pendant de la structure g^ologique. Cette ind£pendance 

iO 



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142 BIBLIOGRAPHIE 

est plus marquee dans les Alpes Occidentales que dans celles de 
l'Est, plus dans le centre de la chalne que vers les bords. Trouver 
la raison de ces differences et reconnaltre si leplissements'est encore 
accentue depuis que 1'erosion est entree en jeu sont deux des pro- 
blemes les plus attrayants de la g£ologie alpine 

Obbbhummer (B.). Le Developpement des Cartes alpines au dix- 
neuvikme siicle. 3" par tie, la Suisse. — Sept cartes specimens nous 
font voir et d'abondantes explications nous aident a comprendre 
comment Ton est arrive en Suisse, plus vite et mieux que partout 
ailleurs, a concilier Texactitude topographique avec l'expression 
pittoresque. Les cantons et le Club Alpin Suisse ont fait, dans ce 
domaine, une heureuse concurrence a Taction du pouvoir central. 

Hauthal (R.). Paysages glaciaires dans la Cordillilre argentine. — 
Ouverte a Talpinisme par le EK Gussfeldt, cette region a £t£ depuis 
largement explore, surtout a Toccasion des traces de frontieres. 
L'6tude des glaciers n'entrait pas sp6cialement dans le programme 
du professeur Hauthal. II a su cependant y apporter une contri- 
bution importante, gravissant a Toccasion des cimes de 4.000 a 
6.000 m Un superbe courant de glace, s'epanchant a sa partie 
inf£rieure dans un lac, a 6te baptist Bismarck Gletscher. II se rat- 
tache a un massif continu embrassant 270 k. en latitude et a 
progress^ visiblement de 1899 a 1900. Un recul rapide s'est mani- 
festo del896 a 1903 sur des glaciers plus voisins de l^quateur. l/au- 
teur a r£uni des observations qui etablissent, a Tencontre dps id£es 
recues, l'importance de l'e>osion glaciaire et Fentratnement de la 
moraine de fond, qui peut etre amende a franchir des ressauts de 
terrain. 

Von Hormann (D r L.) Costumes populai res du Vorarlberg. 

Re i shatter (H.). Colonisation Italienne dans la Region des Alpes 
Orientales. — La delimitation des langues romanes et germaniques 
est dtablie avec un grand luxe d'informations precises. Les popula- 
tions de langue romane se partagent en trois groupes, dont deux, 
restes de populations indigenes ant&ieures aux invasions, forment 
transition entre l'italien et l'allemand. E i dehors des differences de 
langage, ces groupes se distinguent par des particularity ethniques, 
notamment dans la construction de leurs demeures. 

Pfannl (D r H.). Tentative au Tschogo Ri (K*, 8.720 m. ) dans la 
Chatne de VHindukusch. — Cette belle exploration nous est d6ja con- 
nue par le recit et les photographies du D r Jacot Guillarmod. 
Unebronchite contracts a la suite de bivouacs r£p6tes sur la neige 
n'a pas permis au D r Pfannl d'atteindre la m£me altitude extreme 
(6.700 m.) que ses compagnons de voyage. Avec des circonstances 



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REVUE DES PRINCIPAUX P^RIODIQUES 143 

atmospheriques favorables, il semble que la montagne ne doive pas 
offrir de trop grands obstacles. La region est des plus pittoresques, 
les frais de voyage y sont peu Aleves, et Ton trouve a recruter sur 
place d'excellents auxiliaires. 

Vok Fickkb (Cbnci). Par le Laila vers la Souanttie. 

Rickmebs(W. R.).Le Schtawler (3.995 m f )en Souanetie. — Les des- 
criptions de M. Freshfield et les photographies de M. Sella ont soli- 
dement etabli la reputation de cette contree, qui forme du cote 
S. la plus belle introduction du Caucase. Le contraste des fleurs, 
de la neige, des rochers ardus y est merveilleux, mais la chaleur y 
s^vit en Juillet et les ressources du pays sont reduites. On re com - 
mande le Laila (4.010 m.) comme un belvedere de choix, et le 
Schtawler comme un but d 'escalade interessant 

Von Fickkb (H), Schulze (A) et Leuchs (D r G.). Sur VUschba 
en 1903. — Peu de conquetes auront demande plus d'efforts aux grim- 
peurs quecelledu Sommet S. de l'Uschba (4.698 m.). On compte 
au moins vingt assauts infructoeux depuis 1887. M. W. R. Rick- 
mers, qui ten ait a ne pas laisser aux professionals l'honneur de ce 
succes dispute, a organist une nouvelle expedition en faisant appel 
aux amateurs les plus en renom. Une premiere tentative, ractfhtee 
par M. Von Ficker, a echoue* sur la muraille S. par suite d'un 
grave accident, heureusement sans consequence fatale. La seconde, 
dirigee comme la premiere par M. A. Schulze, fut une victoire. 
Quelques jours plus tard MM. Leuchs, Pfann et Distel redescen- 
daient par le raeme chemin, apres avoir franchi en venant du N. 
les deux sommets de l'Ushba. II avait fallu passer quatre nuits sur 
la glace, dont deux a plus de 4.000 m. Les touristes, ay ant pr6- 
cipite par megarde un de leurs sacs, ont serieusement souffert du 
froid et de la disette. lis caracterisent une des parties relativement 
aisees de leur route en disant qu'elle n'etait gudre plus dure que la 
voie ordinaire de la Meije. On se de mande maintenant quelle sera, 
pour le Caucase, la prochaine nouveaute sensationnelle. 

Schottelitxs (E.). Jours d'hiver dans le Valais. — Nul doute que 
la region de Zermatt, avec ses grands glaciers doucement inclines, 
ne soit un tres beau champ d'exercice pour le ski. Mais on nous 
permettra de penser que certains amateurs resolvent trop simple- 
ment la question des gltes d'hiver en s'introduisant par effraction 
dans les auberges, qu'ils qualifient cabanes pour rassurer leur cons- 
cience. On ne peut dire qu'il y ait dans leur cas l'excuse d'une vraie 
necessite. 

Blodig (D r K.). Entre les Vtiges de Saas et de Zermatt. — L'au- 
teur, emule et compagnon du regrette L. Purtscheller, pratique les 



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144 BIBLIOGRAPHIE 

grandes courses sans guide depuis trente-cinq ans avec un succes et 
un enthousiasme qui ne font que crottre. II nous conduit cette fois 
dans la partie N. du Saasgrat. Signalons, pour T avoir 6prouv6e 
comme lui, la f&cheuse tendance des jeunes guides, quand ils sont 
adjoints par occasion k une soctete d'amateurs et ainsi dSgages du 
sentiment de leur res pons ability habituelle, k pr^cipiter Failure au- 
del& des limites raisonnables. Ceux qui ne visitent la montagne qu'& 
de longs intervalles ou qui ressentent l'influence de l'&ge ne devraient 
pas se preter, sur un terrain scabreux, aux luttes de vitesse. 

Von Radio-Radiis (A.). Premiere Ascension sans Guide du Mont 
Blanc par I* Aiguille de Bionnassay. — Comme dans la plupart des 
experiences precedentes, r arete E. de 1' aiguille a et6 trouvee tres 
dangereuse. Ce r6cit nous apporte une inte>essante confirmation 
de Futility pratique des refuges Vallot et Durier. 

Hackee. (A ). Un nouveau Chemin du Glacier du Ddme au Mont 
Blanc. — Ce nouveau chemin ne se recommande ni comme rapide 
ni comme facile. M. Hacker a constate, comme bien d'autres, que 
les refuges Vallot et Janssen offrent des abris surs, mais peu con- 
fortables. N'appelons pas trop haut une r^forme, de peur que le 
remede ne se trouve pire que le mal. Nous sommes avec ceux qui 
pensent que le Mont Blanc est d£j& trop am£nag£ et trop habits. 

Von Cube (F.). La Hornbachkette (i n partie); — Lebeble (H.). 
Les Montagues du Wetterstein (l n partie); — Hobtnagl (D r G.) Le 
Kaunergrat dans les Alpes de VCEtztal; — Mays (M. H.). Prome- 
nades dans la partie Ouest du Massif de Pfunderer ; — Wolf von 
Glanvell (D r V.). Dans le Groupe de Fanis Tofana; — Bindbl 
(D r K.) Le Groupe de Sella (conclusion). — Ces six etudes relatives & 
divers massifs des Alpes Bavaroises, Tyroliennes, Dolomitiques, sont 
des monographies 6tendues, ou abondent les renseignements topo- 
graphiques et historiques, mais bii la note 6mue et personnelle ne 
manque pas. •; 

Comme annexe, nous trduyoas une carte k Techelle* 1/25. 000 des 
massifs de Sella et du LarigkofeL* II y a 16 de vastes deserts rocheux 
dont la representation a offert des difficultes speciales. 

L'illustration du volume est, comme d'habitude, fort belle. Les 
cliches irr£prochables de MM. Benesch, Scheck, A von Radio Radiis 
alternent heureusement avec les dessins tres artistiques de 
MM. Ernst Platz et E. T. Compton. P. Puiseux. 



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LIVRES ET ARTICLES 145 

OUVRAGES DIVERS 

D r W. Paulcke. — Manuel de ski; 20/13 de IX-164 p. ; traduit 
par F. Achard;avec 68 figures et 4 planches; Paris-Nancy, Berger- 
Levrault, 1905. 

Voici un livre tout d 'actuality qui vient, dans une ann6e malheu- 
reusement peu neigeuse, mais k une 6poque ou tous les sportsmen des 
villegiatures d'hiver veulent gouter aux charmes tres prenants du 
ski. Nous connaissions Pagr^ment des glissades en neige : la luge, la 
bicyclette, F automobile sont venus nous initier k cette vibration par- 
ticuliere des nerfs que donne la vitesse et voici que le ski vient com- 
pleter le cycle de ces joies. 

Leiivre que nous presente M. Achard en est k sa troisieme Edition. 
C'est un des meilleurs exposes de la m£thode norvegienne, en oppo- 
sition k la mgthode du Lilienfeld. 

II traite de l'habillement, une matiere ou nous avons peu k 
apprendre, puis du ski, et deson mode d'attache ou tant d'Scoles ont 
6te* faites, ensuite de*filent tous les petits trues, garniture, crampon, 
graissage, b&ton, reparations. 

La deuxieme partie expose la pratique du ski, Tart de f aire les 
virages « Telemark et Christiania », le saut, avec une representation 
schema tique de son accroissement de longueur avec la pente. 

Les applications pratiques du ski viennent ensuite et \k nous 
trouvons deux chapitres qui sont tout k fait de notre domaine, 
le Ski et l'Alpinisme, puis les Avalanches. Nous y rencontrons cette 
phrase, que Ton ne saurait trop renter : « celui qui veut faire k la 
haute montagne des excursions en ski doit 6tre avant tout un bon 
alpiniste. » L'auteur traite avec competence la question du piolet, 
de la corde et de la traversed des glaciers ; mais k propos des ava- 
lanches nous avouons ne pas bien comprendre la distinction faite en 
trois sortes, l'avalanche poudreuse, 1' avalanche de fond (de fonte 
est plus juste), et l'avalanche de fond poudreuse (cette derniere 
tenant des deux autres) : c'est une distinction que la qualite* essen- 
tielle de la neige mouillee ou poudreuse nous paralt exclure. 

Apres les applications militaires du ski, nous trouvons une ins- 
truction pratique avec figures pour la fabrication de l'instrument 

Au demeurant volume de valeur, venu bien k son heure. 

M. P. 

LIVRES ET ARTICLES 

Sous ce titre nous comprenons par sujets ou par regions : 1° les 
livres traitant de l'Alpinisme ou de sujets connexes, venus k notre 



r" 



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146 B1BLI0GRAPHIE 

connaissance ; 2° le sommaire des articles originaux des principaux 
p^riodiques alpins frangais ou strangers ; 3° les articles de revues 
franchises sur des sujets concernant PAlpinisme. 

N.-B. — Les lirres ou revues fuivants sont entrls, par dons des autei rs ou 6diteurs ou 
par echange, le moi» dernier dans la bibliotMque du C. A. F., ou its resteront a la dispo- 
sition des membres du Club, lis ne pourront 6lre eniprunles avant le SO avril 1905. 

G£n£bALIT£8. 

**\ — Concours internationaux de Luges. L'Alpiniste, fevrier 1905. 

Eug. A. Desgouttes. — Coxe et Ramond. La Suisse et les Pyrenees 
au dix-huitierae siecle. UEcho des Alpes, n. 2, 1905. 

Henri Ferrrand. — De f Influence des I dies modernes sur les Editions 
de Ptolimie; extr. BulL de la SL de Statistique de Vlslre, 12 p. 

L'auteur nous pr6sente l'ceuvre de Ptol6m6e telle que le moyen-age nous 
Pa restitute, tan tot traduite par les uns tan tot adaptee. II nous montre, 
sous Tinfluence grandissante des portulans, les rectifications qui adviennent 
et les cartes nouvelles qui se glissent peu a peu dans ce que nous appelle- 
rons la traduction des tables de Ptol^m^e. 11 nous conduit ainsi aux carto- 
graphes du seizieme siecle et nous mene jusqu'a V Edition de Mercator. 

Henri Ferrand. — Les Cartes alpines des Atlas de Mercator; extr. 
BulL de la SL Statistique de VI sire, 18 p. 

G'est l'histoire de la conception, de P execution et enfin de revolution de 
1' Atlas de Mercator qui nous est presentee ici, depuis 1585, ou, a PSge de 
soixante-treize ans, Mercator publie enfin la premiere partie de son atlas, 
jusqu'a 1740-41 ou plus rien ne reste de son travail dans V Atlas de Jan- 
son. Dans cette ceuvre colossale l'auteur etudie plus sp£cialement les cartes 
qui contiennent la region des Alpes. II commence a se sp4cialiser sur ces 
travaux de cartographie alpine et nul doute qu'un jour il ne nous donne 
un ouvrage d'enserable qui viendra heureusement completer les idees histo- 
riques que nous avons sur notre vaste champ d'otude. 

F. Gabet. — Le Chemin de fer du Mont Blanc. — Revue Alpine, fe- 
vrier 1905. 

Alphonse Lavirotte. — Nos tetras. Impressions et souvenirs de 
chasse alpestre. Revue Alpine, fevrier 1905. 

Lumiere. — Agenda Lumiere; 15/10 de 396 p.; prix : 1 fr.; Lyon 
[Lumiere et ses fils], 1905. 

En lisant le petit Agenda que la maison Lumiere vient d'6diter, nous avons 
trouv6 une foule de recommandations g£ne>ales et particulieres sur le choix 
des objectifs, le calcul des temps de pose, le dgveloppement, nous voulons 
dire les nombreux d£veloppemeuts et leurs quality par ticu litres, les causes 
d'insucces, les papiers, les plaques orthochromatiques, les pellicules rigides 
si commodes en montagne, les nouvelles plaques Sigma, dont la rapidite est 
trois fois plus grande que celle des anciennes extra-rapides, une foule enfin de 
renseignements pratiques qu'il est utile de bien connattre. L'alpiniste plus 
que tout autre doit 6tre un excellent technicien en photographic, tant sont 
grandes les difficult^ qu'il rencontre en montagne. M. Joseph Vallet nous a 
fait entendre d'excellents avis dans le Manuel ef Alpinisms, que Ton devrait 
mgditer plus souvent. L' Agenda Lumiere en est le complement technique, 
indispensable a poss^der a fond. 

D r W. Paulcke. — Manuel de Ski, Est analyse a la page 145. 

G. Rayet. — Observations pluviomitfiques et thermomitriques faites dans 



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LIVRES ET ARTICLES 147 

le ctepartement de la Gironde, de juin 1903 a mai 1904, 24/16 de 61 p.; 
Bordeaux, Gounouilhou, 1905. 

Josef Rabl. — Adalberh Stifter et les Alpes. — (Esterr. Touristen Zei- 
tung, fevrier 1905. 

Ii. Tranchaut. — La Pkotographie au Charbon simplifie'e; extr. n. 15 
de la Photo-Revue, 20/13 de 40 p.; prix : 60 c.; Paris, Mendel, 1904. 

Le proced6 au charbon se recommande aux amateurs dSsireux de pro- 
duire des 6preuves stables et veritablement indel6biles: a cette prccieuse 
quality de permanence, il joint l'avantage de se preter d'une facon particu- 
lierement he u re use a 1'obtention d'effets arlistiques dans une gamme de 
ton a lit 6s qui embrassent toute l*etendue du spectre. 

Ii. F. Teissier. — Vide, forestiere dans C II istoi re; extr. de la Revue des 
Eaux et Forits ; Paris, Laveur, 1905. 

L'auteur, membre du Club Alpin, est Inspecteur des forets a Valence, il a 
contribue au reboisement du Ventoux et de certaines parties de la Mau- 
rienne : excellent article bien 6crit. 

Victor Zierhut. — Sports d'hiver. (Esterr. Tour. Zeitung, fevrier 1905. 

Alpes occidentals s. 

Armand Bourgeois. — Impressions de voyage d?un Champenois dans 
les Alpes Dauphinoises ; 18/11 de 56 p.; Chalons-sur-Marne, Martin, 1904. 

Ed A Broome. — Le Col des Nantillons (1 ill.). Alpine Journal, fe- 
vrier 1905. 

Victor de Gessole. — NelV alia valle del Gesso (ascensioni appunti di 
nomenclatura); extr. Rivista Mensile C. A. I., 1903, 26 p.; Turin, 1904. 

Victor de Gessole — Le Corno Stella (3.053 m ) (Alpes Maritimes), 
premiere ascension; extr Ann C. A. F. t 1904, 46 p. — Paris, 1904. 

Victor de Gessole. — La Neige dans les Alpes Maritimes pendant 
Fhiver; extr. du Bull, de la Section des Alpes Maritimes du C. A. F., 14 p.; 
Nice, 1904. 

Victor de Gessole. — La Protection des Plantes alpines, arrets du pr6- 
fet des Alpes-Mari times; extr. du 24 6 Bull, de la Section des Alpes Maritimes 
du C. A. F., 11 p.; Nice, 1904. 

G. F. Meade. — La pointe de L6p6na. Alpine Journal, fevrier 1905. 

Rene Mougenot. — A travers la Chaine du Mont Blanc; 25/16 de 78 p.; 
Nancy, 1905. 

Recits sinceres, facilement Merits par un amoureux de la Montagne, ou 
passent a cot6 de citations des classiques de Talpinisme, de bons remits des 
fortes sensations de la Montagne. 

L. J. Steele. — L' Ascension du Tour Noir (2 ill.). Alpine Journal, fe- 
vrier 1905. 

Robert de Souza. — Les skis en Dauphin^. Tour de France, 15/2/05. 

Articles de vulgarisation; tres jolies illustrations. 

Fe>ione di Torino del G.A.I. — Le Valli di Lanzo (Alpi Graie); 27/19 
de VII-547 p., 2 cartes, 185 illustrations; Turin, 1904. 

Sera analyst ulte>ieureraent. 

Alpes centrales. 

D.O. — La valle di Daone e di Tumo. Bollettino delV Alpinista, Mars 
1905. 

F.G. — Les sports d'hiver a Davos. Revue alpine, F&vrier 1905. 

R. Hofmaii. — Les Aiguilles Rouges d'Arolla (3650 m.), traversed. VEcho 
des Alpes, Fevrier 1905. 



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148 BIBLIOGRAPHIE 

Frz. Romsauer. — Steinberg et le Guffert. Mitt Deustchen Osterr. 
Alpenverein, Fevrier 1905. 

Jura et Vosoes. 

A. Monthabey. — Le Jar din d'Essai de la Section Vosgienne duG.A.F.; 
18 12 de 10 p.; extr. Girardmer-Saison, Noel 1904. 

Histoire de la citation et de la 1 M ann6e d'exercice de cet Gtablissement. 

P. Tournier. — La source d'Arcier et l'alimentation de la ville de 
Besancon en eau potable. Spelunca, Septembre 1904. 

Pyr£n£es. 

P. Auriol. — Le roc Mousquit (Le Moucheron). Bulletin Pyrenien, Jan- 
vier-F6vrier 1905. 

Henri Beraldi. — Cent ans aux Pyrenees, 26 17 de V-353 p.; Paris, 1904 

Septieme et dernier volume de cet important ouvrage. Sera analyst ult6- 
rieurement. 

Ct. Kosnig. — Le Couserans (Le Montvallier 2,839 m.). Le Tour de France, 
Mai 1904. — Le Tour de France alpiniste, Janvier 1905 (pour Stre suivi 
chaque mois). 

Remercions ici le commandant Koenig et le Tour de France de 1' aim able 
accueil fait par eux a La Montagne. 

Henry Spont. — Les amateurs et la Montagne, La Nouvelle Revue, 
15/8/04. 

Cet article, ou un article de l'Annuaire du C.A.F. est pris a parti, touche 
a une question interessante : nous y reviendrons quelque jour. 

Henry Spont. — A travers les Pyr6n6es : les Monts Maudits. Le Tour 
de France, Mai 1904. — Le Vignemale, Juin 1904. — Le Nethou, Aout 1904. 
— Les campements dans les Pyr6n6es, DScembre 1904. 

Les articles de M. H. Spont sont toujours soigneusement ecrits et les illus- 
trations de M. Marcel Spont toujours excellentes. 

Henry Spont. — Chronique pyrenSenne. Bulletin Pyrinien, Janvier-F6- 
vrier 1905. 

D r Toujan. — La Vallie d'Aure, ses eaux minerales; 22/14 de 77 p.; Tou- 
louse, A. Gay, 1904. 

Caucasus. 

W. Rickmer-Rickmers : — Sans Guide : la SuanStie en 1903 (4 ill.). 
Alpine Journal, Fdvrier 1905. 

Apetque. 

Stewart Gore Browne. — Notes sur une partie des Montagnes du 
Dakensberger (1 carte). Alpine Journal, Fevrier 1905. 

Am£rique N. et S. 

J.S. Hutchinson. — Premiere Ascension du Mont Humphreys. Sierra 
Club Bulletin, Janvier 1905. 

Henry Hoek. — Ascension de la Terro Tacora (6,060 m.). Osterr. Alpenz, 

Alpine Jour- 
* p.. 5 plans, 



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as; c 



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F6vrier 1905. — Piriode de beau du l w au 19. — Un anticyclone de 
770 a 775 protege Alpes et Pyrenees pendant cette piriode avec quelques 
deformations provenant de depressions passant au large plus ou moins loin, 
On pouvait done en toute surete aborder la montagne pendant ces 19 jours. 
Deux influences seules pouvaient arreter les excursions dans les hautes alti- 
tudes. Le plus ou moins de force du vent due a l'influence des depressions 
passant au large, et enfin Petat des neiges. Le peu de neige tombe a la fin 
de Decembre n'ayant pas cette annee subi Taction d'un grand courant 
du S. W., comme il arrive g£ne>alement les autres ann£es, n'a pas subi ce 
commencement de fonte du jour suivi du regel de la nuit qui les fait se 
prendre en bloc et les empeche de devenir dangereuses jusqu'au printemps, 
jusqu'a rapparition des avalanches de fonte. Dans les expositions au S., a 
r Adroit, les neiges avaient bien une croute supgrieure assez fine, parfois un 
peu resistante, mais le fond sur lequel reposait cette croute etait de la neige 
en farine peu consistante et prSte a partir en avalanche, poudreuse. La 
petite quantity tombee a preserve de tout danger de ce cote-la. Quant aux 
vents, il nous reste a signaler au Mounier, N. 9 le 3, N. 8 le 10, au Pic du 
Midi N. E. 3 le 3 et N. W. 3 seulement le 18. Pour me moire, quelques flocons 
le 3 a l'Aigoual, a Allemont (Ginet) et a Pralognan ( J.-A. Favre). 

Piriode de mauvais du 19 au 28. — Le 18 les isobares tres rappro- 
ches au N. de l'Europe et peu recourbgs montrent qu'un courant de 
depressions passe. Le 19 la depression apparait import ante avec un mini- 
mum de 725 ; les Pyrenees sont protegees par les talus de l'anticyclone, 770,5 
au Picdu Midi, 778,3 aux Acores; neige a l'Aigoual, a Campan et au Pic 
du Midi, 13 c/m a Val d'Isere. — Le 20, la forte depression pre*cedente gagne 
le.S. et une depression secondaire se forme a l'E. des Alpes (neige, Alpes 
et Pyrenees); le 21, elle atteint le golfe de GSnes (neige, Alpes et Pyrenees), 
y stationne le 22 (neige dans les Alpes, 32 c/m a Val d'Isere), s'y comble 
un peu (760) le 23, mais pas totalement, un centre tourbillonnaire reste 
jusqu'au 28 (neige, Alpes et Pyrenees, 65 c/m le 27 et 15 c/m le 28 a Val 
d'Isere). 

La neige. — Les neiges sont tombees sur le plateau central avec peu d'im- 
portance: elles ont produit 23 m/m d'eau a l'Aigoual ; avec plus d'impor- 
tance dans les chatnes calcaires subalpines, Chartreuse, Vercors, Trieves; 
avec si peu d'importance dans les Alpes que les montagnards sont tvhs 
inquiets sur les consequences decet etat pour les irrigations d'6te. 

On a constate*. 51,5 c/m a Val-d'Isere (Victor Mangard) ; 60% a la 
Berarde (J. B. Rodier); 39,5 c/m ayant produit 28,3 m/m avecun coefficient 
de 1/14 a Pralognan (Joseph- An toine Favre); et 50 c/m environ dans le 
Queyras; neige ayant produit 38,9 X au Pic du Midi. 



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DIRECTION CENTRALE 

Stance du l fr Mars. — Pr6sidence du prince Roland Bona- 
parte, vice-president. 

Etaient presents : MM. Schrader, Sauvage, Garbe, Lemercier, 
Emile Belloc, de Billy, Henry Cuenot, Duval, Joanne, Richard; 
MM. les dengues de section : Berthoule (Auvergne), Richard-Beren- 
ger (Isere), Moron (Annecy), le commandant Bourgeois (Vosges), 
Lefrancois (Ganigou), Matter (Rouen), Diehl (Carthage), Demanche 
(Pau), Bernard (Leman), Hebrard (Albertville), docteur Philbert 
(Tarentaise), Philippe Berger (Hautes Vosges), docteur Bouquet 
(Mont Blanc), Henri Vallot (Midi), Laugier (Alpes-Maritimes), Janet 
(Alpes Provencales ) , de Jarnac (Nord), docteur Cayla (Lot et 
Padirac), Chevillard, secretaire general. 

; S'etaient fait excuser : MM. Caron, Puiseux, Joseph Vallot, 
colonel Prudent, Escudie\ Desouches, B6nardeau, Bregeault, Barrere, 
Ncetinger, Tournade, Malloizel, Chatelain, Boland, Tignol. 

Sur la proposition de M. Joanne, faite au nom de la Commission 
des Publications, la Direction Centrale adopte le principe d'une expo- 
sition de photographies au siege du club dans les premiers mois 
de 1906. Elle charge la Commission des Publications de Telude de 
la question. 

La Direction Centrale fixe au 10 Avril la date de T Assemble Gene- 
rate statutaire. 

Elle fixe au 11 Avril le Banquet annuel du Club. 

M. Garbe, tr£sorier, donne connaissance des comptes de Tanned 
1904 et du projet de budget pour 1905. Les propositions de la Com- 
mission des Finances sont approuv6es pour 6tre soumises au vote de 
TAssembtee Generate. 

M. le President exprime a M. Garbe les remerciements de la 
Direction Centrale. 

M. Sauvage presente les propositions de la Commission des Tra- 



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DIRECTION CENTRALE 151 

vaux en montagne en ce qui concerne les demandes de subvention 
pour 1905. 

Sont votes : 400 francs a la Section des Alpes proven^ales; 
200 francs a la Section d' Annecy ; 250 francs a la Section de Briancon; 
500 francs a la Section duGanigou; 4.000 francs a la Section de Cha- 
monix; 400 francs a la Section du L6man; 4.000 francs a la Section 
du Mont Blanc; 1,800 francs a la Section de Pau; 700 francs a la 
Section de Tarentaise ; 500 francs a la Section des Hautes-Vosges. 

MM. Henry Barrdre et Charles Lefrancois sont nommes membres 
de la Commission de la Bibliothdque et des Archives. 

M. Cuenot annonce que Inauguration de TExposition des Peintres 
de Montagne aura lieu le 16 Mars sous les auspices de M. le Sous- 
Secretaire d'Etat du Ministere des Beaux- Arts. 

La Direction Centrale recoit divers ouvrages de la part de leurs 
auteurs ou de leurs editeurs : Elle adresse ses remerciments aux 
donateurs. 

ASSEMBLfiE GfiNfiRALE 

L' Assemble G£n£rale annuelle aura lieu le lundi 10 Avril prochain, 
a 8 h. 30 du soir, en l'hotel de la Soci6t6 de Geographic 

Ordredu jour : Rapport de la Direction Centrale par M. Paul Matter, 
deiegu£ de la Section de Rouen. Election de six membres de la 
Direction Centrale. Comptes de 1904 et budget de 1905. Conference 
de M. M. Meys : « Voyage aux Pyrenees : les Monts Maudits ». 

BANQUET ANNUEL 

Le banquet annuel aura lieu le mardi 11 Avril, au Palais d'Orsay 
(quai d'Orsay, 9) a 7 heures tres precises du soir. — Apres le banquet, 
soiree artistique. Les membres du Club peuvent amener des invite's. 

Le prix de la souscription est de 15 francs. Les adhesions devront 
Stre envoy^es avant le 10 Avril a M. le docteur Philbert, 34, boule- 
vard Beaumarchais. 

CONGRfcS DE TUNISIE 

Les membres du Club desireux de faire partie du Congres (voir le 
n° 2 de la Montagne) sont pries d'envoyer sans retard leur adhesion 
au Secretaire general, 30, rue du Bac. 

Les Compagnies de navigation qui disposent d'un nombre de 
places limite" ne seraient pas en mesure de donner satisfaction aux 
demandes formul£es tardivement. 



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452 CHRONIQUE DU C. A. F. 

CHRONIQUE DES SECTIONS 

Section des Alpes-Maritimes. — Assemblee generate annuelle. 
— Le 9 Fevrier 1905, sous la presidence de M. G. L6e Brosse, vice- 
president. 

Le prince Roland Bonaparte, vice-president du Club Alpin Frangais, 
est eiu President d'honneur de la Section des Alpes-Maritimes. 

Ont ete eius membres d'honneur de la section, les 6% 7% 23% 24 e 
et 27 e bataillons de chasseurs alpins. 

M. C. Scoffier, secretaire general, a donne lecture a T Assemblee 
de son rapport sur les travaux de la section pendant l'annee 1904, 
et montre les progrds importants qu'elle a continue a accomplir. 

M. Grossa, tresorier, a expose un compte rendu financier d'ou il 
resulte que la situation pecuniaire de la section est satisfaisante, 
malgre les grosses depenses engagees dans les differents travaux. 

M. C. Lee Brosse a donne a T Assemblee des explications techniques 
tr£s completes sur le nouveau rdglement general des guides du Club 
Alpin, sur le systeme d'assurances institue par la Direction Centrale, 
et a fait appel a la bonne volonte des membres de la section en 
f aveur de la caisse des Guides. 

MM. P. Chabert, J. Fesser, baron R. Garin de Cocconato, A. Guil- 
louard, A. Verani ont ete eius membres du Conseil d'administration 
de la section. 

Stance du \% Fevrier. — Le Conseil d' administration est cons 
titue comme suit : M. Chevalier Victor de Cessole, president. — 
MM. Gaston Fabre et G. L6e Brosse, vice-presidents; Rene Thierry, 
secretaire general et deiegue aux caravanes spolaires; Albert Verani, 
secretaire des seances et bibliothecaire; Ferdinand Crossa, tresorier; 
Theodore Uberti, deiegue aux hotels. MM. Pierre Chabert, Jules 
Fesser, baron Rodolphd Garin de Cocconato, Andre Guillouard et 
Camille Scoffier, conseillers; Andre Laugier, deiegue prfcs la Direc- 
tion Centrale. 

A la raerae seance, ont ete nominees les commissions des Publi- 
cations, des Finances, des Excursions, des Travaux en montagne et 
des Guides. 

Section de Bagndres de Bigorre et Soci6t6 des Excur- 
sionnistea — V Assemblee generate de ces deux societes a eu lieu 
le 20 Janvier 1905. Des remerciements sont votes a M. Benezech, 
tresorier, a la suite de son compte rendu de la"gestion financi&re en 
1904. 



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CHRONIQUE DES SECTIONS DU C. A. F. 153 

Des excursions collectives au Pic du Midi ont 4te* organises pen- 
dant la saison; les courses individuelles ont £te* tres nombreuses 
(ascensions au-dessus de 3,000 metres : Mrae Le Bondidier 13, M. le 
D r Verdun 2, M. Le Bondidier 15, divers 8 : total 38). 

Ont 4te* construits, en 1904, divers sentiers autour du Bedat, un 
sentier de Senis aux plaines d'Esquian; enfin, un sen tier tres impor- 
tant des plaines d'Esquian au Hourc (dur£e du trajet sur ce sentier, 
6 h.). Des remerciements sont voters k M. Reverdy. 

Le secretaire expose les negotiations qu'il a entamees en vue de 
la cession au Club Alpin de l'hdtellerie du Pic du Midi. 

L' Assembled examine ensuite la situation cr£ee par le « Comite* 
de patronage pour P^dification d'un chalet abri dans la region des 
Lacs ». Elle decide de faire plusieurs d-marches k ce sujet. 

L' Assembled g6ne>ale adresse a M. Reinsburg, son dengue* pres 
de la Direction centrale a Paris, ses plus vifs remerciements pour 
son denouement. 

Section des Hautes-Vosges. — Assemblee ginerale du 4 F6- 
vrier. — Le bureau a 6t6 constitue" avec les modifications suivantes 
sur celui de 1904 : M. le D r Bardy, de Belfort, remplace, k la pr&i- 
dence, le regrets D r Fournier, et M. Vilmain, notaire de Bruyeres 
(Vosges), remplace, comme tresorier a Spinal M. Pleger. 

Section de l'ls&re . — Courses individuelles (Principales ascen- 
sions au -dessus de 3,000 mdtres). — Aig. du Plat de la Selle : 
Mile Bade. — Aig. Centrale d'Arves, avec descente par le Col de 
Gros Jean (sans guide); Pelvoux, (s. g.) : M. Portier. — Cima di 
Jazzi (collective) : Mile Bade, MM. Chapuis, Delamarche, Lory. — 
Col du S&e* (s g.) : MM. Morel-Couprie et Portier, — Meije; Aig.; 
M6ridionale d'Arves ; Col du Clos des Ca vales ; Brdche de la Meije ; 
Pointe de la Glidre; Grande Casse* avec P Arete Nord; Col du 
G6ant; Aig. Noire de Peuteret : M. Charles Walker (tout sans 
guide). — Olan (cime Coolidge) ; Pointe des Moutieres; Jumeau Est 
de Chaillol : M. P. Lory. — Mont Aiguille (29 JuinJ^ six officiers et 
deux chasseurs ; Pelvoux, pyramide Durand (3 Juillet), deux offi- 
ciers et deux chasseurs; Arete et Glacier du Marinet (12 Juillet), six 
officiers et une compagnie de chasseurs; Grand Rubren(13 Juillet), 
huit officiers, cinq chasseurs; Brec de Chambeyron (16 Juillet), 
quatre officiers, deux touristes, le guide Meyran, de Fouiilouze; La 
Mortice (4 Septembre), avec Mme Blazer; Pic de Neige Cordier, 
(9 Septembre), avec M. Blazor et un chasseur; Lieutenant colonel 
Blazer (toutes les courses, sauf le Brec, sans guide). 

P. L. 



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154 CHRONIQUE DU C A F. 

Section de Paris. — Conferences. — Le 26 Janvier, c'est tout 
d'abord M. Paul Berret qui vient nous parler du Rh6ne, le Rhone qui 
borde actuellement le d^partement de PIsere et qui le traversa jadis, 
si Ton en croit la these rScemment 6mise par M. Azan, dans son 
Annibal dans les Alpes. Le conterencier reprend cette these, la fait 
sienne et vient lui apporter Pappui de sa science parfaite de 
P antiquity, comme aussi de sa connaissance approfondie du Dau- 
phine". II Fillustre de souvenirs historiques plus reeents, comme la 
chute du Granier en 1248. 

Craignant que ses explications, tout int^ressantes qu'elles soient, 
puissent paraltre a d'aucuns quelque peu arides, il nous apporte 
alors des recits fabuleux ou il fait intervenir a point nomm6 le 
Diable et la -Vierge. M. Berret charme toujours son auditoire par le 
r6cit color6 des nombreuses tegendes qu'il se platt a recueillir et 
qu'il conte si bien. (Test, comme Fa rappele M. Schrader, qui 
presidait, un ami du folklore et des traditions locales du Dau- 
phine\ 

Nombreuses projections excellemment choisies. 

C'est en plein coeur du Dauphin^ que nous a promenes, le 22 F6- 
vrier, M. Emilien Giraud. Nous allons avec lui le long de la Bourne 
aux eaux cristallines, puis vers la route des Grands Goulets, qui 
suit, en le surplombant, le torrent de la Vernaison, s'enfoncant 
dans les replis des rochers, contournant les Sperons, les ravins 
6troits, percant les promontoires les plus epais. Plusieurs des vues 
qui nous sont presentees, dues aux cliches de M. Duchemin, de Gre- 
noble, sont absolument fantastiques et rappellent les sites classiques 
de la Via Mala et des gorges de Gondo. 

Moins encaissee, mais presentant des Schappees en de vastes 
horizons, la route de Combe-Laval nous mene a la ForSt de 
Lente, qui couvre une vaste etendue de terrain tres accidents. 
Nous arrivons ainsi aux fermes d'Ambel, dans un cirque de prairies 
ou paissent les transhumants. L' existence des bergers qui conduisent 
les longues theories des troupeaux provencaux, pr£sente, suivant le 
spirituel conferencier, un curieux melange des moeurs bibliques et 
des coutumes du moyen &ge. M. Emilien Giraud pre* tend qu'on y 
trouve meme, dans la vie des families, des Episodes rappelant ceux 
des romans les plus passionnes. 

Les Gorges d'Ombleze, aux rochers bizarrement contournes, aux 
cascades 6tincelantes, nous menent sous les falaises du Velan, puis 
a Crest au superbe donjon feodal. Nous y retrouvons la Drome et la 
civilisation apres une courte excursion dans un pays peu exploit 
et qui me>iterait d'etre mieux connu. 



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CHRONIQUE DES SECTIONS DU G. A. F. 155 

Le conterencier, tres sympathique, a 6t6 accueilli par de vifs 
applaudissements. A. B. 

Section du Sud-Ouest. — Rapport de 1904. — La section s'est 
reunie en Assemblies genera /es statutaires le 26 Mai et le 23 D6cembre. 

Des excursions dominicales fr^quentes ont 6t6 organises dans les 
environs de Bordeaux. A signaler comme ayant bien r6ussi : les 
promenades du 2 F6vrier a la foret de la 'I este, et a la grande dune 
d'Arcachon; du 17 Avril a Lamothe-Montravel et au ch&teau de 
Montaigne ; du 24 Avril a Ares, Picquey et Arcachon ; du 5 Juin a 
Lacanau-Oc6an ; du 26 Juin a la vallee du Ciron ; du 4 DScembre au 
lac de Cazaux. 

Des excursions collectives de plusieurs jours ont eu lieu a la Pen- 
tecote, en Touraine et aux ch&teaux de la Loire; le 14 Juillet, en 
Auvergne (Mont-Dore, Sancy, Puy-de-D6me, Clermont-Ferrand, 
Vic-sur-Cere, etc.). 

Pendant T6t6 nombreuses excursions individuelles dans les Pyre- 
nees. 

f La conference annuelle a £te donnee le 12 F4vrier, dans le grand 
amphitheatre de rAth£ne*e. Le docteur Siraud, de la section de 
Lyon, a traits le sujet suivant : En Tyrol et Engadine. 

Des cause ries confirences avec projection ont 6t6 faites a Tissue 
des dtners mensuels par M. E. Duregne, sur les environs de Luchon; 
par M. Georges Forsans, sur ses excursions dans les Pyre"n6es ; par 
M. Paul Descombes sur les ameliorations pastorales et forestidres 
executes sous sa direction dans la haute vallee d'Aure. 

Travaux en Montagne : a Castets, pres du pont de Fabian, en 
amont d'Aragnouet, une plaque du Club a 6t£ pos6e par les soins de 
M. P. Descombes sur la facade du ch&let-hotel Fouga. Les chemins 
muletiers du lac d'Ore"don, des cols d'Aubert et du Cambieilh, de 
Rabiet de la brdche d'Allanz ont 6t6 ameliores et repar£s avec soin 
sous la surveillance de M. Georges Forsans qui a 6galement bien 
voulu se charger de faire une inspection complete des refuges Packe 
et Lourde-Rocheblave ; quelques reparations s'imposent pour l'ann£e 
prochaine. Les signatures qui couvrent les regis tres deposes dans 
ces refuges t^moignent qu'ils ont recu, cet 6t£, de nombreuses visites, 
surtoutle refuge Lourde-Rocheblave, dont la merveilleuse situation 
attire de plus en plus les excursionnistes. Le refuge Bayssellance, 
au col d'Ossoue, a 6t6 visits par MM. Duregne et Jceggi qui ont pu 
constater que ce refuge, egalement tres bien place\ devient le but 
prSfere* des touristes fr^quentant les stations avoisinantes. Le tenan- 
cier Cayrd s'acquitte de ses fonctions a la satisfaction g6ne>ale. 



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156 CHRONIQUE DU G. A. F. 

Observatoire meieorologique de Gavarnie. — Par suite de la nomi- 
nation de M. Crampe a un autre poste, M. A. Lourde-Rocheblave, 
directeur de Pobservatoire, a confie les fonctions d'observateur a 
M. Broca, instituteur a Gavarnie. 

Guides. — Les livrets des guides et porteurs ont ete vises par 
M. Joeggi. Une nouvelle liste de guides et porteurs est en prepara- 
tion 

Distinctions. — M. A. Bayssellance, President de la Section du 
S. O, ayant recu de la Societe nationale d'Encouragement au Bien, 
sa plus haute recompense, la couronne civique, le bureau de la sec- 
tion lui a remis une adresse pour lui exprimer les sentiments de 
yrapathie et d'admiration de tous ses collegues. * 

M. Bayssellance venant de plus, d'etre nomme tout recemment 
commandeur de la Legion d'honneur, la section a decide de s'asso- 
cier a la manifestation que pre*parent, pour fdter cette nouvelle dis- 
tinction, toutes les societes scientiflques, philanthropiques et sociales 
de Bordeaux. 

Paul Abn£. 

Section de Tarbes. — Conference du 5 Fevrier, sous la pr&i- 
dence du general Massenet : Les Ascensions pyriniennes et le Nethou, 
ont valu au conferencier, M. Le Bondidier, les acclamations d'un 
public enthousiaste. 

Quoique tres jeune encore, M. Le Bondidier a conquis, dans le 
pyr£neisme, une bonne place, par son denouement a cette si inte- 
ressante cause ; montagnard militant, double d'un deiicieux poete, 
il parle de la montagne en apotre fervent et sa parole chaude et 
colored communique au public cette emotion significative qui fait 
des adeptes. Nombreux et remarquables cliches projetes par M. le 
capitaine Merchez. 

G. L. 



Le gerani : L. Vignal. 



PARIS. TYPOGRAPH1E PLON-KOCRRIT ET C", 8, RUE GARANCIERE. — 6815. 



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Le Rocher de la Fortune 

LEGENDE ALPESTRE 

Pab M. A. Gbx 

a veille de la Noel de Tan de gr&ce 1399, 
la valine de Chamonix tout enttere se 
trouvait ensevelie sous le manteau ar- 
gents des neiges hivernales. La nuit 
snue, les cloches du Prieur6 se mirent k 
nner a toute vol6e, annongant aux chalets 
l commen^ait la veillee d'attente la pro- 
chaine venue du Fils de la Vierge. 

L'&pre bise du nord g^missait dans les 

sapins et les m61£zes. Elle soulevait des' 

tourbillons de flocons glacis qui allaient 

s'accumulant dans les chemins creux, le long des buissons 

denudes, au fond des combes desertes. 

Qk et lk 9 dans le ciel, pourchasses par des forces invisibles, 
des nuages gris couraient d'une cime & Pautre, et dans leurs 
sillons scintillaient de rares 6toiles dont les p&les reflets venaient 
mourir au sein des grandes ombres de la nuit. 

A Pappel des cloches, de longues files d'hommes et de femmes 
d6valerent le long des pentes de montagnes, ou sortirent des 
hameaux 6pars dans la campagne, se dirigeant vers les antiques 
b&timents du prieur6, vers les vastes salles qui devaient les 
abriter avant le commencement des offices religieux. 

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158 A. 6EX 

Une ancienne tradition voulait que les pterins de Noel pris- 
sent part, sans distinction de rang ni d'&ge, k des agapes fra- 
ternelles. 

Au fur et k mesure de leur arrived, hommes et femmes s'as- 
seyaient devant les tables toutes dress^es. Personne ne refusait 
sa place k ce frugal repas qui rappelait ceux que les premiers 
Chretiens prenaient en commun; mais g6n6ralement les riches 
propri£taires donnaient les aliments qu'ils avaient re$us aux 
pauvres qui se trouvaient avec eux. 

Comme de coutume, quittant leurs maisons diss6min6es sur 
les flancs du coteau, les habitants du hameau de Coupeau se 
rassemblaient pour cette course nocturne; chacun appelait ses 
voisins, il n'etait pas prudent de voyager seul. Ne pouvait-on 
pas craindre, en effet, de s'£garer au milieu d'une rafale de neige? 
N'avait-on pas aussi & redouter les apparitions troublantes des 
esprits qui erraient volontiers pendant les longues nuits d'hi- 
ver? Tout le monde savait que la Grand Pierre avait entendu 
une &me en peine g^missant douloureusement dans un lieu de- 
sert et demandant des prteres et le pardon; la Marie avait vu le 
fantome du grand prieur surgir au milieu de la tourmente, sur 
les murs croulants de la chapelle des Gaillands et se lamenter 
longtemps avec des accents d6sesper£s. II y avait aussi la voui- 
vre, serpent ails' qui s'^clairait au moyen d'un diamant lumi- 
neux ou d'une escarboucle ench&ss£e dans sa bouche, la vouivre 
dont la lumi^re aveuglante assaillait quelquefois les voyageurs 
isol6s et qui conduisait dans un precipice ou dans la riviSre les 
malheureux qu'elle avait 6blouis. Enfin, chose effroyable, on 
courait le danger d'etre attire dans la chevauch^e £chevel£e 
des sorciers et des sorcteres qui se rendaient au sabbat dans la 
sombre foret du Mont Coutant, au territoire de Passy, la-bas, 
k For£e de la vallee, ou pis encore, d'etre entrain^ au milieu des 
mines fantastiques du ch&teau de la Rosi&re ou se donnaient 
rendez-vous les adeptes du culte myst£rieux du Saint-Orient. 
Et alors, c'etait la prostitution & Satan, la perte de son &me et 
la damnation £ternelle, car saint Vincent Ferrier n'etait pas 
encore venu accomplir sa mission. 

Au passage de la caravane, chacun prenait rang & la suite du 
dernier venu et s'associait & la recitation du rosaire, faite k haute 
voix, afin d'obtenir le salut des ames des tr£pass£s et la protec- 
tion divine contre les dangers de la route et les embfiches du 
Malin. 

On atteignit ainsi, au bas du hameau, la maison de la Villa 



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LE ROCHER DE LA FORTUNE 159 

oil demeuraient une veuve et sa fille, la Guita, celle-ci k peine 
£g6e de vingt ans, belle comme les anges et gracieuse comme 
une reine. Malheureusement elle etait frivole et vaniteuse. Ses 
plus vifs plaisirs consistaient k frequenter les veill£es et k se 
livrer aux amusements et aux danses qui peu a peu fl£trissent 
Tame et corrompent le coeur. Elle aurait voulu e*tre riche pour 
etre plus admir^e et surtout pour mieux pouvoir dominer ses 
compagnes d'enfance, moins belles et plus modestes qu'elle. 
Les nombreux amoureux qui aspiraient k sa main, plus riches 
en sentiment qu'en pr6s, bois et paqu6rages avaient 616 impi- 
toyablement refuses; ils 6taient m£me souvent l'objet de ses 
sarcasmes et de son m£pris. 

Jean, du Saugier, le dernier de ces pr^tendants ^conduits, 
6tait cependant un beau gars, estim6 de tous & cause de sa com- 
plaisance et de sa bont6. La Guita l'eut peut-etre aim6 pour sa 
distinction naturelle et ses rares qualit6s, mais cette fois encore, 
malgr£ un sentiment de regret qu'elle ne voulut pas s'avouer, 
elle brisa brusquement les doux espoirs qu'elle s'^tait plu k 
faire naitre chez lui. Et la jeune ensorceleuse comptait bien 
continuer k se jouer impun6ment dos tristes victimes de sa 
beauts fatale jusqu'au moment ou elle recontrerait enfin le 
fianc£ qui apporterait k ses pieds la fortune tant d6sir6e. 

Le chef de file vint frapper k la porte de la maison et appela 
la jeune fille pour l'avertir du depart, car elle devait, comme ses 
compagnes, se rendre & la messe de minuit. « Allez toujours, 
cria-t-elle, je vous rejoins. » Puis elle s'empressa de terminer 
sa toilette a laquelle elle consacrait toujours beaucoup de temps. 

Cependant la caravane avait dej& traverse la foret obscure 
des Roches, franchi les pentes rapides du Massif de Merlet et 
d^passe le Rocher de la Fortune oil Satan, dit-on, donnait 
quelquefois rendez-vous & ses fiddles, lorsque la Guita quitta 
sa demeure. 

Elle se h&tait autant qu'elle le pouvait; mais malgr6 sa dili- 
gence, il lui semblait qu'une lassitude extraordinaire l'envahis- 
sait et l'emp§chait d'avancer a son gre. Elle suivait penible- 
ment le chemin oH venaient de passer ses voisins, car une neige 
fine et glac£e s'Stait mise a tomber et la marche devenait diffi- 
cile. Les grands sapins agitaient 6perdument leurs branches 
gecou^es par les rafales. La Guita regrettait de s'etre ainsi 
attard^e et perdait a chaque pas un peu de son assurance. 

Aprds avoir maintes fois tr6buch6, elle sortit enfin de la 



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460 A. GEX 

f or§t, poursuivit sa route et arriva k son tour tout aupr£s du 
Rocher de la Fortune. Mais voici qu'& Pinstant oti elle parut 
le rocher s'ouvrit de lui-meme, laissant apercevoir au sein de la 
montagne une salle immense dans laquelle on aurait pu abriter 
deux ou trois cents 6glises comme celle de Chamonix. 

L'int^rieur de cette salle brillamment illuminSe resplendis- 
sait de toutes parts de l'6clat de Tor, des cristaux et des pierres 
pr£cieuses. Au fond, Lucifer lui-meme 6tait assis sur un trdne 
d'une richesse inouie. 

Comment la jeune fille se trouva-t-elle tout k coup auprSs 
du chef des esprits infernaux? Fut-elle attir6e par Papp&t des 
richesses prodigieuses qu'elle apercevait, ou fut-elle transports 
par une force diabolique & laquelle elle ne put r6sister? Personne 
au pays ne le sut jamais. 

Toujours est-il que le prince des demons, relevant la Guita 
k demi 6vanouie et se montrant parfait galant homme, la pro- 
mena dans son domaine, lui faisant voir successivement les 
triors immenses qu'il renfermait. La jeune fille, qui avait 
repris ses sens aux fauves Eclats du m6tal sSducteur, admirait 
cet or et ces pierreries entass6es dans les flancs d'une montagne 
qu'elle avait tant de fois parcourue en gardant les troupeaux. 

« Oh! se disait-elle, si je poss^dais tout cela, je serais riche 
comme tous les rois de la terre r£unis, je serais puissante et 
heureuse; nulle femme ne m'egalerait et tout le monde s'incli- 
nerait en ma presence! » Sa conscience s'£tait tue et, comme si 
Dieu Pavait abandonee, elle paraissait oublier qu'elle se trou- 
vait au seuil de Penfer. 

Le tentateur, eblouissant et fascinateur, devinant ses pens£es, 
la ramena alors vers son trone, la fit asseoir & ses c6t6s et, Pen- 
veloppant d'un regard enflammg, lui dit : « Donne-toi & moi, 
toutes ces richesses t'appartiendront et tu seras au-dessus de 
toutes tes pareilles. » 

La Guita a comme un Eclair de supreme angoisse et d£faille 
sous ce regard fixe et 6tincelant qui semble p6n6trer au plus 
profond d'elle-meme 



Un lointain son de cloche, qui parvient 6touff6 en ce lieu 
maudit, annonce minuit et la naissance du RSdempteur 

Un sanglot monte soudain a la gorge de la malheureuse 
Guita en m§me temps qu'elle fait instinctivement le signe 
de la croix. Satan pousse un effroyable jurement, la montagne 



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LE ROCHER DE LA FORTUNE 161 

tremble sur sa base et, pendant que les merveilles qu'elle conte- 
nait s'engloutissent dans les ablmes insondables de Pinfernal 
sSjour, temple de Porgueil et de la vanity, la jeune fille, violem- 
ment projetSe au dehors, reste sans mouvement au pied du 
sinistre Rocher de la Fortune. 

Jean, du Saugier, au sortir de la messe, avait pris Pavance 
sur ses voisins afin de marcher seul avec ses tristes pensSes. 
Tout k coup, il se trouve devant le corps de la Guita Stendue 
au bord du chemin, inanim^e et dej& couverte d'une 16g6re 
couche de neige. II se penche sur elle; un faible soupir s'Schappe 
des lSvres de FinfortunSe : elle n'est pas morte. II la soul&ve, 
heureux et malheureux k la fois, la prend doucement entre ses 
bras robustes et Pemporte & travers la foret jusqu'& la maison 
de sa mdre. 

Elle recouvre bientot ses sens. AprSs avoir remercte avec 
effusion son sauveur, elle lui demande pardon en pleurant du 
mSpris qu'elle lui a tSmoignS. Jean pleurait aussi, mais c'Stait 
de joie. En la quittant, quelques instants apr&s, il d^posait un 
premier et chaste baiser sur le front de sa fiancee, & jamais 
gu6rie de sa funeste vanity. 

On planta une croix sur le rocher satanique, qui fut d&s lors 
deserts par FEsprit des t6n£bres, et, au printemps suivant, par 
un radieux aprSs-midi tout embaumS du parfum des fleurs 
alpestres, deux jeunes 6poux alldrent ensemble s'y agenouiller 
et remercier Dieu de leur bonheur. C'Staient Jean et Guita 
d&ormais unis pour la vie enti&re et persuades que Taffection 
profonde qu'ils Sprouvaient Tun pour Tautre 6tait l'unique 
source de ce bonheur que tout Tor du monde ne saurait pro- 
curer. 

Le voyageur qui se rend actuellement en chemin de fer k 
Chamonix traverse le Rocher de la Fortune qu'une large tran- 
che a ouvert en son milieu. 

Nul ne songe plus aux triors qu'il recouvre, les bergers 
d'autrefois sont morts, leurs vieux rScits pour toujours oubliSs. 

A. GEX. 



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La Cr&te de Y£ous 

Par M. G. Ledobmeue 



i Ton veut passer des rives de l'Adour k 

celles du Gave de Pau, le trajet le plus 

facile, par la montagne, consiste & re- 

monter, depuis BaudGan, la valine de 

Lesponne, & franchir le Col d'Ouscouaou 

et k redescendre k Pierrefitte, parlevallon 

d'Isaby. 

De ce col, ouvert k 1.870 m. entre le pic de Barane* (1.977 m.) 

et le Som de Lascours (2.498 m.) on est saisi, d6concert£, par 

rapparition inopin^e d'une cre*te strange, d6coup£e en dents 

de scie, projet^e vers TO. par le Som de Leviste (2.443 m.) et 

dont les principals sommit^s sont cot6es 2.152 m. et 2.261 m. 

C'est le Y6ous. 

Avec ses gendarmes, ses breches et ses aiguilles ce chalnon 
bizarre devait offrir des apercus intSressants pour le photo- 
graphe et le grimpeur qui sommeillent chez tout pyr6n&ste; 
seule, la region tourmentee de PArdiden nous avait revels d'aussi 
fantastiques d^coupures, mais elle est si loin, si peu abor- 
dable en hiver! 

Done, un beau matin de fevrier, ou plutdt une belle nuit, 
car k cinq heures etdemieil faut presque marcher & t&tons lors- 
quele ciel est couvert, nous partons de Pierrefitte-Nestalas; la 
route de Luz et le village de Villelongue, parages familiers, 
sont parcourus dans la plus profonde obscurite* ; au hameau 
d'Ortiac le jour se leve, gris et maussade, sans le moindre 
souffle d'air. 

— Quelle guigne! ronchonne le camarade qui a le courage 
meritoire de trimballer un appareil photographique 13 x 18, 
d'un poids respectable. 

Nous gagnons, sans hate, les granges d^sertes de H&rou et, 
continuant k gravir les paturages supe>ieurs que la neige a 



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Lemoinnk. 
Le Yeous. 

Escarpement Sud. 



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LA CRfiTE DE YEOUS 163 

revStus nous voici, k 9 h. 30, k la cabane de Cuyemia, construc- 
tion basse, divisSe en cinq compartiments, ou Pair circule tr£s 
librement k travers les murs en pierres s£ches, habitation rudi- 
mentaire que n'ont jamais containing les microbes homicides. 

A116g6s de quelques provisions et des objets encombrants, 
certains que les bergers ne viendront pas de plusieurs lunes 
se gaver k nos d6pens, nous repartons k 10 h. vers les 
cabanes de Sarris, perch^es sur un promontoire, a 1.850 m. 
environ; de place en place le gazon affleure sur les croupes 
blanchies puis voici d^finitivement les grandes Vendues nei- 
geuses fuyant au N.E. Enfongant juste assez pour ne pas 
glisser, nous avan^ons toujours, guides par la boussole, 
6piant l'e'claircie favorable qui d^masquera le but poursuivi ; 
les pentes se redressent, des rochers abrupts £tranglent le cou- 
loir escalade" ; le plafond de brumes laisse filtrer comme une 
douce ti^deur puis, soudain, sans transition aucune, nous sur- 
gissons en pleine lumi&re, en plein soleil, sous le ciel implaca- 
blement pur et bleu. 

L&, tout pr£s, rutile le bourrelet aveuglant de l'arete ter- 
minale; en deux bonds nous y prenons pied, arretes dans cet 
£lan intempestif par la vision de l'abtme qui s'effondre de trois 
ou quatre cents metres sur le versant oppose. 

Au S. les flots moelleux et dores de la mer de nuages mou- 
tonnent k six mille pieds d'altitude, noyant les vallees et les 
gorges, laissant ^merger les cimes dtincelantes, tels des conti- 
nents hyperbor£ens. La pyramide du Som de N6re et les 
ramifications du Massif de l'Ardiden se dressent en avant, 
simulant le goulet d'une immense Laie au fond de laquelle se 
profilent les sommets de Gavarnie creneles par la Br6che de 
Roland, & droite le GabiStou et le Taillon, k gauche le Marbord, 
le Cylindre et le Mont- Perdu. 

A TO. la cr&te se prolonge, aigiie, festonn^e de pitons et de 
brdches, pour aboutir k une sommite d^fendue par un redou- 
table gendarme, tandis qu'k l'opposite, 61anc£e comme une 
tour, s'£ldve d'un jet fabuleux la pointe culminante dont les 
parois vertigineuses deTient l'escalade. 

Comment arriver la-haut par cette muraille presque verticale? 
Sommes-nous vaincus?... Pas encore. 

Par de minces corniches il nous est facile de descendre au 
S. E., puis de suivre la base des escarpements pour contourner 
Fennemi et chercher son cote faible; nous d£couvrons alors 
une chemin6e praticable dans laquelle nous nous fourvoyons 



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464 G. LEDORMEUR 

au petit bonheur, le choix faisant defaut. Quoique trop espaces 
les points d'appui sont suffisants mais la roche schisteuse a 
une deplorable tendance & se detacher aux plus legSres 
secousses, pour le jplus grand dommage du dernier assaillant. 
A Paide de retablissements subtils et de contorsions ondula- 
toires on progresse lentement dans l'etroit boyau oil le 
moindre faux pas pourrait devenir desastreux. C'est de Pacro- 
batie pure... 

Une heure et demie. — Plus de doute, c'est la cime veri- 
table; Pespace est restreint, le rocher en ruines. Jusqu'au 
Leviste elle domine toutes les aiguilles ; tout autour le vide 
Pisole completement et lui fait une ceinture de precipices. 
Comme tout k Pheure, la mer de nuages vient battre Pecueil 
farouche, mais Poeil se porte au loin, fascine, embrassant 
dans un regard circulaire Phorizon infini. Nommer lous les 
pics? A quoi bon? Sous leur hivernale toison ils sont vrai- 
ment superbes. Celui qui n'a jamais eu le bonheur, par une 
radieuse journee d'hiver, d'assister & pareil spectacle, ne peut 
s'en faire la plus vague idee ; ce qu'on eprouve ne peut se 
decrire, il faut avoir vu. 

Mais Pheure passe, inexorable. Avec la sage lenteur du gas- 
teropode, on reintegre la cheminee d'acc&s. Le regret des 
choses vues, et peut-etre aussi le manque de confortable du 
passage, ont considerablement refroidi Pardeur; avec la pers- 
pective de la chute possible la descente se transforme en pro- 
bleme ardu. Voici pourtant la neige, ramollie a souhait, ou 
Pon devale k grandes enjambees rapidement et sans danger. 

En un clin d'oeil nous plongeons dans la semi-obscurite du 
brouillard opaque et refrigerant; adieu les rayons du soleil, 
adieu Pazur duciel! Sur le sol blanc, au sein de cette vapeur 
blanche, sans aucun repdre, il est difficile de reconnaltre quoi 
que ce soit et, marchant toujours, nous avons Pamertume de 
constater, trop tard helas, que nous avons depuis longtemps 
depasse la cabane de Cuyemia. 

Huit jours apres nous y revenions par un temps abominable, 
pour ne rien voir du tout; il nous restait cependant la conso- 
lation de retrouver nos impedimenta au complet et d'y boire 
du vin frappe qui parut deiicieux. 

G. LEDORMEUR. 



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^, ^ 



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Les Hauts Sommets 

et la Vie Vegetale 

Par M. Ch. Flahault 

La fin en vue de laquelle une chose 
subsiste et se produit est precis6ment 
ce qui constitue sa beaut6 et sa perfec- 
tion. Abistots. 

y a trente ans de cela ! Un philosophe de mes 
imis avait demands aux Alpes de Savoie, 
loins foutees qu'aujourd'hui, le repos n£ces- 
aire apres une ann6e de dur labeur. II vint me 
oir au retour; il etait dispos, libre d'esprit. 
1 avait regarde" la nature, admir6 le paysage, 
tudte la, vie; il 6tait heureux. Une observa- 
tion l'avait interesse* surtout! A la cime de 
je ne sais plus quel mont, il avait rencontre 
une araignee; elle avait mis tout de suite en 
campagne le cerveau du philosophe. Combien de temps avait- 
il fallu k cette bestiole pour arriver Ik? Par quel chemin et 
pour quel motif avait-elle entrepris cette p^nible ascension? 
Ce fut un nouveau sujet d'6merveillement lorsque j'insinuai 
que ParaignSe 6tait ne'e, sans aucun doute, au sommet de la 
montagne, de parents fix6s eux-mSmes en ce lieu depuis des 
generations, lorsque j'expliquai qu'elle trouvait surement Ik 
une nourriture et des conditions de vie approprtees k son espSce 
et que, plus surement encore, elle se trouverait mal k l'aise 
parmi les araign^es qui tissent leurs toiles aux rives du Lac 
du Bourget. II y a done des araign^es qui prGferent au bien- 
etre d'en bas les intemp6ries et les tempi tes! II y a done des *?- 

animaux approprtes les uns aux montagnes, les autres aux 
plaines! II y a done entre les animaux et les milieux ou ils 



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166 CH. FLAHAULT 

vivent des relations necessaires ! Mon philosophe en demeura 
r£veur; il m'a prouve depuis qu'il a profits de cet enseignement. 

Quel alpiniste atteignant les hauteurs interdites k beaucoup 
n'a pas eu le regard attire par des plantes minuscules, abritant 
leurs delicates rosettes aux fentes des rochers formidables, 
affrontant la bise glaciale, profitant en h&te d'un printemps 
ephemdre pour ouvrir, entre deux tourmentes, les plus deli- 
cates fleurettes. Les voir c'est les admirer; c'est en garder 
aussi le souvenir. Elles sont variees ces vegetations des roches 
supremes et portent des noms divers; il n'importe. Toutes 
sont petites, tres petites meme. Ce sont de menus brins de 
mousses, frais et verts parfois, ratatinds et sees le plus souvent; 
ce sont des lichens collant aux roches leurs frondes poly- 
chromes, grises, orang£es ou rouges, semant parfois de points 
noirs la surface corrodee du rocher. Ce sont surtout de tres 
petites herbes, basses, etroitement senses contre la roche ou 
la pousstere emplissant les fissures, surgissant timidement 
d'entre les cailloux qu'elles ne depassent pas, ou serties par le 
roc dont elles remplissent les fentes comme d'une bourre com- 
prim^e. 

II suffit d'ouvrir les yeux pour reconnaltre que tout cela ne 
ressemble guere aux vegetations d'en bas. Ni dans les forets 
qui couvrent les valines, ni dans la zone des arbres resineux on 
ne trouve rien de pareil. Cet ensemble de formes est special a 
la haute montagne . On en rencontre bien quelques-unes qk et 
1&, sur les rochers exposes au soleil, sur les falaises abruptes, 
sur les cols battus des vents, Ik ou la lumi^re abonde, oii l'air 
est toujours renouvele; k mesure qu'on s'eleve on les voit plus 
nombreuses, tandis que disparaissent Tune apr£s l'autre d'autres 
formes v^getales, jusqu'^i ce qu'elles forment seules Tensemble 
de la vegetation. 

Ne parlons pas d'ailleurs d'une vegetation continue; il n'en 
est plus question. Au tapis emailie de fleurs brillantes qu'est 
la prairie alpine a succede un peuplement interrompu; les 
plantes ne couvrent plus le sol; l'ossature rocheuse est partout 
k nu. Les vegetaux sont clairsemes ; les lichens eux-memes ne 
tapissent plus la roche comme plus bas. De vastes surfaces, 
coupees de champs de neige, aux cols et dans leur voisinage 
peuvent meme ne pas porter trace de vegetation; ce sont les 
points que la neige couvre pendant des annees, balayes de 
loin en loin, pendant quelques semaines, au gre des circons- 
tances qui modifient la situation des neves ou des glaces. 



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LES HAUTS SOMMETS ET LA VIE VfiG^TALE 167 

Telle est ce que les botanistes ont nomme la zone nivale. 
Plus de bois, ni de broussailles; plus de pelouses! Aux flancs 
des escarpements, quelques vires ou ressauts, au contact de 
couches geologiquement differentes, retenant les debris et l'hu- 
mus, sont les plus riches jardins de cette zone; ce sont aussi 
les p&turages prefers des chamois. Des couloirs, des roches 
plus ou moins accessibles, des cretes rocheuses, des combes a 
neige, des pierriers, casses ou clapes et des eboulis; ce sont les 
manures d'etre habituelles de la topographic de la zone 
nivale. 

Depuis le suedois Wahlenberg qui, des 1813, s'est pr^occup6 
des problSmes de geographie alpine, on a tente bien des fois 
de fixer la limite naturelle des diverses zones de vegetation 
dans les montagnes d'Europe. Alexandre de Humboldt avait, 
quelques annees plus tot, inaugure ces recherches aux Andes 
du Perou. De l'ensemble des nombreuses observations r^unies 
sur ce sujet, il r&ulte que la limite des zones naturelles en 
montagne ne saurait §tre fix^e d'une maniere generate et par 
des chiffres precis applicables k l'ensemble. II est certain que 
la limite de chaque zone de vegetation s'eieve, en general, des 
p61es vers l'Equateur, que la vegetation des plaines arctiques 
a une physionomie alpine, que la vegetation alpine descend 
jusqu'au voisinage des fjords scandinaves, qu'elle occupe des 
niveaux de plus en plus eleves & mesure qu'on se rapproche 
de l'Equateur pour s'abaisser de nouveau dans les massifs de 
Phemisphere austral. A peine d6velopp6e vers le sommet du 
Kilimandsharo, ne couvrant au Chimborazo que les sommets 
depassant la pointe du Mont Blanc, elles s'etend jusqu'aux 
rivages des terres antarctiques comme sur les graves Uttorales 
du Groenland et du Spitzberg. 

Mais on ne saurait songer k determiner d'une maniere rigou- 
reuse et dans le detail la limite des zones naturelles de vege- 
tation dans un massif quelconque. Elles forment des bandes 
onduiees, plus ou moins larges suivant des conditions locales ; 
leurs limites ne sont pas paralieies et varient beaucoup d'un 
massif & un massif voisin, d'un versant k un autre versant 
d'un m£me pic, suivant la direction des vents dominants, l'ex- 
position, la position par rapport k l'ensemble de la region. C'est 
ainsi que la limite inferieure de la zone nivale varie de plus de 
500 metres entre les Alpes du Valais et le Massif de Saentis 
(Appenzell). 

On peut dire que, dans l'ensemble, la limite des zones de 



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468 CH. FLAHAULT 

v6g6tation, que celle de la zone nivale en particulier, est d'au- 
tant moins £lev6e qu'une montagne est plus isolSe. La zone 
alpine commence d£s 1.800 m. au Ventoux; elle ne descend 
gudre au-dessous de 2.200 m. dans le haut bassin de l'Ubaye et 
de 2.100 m. aux Alpes du Valais, malgrS la position plus sep- 
tentrionale de ces massifs. 

D'autre part, la zone alpine commence d'autant plus bas 
que le climat local est k la fois plus froid et plus sec. Le Ven- 
toux, sans cesse balay£ par le Mistral toujours sec, a une v6g6- 
tation alpine plus d6velopp6e, k altitude 6gale, sur son bord 
occidental, au regard de la valine du Rhdne, chenal du Mistral, 
qu'& sa pointe orientale, moins dess6ch6e par lui. C'est d'ordi- 
naire d Vubac, c'est-&-dire sur les versants exposes au Nord, 
que les arbres r6sineux, caracteristiques de la zone subalpine 
s'616vent le plus; l'humidit^ atmosph^rique, moins variable et 
plus constante k Pubac, y permet le maintien de v^getaux 
ligneux, en d6pit de la temperature plus basse qu'elle ne Test 
aux m£mes niveaux sur d'autres versants. 

Ce ne sont pas la des faits fortuits; on les a beaucoup 
observes et en bien des points, nulle part pourtant avec autant 
de soin qu'aux Alpes de Suisse ; on en a cherchg les causes. Mais, 
si les observations sont nombreuses, la plupart, il faut le dire, 
ont 6t6 faites dans la zone des paturages alpins, dans la zone 
alpine proprement dite. Bien des raisons y retiennent les 
botanistes : la richesse de la flore, Pabondance de la moisson, 
le poids de leur bagage special, la necessity d'observer le plus 
possible en un temps limits souvent par les longueurs de Fas- 
cension et F61oignement des gites, et — pourquoi ne pas Favouer 
— pour beaucoup de botanistes aussi (tous ne sont pas jeunes) 
les aiguilles et les sommets « sont trop verts ». Que les alpi- 
nistes veuillent bien nous prendre en piti6 ! Nous ne doutons 
pas que leur indulgence nous soit acquise. Nous osons raeme 
faire appel & leur bienveillance en les priant de nous aider & 
r&oudre les probtemes que nous propose la zone nivale! C'est 
pour leur en fournir les moyens que nous allons essayer de 
poser quelques-uns de ces probldmes. 

Nous venons d'entrevoir que la v6g6tation alpine est dans 
une 6troite d^pendance vis-&-vis du climat. Elle en depend 
en effet, par les formes qu'elle rev§t aussi bien que par les 
esp&ces qui la composent; mais elle ne depend pas exclusive- 
ment du climat actuel. Pour en d^couvrir Phistoire entire, il 
faut remonter dans le pass6. 



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LES HAUTS SOMMETS ET LA VIE V^G^TALE 169 

II convient done, tout d'abord, de connaltre le climat alpin, 
d'en analyser les differents elements pour s'efforcer de discer- 
ner le r61e de chacun d'eux. 

La difference de constitution que pr6sente Patmosphere des 
montagnes par rapport k celle des plaines paralt relever sur- 
tout de la plus faible valeur de la pression atmosph&rique. 
II est douteux que la diminution de pression observe dans 
la nature ait une influence directe appreciable sur la vie v£g£- 
tale; mais la diminution de pression retentit sur les autres 
facteurs du climat : temperature, eau, lumi&re et, par eux, elle 
agit puissamment sur la vegetation. 

Les autres conditions etant egales,l'absorption des radiations 
caloriflques diminuant & mesure que diminue la pression, toute 
diminution de la pression determine, en general, une diminution 
de la temperature. 

Le refroidissement de Fair par 100 m. d 'altitude varie sui- 
vant les conditions speciales & chaque pays (etat hygrome- 
trique, nebulosite, etc.). II est, suivant Hann, de 0,58° C. en 
moyenne pour les Alpes, soit de 1° C. par 170 m. II est des 
lors facile de calculer la diminution moyenne de la tempe- 
rature, d'un niveau de base oti elle est bien connue jusqu'au 
sommet des montagnes voisines. On atteint rapidement des 
temperatures moyennes inferieures & et, ce qui est beaucoup 
plus important au point de vue qui nous occupe, le niveau 
oil les temperatures superieures H se produisent pendant 
une periode de plus en plus courte ; la temperature moyenne 
de juillet est — 8° C. au sommet du Mont Blanc. 

La diminution de la temperature avec l'altitude varie d'ail- 
leurs suivant lessaisons; elle est beaucoup plus faible en hiver 
qu'en ete; elle est, en moyenne, de 1° par 220 m. en hiver, 
de 1° par 140 m. en ete; e'est la consequence du grand 
refroidissement des plaines en hiver. La difference entre la 
plaine et la montagne atteint son maximum au prin temps, 
lorsque le soleil echauffe beaucoup les plaines, tandis que les 
neiges d'en haut absorbent pour leur fusion toutes les radia- 
tions caloriflques du soleil. C'est vers le milieu de decembre 
que la plaine et la montagne ont les temperatures les plus voi- 
sines. II arrive meme, en hiver, qu'il se produise un renver- 
sement de temperature, que la temperature s'eieve avec l'alti- 
tude, par suite du rayonnement intense qui se produit sur 
les plaines lorsque la pression barometrique demeure long- 
temps eievee avec ciel pur et air calme. On a pu voir s'epa- 



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170 CH. FLAHAULT 

nouir ainsi des fleurs alpines, au coeur de l'hiver, dans les 
Alpes Suisses. 

La diminution de la pression determine, en meme temps, une 
augmentation dans Vintensite des radiations, parce que l'absorp- 
tion par l'atmosphere et surtout par la vapeur d'eau est 
moindre. Violle et Margottet ont reconnu que l'intensite des 
radiations calorifiques est, au sommet du Mont Blanc, su- 
perieure de 15 pour cent k ce qu'elle est au Glacier des 
Bossons (1.200 m.) et de 26 pour cent k ce qu'elle est k 
Paris (60 m.). « L'observateur place au niveau de la mer 
est plonge dans une veritable vase atmospherique encombr£e 
de vapeur d'eau et de poussieres qui diminuent localement 
la transparence de l'air (1). » II en resulte que les differences 
entre les temperatures k l'ombre et au soleil s'accentuent k 
mesure qu'on s'eieve. 

Elles atteignent 11°5 k 46 m. d'altitude 

21° k 2.570 m. J dans le massif 
28° k 2.890 m. | du 

32°8 k 3.140 m. ) Mont Rose 

L'intensite des radiations compense en partie pour la v6g6- 
tation l'abaissement de la temperature. 

Par suite de l'accroissement d'intensite des radiations calo- 
rifiques, la temperature du sol s'tl&ve plus dans les montagnes 
que dans les plaines, k egalite de temperature de Fair. Par 
centre, le rayonnement nocturne est intense ; il en resulte d'enor- 
mes differences entre les temperatures de jour etde nuit, lorsque 
le ciel est decouvert. Ces differences atteignent leur maximum 

en ete. 

Ajoutons k cela que la limpidite du ciel en hiver est Vune des 
principales caracteristiques du climat des hautes montagnes. 
L'hiver y est la saison la plus ensoleiliee et e'est surtout au 
milieu du jour que le ciel y est decouvert. On s'explique des 
lors repanouissement de fleurs alpines sous Pinfluence du 
soleil de Noel, par plus de 2.000 m. d'altitude (J. Braun) en 
Suisse: on s'explique la promptitude avec laquelle des plantes 
alpines forment des feuilles nouvelles des que la neige a cesse 
de les recouvrir, des que le froid a cesse de les tenir & l'etat 
de sommeil. On sait qu'elles peuvent, k tres basse temperature, 
assimiler le carbone et par consequent se nourrir (Jumelle). 

(1 Crova et Houdaille, Ann. de Chimie et de Phys. t 6« s6r. XXI, 1890. 



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LES HAUTS SOMMETS ET LA VIE VEGETALE 171 

On se tromperait beaucoup en appliquant & la vie des plantes 
enmontagne les donn^es les plus courantes delameteorologie,la 
temperature de Pair & l'ombre. Les plantes alpines ne croissent 
pas dans Fair k l'ombre; leurs feuilles fonctionnent au milieu 
des radiations lumineuses et calorifiques intenses; leurs racines 
puisent leur nourriture dans des sols fortement echauffes. 

L'intensite des radiations calorifiques et l'insolation ont 
encore pour consequence de determiner de grandes differences 
dans le climat local suivant les expositions. Le cote ordinai- 
rement ombrage et le cote ensoleilie offrent, en montagne, de 
grands contrastes entre des points tres rapproches. Le paysage 
traduit ces contrastes; tous les touristes les ont observes; ils 
sont beaucoup plus evidents pour le botaniste qui les analyse; 
ils ont frappe depuis de longs sidcles les habitants des mon- 
tagnes, qui ont donne un nom different, l'ubac, aux versants 
exposes au Nord, et l'adret aux versants exposes au midi. 

II resulte de ce qui precede que, pendant la saison ou la 
vegetation est possible, les plantes alpines supportent succes- 
sivement des journees tr£s ensoleiliees et tr£s chaudes et des 
nuits tres froides par suite du rayonnement intense. 

La temperature et la lumiere n'entrent pas seules en ligne 
de compte, d'ailleurs. L'eau joue dans la vie des plantes 
alpines un role, sinon plus grand, du moins plus manifeste. 

La tension de la vapeur d y eau diminue beaucoup d mesure 
qvCon s'eteve; elle suit la meme loi que la pression atmosphe- 
rique, mais avec une decroissance beaucoup plus rapide. Si 
nous la considerons comme egale H au niveau de la mer, elle 
est egale : 

& 0.73 k 1.000 m. d'alt. a 0.12 k 6.000 m. d'alt. 
k 0.49 k 2.000 m. — k 0.06 k 8.000 m. — 

k 0.24 k 4.000 m. — 

La transparence extreme de l'atmosphere des regions eievees, 
qui supprime la perspective du paysage, le bleu intense du 
ciel et l'impression si saisissante de vide qu'on y eprouve, 
sont dus surtout k la faible tension de la vapeur d'eau. 

Comme consequence de la faible pression atmospherique et 
de la diminution de la tension de la vapeur d'eau, V evaporation 
est beaucoup plus intense dans les hautes montagnes que dans les 
plaines t dans les-memes conditions d'humidite relative, de 
temperature et de vent. Diffusee rapidement dans l'air rarefie, 
la vapeur est tr£s rapidement entrance. L'humidite relative, 



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172 CH. FLAHAULT 

le degre de saturation de l'air par la vapeur d'eau passe tr& 
promptement d'un extreme k l'autre, de la saturation complete 
& une grande secheresse, suivant la direction des courants 
atmospheriques; cette particularity est accus^e surtout sur les 
montagnes isolees; nous verrons plus loin qu'elle a pour resultat 
d'abaisser la limite de la zone alpine. 

Par suite de la diminution de la temperature qui entralne 
une diminution de la capacity de l'air pour la vapeur d'eau, 
les montagnes agissent comme des condensateurs. Les montagnes 
sont des lies de pluie abondante; des conditions diverses, meme 
locales, interviennent pour marquer, k cet egard, des diffe- 
rences parfois tr£s grandes, entre deux versants d'une meme 
montagne; mais la condensation de la vapeur d'eau atteint bien 
vite un maximum variable suivant la distance k la mer et 
diverses conditions geographiques ; le niveau des pluies maximas 
ne depasserait gugre 2.000 m. dans les Alpes, suivant Hann. 
Au dessus, il y a diminution tr£s rapide dans la quantity des 
eaux condensees. M. J. Vallot estime que les precipitations 
au sommet du Mont Blanc n'atteignent pas la moyenne 
des pluies k Montpellier. 

D'ailleurs, si un massif montagneux est trds puissant, les 
condensations sont r£alis6es surtout surses bords; la pluie est 
beaucoup plus abondantesur le pourtour du massif que dans 
ses parties centrales; les observations accumuiees sur ce point 
aux Alpes du Tyrol et du Dauphine, aux Pyrenees et ailleurs 
sont absolument concordantes. 

La vitesse moyenne des vents s'accroit aussi avec V altitude. Les 
vents contribuent, avec la faible humidite absolue de Tair et 
l'intensite des radiations calorifiques, k rendre tr£s sec le climat 
des sommets alpins; malheureusement, les observations accu- 
muiees ne sont pas toujoursrigoureusementcomparables et nous 
devons utiliser avec quel que reserve des donn£es parfois peu 
precises. Le fait n'en est pas moins indiscutable dans sa gene- 
ralite. 

Ces differents elements climatiques font k la haute mon- 
tagne un climat tr£s special que nous pouvons essayer de 
definir dans ses rapports avec la vie vegetale. 

La temperature moyenne est de plus en plus basse a mesure 
qu'on s'e eve. Les temperatures utiles & la vegetation, sup£- 
rieures k zero, se manifestent pendant un. temps de plus en 
plus court; la saison pendant laquelle le sol est depouilie de 
neige est, d'ailleurs, de plus en plus reduite; elle ne depasse pas 



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LES HAUTS SOMMETS ET LA VIE VfiGfiTALE 173 

huit semaines k 2.500 m. sur les versants ombrages de la 
haute valine de Finn; ily est de quelques jours seulement a 
2.900 m. et la neige n'y disparalt qu'au soleil k partir de 
3.000 m. Ces donnees peuvent £tre considers comme 
moyennes pour les Alpes centrales et occidentales. 

L'in tensity des radiations compense en partie Pabaissement 
de la temperature moyenne en echauffant fortement Pair et 
le sol pendant le jour, du cote ensoleilie, lorsque le ciel est 
decouvert; mais, par contre, le rayonnement provoque un 
refroidissement nocturne intense. Le ciel est d'autant plus 
transparent que la montagne est plus eievee et le soleil brille 
plus souvent sur les hauts sommets qu'au pour tour des massifs. 

L'humidite relative passe tres rapidement de la saturation 
k une extreme secheresse, suivant la direction des courants 
et les pluies diminuent rapidement au dessus d'un certain 
niveau, assez voisin de 2.000 m. pour les Alpes. Les vents 
exag£rent encore Pevaporation, tr£s activee dej& par la faible 
tension de la vapeur d'eau. 

Le climat des hauts sommets est done froid; mais il est 
avant tout extrSme, marque par de brusques variations de froid 
et de chaud; il est lumineux, ensoleilie; il est sec, & la fois par 
la faiblesse de la tension de la vapeur d'eau, par Pevaporation 
qui en est la consequence, par les vents qui l'exagerent. 

La Agitation des sommets est une vegetation de vive lumi&re, 
de stcfieresse, de temperatures basses, mais surtout extremes. II 
nous faut maintenant, sinon Petablir, ce qui n'est pas possible 
en quelques pages, du moins le dire et en donner quelques 
temoignages. 

C'est un fait mis hors de doute que, dans les montagnes de 
nos regions temper^es, les conditions deviennent contraires & 
la vegetation ligneuse k mesure qu'on depasse le niveau des 
precipitations maximas, k mesure aussi que la faible tension 
de la vapeur d'eau, l'intensite des radiations calorifiques, la 
vitesse et li Constance des vents exagerent la transpiration. 
Le sol, gelt pendant des mois, ne fournit point d'eau aux 
plantes pendant la saison froide; il est alors, pour le vegetal, 
absolument sec. Pendant le court ete des sommets, le ruisselle- 
ment et Pevaporation enievent trop rapidement l'eau qui leur 
vient pour que cette eau compense les pertes dues k la trans- 
piration trop active. 

Les formes ligneuses se reduisent bien vite k n'etre plus 

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474 CH. FLAHAULT 

finalement qu'un lacis de trds fins rameaux rampant au-dessous 
de la surface du sol ou dans la mousse et ne montrant k Fair 
libre que deux petites feuilles (Salix herbacea). A peine ce 
saule nain parvient-il k la zonenivale! Encore n'y vient-il 
guere que dans les combes ou les couloirs, oii la fonte r6guli£re 
des neiges lui fournit de l'eau pendant l'6t6. 

Les memes causes r^duisent, puis £liminent la vegetation 
ligneuse des cols et des sommets, meme interieurs, violemment 
balay£s par les vents. Partout ou, dans la montagne, le climat 
local est sec, la v£g£tation tend k prendre le m£me caractdre; 
*a physionomie devient alpine. C'est ainsi que certaines 
especes alpines, manquant a la zone des forets, se trouvent 
parfois bien au-dessous, dans les stations toujours seches, 
sur des rochers escarpes, par exemple. On peut recueillir par 
700 m. d'altitude, sur les escarpements au Nord du Ventoux, 
en face des dernteres olivettes, ce Saxifraga oppositifolia que 
tout le monde connalt parmi les espgces r^pandues dans la 
zone nivale (fig. 1). 

C'est pour les memes raisons que certaines especes des sta- 
tions nettement m6diterran6ennes, des stations seches et 
chaudes, egalement absentes de la zone des forets se retrou- 
vent & un niveau sup&rieur, tSmoignanten haut, comme en bas, 
de la secheresse du climat. 

La secheresse n'est pas du reste Pagent exclusif suffisant 
de l'glimination des especes ligneuses. Seule, elle ne parvient 
qu'& les reduire, k les armer aussi contre une transpiration 
trop active, en condensant leurs rameaux, en les couvrant de 
petites feuilles ecailleuses series les unes contre les autres, 
comme dans V Aspalalhus nivalis et le Coelidium humile, deux 
genets en miniature des montagnes du Cap (fig. 2, a et b), 
comme dans le Psammatropha du Cap (fig. 2, c et d), et la 
V£ronique tetragone de la zone alpine de la Nouvelle Zelande 
(fig. 4, a). Mais k mesure que Y6t6 devient plus court, les 
especes ligneuses sont impuissantes & former des rameaux 
aliens ligneux pendant la saison trop brdve dont ils disposent. 

Pendant longtemps on accusait le froid d'etre seul coupable 
en cette affaire ; il convient de le r^habiliter; sans accumuler 
ici les t^moignages exp&rimentaux, je me contenterai de 
signaler une observation de nature k int6resser les alpinistes. 

A la fin de T(He de 1878, A. E. Nordenskiold, arrSt6 par les 
glaces polaires, avait dtabli les quartiers d'hiver de la V6ga 
k Pitlekaj, sur la cote sib£rienne. M. Kjellman, botaniste de 



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Fig 1 . I. — Savifraga oppositifolia 



Fig. 2. — Plantes alpines du Cap. — a, Aspalathus nivalis; et b, Cu'lidium humilc (Pnpilionaceo); 
c, Psammatroplia frigida, et d, P. qundraugularis (Ficoidaeers). 



LES HAUTS SOMMETS ET LA VIE VEGETALE 
par M. Ch. Flahault. 



Planches, par M. J. (joujrt. 



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LES HAUTS S0MMET8 ET LA VIE VtfGGTALE 175 

Pexpedition, decouvrit entre autres plantes, un individu de 
cochl&rire qui etait couvert de fleurs; il occupait un tertre 
tout voisin du point oii se faisaient les observations meteoro- 
logiques ; le vent balayait le mamelon, la neige n'y demeurait 
pas. M. Kjellman considerait avec pitie la pauvre plante, qui 
eubissait, sans abri d'aucune sorte, le froid et les tempetes. La 
temperature baissa jusqu'fc — 46° C. Quel ne fut pas Petonnement 
du botaniste lorsqu'il la vit reprendre bonne tournure aux pre- 
mieres heures tildes, recommencer sa vie \k oti le froid Pavait 
arr§tee, mftrir les fruits ebauches avant Phiver et continuer k 
fleurir comme si rien de contraire n'etait survenu (fig. 3). 

Si le froid ne parvient pas k supprimer la vegetation, il 
reussit pourtant k la modifier. Certaines especes, habituees 
dans nos plaines k fleurir et k miirir leurs graines en quelques 
semaines n'y reussissent plus vers les sommets, pendant la sai- 
son favorable devenue trop breve. Ces plantes ne fleurissent 
qu'une fois, forment leurs graines et meurent; elles seraient 
en grand danger de perir avant d'avoir assure leur reproduction, 
sans cesse menaces par les tourmentes de neige, les baisses de 
temperature, tous les accidents qui peuvent ahreger une sai- 
son dej& trop courte. Plusieurs, se soumettant aux exigences 
nouvelles, ont acquis la faculte de se passer de fleurs et de 
survivre par leur appareil vegetatif; elles sont devenues 
perennes. L'une des mauvaises herbes les plus repandues dans 
nos potagers, sur les bords des chemins et j usque dans les rues 
de nos villages de plaines, le Poa annua, ment k son nom dans 
la montagne; il forme, autour des bergeries, des pelouses 
continues, fleurit s'il en a le moyen, mais se perpetue en tout 
cas par ses organes vegetatifs. On connalt d'autres exemples 
d'une adaptation de cette sorte. 

II convenait de marquer la part qu'a la temperature dans la 
limitation de la vegetation alpine et de lui rendre justice. II 
est done convenu que la secheresse y joue le principal role. 
Elle intervient surtout pour determiner des formes speciales de 
vegetation, pour assurer aux plantes soumises aux memes 
conditions les memes physionomies, susceptibles d'etre rap- 
portees k un petit nombre de types, oil que ces conditions se 
trouvent realisees. II est extremement remarquable, en elfet, 
que la vegetation alpine ait exactement la m£me physionomie, 
qu'il s'agisse des Alpes, des Pyrenees, du Caucase, du haut 
Himalaya, du Tibet septentrional, de la Nouvelle Zeiande 
(fig. 4), ou de la chaine des Andes (fig. 5). 



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176 CH. FLAHAULT 

On peut se demander main tenant par quels caract&res oxt£- 
rieurs les v£g6taux de la zone nivale manifestent leur adap- 
tation k de pareilles conditions de climat. 

Ce sont ou bien des herbes k feuilles coupantes, des Carex 
(C. curvula), dont les touffes senses ont leurs pousses prot£g6es 
par la base d'anciennes feuilles main tenant disparues ; c'est 
aux cols, sur les croupes en pente douce, les plateaux, entre 
2.300 et 3.000 m. que cette plante abonde aux Alpes, k la base 
du Cervin par exemple . Ou bien ce sont des Gramin6es rudes, 
comme le Nard (Nardus stricta), le « poil de chien » de la 
Suisse romande et de la Savoie, des joncs de petite taille, durs 
aussi (Juncus trifidus), plantes k parties souterraines solidement 
ancrees dans le sol, ne venant gu£re que dans les parages k 
pentes faibles et ne rendant pas aux alpinistes les services 
qu'ils en pourraient attendre en d'autres stations. On peut 
encore rapporter k cette forme Trisetum subspicatum, unetoute 
petite Gramin^e. 

Les plantes des £boulis se pr&entent sous deux formes prin- 
cipales : 1° Elles produisent de longs stolons qui rampent entre 
les pierres ; d6s que la saison le permet, elles d^veloppent k la 
lumi&re des bourgeons feuilles bien vite terminus par des fleurs. 
Tels sont Thlaspi rotundifolium, Hutchinsia alpina (fig. 6, a et 
b), Cerastium alpinum et uniflorum, Trisetum distichophyllum. 
On peut, avec un peu de patience, en soulevant doucement 
ces plantes et en laissant s'6couler les cailloux entre les doigts, 
en obtenir souvent des touffes larges de plus d'un d6cim£tre; 
2° Cbaque plante forme un gazon compost de pousses plus ou 
moins longues n£es du collet de la racine; la touffe est ancr£e 
dans l'humus recouvert de graviers par une solide racine sou- 
vent trds longue. Les cailloux roulent vers Paval, tendant la 
racine dans le sens de la plus grande pente, s'arrStent et 
s'accumulent en arrtere de la touffe; il s'y forme une sorte de 
marche d'escalier qui facilite l'ascension sur ces sols mobiles; 
ces plantes des 6boulis en sont les premiers conquerants. On 
peut citer parmi les plus r^pandues d'entre elles Saxifraga 
oppositifolia (fig. 1), Linaria alpina, aux belles coroles violettes 
marquees d'une tacbe orang^e, Alsine recurva, Galium helve- 
ticum. 

La v£g6tation des rochers r6pond k un troisteme type. Les 
individus en sont 6pars; les tiges sont courtes, les feuilles 
petites et tr£s rapproch£es; les rameaux sont, le plus souvent, 
tr6s nombreux et abondamment feuilles, r^unis en coussinets 



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LE8 HAUTS SOMMETS ET LA VIE VfiG^TALE 477 

compacts. Les « plantes & coussinets » forment des masses 
h6misph6riques fixSes sur le rocher, du cot6 de leur base aplatie, 
par une racine toujours solidement attachSe, s'insinuant par- 
fois longuement dans les fissures et alors insaisissable. Les 
nombreux rameaux, presses les uns contre les autres, arrivent 
tous au m§me niveau que dominent seulement les fleurs ou 
les fruits. Le Silene acaulis, les Saxifraga exarata, bryoides, 
muscoides, caesia, Draba pyrenaica (fig. 6, c), les Androsace 
helvetica, imbricata et pubescens en fournissent d'excellents 
exemples dans nos montagnes de France. Ce sont, ailleurs, des 
representants des memes families ou de families bien diff6- 
rentes, des Composes, Lob^liacees des Violettes, etc. aux 
Andes (fig. 5), des V6roniques, des Myosotis, des ComposSes 
aussi k la Nouvelle Z61ande (fig. 4). Ces coussinets ont parfois 
un grand diam&tre sans rien perdre de la r6gularit6 de leur 
forme; ils ne laissent point de prise aux vents. Les rameaux, 
plus nombreux k mesure que le diam^tre augmente, demeurent 
rigoureusement contigus; les vieilles feuilles mortes demeurent 
autour des pousses, gardant PhumiditS pendant des semaines, 
absorbant par capillarity Peau qui vient k la surface du sol, 
Pemmagasinant comme une Sponge, limitant la transpiration 
aux seules extr6mit6s exposees k Pair libre et k la lumtere. 
Le coussinet emmagasine entre ses rameaux et ses feuilles son 
propre humus et les poussi&res Soliennes qui, d'apr&s Kerner, 
contiennent jusqu'& 50 pour cent de debris organiques. On a 
compart cette disposition & celles que presentent beaucoup 
d'^piphytes des forets tropicales. 

Beaucoup de ces plantes nivales, comme le trop fameux 
Edelweiss, ont leurs feuilles couvertes d'un lacis de poils 
feutr^s qui diminuent encore leur transpiration (Androsace 
pubescens et autres, les Armoises connues sous le nom de 
G6n6pis, les Achillas names et le petit Myosotis des hauts 
sommets, Eritrichium nanum). 



Ajoutons que, sans avoir la meme importance que les fac- 
teurs climatiques, la constitution chimique et physique du sol 
exerce une action trSs sensible sur la repartition des plantes. 
Cela est mis hors de doute pour la constitution physique par 
ce que nous venons de dire des diverses stations de la zone 
nivale; ce n'est pas moins vrai pour la composition chimique; 
certaines plantes ont besoin de tel ou tel sel, redoutent tel 



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178 CH. FLAHAULT 

autre. II nous est impossible d'entrer ici dans des details sur 
un sujet aussi deiicat. Retenons seulement que dans la pra- 
tique et dans les limites qui interessent la zone nivale, il 
existe des differences tr£s marquees entre les roches suscep- 
tibles de fournir aux plantes de la chaux en proportion plus 
ou moins forte et celles qui n'en renferment pas, qu'iine flore 
diiferente par quelques-uns de ses elements marque ces diffe- 
rences jusque dans la zone nivale, que certains lichens, par 
exemple, peuvent y §tre considers comme des reactifs des 
roches calcaires, d'autres de celles auxquelles manque le car- 
bonate de chaux. 



Mais la vegetation alpine n'est pas sous la dependance exclu- 
sive du climat actuel et des multiples combinaisons des diff6- 
rents facteurs qui le composent, pas plus que de la composition 
physique ou chimique du sol. 

Pourquoi trouve-t-on aux sommets des Alpes des Saxifrages, 
des Cruciferes plutot que telles ou telles autres families de 
plantes? Pourquoi d'autres aux Andes, aux Montagnes Ro- 
cheuses, k la Nouvelle-Zeiande qui y prennent les m£mes 
aspects que celles-l& chez nous? Comment se fait-il que cer- 
taines esp£ces se trouvent k la fois aux Pyrenees, aux Alpes, 
au Caucase, k V Himalaya et jusque dans Pensemble des regions 
arctiques? Pourquoi telle esp£ce semble-t-elle remplac^e ici 
ou Ik par une espece toute voisine? Les conditions physiques 
sous le regime desquelles se trouve la terre depuis des milliers 
d'ann^es ne permettent pas de r£pondre k ces questions. 

C'est que la vegetation actuelle ne represente qu'un moment 
de Phistoire de la vie v£g6tale k la surface de la terre. Les 
especes actuelles datent pour la plupart d'epoques anterieures 
k la configuration des continents. Beaucoup d'entre elles 
paraissent avoir ete r^pandues sur d'immenses territoires et 
leur aire paralt avoir ete couple par des obstacles qui en em- 
pSchent aujourd'hui Pextension. On ne peut expliquer autre- 
ment la repartition d'un grand nombre de vegetaux repandus 
k la fois sur toutes les terres arctiques et sur les hauts massifs 
montagneux de PEurope et de PAsie, separes par des plaines 
etendues oil ces plantes ne sauraient vivre actuellement. Toute 
flore, m§me celle des sommets, se compose d'eiements d'&ge 
different, les uns en voie d'extinction, les autres k Petat sta- 
tionnaire ou en voie d'expansion progressive. 



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LE8 HAUTS SOMMETS ET LA VIE VtiG^TALE 179 

Sans remonter au del& des debuts de la periode pleistocene 
(ou quaternaire), les temoignages de ces migrations sont innom- 
brables. La periode tertiaire accomplie, c'est l'epoque moderne 
de l'histoire du monde qui commence, l'epoque dont nous 
sommes les temoins, k laquelle nous appartenons. Elle com- 
prend au moins trois phases principles, deux periodes de 
refroidissement tr^s marque de l'hemisphere boreal, s^parees 
par une phase de rechaufTement. 

L'ere pleistocene commence par une periode froide pendant 
laquelle le massif scandinave a 6te recouvert, comme le Green- 
land Test aujourd'hui, d'une puissante calotte de glace, debor- 
dant jusque sur l'Ouest de l'Angleterre, jusqu'au centre de 
l'AUemagne, d la Russie centrale et meridionale. La plaine do 
l'Europe centrale, resserree entre le bord meridional de Yin- 
landsis scandinave et les moraines front ales des glaciers des 
Alpes, fut couverte de toundras semblables aux toundras sib£- 
riennes. La faune et la flore qui les caracterisent ont v^cu sur 
toute l'Europe moyenne et jusque dans la plaine Suisse; les 
plantes arctiques peuplaient cette partie de l'Europe avec les 
animaux qui habitent aujourd'hui les toundras arctiques. Les 
renseignements concordent sur ce point, si nombreux, qu'ils ne 
laissent pas de place au doute. Ces vegetaux sont bien venus 
du Nord et sont venus alors jusqu'au pied des Alpes; leurs 
restes fossiles jalonnent les voies qu'ils ont suivies etmarquent, 
par le niveau qu'occupent leurs debris, la date de l'invasion. 
On a des preuves aussi que ces vegetaux ne descendaient pas 
des Alpes; certains, en eflet, dont les debris se trouvent dans 
la plaine suisse, ne se trouvent pas aux Alpes, ce sont done des 
vegetaux arctiques venus jusqu'au pied des Alpes. 

La seconde periode pleistocene est marquee par un r£chauf- 
fement du climat. 11 devient k la fois plus sec et plus chaud en 
ete, froid seulement en hiver et d'autant plus qu'on s'avance 
da vantage vers le Nord. Uinlandsis scandinave subit un retrait 
6norme; les glaciers des Alpes reculent jusque dans les hautes 
vallees, leurs moraines dessinant dans les plaines de l'Europe 
leurs limites anterieures. 

Un refroidissement nouveau survient qui ram£ne vers les 
plaines les especes etablies dans les montagnes k la faveur du 
rechaufTement, qui refoule vers les plaines inferieures la vege- 
tation forestiere etabUe jusque sur les montagnes. Cette 
fois, les glaciers ont ete moins etendus et leur influence 
moins desastreuse pour la vegetation. Le Sud de la Suede etait 



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180 CH. FLAHAULT 

£pargn6 et conlourn6 par le glacier scandinave qui couvrait 
l'Est du Danemark; on en suit la moraine frontale dans le 
Nord de PAllemagne sur une longueur de 650 k., du Schles- 
wig k la province de Posen. Dans PEurope centrale non plus, 
les glaciers ne s'6tendaient pas aussi loin dans les plaines. 

Pendant que T Europe occidentale se couvrait de for§ts k la 
faveur du climat chaud de la p&iode interglaciaire, que deve- 
nait la flore des toundras que nous avons laiss^e dans P6troite 
plaine de TEurope centrale? ChassSe par l'Schauffement du 
climat, elle gagnait le terrain que perdait le glacier, peuplant 
le sol complement libre, reprenait possession de la Scandi- 
navie d'ou elle 6tait venue et des regions arctiques, suivait, vers 
les hautes valines des Alpes et des Pyr6n6es les limites des 
glaciers et s'emparait des sommets. La v6g£tation des hauts 
massifs europSens est done, au moins en partie, arctico- alpine 
ou, par abr^viation, arcto-alpine. 

La deuxteme glaciation a s&rement modify la distribution 
de cette v6g6tation alpine; mais elle a 6pargn6 une partie de 
nos montagnes o\i la flore a pu se maintenir en attendant les 
temps actuels. Telles qu'elles sont distributes aujourd'hui, les 
espdees alpines semblent occuper dans nos massifs les plus Sie- 
ves tout le terrain qu'elles y peuvent occuper. On trouve d'ail- 
leurs en Allemagne, sur les bas plateaux lorrains et jusque pr& 
de Paris quelques espdees qui paraissent survivre & la deuxteme 
glaciation; on rencontre m£me qk et Ik des groupes d'esp^ces 
de mSme origine isolSs au milieu de populations differentes, de 
v&itables colonies s6par£es par de grandes distances et des bar- 
riSres infranchissables des groupes g6n6raux auxquels elles se 
rattachent. Telles sont des colonies de plantes alpines, sur des 
montagnes tr£s inferieures au niveau minimum de la zone alpine, 
des colonies de plantes des steppes orientales dans les plaines 
et les valines de TEurope occidentale, des groupes de plantes 
m^diterraneennes jusque bien baut dans les massifs monta- 
gneux, aux Alpes et Pyr6n6es. 

r« Au cours des oscillations climatiques que nous venons de 
r&umer, des migrations lentes ont n^cessairement amen6 des 
peuplements momentands auxquels ces colonies eparses ont sur- 
v6cu. On en retrouve la trace dans nos grands massifs monta- 
gneux ; la flore alpine d'Europe se compose d'el6ments d'ori- 
gine diverse, tous r6fugi£s, mais venus les uns des regions 
arctiques, d'autres de POrient, d'autres raeme de la region m6- 
diterranSenne. II est facile de suivre aujourd'hui, du Caucase 



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LE8 HAUTS SOMMETS ET LA VIE VtfGfiTALE 181 

& l'Espagne, la diminution progressive des Elements orientaux 
dans la v6g6tation alpine. En ce qui concerne Porigine medi- 
terrandenne, il faut penser que lors du r^chauffement intergla- 
ciaire, un certain nombre de plantes m6diterran6ennes, en s'6le- 
vant dans les Alpes, y ont fait souche d'esp&ces nouvelles, 
montagnardes ou alpines, dont les affinity sp6cifiques 6ta- 
blissent rorigine. Ces plantes m6diterran6o-alpines sont plus 
nombreuses encore aux Pyr6n6es qu'aux Alpes et y sont sou- 
vent mieux caract6ris6es, k la fois comme m6diterran6ennes par 
leur origine et comme alpines par leurs adaptations. 

Parmi les espdces 6troitement localises sur un massif ou, 
plus 6troitement encore, dans un bassin sup&ieur, sur une 
montagne etc., toutes n'ont pas la m§me origine, la merae 
signification au point de vue de Phistoire de la flore; parmi 
ces esp&ces end^miques, il en est d'anciennes, demeur^es & tra- 
vers les oscillations climatiques en des points favorables, survi- 
vantes de p&iodes ant^rieures; ce sont des end^miques anciennes; 
elles sont d'ordinaire isol^es, seules de leur genre ou du moins 
tr£s difT6rentes des esp^ces les plus voisines; d'autres se montrent 
souvent deux par deux, en des points voisins, occupant dans 
le m£me lieu des stations differentes. L'une d'elles est le plus 
souvent r£pandue, la seconde tr6s localis£e; elle est issue de la 
premiere ; c'est une end^mique d6riv£e. 

La jeunessedes Alpes nous est confirmee par le petit nombre 
relatif d'espdces end^miques d6riv6es: les plus anciennes, par- 
fois disjointes dans le massif, remontent sans doute au d£but 
du peuplement des Alpes. L'anciennet6 des Pyr6n6es relative- 
ment aux Alpes est dtablie par le plus grand nombre d'endS- 
miques et par leur differentiation plus grande relativement aux 
esp6ces dont elles d&ivent; il peut raeme y Stre question de 
genres end£miques d6riv6s. 



CONCLUSIONS 



La v£g6tation de la zone alpine, y compris la zone nivale, 
-est d6termin6e par la s6cheresse du climat, Pintensit6 des 
radiations lumineuses et calorifiques et la faible duree de la 
Baison de v£g£tation. 

Les formes bgneuses, successivement r^duites, sont exclues 
-de la zone nivale. 



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482 GH. FLAHAULT 

La secheresse determine un developpement faible des 
rameaux qui sont le plus souvent nombreux et courts. 

Presque toutes les espdces sont perennantes, susceptibles de 
passer une ou plusieurs annees sans produire de graines, ni 
raeme de fleurs. 

Les plantes se protegent de diverses manieres contre l'excds 
de la transpiration, contre la dessication qui les menace dans 
les conditions speciales oii elles vivent ; divers m^canismes leur 
permettent de manager avec economie le peu d'eau dont elles 
disposent pendant la pSriode de vegetation. 

Le froid ne paralt nulle partassez rigoureux pour supprimer 
la vegetation, meme -dans la Siberie orientale, oil ont ete 
observes les temperatures les plus basses, bien inferieures aux 
temperatures extremes observes sur les hauts sommets. 

Les m&nes causes produisant les memes effets, le climat 
commun aux montagnes ^levees du monde entier impose les 
m§mes formes aux vegetaux qui les peuplent, bien que ces 
vegetaux appartiennent aux families naturelles les plus diverses. 

Les espdces alpines n'ont pas d'ailleurs partout la meme 
origine; le peuplement actuel de chaque massif montagneux 
est le r£sultat de migrations diverses dont il est possible d'eta- 
blir la succession et d'analyser la part individuelle pour les 
grands massifs europeens, dont on sait bien peu de chose pour 
le reste du monde. 

En somme, la flore des hauts sommets est beaucoup moins 
pauvre qu'elle ne semble au premier abord. II y a lieu de 
penser, avec M. L. Vaccari, que rien ne saurait Tempecher 
d'atteindre les plus hautes cimes du globe, que la flore nivale 
rCa pas de limite superieure. Autant qu'on la connait aujour- 
d'hui, la flore nivale est de plus en plus debarrassee de tous 
les elements d'origine etrangere; elle est de plus en plus exclusi- 
ment alpine k mesure qu'on s'eieve, tout au moins dans les Alpes 
meridionales. 

Et maintenant, pour fmir, nous osons adresser une supplique 
h. nos confreres, les amoureux de la montagne. 

Nous avons essaye de montrer que la vegetation si clair- 
semee des sommets est pourtant soumise &deslois; elle Test 
dans ses migrations et dans les phases de son evolution. 

Vous tous que guide la passion de la decouverte, qui inter- 
rogez le Sphinx majestueux des cimes inviolees pour lui 
demander l'explication des mystdres de notre monde, aidez-nous. 



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LES HAUTS SOMMETS ET LA VIE VfiGtiTALE 183 

Vous avez remarqu^ que, vous parlant de flore nivale, nous 
avons empruntS presque tous nos exemples k une zone interieure; 
c'est que les observations relatives k la flore nivale proprement 
dite sont plus rares encore qu'elle m§me n'est pauvre. 

Les problSmes que nous vous soumettons n'ont pas, sans doute, 
l'interet majeur immSdiat des problSmes de g6odi§sie, de geogra- 
phic g6n&rale et de bien d'autres ; ils touchent pourtant k This- 
toire du monde et vous interesseront, pour peu que vousy songiez. 
— Et puis, les moyens sont si simples ! le materiel dont nous vous 
chargeonssi r&Iuit ! Nous vous demandons seulementd'arracher 
k la fente ou elle s'accroche la petite plante qui s'y blottit, de 
gratter au moyen de votre piolet ou de votrecouteau les mousses 
ou les lichens colics k la roche, de les recueillir dans un frag- 
ment de papier, de le rouler en papillote et de le laisser tomber 
dans votre poche. Au plus prochain arret, si vous ne le pouvez 
tout de suite, inscrivez sur le papier l'altitude indiquee par 
votre barom^tre, d'un mot la nature du sol « calcaire, granite », 
la station « fente, couloir, parois », et Texposition si vous en 
avez le temps. Descendu au quartier g£n£ral, laissez archer 
sur une feuille de papier les papillotes rapport^es d'une m§me 
excursion, sans les ouvrir, mettez-y une date et tels details 
que vous jugerez utiles et prenez la peine d'envoyer le petit 
rouleau par la poste k un botaniste curieux de ces questions. 
II vous sera reconnaissant, vous le dira si vous lui en fournissez 
les moyens et vous contribuerez, probablement sans beaucoup 
de peine, & jeter de la lumtere sur des points encore obscurs 
de l'histoire de la vie k la surface de la terre. 

BIBLIOGRAPHIE 

Bonnier G. — Recherches sur 1'adaptation des plantes au climat alpin 
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Ch. flahault. 

Institut de Botanique 
de VUniversiti de Montpellier 
16 Janvier 1905. 



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LA DATE DE L'EXCURSION 

DE PARROT AU MONT ROSE 

Parmi les hommes de science qui ont porte\ il y a un siecle envi- 
ron, le barometre dans les regions glacSes des Alpes, Friedrich Parrot 
a droit a une mention. Frappe* de rincohe>ence des chiffres donn6s 
pour Taltitude limite des neiges perpStuelles en divers pays de mon- 
tagne, il se proposa d'elucider ce point en ce qui conccrnait le ver- 
sant meridional du Mont Rose. 

Le programme 6tait simple; l'exe*cution fut rapide. Depart de 
Milan le 13 Septembre, le 18, tentative poussSe jusqu'a 3.900 m. 
d'altitude sur les ne>6s du glacier du Lys en compagnie de Zums- 
tein, Inspecteur des forSts a Gressoney. En raison du brouillard, il fut 
juge* inutile ou imprudent d'aller plus haut. Le 27 Septembre, re tour 
a Milan. Parrot avait recueilli une ample moisson de lectures baro- 
meHriques, assez peu d'impressions pittoresques ; tout au moins n'a- 
t-il pas juge utile de faire part de ces dernieres au public. Sa rela- 
tion, inse>6e dans un journal scientiflque aujourd'hui assez rare (1), 
a trait uniquement au probleme special qu'il s'Stait pose*. 

Quel est maintenant le miltesime de l'exploration de Parrot? De 
Welden, 6crivant peu d'ann£es apres sa belle monograpbie du Mont 
Rose (2), la place en Septembre 1817. Adolphe Joanne, dans les 
anciennes Editions de son itine>aire de la Suisse, a fait de meme, 
et, a ma connaissance, tous les auteurs qui parlent de Fexploration 
de cette partie des Alpes ont suivi. J'ai reproduit le mSme cbiffre 
dans un article intitule" : Uhistoire du Mont Rose avant 1855, et ins£r6 
dans YAnnuaire du Qub Alpin Francais pour 1891. 

RScemment M. H. Beraldi, dans le septieme volume de son capti- 
vant ouvrage : Cent Ans aux Pyrenees, a fait remarquer que la date 
du 18 Septembre 1817 6tait certainement inexacte. Parrot a fait dans 
cette m£me ann6e 1817, une visite aux Pyr6n6es. II eHait le 17 Sep- 
tembre a Gedre, le 20 au Mont Perdu. II dit lui-meme qu'il est parti 
de Strasbourg en Juillet, a pied, pour arriver a Toulouse en Aout avec 
les instruments qu'il avait au Mont Rose. 

Sur le conseil de M. H. Beraldi, j'ai recherche le r6cit original de 
Parrot. II existe a la bibliotheque de l'lnstitut, et, en le feuilletant, 
j'ai e"te" mis sur la voie de l'origine de l'erreur. On trouve pour les 
dates allant du 13 au 27 Septembre les locality visiters, les altitudes 
obtenues, mais nulle part le mill&ime. Le fascicule mensuel ou a 
paru Particle ne porte que la date de 1817 et le n° 4. II renferme le 
bulletin m£t6orologique d'Avril et le compte-rendu d'une stance 
tenue en Mai. Sa publication se place tres probablement en Mai, 

(1) Fbiedbich P abbot, Ueber die Sehneegrdnze auf der mittaglichen Sett* 
der Rosagebirgee und barometrische Messungen. — Schweiggers Journal fur 
Ohemie und Phyeik, Bd XIX, Jahr 1817, Viertes Heft, p. 361. Nurnberg. 

(2) L. V. Wbldbn, Der M onte Rosa, eine topographische und naturhistorische 
Sktxxe, p. 7. Wien, 1824. 



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186 ILLUSTRATIONS 

tout au plus en Juin 1817, et le voyage de Parrot doit remonter a 
l'6t6 precedent. L'auteur, Scrivant dans l'hiver de 1816 a 1817 en 
vue d une publication prochaine, n'a pas pens6 qu'une equivoque 
putse produire sur la date et a negligS de l'indiquer expressement. 
De Welden, ne trouvant point dans Tarticle Pindication de Fannie, 
a pris simplement celle qui figurait en tete du journal. 

En resume^ il est certain, comme M. H. Beraldi Pa signale* le pre- 
mier, que l'excursion de Parrot est anteneure a 1816, et Ton peut 
done consid6rer comme extrdmement probable qu'elle se place au 

ISSeptembre 1816. 

P. PUISEUX 



ILLUSTRATIONS 

1° Effet d'orage sur la Muselle. — L'entree dans la vallee du Veneon, 
par le Pont Saint-Guillerme et retroite route qui conduit au Bourg de Ru, 
est certes pittoresque, et pourtant combien plus belle est Parrivee par le 
Col de l'Alpe du Mont de Lans. A la descente, la Roche de la Muselle est la 
qui s'impose par son altitude, par l'&egance de ses formes si varices, par 
Fopposition de ses glaciers, de ses cascades avec le vert si dm des prairies 
et des forGts qui encerclent le V6n6on. Et quand, la pluie passee, les nuages 
roulent encore sur les cimes, le spectacle devient vraiment grandiose. 

— Photo de M. G. Oddoux, photographe a Grenoble face a la p. 156 

2° Escarpement S. du Yeous, d'apres un cliche du Lieutenant Le- 

moinne face a la p. 162 

3° Massif du Leviste, vu du Y6ous, d'apres un client du Lieutenant 

Lemoinne fae a la p. 164 

4°, 5° et 6° Les Hauts Sommets et la Vie V6getale, trois planches, 

d'apres des dessins a la plume de M. J. Goujet face A la p. 174 

7° Refuge du Glandou. — La creation recente de la nouvelle route 
du Glandon vientde mettre a portee de tous un endroit tres recu!6 des Alpes 
delphino-savoisiennes. Jusqu'ici il n'6tait guere connu que de quelques rares 
alpinistes. La Section de Maurienne du G. A. F. a cru faire ceuvre utile en 
creant un refuge au Col du Glandon. Ce relai sera certainement tres utile au 
service de voiture organise par le Sjndicat d* Initiative de la Savoie et du 
Dauphine\ il concourra a attirer les touristes dans cette region nouvellement 
ouverte et e'est pourquoi, depuis les communes inte>ess6es jusqu'aux che- 
mins de fer, tous sont venus apporter leur obole. Mais il est un petit massif 
presque inconnu, qu'il contribuera a mettre en valeur aupres des alpinistes, 
les Aiguilles de l'Argentiere. Indiquees par M. Cadiat, explores par MM. de 
Marcieu, Dulong de Rosnay, Rebout, Basset, M. et Mme Pail Ion, M. Louis 
Reynier, etc., et enfin g6odesiquement fouillees par M. P. Helbronner, elles 
ofTrent une tres interessante ecole d'escalade, ou toutes les pointes n'ont pas 
encore 6t6 visiters. Le cartouche du premier plan montre le refuge; sa situa- 
tion se trouve a droite, au col, sur le versant N. E. ; le massif du Bee d'Ar- 
guille et du Puy Gris (cartouche en haut a gauche) ainsi que toute la 
vallee qui remonte au Col de la Croix de Madame est visible du refuge. 

— Photos communiques par M. Abrioud, du Syndicat d' Initiative de la 
Savoie face d la p. 184 



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EXPLORATIONS NOUVELLES EN 190'*. 

Pic de M&de (2.410 m. env)., pic non marque sur la carte 
E. M. F., feuille Foix S. O. — 17 Mai 1904. — Vicomte d'UssBL 
avec Pierre Rattzy, d'Auzat. 

Le Guide Joanne des Pyr6n6es, 1901, p. 290, parlant du lac 
d'Aub6, dit qu'il est « doming a TO. par la pyramide inaccessible 
du Pic de Mede ou de Serons (2.498 m.) ». Le Pic de Mede est 
distinct du Pic de Serons, le premier est situ6 au S. E. de TEtang 
d'AoubS, tandis que le second se trouve a TO. 

Le vicomte d'Ussel avec le guide Pierre Rauzy en a fait la pre- 
miere ascension le 17 Mai 1904. Le depart s'est fait d'Aulus par 
l'itineraire suivant: — Valine de Fouillet; — Cirque de Casariens; — 
Etang d'Aoub£; — mont^e au col a l'extremit^ de l'arSte E. du pic; 
— descente sur le versant d'Ars pendant quelques metres pour 
atteindre un couloir a cette epoque de Tann^e plein de neige; — esca- 
lade du couloir dans la roture situ£e entre la colonne de neige et 
les parois rocheuses ; — enfin, dalles lisses de granit. 

Le sommet a 2.410 m. env.; vue des plus mMiocres. 

Descente par le m£me chemin. 

A part la mont^e du couloir de neige qui a £t6 delicate, 6tant 
donnee la saison, aucun obstacle de premier ordre ; il se peut cepen- 
dantque ce couloir ne soit praticable qu'avec de la neige. 

Benseignements de M. le vicomte d'UssEL. 

Grande Gasse (3.861 m.), ascension par la face S. E. — 10 Juil- 
let 1904. — E. Gaillard et R. du Verger avec Damevin. 

La face S. E. de la Grande Casse est la grande paroi rocheuse qui 
se dresse d'un seul jet au N. d'Entre-deux-Eaux (1 ) ; elle est siilonnee 
par d'immenses couloirs. (Test la constitution de cette face qui a 
fait donner au sommet qui la couronne le nom de Pointe des Grands 
Couloirs, sous lequel il est design^ sur la carte Sarde (1/50.000% 
feuille Mont Iseran, 1852), et sur la carte E. M. F., jusqu'a la revision 

(1) V. la gravure de la p. 120 (N. 3 de la Montague). 



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188 CHRONIQUE ALPINE 

de 1895 (1). Ce nom est ensuite passe* de la pointe au glacier qui 
en descend vers le Col de la Vanoise, lequel est appete actuellement 
Glacier des Grands Couloirs, bien qu'il se trouve sur la face opposeo 
& celle des couloirs. 

La face S. E. fut employee pour la premiere fois pour atteindre 
la Grande Casse, par M. Messimy avec le guide Blanc le Greffier, le 
25 Aout 1894 (R. A. 1895, p. 52) et cet itineraire fut depuis suivi k 
la descente par M. Bonnard, egalement avec le guide Blanc. 

La seconde ascension de la Grande Casse, par la face S. E., fut 
faite, le 10 Juilletl904, par les lieutenants R. du Verger et E. Gail- 
lard avec le guide Damevin. L'itine>aire suivi fut sensiblement le 
meme que celui d6crit par M. Messimy, sauf dans sa derniere 
partie. En arrivantau sommet de la paroi rocheuse, au lieu d'aller 
au Col des Grands Couloirs, pour de \k rejoindre la route ordinaire 
par TarSte neigeuse O., la caravane se dirigea, par la grande pente 
de glace, presque directement au sommet, se tenant ainsi sensible- 
merit & droite de TitinSraire Messimy ; cependant Tarete terminale 
fut atteinte k TO. du sommet. 

Depart d'Entre-deux-Eaux, 3 h. 15 matin. 

Arrive e au sommet, 12 h. 25 soir. 

Grfice k une neige exceptionnellement bonne, le Refuge Felix Faure 
fut atteint en 1 h. 55 de marche depuis le sommet, par le Glacier 
des Grands Couloirs. 

Renseignements de M. E. Gaillabd. 

NOUVELLES ALPINES. — Alpes, du N. au S. 

Le Planet-sur-Argentieres. — La route de Chamonix-Mar- 
tigny sera ouverte vers le 15 Avril. II est bien descendu une grosse 
avalanche sur le versant N. du Col des Montets, mais r agent- voyer, 
d' accord avec le Syndicat des Hdteliers, a decide* de mettre les 
ouvriers n£cessaires pour Touverture de la route. 

Chamonix. — Apres le tour du Mont Blanc en skis qui, favo- 
rise* par le temps, a brillamment r^ussi, le Club des Sports Alpins a 
organise* une course generate au Col de Voza, le 5 F6vrier dernier, 

(1) M. Coolidge, dans la Revue Alpine, 1904, p. 289, fait observer que la 
Grande Casse est appelle par Gottlieb Studer : Moulin de Primou ; la 
carte sarde appelle Molinet de Bramans la Pointe 3806 actuellement connue 
sous le nom de Pointe Mathews, du nom de son premier explorateur. N'y 
a-t-il pas un rapprochement a faire entre ces deux d6nomiaationst La 
Grande Casse domine le vallon de Premou, alors que la Pointe Mathews se 
trouve sur le versant de Bramans, et il serait inte>essant de rechercher la si- 
gnification des termes « moulin, molinet, mulinet t> appliques a des sommets. 



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NOUVELLES ALPINES 189 

Vingt-quatre skieurs, dont quatre demoiselles, y prirent part. Lo 
depart s'effectua en trafnaux k 6 h. 30 du matin. Les freres Payot 
avaient ouvert THotel do Bellevue pour la circonstance. Un confor- 
table dejeuner y fut servi, apres quoi la grande caravane commence 
la vertigineuse descente; elle rentrait & Chamonix, sans accident, k 
6 heures du soir. 

La course duClub Alpin Fran$ais a eu lieu les 5 et 6 Mars, par un 
temps splendide. Neuf skieurs de la Section de Paris etcinq de Cha- 
monix y prirent part. Partis le dimanche k 7 h. mat de Chamonix, 
ils atteignaient le Col de Balme k midi, Trient k 3 h. et Vallorcine k 
6. h. 30 soir. Le lundi, la caravane, augmented de cinq autres skieurs 
d'Argentieres, partait de Vallorcine k 2 h. 30 mat, atteignait le 
sommet du Buet k midi 30 et effectuait le retour k 4 h. soir. En 
dlfalquant les arrets on arrive, pour la course du Buet (3.109 m.), 
k ce rlsultat remarquable pour les skieurs de Paris non entrained et 
k la periode d'apprentissage du ski : 

montSe : 8 heures. 
descente : 1 h. 45 ! 

Actuellement, nous en sommes k la pe>iode intermediate, sans 
grand inte>6t, sans faits d'alpinisme. 

Communications de M. le D r Payot, 5/4/05. 

Courmayeur. — L'hiver qui vient de s'e'couler a 6t6 ici sec et 
non rigoureux, en ge* ne*ral ; les prairies commencent k re verdir, et, sur 
les montagnes, il ne reste qu'une faible £paisseur de neige; il est 
done presumable que les ascensions ou le rocher domine seront 
possibles des le mois de Juin. 

Un service d'automobiles d'Aoste k Courmayeur, pour la prochaine 
saison, est en projet 

Laurent Bareux, ge*rant du refuge Torino, 2/4/05. 

Val d'Is&re. — Le 20 Mars, il est descendu des pentes N. de la 
TSte du Lac de L'Ouilletaz une avalanche poudreuse qui a parcouru 
1.500 m., sur une largeur de 100 m., elle a traverse* la grande 
route en aval du hameau du Laisinan; cinq minutes plus tot elle aurait 
englouti deux hommes qui transportaient du foin en tralneau. 

Vers la fin Mars, M. Gaillard, lieutenant au 158° de ligne, est 
venu en compagnie d'un de ses amis faire des exercices de skis ; ils 
ont constats que le territoirede la commune se prSterait k merveille 
pour l'etablissement d'un centre de ce sport. 

Victor Mangard, guide de l rt cl., 6/4/05. 

13 



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190 CHRONIQUE ALPINE 

Pralognan. — Un delachement du 22' bataillon de Chasseurs 
Alpins, comprenant douze sous-ofliciers, caporaux et chasseurs, 
•ousle commandement du lieutenant Favrel, vient d'effectuer d*int6- 
ressantes marches en sku 

Ce petit detachement, parti le 4 Mars d'AlbertvilK a rejoin t, 
veadredi soirlO, sa parnison, apres avoir foumi des etapes moyennes 
de 50 kilometres, comme celle de Beaufort-sur-Doron a Saint-Gervais 
par exemple, en traversant le Col du Joly ou le vent 6tait tell^meut 
violent que les hommes, apres avoir fortement enfonc6 leur baton 
ferr6 dan? la neige, devaient se coucher pour ne pas Stre enlev6s 
comme une plume. 

Malgr6 les fatigues endur4es, les petits chasseurs etaientenchantes 
d'avoir accompli un tel exploit. 

Joseph-Antoine Favre, guide de l" cl., 3'4/05. 

Allemont. — On pent deja aller a 1.000 m. et meme 1.500 m. 
fans trouver de neige. Ici, les prairies commencent a verdir; les 
ramiers, les hirondelles et les etourneaux sont arrives. 

A la fin du mois, les courses comme la Croix de Chamrousse, la 
Croix de Belledonne et les Petites Rousses seront possibles. 

Pierre Gnbt, guide de 1 M cl., 3/4,05. 

La B^rarde. — II n'y a gueie possibility de faire des courses 
en montagne en ce moment: la neige est encore a 2.000 m. et la 
on elle est, il y aurait danger d'avalanche. Si le mois d'Avril est 
beau, on pourra franchir les cols faciles dds le commencement de 
Mai, ct vu la petite quantite de neige torn bee cette snnte, la saison 
de tourisme pourrait tres bien comrnencer au d6but de Juin. 

La paiile des refuges sera changee dans le courant de Mai. 

J.-B. Rodieb, guide de 1" cl., 4,4/05. 

Pyrenees. 

Campan. — Malgr6 les abondantes chutes de neige du d£but de 
Mars, les communications par voiture avec Bagneres ont pu etre 
malntenues; mais dans le haut de la vallee, elles ont 6t6 interrompues 
pendant quelques jours. 

Les versants sont deneige*s jusqu'a 1.300 m., et la neige n'existe 
plus que par plaques jusqu'a 2.000 m. Au dessus, elle est dure et 
n'enfonoe que legerement. 

On annonce que la route de Gavarnie, con pee au Chaos depuis le 
commencement de l'hivercst repar6e et que la circulation en voiture 
est retablie. 



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REFUGES ET HOTELS 191 

On an nonce egalement la reconstruction, par 1' administration des 
Ponts et Chaussees, de )a Can tine du lac d'Orredon enlevee par une 
avalanche pendant l'hiver 1903-1904. 

L. Lb B ndidiee, 3/4/05. 

Gavarnie. — Depuis le 18 Mars, jour de .'ouverture du cherain 
a la circulation, quatorze voitures et six automobiles sont arrives 
a Gavarnie, avec soixante personnes. 

Tous les chemins sont praticables aux touristes entrained. Deux 
alpinistes sont venus passer une nuit dans le refuge -abri Lourde-Ro- 
cheblave; Ps6taient nantis de skis. Lcur descente a ete extremement 
rapide. lis ont trouv6 Tentr6e du refuge obstru6e par un amas de 
neige et ontdu casser un carreau de la fenetre pour pouvoir penetrer. 
Bboga, Observatoire Lourde-Rocheblave, 2,4/05. 

Saint-Lary (Vallee d'Aure). — Le 3 Mars, une tourmente de 
neige asspz forte s6vitdans notre valine. N6anmoins, une caravane 
aragonaise, arrivee la veille au soir a THopital du Riou-Majou, 
reussit a franchir le Port du Plan par la Sencarria, Funique voie 
praticable en hiver 

— La commune de Guchen, qui a deja sillonn6 la vaste sapiniere de 
YAoua de nombreux sentiers, vient d'en faire construire un nouveau 
pour faciliter 1'ascension du Pic de Li a (Petit Arbizon). 11 part du 
chemin de la Hourquette d'Ancizan, a 300 m. environ du pont du 
Lavedan pour s'elever par de nombreux lacets jusqu'aux prairies de 
la Carde, a l'oree de la foret qui domine le hameau d'Ousten. 

Francois Mabsan, 6/4/05. 

REFUGES ET HOTELS 

! Refuge PClix Faure. — Le refuge a 6W visits au commence- 
in nt de Fevrier par des malfaiteurs. On ne pourra connaitre Tim- 
portance du vol que lorsque le gerant, qui habite Chamonix, aura 
visit e les lieux. Une enquete est ouverte. 

J.-A. Favbb, guide de 1" cl., 3/3/05. 

Refuge du Promontoire — Ce refuge va 6tre dot6, par la 

Section de l'Isere du C. A. F , pour la saison prochaine, de six 

matelas en crin vegetal pour garnir le lit de camp superieur destine 

aux touristes, et de six couvertures en plus. 

J.-B. Rodikb. 

Chalet Refuge de Rabuons (2.540 m. env.). — La Section 
des Alpes Man times a mis a execution, en 1904, un projet depuis 



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192 CHRONIQUE ALPINE 

longtemps 41abor6, la construction dans la haute valine de la Tin6e, 
sur les bords du lac de Rabuons, d'un refuge destine k faciliter 
l'accds des cimes du Massif du T6nibres et aussi k permettre un 
sSjour dans un site merveilleux, qui peut Stre avantageusement 
compart k celui des Sept Laux. 

La Section des Alpes Maritimes a contribuS k la d6pense pour la 
somme de 1.500 francs et la Direction centrale du C. A. F. pour 
5.000 francs. La commune de Saint-Etienne de Tin6e a conc6d6 gra- 
tuitement le terrain et les bois nScessaires k la construction. 

Le refuge a 6t6 6tabli sur une Eminence rocheuse situSe k 
r altitude de 2.540 m. en v.; il est distant du lac de 50 m. et se 
trouve k 20 m. au dessus du niveau des eaux. 

La construction en ma$onnerie a 6 m. sur 10 m. 40; elle com- 
prend au rez-de-chauss£e une grande salle et une cuisine, et au 
premier Stage deux dortoirs. Celui des touristes contiendra seize 
couchettes, Pautre est r&erv6 aux guides. 

Les travaux ont 6t6 surveill&s par M. Ch. L6e-Bross6 avec un 
dGvouement qui n'a eu d'6gal .que les difficult^ de tout genre qui 
se sont pr&entees. Le refuge est actuellement clos et couvert, il ne 
reste k achever que l'installation int&ieure. II sera done pret pour 
la campagne de 1905, et sera inaugurS le 14 juillet. 

Refuge de l'Aigle. — Les journaux du Dauphin^ ont insinul 
r&emment que la Section de Paris du G. A. F. avait l'intention de 
construire ce refuge qui a d£j& occupy, k plusieurs reprises, la presse 
alpine. Faute d'entente entre les guides, le refuge qui devait 6tre 
Sdifte auRocherde l'Aigle (3.445 m.) fut, gr&ce aux fonds fournispar 
le journal le Lyon R&publicain, mis en place dans le vallon du Mau- 
rian, prfcs du col Lombard et des Aiguilles d'Arves; et le Rocher de 
l'Aigle, cette 6tape de la grande Meije, ce point de depart pour la 
Meije Centrale et la Meije Orientale attend encore un abri. 

Contrairement k l'indication ci-dessus, nous croyons savoir 
qu'aucune decision n'a 6t6 prise par la Section de Paris, qui a sim- 
plement consults les diverses sections de montagne du C. A. F., en 
vue de faire une 6tude approfondie de la question, avant de voir s'il 
y avait lieu, pour elle, de se consacrer k un travail de ce genre en mon- 
tagne. 

Peisey. — Un de nos coll&gues, grand alpiniste, a dte tr& heureux 
de trouver, Y6t6 dernier, dans ce joli centre, k proximity du Mont 
Pourri et de 1' Aiguille du Midi de Bellecdte, une de ces bonnes 
petites auberges de montagne, ou, le soir venu et l'ascension ter- 
mini, on trouve comme jadis,non pas l'hospitalite du caravanstoail, 



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GUIDES. — SCIENCES ET ARTS 193 

mais une bonne cuisine et une propret6 honorable. II nous prie de 
recommander l'H6tel des Glaciers k Peisey-Nancroix. Voilk qui est 
fait 

GUIDES. 

Courses de guides. — Une 6preuve de ce genre avait 6t6 en 
projet il y a une dizaine d'annSes dans l'Oisans, mais elle n'avait pu 
aboutir, soit que l'id^e ne fut pas mure, soit que les details d'orga- 
nisation n'aient pas rlpondu aux desiderata de ceux qui devaient 
y prendre part. 

En 1904, la course Cauterets-Vignemale a donn6 des r&ultats ing- 
ress ants par raffluence des concurrents et aussi par la vitesse et 
Tendurance constates. En 1905, cette Spreuve se courrade nouveau, 
et Ton annonce des 6preuves semblables k Gavarnie et k Luchon. 

La Section du Ganigou du G. A. F. a d6cid6 l'organisation d'une 
course en montagne dans le Massif du Ganigou, dans le but de 
donner une occasion aux professionals de se r£v61er, et aux ama- 
teurs de s'en trainer mSthodiquement, d'approfondir la science de la 
marcbe en montagne; cette 6preuve sera organise de mantere k 
garder le caractdre sportif, « sans tourner k Tacrobatie, qui ne 
prouve rien et a donner la palme aux quality d'endurance, d'en- 
tralnement m6thodique, de connaissance scientifique et pratique de 
la merche en montagne et de ses conditions ». 

La course aura lieu le 16 Aout prochain, de Vernet-les-Bains k 
Vernet, par Balatag, le Chalet gard£, le Pic, la Valine de Cady, 
Mariailles, le Gol de Jou et Gasteil. Des controles et des postesm6di- 
caux seront &helonn& sur le parcours. 

11 y a \k une introduction dans 1' Alpinisms des m^thodes sporives 
des autres exercices physiques qu'il 6tait curieux de signaler. L'essai 
est particulterement difficile k conduire sur notre terrain ; mais il 
pourra 6tre int£ressant de g£n£raliser les records d'endurance et de 
Vitesse que seuls jusqu'ici les alpinistes exerc^s avaient notes : 
moyennes d'altitude franchies suivant le temps 6coul6 (coefficient de 
fatigue), suivant le terrain (coefficient de difficult^), suivant la pente 
(courbe des pentes et introduction du coefficient d'horizontalite), etc. 

SCIENCES ET ARTS 

La Commission de Topographic du Club Alpin Frangais. 

— L'id6ede crter une Commission de Topographie Alpine, dont Pob- 
jet principal serait P6tude topographique de la haute montagne, fut 
6mise au d6but de D6cembre 1902 par M. Paul Helbronner, qui la 



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in CHR0N1QUE ALPINE 

confla a M. Henri Vallot En quelques jours, a la suite des d-marches 
des deux promoteurs, un groupement.de profession ne!s,g6odesiens et 
topographes, etait constitue, comprenant, avec eux, MM. le colonel 
Prudent, le commandant Bourgeois, Fr. Schrader, Joseph Vallot, et 
peu apres Emm. de Margerie. Des le 10 D6cembre, au banquet 
annuel, cette creation etait annonc£e par M. Schrader, president du 
Club Alpin, sous la designation d' « Ecole de Topographic ». 

Les fondateurs furent d'avis de demander au Club Alpin Francais 
de comprendre leur groupcment, tout en lui conservant r autonomic 
n6"cessaire a son genre de travaux, parmi les commissions perma- 
nentes de la Direction Centrale, a laquelle ils apportaifnt ainsi, sans 
grever en rien son budget, les avantages d'un organisme tout pret a 
fonctionner. Cette organisation fut consacrle par la Direction Cen- 
trale dans la seance du 6 Janvier 1903, et la Commission se constitua 
regulierement le 2 f6vrier, avec le colonel Prudent comme president 
et M. Henri Vallot comme secretaire. Les fondateurs avaient decide, 
des le d^but, qu'il convenait d'adjoindre a la Commission, a titre 
consultatif, des membres correspondants, choisis parmi Ins person nes 
disposers a raider dans son ceuvre, soit par leurs travaux personnels, 
soit par les concours qu'elles pourraient susciter. Cette adjonction a 
Fa vantage, sans modifier en rien le cadre primitif, d'admettre a par- 
ti ci per aux travaux de la Commission des topographes dont le 
nombre peut n'etre pas limite, et qui peuvent £tre choisis meme en 
dehors du Club (1). 

La Commission a un budget modeste, compartiment special de la 
Caisfic a" Action en Montague, aliments uniquement par les dons 
affectes aux etudes topographiques; il y a lieu d'esperer que ce fonds 
s'accrottra, quand le but de la Commission et les services quelle peut 
rendre seront plus connus, et. par suite, mieux apprecies. 

II ne suflisait pas de creer un organisme; il fallait encore lui 
donner une regie de conduite, une methode de travail, afin d 'as- 
surer une certaine unite dans Texecution, et aussi d'empecher, 
comme cela est arrive si souvent, que faute de suivre une methode et 
de . c e conformer aux principes de la saine topographie, les bonnes 
volontes ne restent sterileset impuissantes ou ne s v *garenl dans une 
fnusse voie. La Commission a resolu la question en chargeant son 
secretaire de rediger, d 'apres un programme dont elle esquissa les 
grandps lignes, des instructions speciales qui serviraient de guide 
aux opera teurs. C'est ainsi que fut publie, en Avril 1904, le Manuel 

(1) La liste des membres titulaires et correspondants est publiee chaqu* 
an nee avec celle des Ccmmissions de la Direction Centrale. 



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SCIENCES ET ARTS 195 

de Topographie Alpine (1), et, en Juin de la mSme ann6e t les Ins- 
tructions pratiques pour V execution des Triangulationscomplementaires 
en haute montagne (2); un exemplaire de ces ouvrages fut adresse" k 
chacun dps membres titulaires et correspondants de la commission. 
De plus, des exercices pratiques sur le terrain furent institues aux 
environs de Paris, pour familiariser les ope>ateurs avec les instru- 
ments et les proceeds dont ils auraient a faire usage sur le terrain. 

Les remarquables tri angulations ex6cut£es par M. P. Helbronner, 
en 1903, dans les massifs d'Allevard, des Sept Laux et de la Belle 
fitoile, et, en 1904, dans ceux de Belledonne, des Grandes Rousses 
et des Vrves, ont donne lieu a une importante publication de Tauteur 
dans YAnnuaire du C. A. F. de 1903, et a un com p to rendu som- 
maire dans le n° 1 de 1905 de La Montagne. 

Parmi les autres eludes entreprises, on doit citer une tri angula- 
tion ex6cut6e Panned derniere, dans la region d'OreMon, par le lieu- 
tenant d'artillerie Maury, pour servir de base au prolongemcnt des 
leve*s de detail au 20.000* dont il poursuit Tex^cution d^puis plu- 
si>oirsann6es dans le Massif de Neouvielhe, avec la c llaboration, 
d'abord de M de Saint-Saud, puis de PingSnieur des Ponts et Chaus- 
s6es Eydoux ;ces leves= r£pon«Jent a un plan d'ensemble m£thodique 
qui conduira prochainement, avec des collaborations nouvelles 
acLuellement pr^vues, a la construction d'une carte a grande £chelle 
dune region de 150 kilometres environ, comprise entre Luz et la 
Haute valine d'Aure. Les lev5s des Pyr6n6es, grace a rinitiative du 
lieutenant Maury, sont done en bonne voie. 

M Paul Girardin, professeur de TUniversit^ de France, actuelle- 
ment deMache" a PUniversite de Fribourg (vSuisse), a importe dans 
son enseignement de g£ographie physique les idees, les methodes et 
les instruments recommandes par la Commission ;de plus, il a fait, en 
1903 et en 19 .4, dans la Haute Maurienne et la Vanoise, des recon- 
naissances ayant principalement pour but des etudes de glaciologie; 
il a execute" e"galemc nt plusieurs lev6s a grande echelle des fronts 
de glaciers de ces regions. 

M. de Flotte de Roquevaire, auteur de la meilleure carte du 
Maroc actuellement existante, est parti Tanne> derniere en mission 
dans cettscontrtfe, avec une preparation qui permetd'afllrmer qu'il 
en rapportera des documents de nature a faire faire un important 
progres a la geographie de ces territoires encore fort mal connue. 

(1) H. Barrdre, editeur, Paris. — Compte rendu par !e Commandant Bonr- 
ge'M*. Bull'tin Men*u*l du C. A. F. de Juin-Juih>t 1904, paf?e 212. 

(2) G. Ste nheil. editeur, Paris. — Compte rendu par le Commandant Bour- 
geois. La Montagne, 1905, page 95. 



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196 CHRONIQUE ALPINE 

II convient de signaler egalement les deux campagnes de MM. Jean 
et Louis Lecarme dans le Massif du Mont Blanc, consacr£es a la 
continuation des leves photographiques de la carte au 20.000° de 
MM. Henri et Joseph Vallot, dont ils sont ainsi devenus les zeles 
collaborateurs. 

Enfin la Commission s'occupe Egalement de toponymie ; elle a recu 
a ce sujefc une tres importante 6tude de M. F. Arnaud, fruit de 
quarante ann6es de reconnaissances et de laborieuses recherches 
dans rarrondissement de Barcelonnette. 

On voudra bien remarquer que, en dehors de certaines etudes ou 
operations ayant un objet special, les leves topographiques dans les 
Alpes ne sont encore qu'a l'6tat de projet ; le zele des alpinistes, qui 
s'est largement manifesto depuis nombre d'annees dans les publica- 
tions alpines par des critiques de la carte de l'E tat- Major et par des 
vceux ardents pour une representation plus correcte de la haute 
montagne, ne doit pas se refroidir au moment ou il s'agit de passer 
a FexScution ; toutes les bonnes volont6s peuvent coope>er a l'ceuvre 
commune, en se groupant autour du premier noyau, et en coor- 
donnant leurs efforts dans le sens indiqu£ par la Commission de 
topographic; on ne peut, a cct 6gard, que s'associer pleinement aux 
conclusions de r article r^cemment publie dans La Montagne, sous 
Inspiration de M. P. Helbronner, et souhaiter que les amateurs de 
topographic alpine se met tent a l'ceuvre en envoyant a la Commis- 
sion leur adhesion et leurs travaux. 
Paris, 10 mars 1905. 

L 1 . Col 1 . Prudent. H. Vallot. 

Exposition des Peintres de Montagne. — La huitieme 
Exposition de cette society a 6t6 ouverte au milieu d'une brillante 
affluence, le 16 Mars 1905, par M. le Sous-Secretaire d'Etat des 
Beaux- Arts qui a acquis, pour le compte de 1'Etat, une des ceuvres 
du maltre Desbrosses. 

Elle s'est poursuivie, avec un grand succes jusqu'au 9 Avril; notre 
collaborateur, M. Henri Bregeault, fera, dans notre prochain nume>o, 
un compte rendu illustre" de cette solennit6 qui interesse a la fois 
Fart et Talpinisme. 

Le President du C. A. F., M. E. Caron, a 6te\ a la tombola orga- 
nised entre les membres d'honneur, Theureux gagnant d'une somme 
de 300 francs offerte par la Society des Peintres de Montagne, en 
vue d'acquenr une des ceuvres exposSes; son choix s'est porte sur 
« Le Vieux Port au Lac du Bourget », une des toiies de M. Ca- 
houd. 



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I 

DIVERS 197 

DIVERS. 

Distinctions. — La Soci^te* de G6ographie vient de d^cerner le 
prix, Ch. Grad, au Rev. W. A. B. Coolidge pour son ouvrage Josias, 
Simler et les Origines de UAlpinisme jusqu'en 1600. Nojs avons dit 
ici meme, a plusieurs reprises, le bien que nous pensions de ce volume 
et nous felicitous a nouveau l'auteur de cette distinction si me>it6e. 

Vitesse de chute de la neige. — Un de nos collogues nous 
communique Tobservation suivante faite, le 23 F6vrier, sur la chute 
de la neige par temps calme. Visant les flocons les plus gros et, par 
consequent, les plus visibles qui descendaient le plus pres de safenfctre, 
sans remous apparents, il a determine" leur vitesse de chute. Une 
moyenne de cinquante observations lui a donne pour 2 m. 15 de chute, 
une vitesse de 1"6, soit 1 m. 34 a la seconde ou 4.837 m. a l'heure. 
II nous demande s'il existe d'autres observations de ce genre. S'il y 
en a, nousserions heureux que Ton veuille bien nous les signaler. 



NOUVELLES BIBLIOGRAPHIQUES 

Lalibrairie alpine Gratier et Rey, de Grenoble, met en souscription, 
au prix de 50 fr., un volume qui, a en juger par le specimen que nous 
avons sous les yeux, sera tres soigneusement illustre\ II s'agit de 
« La Meidje et les Escrins », texte par Daniel Baud-Bovy, illustra- 
tions en couleurs du peintre Hareux. M. Baud-Bovy, fils du peintre 
Suisse qui a laiss6 de si belles ceuvres, est un Scrivain de metier, 
qui a donne d£ja d'excellents ouvrages, comme : A tracers les 
Alpes, le Mont Blanc, etc. Quant a M. Hareux, il ne craint pas d'af- 
fronter les altitudes et nous 1' avons rencontre^ s'accommodant de 
l'hospitalite' primitive des chalets, et travaiUant sans rel&che, sauf 
aux heures deTendues,... a midi etla nuit. M. Hareux a recueiUi sur 



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198 BIBLIOGRAPHIE 

placates elements de ses cinquante dessins ou vignettes, et des vingt- 
cinq tableaux destines a etre reproduits hors texte. Detail assez ori- 
ginal, le papier blancsera recouvert d'une tcinte plate d ungris leger, 
le Wane pur des dessous etant reserve aux valeurs claires des illus- 
trations. 

REVUE DES PRINCIPAUX PtiRIODIQUES 

Bulleti del Centre excursioaista de Gatalunya. annee 
1904; 2416 de 408 p.; ill; Barcelona, 1904. 

Course d'hiver au port de Venasque, par M. J. Soler y Santalo; 

Fensemble de la Serra de Cadi, par M. Torras; monographie du 

Valles, par M. Font y Sague\ avec esquisse d'une carte g^ologique, 

etc. Le Bulletin est com me d'habitude, 616gamment illustr6 etd'un 

excellent aspect typographique; il contient a cote* des articles que 

nous signalons comme particulieremont int6ressants pour les alpi- 

nistes, n ombre de notices arch£ologiques, historiques, etc., sur la 

Catalogne. 

J. Ronjat. 

Annuaire de la Societe des Touristes norvggiens pour 
1904; 24/16 de IV-264 p. avec 49 ill.; Kristiania, Groendahl, 1904. 

Tres inWressants recite d'ascensions dans les montagnos norve- 
giennes (surtout parrai les courses nouvelles, p. 51, 100, 154); obser- 
vations sur les mouvemente des glaciers du Jotunheim (p. 14 0; 
bonnes notes de toponymie (p. 148); curieux article sur les anciennes 
explorations de la Norvege, avec des fables extraordinaires emprun- 
te*es au bon Pontoppidan sur les serpents de mer, l'eau transpa- 
rente jusqu'a 500 pi*»ds de profondeur, etc (p. 1). 

La Societe* compte 2.221 membres ; eJle entretient huit chalets 
gardes; elle a commission^ vingt-sept guides, tons munis de bous- 
so!e et de cartes, et sachant s'en servir. 

J. Ronjat. 

Club alpino italiano. — Rioista M ensile del C. A. /.; 24 16 de 
XV-496 p.: Torino, 1901. — Les douze fascicules de 1904 continuent 
arendre compte de la grande activity des alpinistes dMtalie. Chaque 
nume>o contient rSgulierement au moins un article sur une ascen- 
sion importante avec une photographie hors texte tres soignee. La 
chronique alpine et la chronique des sections sont inte>essantes et 
quelques articles varies sur Tart et la litte'rature dans leurs rapports 
avec la montagne rompent TinSvitable monotonie d'une publication 
d*un caractere si special. L'analyse des articles prendrait trop de 
place, mais voici, mois par mois, Vindication des plus remarquabies 
d'entre eux : 



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OUVRAGES DIVERS 199 

Janvier. — Le versant meridional de la Presolana, Prealpes 
de Bergame. Le grand Mythen. 

Fierier. — La Torre d'Avardo (3.075 m.) et le grand Furcahorn. 

Mars. — Article important sur M. Janssen et Tobservatoire du 
Mont-Blanc, par M. Abbate. Compte rendu de la premiere exposi- 
tion de l'Art alpin a Turin (6bauches, Etudes et dessins). 

Avril. — Premier congres national des skieurs avec de charmantes 
photographies prises au Col de Sestridres. 

Mai. — Ascension du sommet Savoia, au Spitzberg par S. M. la 
reine Marguerite (Aout 190 {)• 

Juin. — Le cirque terminal du vallon de Polset (Alpes de 
Savoie). 

Juillet, — Le versant nord de l'Adamello, avec une magniflque 
photographie de M. V. Sella. 

Ao4t. — Premiere ascension de F Aiguille Perc6e (3.447 m.), groupe 
de la Levanna par M. H. Mettrier avec le guide Jean Marie Blanc 
de Bonneval. 

Septembre. — Relation tres d6taill6e du congres du Club Apin Ita- 
lien de 1904, sous les auspices de la Section de Turin. Ce congres 
eut ceci de particulier qu'il eut lieu en partie sur le territoire fran- 
$ais. Les congressistes furent recus au Col d'Arnas par M. Fode>6, 
president de la section de Maurienne, du C. A. F., qui vint a la fron- 
tier leur souhaiter la bien venue et leur offrir le champagne. On 
dejeuna joyeusement a Lanslebourg. Toast chaleureux de M. le pre- 
sident Gonella. Marseillaise et marche royale d Italic Puis nos col- 
legues d'ltalie gagnerent le col du Mont Cenis, les uns en carrosse, 
les autres a pied. Inutile de dire que les pie tons arriverent les pre- 
miers par le chemin dp la Ramasse. 

Ocobre. — Pose d'une statue de la Vierge par les guides de Cour- 
mayeur sur la Ucnt du fi&mt. 

Novembre. — Dolomites d'Ampezzo, Monte Cristallo. 

Dhembre. — Ascension du Mont Leone par le Glacier de Hoh- 

matten. — L'usage du sucre dans la montagne. 

£. DnflL 
OUVRAGES DIVERS 

Henri Beraldi. — Cent ans aux Pyrinfes, 26/17 de V-353 p.; Pa- 
ris, 1904 — C'est le tome VII. Est-ce le dernier? En fous cas, 
c'est le plus gros de tous, et le plus rempli. « Quoi! pourrait-on 
dire tant de choses dans les Pyrenees! » Voila un historien qui 
semblait avoir termini son oeuvre; en rangeant ses documents, il 
trouve encore de la mature premiere pour quelques pages de chro- 
n<que;il en fait 347, dans lesquelles il reprend, en sous-ceuvre, tout 



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200 BIDLIOGRAPHIE 

ce qu'il avait d'abord neglige" comme de second ordre, et qui, main- 
tenant, rel'ie* au tissu ge*n6ral, fait partie integrante de lTiUtoire. 
Puis, cette histoire mdme, il s'apercoit que pour changer de forme, 
elle n'en continue pas moins; qu'il faut, pour dtre complet, la suivre 
dans son evolution. A la d^couverte succedent la photographie, 
les syndicats d'initiative; apres ceux qui ont fait la troupe, vien- 
nent ceux qui TSpluchent, l'analysent, la critiquent et parfois la 
continuent; a la suite de quelques-uns, tout le monde. 

De la, dans ce volume, un fourmillement extraordinaire, invrai- 
semblable. Autour de quelques noms nouveaux qui Emergent avec 
une note nouvelle, Cadier, Briet, Spont, d'Ussel, et dont l'auteur en- 
richit sa galerie d'6chantillons psychologiques, grouille avec le mur- 
mure d'une mar6e montante la foule innombrable. 

On pourrait la croire d6pourvue d'inte>et. L'historien, avec rai- 
son, n'en juge pas ainsi. Journaux quotidiens, revues locales, bro- 
chures, albums, platitudes, incoherences, il note tout, fait tout entrer 
dans son tableau. Tant mieux pour qui a prononce une parole sin- 
cere ; tant pis pour qui a dit une sottise. lis sont marques, classes, 
et de main de maltre. Une seule chose manque a cet infini d6pouiI- 
lement d'un siecle ; un index alphabe* tique que l'auteur sans doute 
voudra nous donner un jour, fil d'Ariane dans son « enqueue a 
deux entries », ou le Temps et l'Espace, se croisant dans des 
interferences innombrables, suivent, quittent, reprennent sans cesse 
les monts, les hommes, les faits, avec une precision impeccable et 
une richesse d'in formation de^concertante. 

Le volume s'acheve sur une note melancolique, au milieu de la 
mSdiocrite envahissante de ceux qui ne comprennent rien, sauf la 
« mise en valeur », de ceux qui suivent sans savoir pourquoi, qui 
viennent pour venir, qui parlent pour parler, qui d6te>iorent pour, 
am&iorer. a C'est flni, » conclut melancoliquement la preface. 

Non, ce n'est pas fini. C'est l'&ge ingrat qu'il faut traverser, 
autre chose y succSdera. A la pe>iode d'utilisation et de vulgarisa- 
tion a outrance, qui use des progres pour les avilir, succ^dera, par 
la force merae des choses, une pe>iode meilleure, que des signes 
prScurseurs annoncent d6ja de loin. Peut-etre Beraldi lui-m6me la 
verra-t-il nattre et la racontera-t-il. Son dernier chapitre, intitule* 
a Fin(?) », montre bien que, dans sa pens£e, rien n'est fini. Bien plus, 
ii s'arr&te et conclut sur cette parole strange : a Apres plus d'un siecle 
et 60,000 pages, le livre complet sur les Pyrenees... reste a faire. » 

Ici, pour la premiere fois, notre historien commet une erreur. Ce 
livre complet, — qui ne peut pas Stre une ceuvre purement per- 
s onnelle, mais bien une synthese, rattachant en un faisceau l'ceuvre 



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LIVRES ET ARTICLES 201 

collective de tous ceux qui ont echang£ avec les Pyre'n^es quelque 
chose d'eux-memes, — ce livre complet, il est fait, admirablement 
fait, et par lui. 

F. S. 
LIVRES ET ARTICLES 

Sous ce titre nous comprenons par sujets ou par regions : 1° les livres 
traitant de I'Alpinisme ou de sujets connexes, venus a notre connaissance; 
2° le sommaire des articles originaux des principaux penodiques alpins fran- 
$ais ou etrangers; 3° les articles de revues franchises sur des sujets concer- 
nant I'Alpinisme. 

N.-B. — Les livres oo revues suivants sont entros par dons dos aateurs ou eaMteurs ou 
par echange, le mois dernier, dans la bibliolheque du G. A. F., oCi its resteront a la dispo- 
sition des membres du Club, lis ne pourront elre empruntes arant le 20 Mai 1905. 

G£h£baijt£s. 

Prince Roland Bonaparte. — La Jonction des Galeries du Simplon. 
La Nature, 18/8/05. 

Note interessante par les chiffres etles schemes qu'elle contient; a retenir 
la vitesse d'ecoulement du torrent (5.245 m. a I'heure, sur pente de 7/1000), 
cPapres des donnees experimentales que Ton n*a pas souvent 1' occasion de 
preciser. 

Paul Joanne. — Dictionnaire giographique et adminietratif de la France, 
7° volume (SE-Z); 33/25 de 952 p., avec 450 gr. v 18 plans, cartes et gra- 
phiques dans le texte, 16 cartes hors texte; pr. 40 fr. ; Paris, Hachette, 1905. 

II en sera rendu compte ulterieurement. 

A. Maskell et R. Demachy. — Le proctdi a la gomme bichromate; 
19/12 de IV-86 pages avec figures; prix : 2 francs, Paris; Gauthier-Villars, 
1905; don de Vediteur. 

Ce proc£d6 qui donne, p res que a volonte, des effets si artistiques, devrait 
§tre Studie par les alpinistes : la montagne s'y prete plus qu'aucun autre 
genre. 

Henry Spont. — Le Tour de France pyreneiste. — Le Role des 
Guides. Le Tour de France, Mars 1905. 

Albert Londe. — La photographic a Viclair magnisique ; 28/16 de 
FV-99 pages avec 23 figures et 8 planches; prix : 4 fr.; Paris, Gauthier- 
Villars, 1905; don de l'editeur. 

Prof. D r Alfred R. v. Wrestschko. — Ernst Demelius. Sein Leben 
undWirken 1859-1904; 23/15 de31 p. (lphotogr.); Innsbruck, Wagnerschen 
univ. Buchhandlung, 1905; don de l'6diteur. 
Alpbs occidentals s (Savoie, Dauphine\) 

£douard Barneaud. — Remollon ; 21/15 de 6 p. (1 ill.); Gap, Jean et 
Peyrot, 1905. 

Petite monographie sans pretention ou le touriste glanera quelques obser- 
vations curieuses. 

F. Bosson. — La valine des fonds. Ascension du Buet. UAlpiniste, 
mars 1905. 

B. Gaillard.— D6me de Vald'Isere (3.033 m.). Revue Alpine, Mars 1905. 
H. Rostolland. — Caravanes scolaires organisees au college de 

Valence; 25/17 de 117 p.; extr. BulL II, Section de la Dr6me ; Valence, 
1905. 
Depuis 1889, M. Rostolland, secretaire general de la Section de la Drome, 



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20* BIBLIOGRAPHIE 

n'a cease d'organiser et de dinger aver succes pour les Aleves du College de 
Valence, une serie d'excursions des plus interessantes. 11 nous en donne aujour- 
d'huile r6cit attrayant dans sa simplicity, orn6 de jolies photographies. Sous sa 
conduite aussi experimented qu* affect ueuse, ses jeunes camarades ont par- 
couru les parties les plus pittoresques de la region, escalade les cimes envi- 
ronnantes, et parfois fait de veritables voyages qui les ont conduit jusqu'a 
la Grande-Chartreuse, a Chamonix et a Ai^ues-Mortes. Dans une alerte pre- 
face, M. Rostolland nous dit comment il fut gagne a la <au*e de l'Alpinisme, 
puis a celle des oara vanes s^olaires, et comment il sut faire partager ses 
gouts et ses idee* aux matt res et aux eleves en les conviant aux conferences 
organisers par la Section de Valence. Exemple suggestif a proposer a eel les 
de nos Sections qui ont neglige cet article primordial de nos Statuts, 1'appel 
aux jeunes l A ce tit re, on ne saurait trop louer I'organisateur d6voue et le 
narrate ur excellent des voyages en zig-zag valentinois, et 1'encourager a 
persister dans ses heureux efforts. Julien Brbgeault. 

Adolf oyl?eder. — Une traversed de la Meije (3.S 87 m.). {Mitt, der 
Deutsc'ien und (Ester. Alpenvr reins. Mars 1905. 

A. Via 6(ic. — Six mo is daas les neige*\ Tarentaise et Maurienne (jour- 
nal d'un officer); 1 ,12 de 263 p., 20 illustrations hors texte; pr. 3 fr. 50; 
Moutiers-Tarentaise, Ducloz, 1J05; don de 1'editeur. t Sera analyse. J 

Alpbs ceictralbs (Suisse, Tirol.) 

G. Ha^lsr. — Deux nouvelles voies d'acces du Finsteraarhorn. (Esterr- 
Alpent., Mars 1 ,05. 

A. de Salve rte. — Le Pigne d'Arolla, 7 et 8 Aout 11)04. VEcho des 
A I pes. Mars 1^05. 

P. Sis ley. — Les dents de Vei3ivi. Revue Alpine, Mars li»05. 

Alpbs orientalbs (Dolomites, Alpes Autrichiennes). 

Dott. Giulio Kugy. — Le Jof del Montasio (2.755 m.). Premidre as- 
cension d'hiver. Alpi Giulie. Mars 105. 

Dr. J. S .ha.'f au. — Des bains de Moos a la Kreuzbergpasse. (Esterr. 
Touristen-Zeit.. Mars 1905. 

Pyr£n£es. 

Ch. de fer d'Orleans. — Voyages a* excursion dans le centre de la 
France et les Pyrenees. Brochure de vulgarisation; panorama a vol d'oiseau 
des Pyrenees; illustrations^. 

Henry Spont. — La peche dans les lacs des Pyrenees. Tour de France, 
Mars 11)05. 

Caucasii. 

E.-A. Martel. — La Colonisation russe au Caucase : la Riviera d'Asie. 
La Nature, 18 mars 1905. 
As IK. 

Emile Bourdaret. — En Corte ; 19 12 de 363 p., 30 gr. hora texte, 
prix : 4 fr.; Paris, Plon, W04; don de 1'editeur. 

En dehors de son actuality, oe livre presente quelque inUret pour ceux 
que la montagne interesse. 11 y a en Cotfe. dans le Kan-ouen-to, un mas- 
sif montagneux nomme le Keum-kang-sane, la montagne sacrte, emplie de 
monasters bouddhistes. M. Bourdaret nous donne quelques d^tals, trop 
peu, sur la montagne de Diamant, et beaucoup sur lea monas teres. 



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Mars 19x^5. — Piriodes trh variables, avec manifestations tres diverges 
dan? la haute montaene. nei^e. gresil et premieres pluies. Accusation nette 
de la difference de c.limat entre Alpes et Pyrenees. Dans les Alp«»s«le mois 
de mars a ete tres mauvais, il n\v a eu que dix jours de beau temps (J. -A. 
Favre) »: dans les Pyrenees ♦ I'ensemhle du mois a <He bean, dix-sept jours 
ensoleilles, einq tourmentes de vent et une de neige (Brora) ». 

Le l er , minimum de 750 sur Marseille, bourrasque a la Brtrnrde. I* mini- 
mum se comble du 2 au 4, assez beau. Le 5 apparition d'un minimum ecos- 
sais, Alpes et Pyrenees 765 entre deux depressions. gre.sil a la Berarde. Beau 
les 6 et 7. apparition et et abasement d'un coin de fortes pressions sur les 
Pyrenees (770) etsur leq Alpes (765); le 8, un vent violent souffle de cet an- 
ticyclone et le 9 une depression anglaise (740) ameneciel couvertet brumes 
dans les Alpes. 

Du 10 au 24, situation profondtment troublie sur toute l'Europe, un mi- 
nimum norvegien (735), et un autre sur Genes (760) 10 cm de neiffe a la 
Berarde (J.-B Rodier). hourrasques les 11 et 12 et jusqu'au 24. alternatives 
de quelques rares eclaircies et de temps variable, colncidant avec la pre- 
sence de fortes depression* a isobares tres rapprochees, 715 sur l'lrlande, le 15, 
et 760 surle* Alpes ou le ciel est convert et pluvieux. Le 18, 20 c m de neige 
a la Berarde, alternatives de nuageux et de chutes de gresil les 19, 20, 21. 22, 
suites de situation barometrique tres inhales, variation de 5 m m de pression 
pour toute l'Europe (le 21). Le 24, bourrasque dans les Alpes determined 
par un courant de petites depressions dans I'axe des Alpes. 

Du 25 au 30 piriode assez belle. Temps nuageux et incertain dans les basses 
altitudes. Le 31 pourtant, pluie a la Berarde. 

Neiges et pluie*. — A Pralocrnan (J. -A. Favre), onze chutes differentes 
de neige ayant donne 73 c/m et au pluviom^tre (68,6 m/m), avec coefficient de 
1/10,6; pluies ayant donne 39.9 mm; — a la B6rarde, (J.-B. Rodier) 30 c m de 
neige; & la fin de mars la valiee du V6n6on est presqu'entierement debarras- 
s6e des neiges de Phiver, sauf aux endroits face au N., a 1'adroit la limite 
est a 2.000 metres.; dans les Grandes Rou*ses (Ginet), la pluie de la fin du 
mois fait reculer fortement la limite inferieure des neiges; a Campan (Le 
Bondidier), neiges abondantes au debut du mois, ou P6paisseur est de 50 c m. 
L'epaisseur de 5 a 6 ra. aux terrasses de TObservatoire du Pic du Midi n'etalt 
plus que de 3 m. 66 le t<> mars; a Gavarnie (Observatoire Lourde-Roche- 
blave), auatre jours de neige donnant 26.3 m m et six jours de pluie 37,6 m m. 

Avalanches. — Une signalee a Val d'Isere (V. Mangard). une a Aigue- 
blanche; nombreuses et descendant de tons cdtes, mais peu import antes, a 
Pralognan (J.-A. Favre); pas de notables a la Berarde (J.-B. Rodier), 
quelques petites coulees sans grands degats. 



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DIRECTION CENTRALE. 

Stance du 5 Avril. — Pr^sidence de M. Caron, president 

Etaient presents : MM. Schrader, Garbe, Lemercier, Emile Belloc, 
Henry Cuenot, Duval, Guyard, Joanne, le colonel Prudent, Sau- 
vage, le docteur Vagnat, president de la Section de Briancon, de 
Cessole, president de la Section des Alpes-Maritimes; MM. les de!6- 
gu& de Section : Richard -Be>enger (Isdre), le commandant Bour- 
geois (Vosges), Lefrancois (Canigou), Thiollier (Forez), Diehl (Car- 
thage), Demanche (Pau), Bregeault (Haute-Bourgogne), Barrere 
(Lons-le-Saunier), Ncetinger (Provence), Tournade (Pyre*n6es cen- 
trales), Malloizel (Sud-Ouest), Henri Vallot (Midi), Laugier (Alpes- 
Maritimes), Chatelain (Nord-Est), de Jarnac (Nord), le docteur 
Cayla (Lot-et-Padirac), Ghevillard, secretaire g£ne>al. 

S'eHaient fait excuser : MM. Puiseux, Joseph Vallot, le prince 
Roland Bonaparte, Sestier, Richard, Berthoule, Matter, H6brard, 
Bernard, Janet, B6nardeau, Reinburg, Boland, Tignol. 

Sur le rapport de M. Cuenot, presents au nom de la Commission 
des Publications, la Direction Centrale vote la somme de trois cents 
francs a 1'effet de subvenir aux frais du concours de photographies 
projete* pour 1906. 

Sur la proposition de M. Belloc, la Direction Centrale dlcerne 
la grande m^daille du Club a M. Henri Beraldi, pour son important 
ouvrage sur les Pyrenees. 

Sur le rapport de M. Cuenot, presents au nom de la Commission 
des Travaux en montagne et des Guides, la Direction Centrale 
accorde le patronage du Club Alpin Francais a la Society pour Fam6- 
nagement des montagnes et lui vote une somme de deux cents 
francs. 

Le commandant Bourgeois, au nom de la Commission des Cara- 
vanes scolaires et d'Alpinisme militaire, rend compte des operations 
qui ont eu lieu en 1904 etpresente le module du brevet destine aux 
candidate ay ant subi les ^preuves avec succes. 



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CHRONIQUE DES SECTIONS DU C. A. P. 205 

M. de Gessole annonce que le Refuge de Rabuons sera prochaine- 
ment termini. Son inauguration aura lieu le 14 Juillet 

M. Lemercier donne lecture du rapport annuel de 1904, r6dig6 
par M. Matter. 

M. Pierre Reinburg, d61egu$ de la Section de Bagn&res-de-Bigorre, 
est nomme rapporteur pour l'ann6e 1905. 

La Direction Centrale recoit divers ouvrages de la part de leurs 
auteurs ou de leurs 6diteurs. Elle adresse ses remerciements aux 
donateurs. 

Commission des caravanes scolaires et d' Alpinisms 
militaire. — Brevets d'alpinisme militaire. — Les 6preuves pour 
l'obtention du brevet d'alpinisme du Club Alpin Francais auront 
lieu, en 1905, du 1" au 15 Aofit. Les dates exactes en seront flx6es 
ulterieurement. 

Les centres d'examen choisis en 1904 sont main ten us pour 1905 : 
Briancon, Ghamonix, Grenoble, Moutiers, Nice, Bagneres-de-Bi- 
gorre, Bagn6res-de-Luchon. 

Les candidats, membres du Club ou des Caravanes scolaires, ou 
jeunes gens prisentes par le President de Vune des Sections du C. A. F. 9 
devront faire connaltre, avant le IS juin, par une lettre adress^e au 
Secretaire general du Club Alpin Francais, 30, rue du Bac, a Paris, 
le centre d'examen qu'ils auront choisi; ils devront ensuite presenter, 
a la Commission d'examen, une autorisation de leurs parents et jus- 
tifier qu'ils sont age's de dix-huit ans au moins. 

La Commission rappelle aux int£ress& que des d-marches sont 
faites aupres de M. le ministre de la guerre pour obtenir que le 
brevet d'alpinisme recoive une consecration officielle de sa part. 

MM. Aramond Joseph et Nogu&s Fabien ont obtenu le brevet 
d'alpinisme du Club Alpin Francais, a la suite des gpreuves organi- 
sers par la Section de Bagndres-de-Bigorre, en Aotit 1904. 

Commission des Travauz en montagne et des Guides. 

— Couvertures de campemenu — En vue de require les frais qui 
incombent aux Sections ayant a se procurer des fournitures pour 
leurs refuges, et dans le but aussi de diminuer les risques de detour* 
nements, la Commission des Travaux en montagne s'inqutete, depuis 
un certain temps, de creer des types uniformes pour certains objets 
servant a l'am^nagement des refuges. 

Elle s'est occup^e tout d'abord de la question du couchage. A la 
suite de ses propositions, la Direction Centrale a adopte un type de 
couverture pr&ent6 par nos collogues MM. Vincent Vitalis, vice- 

14 



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206 CHRONIQUE DU C. A. F. 

president de la Section du Midi et Alexandre Vitalis, de la maison 
Vi talis et C", manufac tuners en draps, k Lodfcve, Herault 

Ce type de « Couverture de campement », de 2 m. 40 sur 1 m, 90, 
du poids de 3 kilogr., pr6sente, tisse dans retoffe, outre la marque 
de fabrique dans un angle, aux trois autres angles les initiales 
C. A. F., et, en diagonale, en toutes lettres « Club Alpin Francais ». 

Ces couvertures moelleuses et chaudes ont 6t6 mises k l'essai et 
ont fait un excellent usage k l'Observatoire Vallot et au Refuge des 
Bosses. 

Le prix de ces couvertures, par faveur etsous reserve d'une com- 
mande d'une certaine importance par le C. A. F., sont c£d£es, par 
les fabricants, au prix relativement minime de 11 francs. 

Pour faciliter aux Sections leurs achats de quelque faible impor- 
tance qu'ils soient, la Direction Centrale a, dds maintenant, fait une 
commande suffisante et les Sections qui d&sireraient se procurer ces 
couvertures peuvent en faire de suite la demande au Secretaire ge- 
neral du Club. 

CHRONIQUE DES SECTIONS. 

Section de la Corse. — Assemblee generals annuelle du samedi 
8 Avril 1905, au sttge du Club Alpin, 30, rue du Bac. 

Aprds adoption du rapport presents par M. Ch. Leca, secretaire- 
general, et approbation des comptes de MM. Demartini, tresorier, il 
a ete precede au depouillement des votes pour Election du pr&i 
dent. M. le marquis d'Ornano, president sortant, a ete reeiu pour 
l'exercice 1905. 

L'Assembiee a vote des felicitations k M. Philippe Leca, pour sa 
nomination d'Officier d'Academie et a donne mission officielle k 
M. Henri Boland, president d'honneur de la Section, de faire, en Sep- 
tembre prochain, en compagnie de M. Leca, une serie de conferences 
en Corse, pour aider k l'organisation touristique du pays et seconder 
Taction du Syndicat d'Initiative de la Corse. 

Section de la Cdte-d'Or et du Morvan. — A V Assemble* 
gSnerale du 27 mars, M. Rene Defoug, directeur de TEnregistre- 
ment k Dijon, a et6 nomme president de la Section. 

Section d'Embrun. — Assembled genirale du 19 Mars 1905. 
Presidence de M. V. Bonniard. — Situation morale et financidre : 
l'actif de la Section est de 877 fr. 55 ; mdme nombre de membres 
qu'en 1904. — Courses collectives en 1904: le 21 Avril, Cascade de 
ChAteaurouxj du 22-25 Mai, voyage k Turin j le 16 Juin, Aiguilles 



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CHR0N1QUE DES SECTIONS DU C. A. P. 207 

de Chorges; le 23 juin, Pic de Morgon; le 7 Juillet, Col des Tourettes 
et le Distroit ; le 17-18 Juillet, le Glacier Blanc ; le 21 Aout, fate 
alpine a Saint-Roch; la moyenne des participants aux diverses 
courses a ete de vingt; plusieurs des excursions ont ete scolaires et 
ont reuni de nombreux Sieves. 

Projets pour 1905 : 30 francs sont votes pour les defenses de la 
ffite Alpine; 30 francs sont votes pour les cara vanes scolaires. A ce 
propos, la Section exprime le desir de compter, parmi ses adherents, 
un plus grand nombre de membres de Tenseignement public, attendu 
que le developpement physique, intellecluel et moral de la jeunesse 
a toujours ete Fobjet de sa constante sollicitude. — Une commis- 
sion des courses est nominee pour eiaborer le programme de 1905. 

Section du Forez. — Conseil cT administration pour 1905. — Pre- 
sident, E. Pinoncily. Vice-Presidents, J. Jarray, J. Larcher. Tr&o- 
ier, F. Savolle. Secretaire-General, L. de Lamberterie. Secretaire des 
Seances, E. Bertheas. Bibliothecaire, 7. DuprL Deiegue a la Photo- 
graphie, Fayard. Gonseillers, J.B. Chenouf, C. Glatard, J. Chenouf, 
A. Swarts, M. Tardy. Conseillers supplants, N. Thiollier, Fayard, 
G. Troyet, Chapuis. 

Section de l'Isexe. — Courses collectives d'hiver. Pour la pre 
miere fois depuis nombre d'annees, le programme d'hiver a pu Hre 
rempli normalement. 

Le 12 Fevrier, c'etait un circuit de col routier en Chartreuse; 
rien de bien neuf, mais les quarante et un adherents du Cuckeron 
(et Ton refusa du monde !) montrerent une fois de plus combien, a 
Grenoble, Ton est friand du tralneau. D'ailleurs, excursion tres bien 
organisee et men£e a remarquable allure. Ciel superbe, gorges de 
Tun et Tautre Guiers impressionnantes a souhait. Jusqu'a un cha- 
mois, qui, non loin du pont Saint- Bruno, vint se faire admirer de la 
caravane, par une delicate attention sans doute pour les nom- 
breuses dames qu'elle comptait. 

Au re veil, le 19 Fevrier, la lune brillait encore ; au depart, le ciel 
etait entierement voile! Mais, lentement, les brouillards s'abais- 
serent. La traversee des cretes du Grand-Veymont fut une course en 
sac et, heureusement, l'entrain des sept alpinistes defiait toute d6f ail- 
lance. Neige profonde et a raquettes dans le bas, tan tot poudreuse 
et tantdt dure a point dans le haut. Elle etait poudreuse au Pas du 
Fouillet (ou Pas des Bartes), et devant le danger de filer en avalanche 
nous dumes faire le tour par le Col des Bachassons. Sur les cretes, 
un « petit vent du Nord » nous enduit la figure de glace, cependant 
que la neige se met a floconner gafment. Au sommet (2.346 m.) 



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208 CHRONIQUE DU C. A. F. 

pourtant, le soleil glisse un rayon, permettant la prise d'un groupe 
documentaire : tout a I'heure justement, les indigenes temoigneront, 
a regard de notre notre ascension, la plus amusante incredulite. 
L'impeccable direction de notre commissaire nous amdne droit an 
Pas de la Ville ; au bas, belle glissade ; voici bientot les champs de 
Gresse. Haltes comprises, la montee nous avait pris 7 h. 45, la des- 
cente 3 heures. 

Les a collectives » — et c'est un de leurs cotes interessants — 
encouragent a gouter du rocher bien des touristes qui sans elles 
ne s'y ddcideraient jamais. Notre promenade du 19 Mars Ta 
montre une fois de plus : des 27 personnes (dont un enfant et 
7 dames) qu'elle a rSunies au sommet de T Aiguille de Quaix, 
nombre n'avaient encore nulle escalade a leur actif. Et quelle 
surprise, pour le groupe principal, de se voir devance par un trds 
prudent professeur, arrive la-haut par la face N., le « passage 
D odero » aux rares prises ! II faut dire que l'expenence et la r6pu* 
tation alpines de nos commissaires inspiraient k tous cette con* 
fiance qui assure la victoire. Temps splendide, trajet varie, accueil 
empress^ et combien nutritif chez notre hote de Quaix, tout s'est 
reuni pour nous faire une deiicieuse journee. 

P. L. 

Section du Mont Blanc. — Assemble annuelle du 5 Mars 1905. 
M. Morel-Fr6del, president, rappelle les travaux effectu^s en 1904 : 
1° achfcvement de reparations au nouvel itineraire pour acceder de 
Tete Rousse a V Aiguille du Gouter, en evitant les dangers du Grand 
Couloir; 2° restauration du refuge deteriore, en 1903, par des alpi- 
nistes Strangers. Des remerciements sont votes a MM. Jean et Fre- 
deric Payot et J.-F. Perroud qui, aides de vigoureux ouvriers et 
porteurs, ont fait, en JuilletetSeptembre 1904, cesdifficiles travaux. 

Enfin, M. Morel-Fredel est heureux d'annoncer a l 1 Assemble que 
la Direction Gentrale, dans sa stance du l cr Mars 1905, vient de voter 
une subvention de 4.000 francs pour la reconstruction du refuge de 
T Aiguille du Gouter : cette heureuse nouvelle est accueillie avec la 
plus vive satisfaction par la Section du Mont Blanc qui adresse, a la 
Direction Centrale et & tous ceux qui ont bien voulu proteger ce 
projet, les plus vifs remerciements. 

Les plans et devis proposes par M. Jaillet, architecte, ayant ete 
approuv^s, une commission est charge d'en assurer l'execution; des 
felicitations ont ete votees a M. Jaillet, pour son travail, et M. Bat- 
tendier est charge de convoquer et diriger la commission. 

Le president donne ensuite lecture d'une lettre de M. le docteur 



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LISTE DES MEMBRES NOUVELLEMENT ADMIS 209 

Humbert, deiegue pour la valine du Giffre, proposant des travaux 
trfcs interessants : 1° un sen tier d'acces depuis Huble au Roc d'Enfer ; 
2° un changement d'itineraire pour faciliter, de Sixt, l'acension du 
Col et du Pic de Tanneverge, en se dirigeant k droite du Fer & 
Cheval. Ces projets seront etudies rete prochain. 

Composition du Bureau. — President d'honneur : Af. Joseph 
V allot. Vice-President d'honneur : M. le comte Joseph de Nicolai. 
President : M. Morel-Fridel. Vice -presidents : MM. D r Humbert* De 
Guillin. Secretaire general : M. Gustave Orsau Secretaire general 
adjoint : M . Chavin. Tresorier : M . F. Clerc. Conseillers : MM. Angel 
Blanc, J.-M. Pacthod, Chastel, Jean Char let- Stratton. Administra- 
teurs deiegues : MM. A. Roch, canton de La Roche; Grisel, Cluses; 
D r Humbert, Valiee du Giffre ; E. Battendier, cantons de Sallanches, 
Saint-Gervais et Megeve; Ch. Dupraz, arrondissement de Saint- 
Julien. Deiegue auprta de la Direction Centrale : M. le D r Henri 
Bouquet, 

Section Vosgienne. — Assemblies ginerales des 16 et 28 mars 
1905. — M. Riston ayant cru devoir donner sa demission pour 
raison de sante, M. Paul Warion de Beaumont l'a remplace & la 
presidence. Les autres membres du Conseil d* administration de la 
Section sont : MM. Auguste Thierry-Mieg et Edmond Woelflin, 
vice-presidents ; Rene Mougenot, secretaire general et deiegue aux 
excursions et aux hotels ; Charles Boursier, tresorier ; Jules Knoertzer, 
vice- tresorier; Jean Collesson, bibliothecaire; Camille Brunotte, 
deiegue aux caravanes scolaires et au jardin d'essai; P. Chenut, 
P. Collesson, V. Didier, F. Donders, A. de Metz-Noblat, P. Michels, 
H. de Miscault, Albert Scheurer, Andri Scheurer, E. Schlumberger, 
membres du Conseil; Guyot et Mathieu, censeurs; commandant 
Bourgeois, deiegue pres la Direction Centrale. Sur la proposition 
de M. de Beaumont, MM. Victor Riston et Lion Traxelle ont ete, 
par acclamations, nommes presidents honoraires de la Section. 

A chacune de ces reunions, M. Michels, membre de la Section, a 

fait apprecier par ses collogues ses talents de conterencier et de pho- 

tographe, en leur parlant, la premiere fois, de la Corse, et en les con- 

duisant, la seconde fois, Du Vesuve a VEtna. 

R.M. 

LISTE DES MEMBRES NOUVELLEMENT ADMIS 

(Les noms en italiques sont ceux de$ parrains) 

Section des Alpes Maritime s. — Roxjbb (Jean). V. de Cessole et 
Ch. Lie Brossi; Roux (D* Cesar), V. de Cessole et IP Arnulphy; Pieei (le 
capitaine Bmile), F. de Cessole et Lanii; Saint- Yves (le commandant Al- 



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*10 GHRONIQUE DU C. A. F. 

fred), V. de Cessole et O Pognard; Bubnat (Emile), V. de Cessole et 
O Saint- Yves; Cavillieb (Francois), V. de Cessole et O Saint- Yves; Bbbwoobt 
( Henry -W.), V. de Cessole et D* Arnulphy ; Chevalier (Henri), V. de Cessole 
et D* Arnulphy; Masse (Louis), G. Beri et A. Faraut; Carlo (Annibal), 
Thus et A. Verani; MiLLO (Zacharie), V. de Cessole et Lanzi; Tbanchant de 
Lunbl (Maurice), Poirier et Helbing; Stan (Jean-V.), Fesser et Moguez; 
Bonaparte (le prince Roland), dijd des Sections de Paris, de la Corse, de la 
Haute-Bourgogne, du Mont- Blanc et du Sud-Ouest. 

Section des Alpes Provencales. — Thomas (Octave), Zurcher et Bar* 
donnaut. 

Section de l'Atlas. — Seltzeb (Edouard), 2* Argenson et Reynier; 
Bbssibres (Jean), pricidemment de la Section du Cantal. 

Section d'Auvergne. — Fabre (Charles), Viallefond et Izarn; Bon- 
netoy (Emmanuel), Billy et Sarrut; Rochon (Paul), Billy et Sarrut; Mal- 
ly (D p ), Viallefond et M trial; Bardet (Albert), & Bardet et Louis Jay; 
Vernin de Montcervier (Jules du), Viallefond et Sarrut; Bardet (Edouard), 
ZX Bardet et Louis Jay; Matton (le C), Viallefond et Izarn. 

Section de Barcelonnette. — Graziani (Henri), dija de la Section de 
la Corse ; Godard (Mme Henriette), pricidemment de la Section de la Corse; 
West (P.-G.), A maud et Pellotier; Leblanc (Mme Lucie), A maud et Pello- 
tier; Brocard (Emile), A maud et Pellotier. 

Section Basque. — Artbon (Henri), Croste et Barrire; Baillau, 
ancien membre riadmis. 

Section de Haute-Bourgogne. — Dusuzeau (L6on), J. Bregeault et 
V. Chevillard. 

Section de Briancon. — Alphand (Etienne), Pons et Challier; Hhtas 
(le O*), Escalle et Challier. 

Section du Canigou. — Mirandb (Albert), E. Drancourt et L. J)urand\ 
Dalies (Charles), J. Bonos et N. Caillavet; Almes (Albert), /. Borios et 
N. Cullavet; Sicre (Gaston), N. Caillavet et G. Sicre; Dbloncli (Gaspard), 
P. Trstory et D* Chiffre; Camps (Victor), G. Auriol et L. Bert rand; ABagon 
(Edouard), G. Auriol et F. Dorel; Bonrbpbattx (Laurent), E. Drancourt et 
E. Cazals; Saltraille (Louis), E. Aragon et L. Durand. 

Section de la Corse. — Luciani (Pascal), H. Bo land et Ph. Leca. 

Section de la Gdte-d'Or et du Morvan.— Mercier (Paul), Fontaine 
et Thorey; Messner (Ernest), Fontaine et Boulley, Messner (Alfred), Fon- 
taine et Vernet; FOURNIER (Alexandre), Fournier-Faucher et Fontaine; 
Charles (Just), Fontaine et Maugey. 

Section de la Drdme. — Cras (Jules), E. Mellieret Ruzan. 

Section d'Embrun. — Pouzet (Gaston), V. Bonniard et L. Reynaud. 

Section de l'Espinouse. — ■ Belugou (le D r ), D 1 Faure et & Grave' 
lotte; Hugues, & Faure et & Gravelotte. 

Section de l'lsere. — Vollaibe (Mile Jeanne), Parchet et H. Bow 
chayer; Barbarat (Mme Genevieve), pricidemment de la Section de Paris; 
Perrin (Charles), Chollier et Maguet; Jalabbbt (H.), Helly etMaguet; Bbr- 
tband (le O), ancien membre riadmis; Offner (le D r Jules), Kilian et Lory; 
Monoin (G.). Parchet et Mile Vollaire. 

Section du Jura. — Saillard (Antoine), pricidemment de la Section 
de Paris. 

Section de Lyon. — Servant (Paul), C. Servant et J. Servant; Wort- 
mann, (F.) Faist et Moiroud; Misslin, Faist et Moiroud; Cordisb, D* Com- 
mandeur et P. Guigard; Barbabat (Aim6), pricidemment de la Section de 



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LISTE DES MEMBRES NOUVELLEMENT ADMIS 211 

Paris; Noibclbbc (Maurice), N. Oarron et P. Garnot; Lbstba (D' Aim6), 
D* Siraudet Z* Courmont; Pbtbb (Jules). F. Re gaud et E. Piaget; Gibaud 
(Louis), N. Carton et GUnard; Gibaud (Edmond), N. Carron et J. Biche- 
toilte; Cave (Guy), G. Faist et F. Large; Cambefobt (Gustave), J. Cam- 
bejort et Coulon; Gonnon (Alphonse), F. Re gaud et Carron; Cambbillat, 
I* Bougie r etfr Siraud; Besson (Paul), Leseret F. Re gaud; Chabvebiat 
(Etienoe), Sestier et F. Regaud; Zimmbbmann (Maurice), F. Re gaud et Car- 
ron; Habgoubt- Williams (H.), E. Lamy et Ch. Souchon; Lambbbt (Edouard), 

E. Bouvier etF. Regaud;Uonjth (Mile Genevieve), Lavirotte et Lamy; Tbi- 
caud (le D r ), D* Siraud et F. Regaud ; Renabd (le D r G.), F. Regaud et 
& Siraud; Mezoniat (Eug.). GuilL Nirard et Gust. Nirard; Pebbin (P.), 

F. Regaud et E. Bouvier; Mathibu (le D r Marc), Ed. Lamy et Ch. Souchon; 
Beboeb (Joanny), Paillard et P. Bruyas; Romanbt (le capitaine P. tie), 
Ed. Lamy et Ch. Souchon ; Deflassb (Emile), Sestier et F. Regaud ; Catoux 
(Ant), TV. Carron et E. GUnard ; Chatoux (Mme), N. Carron et E. GUnard; 
Servant (Joseph), C. Servant et J. Servant; Rathoeb (Albert), H. Queyras et 
A. Corrodi ; Eymabd (Valery), G. Nirard et Duseigneur ; Lapobtb (Marius- 
Maurice), R. de Guillin et M. Blanc ; Pidabd (Paul), G. Nirard et P. Bruyas ; 
Gband-Clbmbnt (Luclen), L. Dor et V. Cordier; Chabvet (Mme), V. Ber- 
rerd et F. Bertholon ; Ropostb (Alexandre), Sestier et F. Regaud ; Ghabeas- 
8IN (Joannes), Sestier et F. Regaud ; Janin (Mile Jeanne), Gustave Nirard et 
Guillaume Nirard; J akin (Mile Louise), Gustave Nirard et Guillaume Nirard; 
Gbos, N. Carron et L. Giraud. 

Section du Mont- Blanc. — Bouquet (le D r ), dija de la Section de 
Paris; Vautbbt (Felix), priddemment de la Section de Belfort; Heller 
(Gustave), ancien membre riadmis. 

Section du Nord. — Cabpentieb, M . Maquet et Schotsmans ; Boblot- 
DeLEABDE, H. Beaufort et Mme Barbet-Massin ; Papbgaby, IX Verdun et 
H. Collette ; Cobnbb (Leon), Leviet D* Verdun; Vandbbhaqhbn (Mile AmǤ- 
lie), A. Dubois et H Collette. 

Section du Nord-Est. — Fernet (Victor), F. Fernet et J. Marchandise. 

Section de Pau. — Labobde-Cesaibe, Meillon et Camp an ; de Massias, 
Dubourg et Campan ; Riquoib (Antoine), D* H. Meunier et R. Maussier ; 

Section de Paris. — Klein (Mile Henriette), V. Chevillard et Ed. Sau- 
vage ; Fox-Powys, (Mile Louise), V. Chevillard et Ed. Sauvage ; Fox-Powys 
(Mile Hilda), V. Chevillard et Ed. Sauvage ; Hudelist (J.), A. Robaut et 
L. Desbuissons ; Hudelist (Mme J.)» A. Robaut et L. Desbuissons ; Wibaux 
(Auguste), G. Demanche et E. Diehl; Wibaux (Charles), G. Demanche et 
E. Diehl; Coutbllibb (Eugene), G. Demanche et E. Diehl; Bbailly 
(Mme Berthe), Ed. Mermilliod et P. Tournade ; Bubghabd (Georges), Kocher- 
sperger et Muller; Schmtt (Alexandre), V Chevillard et P. Joanne ; Vimabd 
(Mile Marie), Ph. Faucheyet E. Caron ; Cabpentieb (Lucien), E. Bour- 
sier et P. Savreux ; PouLET (Jules), ancien membre riadmis ; P1N90N (Gus- 
tave), G. Fleury et Gelinier ; P1N90N (Mme Marie), Gelinier et MmeGe- 
linier; Delaunay (Charles), Gelinier et Mme Gelinier; Izembabt (Georges), 
G. Demanche et E. Diehl; Psquignot (Paul), priddemment de la section du 
Sud-Ouest ; Fbsty (Octave), V. Chevillard et E. Caron ; Duchesne- Foubnet 
(Pierre), P. Duchesne- Four net et V. Chevillard ; Ducbocq (Aim6), F. Schra- 
der et Polak; Huband (Paul), A. May et J. Lemercier; Kqbnio (Louis), 
H. Cuenot etEd. Sauvage. Foubnibr (Henri), A. De Jarnac et A. Fournier. 
Cadiat (Victor), dija de la Section des Alpes-Maritimes ; Linybb (Fern and), 
E. Baton et V. Chevillard; Doumic (Jacques), V. Chevillard et E. Cuinot; 



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218 CHRONIQUE DU C. A. F. 

Dainin (Leon), Ad. Boursur et G. Robert ; Lefbburb (Pierre), P. Puiseux et 
B. Wolff ; Michblin (Marcel), P. Puiseux et B. Wolff ; Marin (Louis), 
R. LalUment et Ad. Boursier; Mussat (Albert), Ad. Boursier et V. CheviU 
lard ; Launay( Pierre), Ed. Sauvage et Mme Ed. Sauvage ; Sauvage (Georges), 
E. DiehletEd. Sauvage ; Bbboieb de Beauregard (Gerard), V. Chevillard 
et H.de Noussanne; Gityot (Albert), D T CUrval et Mme CUrval; Guyot 
(Mme Albert), D T CUrval et Mme CUrval ; Guyot (Octave), D T CUrval et 
M me CUrval ; Currib (John Mac Martin), P. Rigot et A. Basset; Ber- 
noulli (Hans Daniel), V. Chevillard et P. Joanne. 

Section du Perigord. — Fougeyrollas (Antoine), Durand de Rame- 
fort etBuffeteau; Dbschamps (Leon), Deluginet Durand de Ramefort;'Rn<- 
cathu (Ferdinand), Pourquii et Delugin. 

Section de Provence. — Gilly (J.-B), Matton et Ed. Burnant ; Levy 
(Maurice), Harris et M. Bourgogne ; Piazza (Dominique), Matton et 
M. Bourgogne; Lacboix (Victor), A. Callot et A. Pellici ; Bourobois 
(Alexandre), A. Matton et Bourgogne ; Castellan (Paul), A. Matton et 
E. Lalubie. 

Section des Pyrenees Centrales. — Gorssb (D r Bertrand), d&j& de 
la Section de Bagnlres-de-Luchon ; Berges (Emile), Camajou et RegnauU ; 
Billaud db Vbaux, Bibent et Labadie ; db Bezin (Guillaume), Regnault et 
D* E. Tachard. 

Section du Sidobre et de la Montagne noire. — Portal (Charles), 
Bardou et D T MellUr ; Tournier (Alphonse), ancicn membre readmis. 

Section du Sud-Ouest. — Chbvallibr (Etienne), E. Beynis et A. Ri- 
chard ; Fourcadb (Armand), G. Forsans et P. Bruylre ; Monpille (Cle- 
ment), A. Bar die r et P. Deserces. 

Section Vosgienne. — Manuel (Rene 1 ), Ch. Mathieu et R. Mougenot ; 
Boulanobb (Georges), Brunotte et MicheU ; Cartier-Brbsson (Jacques), 
Ch. C artier- Bresson et Chenut ; Cartder- Bresson (Bernard), Ch. Cartier- 
Bresson et Chenut; Riston (Jacques), V. Riston et Ch. Boursier. 

Section des Hautes-Vosges (Groupe de Beliort). — Lbobndrb 
(Charles), D T Bardy et Dubail-Roy; Fro s sard (le capitaine), A. Renault et 
D r Bardy ; Grussfelder (Emile), A. Renault et Haumant ; Nicolbt (le D r C6- 
sar), Dudin et D r Bardy ; RuDLEB(Fernand), C. Schullz et D r Bardy ; Sbilbr 
(Florent), Renault et D T Bardy. 



Le gerant : L. Vignal. 



PABIS. TTPOOnAPHII PLON-NOURR1T ET C»% 8, RUB OARANCIBRB. — 6889. 



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Palette 

Par M ,u Mary Paillon 



DU BLEU 



out pres des pentes bois^es, dans la 
fluidity bleue de la vapeur d'eau, le 
lac indigo r6fl£chit le ciel d'azur. 
Sur l'Alpe, floraison par milliers de la 
entiane de Koch, petites urnes tubulaires 
\ se fondent, dans une harmonie delicate, 
Saphir et l'Emeraude. 
Le Myosotis trace un chemin"de Lapis 
au bord du ruisselet s'6coulant du petit lac alpestre. 

Dans les rochers l'Eritrich blottit ses touffes de Turquoises, 
finem?nt serties par le Diamant des gouttes d'eau. 

En haut, les fleurs bleues foisonnent, Jacinthes, Centauries, 
Aconits, Gentianes, V6roniques, Myosotis; toutes ces corolles 
ouvrent, sur le ciel, leurs yeux d'azur reconnaissants. 

Tou jours plus haut, c'est le glacier, le formidable lapidaire 
qui, depuis des si&cles, taille l'aigue marine des s6racs, fagonne 
des crevasses translucides, polit toutes ces gemmes aux scintille- 
ments teeriques, aux reflets bleu&tres de ciel limpide et d'onde 
pStriftee. 

Couleur du ciel, couleur des eaux, le bleu fut avant que la 
terre soit. 

Comme un reflet de la primitive immateriality, cette couleur 
s'est vitrifi^e dans la fleur humaine des prunelles bleues. 

15 



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214 MARY PAILLON 

DU NOIR 

H&rissement de deux sombres pentes qui laissent deviner au 
centre la vallee tapie dans des couches d'ombre. Quelques tou- 
ches de clart6 festonnent la courbe du torrent. 

Ciel noir, sans Stoiles, crepes de deuil des lourdes nu£es; 
Bilence, mystdre, ti6deur, parfums devinSs, encens des M^tezes, 
aromates des Orchis, reverie immobile, lente, vague, inconsciente, 
sommeil 6veill6 dans l'ambiance endormie... 

Soudain, nocturne k deux voix, avalanche de s6racs, chute 
de rochers, rupture de la ligne verticale, cette orgueilleuse pos- 
ture de vie, retour & la ligne horizontale, k Pattitude du repos, 
de la dur6e, de la mort. Jadis soul&vement ou retrait. Aujour- 
d'hui Erosion et nivellement. Chaque age g^ologique a sa 
signature. 

Si « perir est Punique affaire des montagnes », disparaltre est 
aussi la notre ; mais tout 6ph6m&re que soit la vie humaine, 
simple accident de la vie universelle, elle est cependant cette 
chose, seule r6alit6 pour nous : La vie. 

DUGRIS 

Gris clair au fond de la valine lointaine. 

Gris plus fonc6 sur les pentes chevelues dont les couloirs 
s'accusent en plus sombre par P£paisseur des couches de 
brumes. 

Une ligne de brouillards floconneux ouate ces pentes jusqu'4 
une hauteur horizon talement la meme, Elle suit les m^andres 
de la valine, interrompue seulement par la troupe des grands 
glaciers. lis descendent en ondulations molles, comme d'im- 
menses reptiles roulant leurs £cailles grises avant de plonger 
dans Pabime des brumes 6paisses. 

En haut, une frange de bu6e s'effile sur le ciel opaque et les 
n6v6s se devinent k leur gris plus blanc. 

Gris ros6 sur les granits lav6s par la pluie. 

Gris bleutes sur les pentes herbeuses de PAlpe. 

Gris d'argent sur les corolles demi closes des Carlines. 

Gris dans les yeux, 6cran d'ombre dressS sur les visions de 
lumtere : condensations qui verseront la pluie ; larmes tecondes 
des choses. 

Gris dans P&me, voile tendu sur les joies humaines : nuage 
que les faibles rSsoudront par les larmes; pluie sterile des 
paupi&res. 



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PALETTE 215 



DE UOR 



Des deux parois cuivr^es de la montagne, comme d'un vase 
g6ant, monte un 6panouissement de fleurs de lumi&re, gerbes 
immenses d'une incomparable floraison. 

Sur les neiges mille touches s'allument glorieusement; aux 
points culminant des ardtes les rochers deviennent pourpres. 

Plus pr6s, les sombres foriHs s'enflamment, un ruissellement 
de rouge coule le long de leurs flancs et s'Spand dans la pous- 
sidre lumineuse des fonds 61oign6s. 

Les M61£zes en- 
cadrent les ph 
plus rapprocl 
d'une frange d 
£clatante. 

Du rouge, 
bronze, du feus' 
ldvent sur P6c 
des verts devu 
au ras du sol. 

SurFAlpe,toi 
la richesse d 1 
tapis flamm6 
rousseurs inc; 
descentes qui c< 
fond, en une 
m£me teinte 
eblouissante, 
la Bruydre et 

leRhododen- /»> 

dron,laCam- /^ 

panule et 
l'humble Graminee. 

Immobiles, recueillies, extatiques, cesfleurettes demeurent 
en religieuse adoration devant leur dieu, le Soleil. 

Quand le grand pretre de la religion du Beau, quand Ruskin 
concevait ses dogmes, Sdictait ses rites, il devait se souvenir 
de la Montagne et garder encore dans les yeux la gloire resplen- 
dissante d'une telle fin de jour. 



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216 MARY PAILLON 

DU BLANC 

Par le froid matinal, foule la neige, pousstere de cristal qui 
d£j& eclaire et crisse sous le pas. 

Le bruissement de sa petite chanson a des melodies de reve, 
implies et berceuses. 

Au matin la lumiere diffuse, venue d'en haut, venue d'en 
bas, a des rayonnements circulates qui donnent aux formes, 
massives ou sveltes, un aspect inconnu, une imprecision fan- 
tastique. 

Avec le soleil la neige, pate laiteuse, amortit tout contact. 
Tapis de silence, elle s'etend sous le pied qui s'enfonce. 

Les grands cierges des sapins givr£s blanchissent et s'allument 
d'aigrettes lumineuses. 

Les silhouettes elegantes des £pic£as eievent, en Stages suc- 
cessifs, leurs ramures cristallines qui s'irisent sous la lumiere, 
comme de gigantesques lustres de verrerie venitienne. 

Puis les brindilles moussues des arbres defeuill6s dessinent 
, leurs fins r^seaux de tulle paillete. 

L'Alpe est blanche, toute blanche, d'un blanc de lumtere; 
elle a des rayonnements d'astre. Entre ses hautes rives le lac est 
blanc comme fourre d'hermine et cependant glace. 

En face la grande chalne, poudree de neige, decoupe la den- 
telle de ses fines ar§tes sur un ciel d'opale 

Apergu au loin, barrant les routes glaciaires qui sembleraient 
devoir s'ouvrir sur Pinfini, la Montagne, borne de la triple 
fronttere, mais toute idee patriotique reste sans reaction sen- 
timentale. 

Anesthesie passag&re du coeur?... 

Liberation definitive de l'esprit?... 

Les grandes forteresses polaires ne sauraient emprisonner 
PAlpiniste. Ce vagabond veut errer librement, sans soucis de 
ces lignes id£ales, mouvantes comme les vents du ciel. 

Dans les champs de neige immacuiee, il veut oublier la souil- 
lure des champs de bataille. 

Franchir un Col. 

Des^endre vers les plaines ensoleiliees... 

L'humanite sceur est la. 

Le Planet'Sur-Argentidres, 1904. 

Mary PAILLON. 



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V-colonel Mieulet. 
1882. 



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Le Capitaine Mieulet 

et la Carte du Mont Blanc 



Par M. Henri Vallot 



Les Alpinistes considdrent volontiers la haute montagne 
comme leur domaine, sinon merae comme leur bien propre, et 
le mot de « conquete » revient frSquemment dans leurs r^cits; 
il est juste cependant de rappeler que, pour maints som- 
mets, les ing^nieurs gSographes, qui ont 6tabli la grande trian- 
gulation fran^aise, et les officiers d'fitat-major qui ont execute 
les levSs de la carte de France, les avaient pr6c6d6s. 

« Nous ne devons pas oublier, dit Albert Dupaigne (1), de 
mettre & un rang d'honneur, au point de vue des efforts, des 
dangers, du m£rite, ces braves et modes tes officiers d'Etat- 
major qui ont lev6 les montagnes de notre territoire, nos 
Alpes, nos Pyr6n6es, notre Atlas ; le public ignore leurs noms, 
k moins qu'ils n'aient eu & ex6cuter un travail special comme 
le capitaine Mieulet pour le Mont Blanc, et le capitaine Perrier 
pour l'AIg&ie. » 

II faut bien reconnaitre, toutefois, qu'il est difficile d'^crire 
l'histoire en l'absence de documents; et, en dehors de leurs 
feuilles d'observations et de leurs cahiers de calculs, les g6od£- 
siens n'on' laissS que peu de traces 6crites de leurs ascensions et 
des difficulty qu'elles comportaient. Un hommage a 6t6 rendu 
dans notre Annuaire (2), par le g6n6ral Arvers, au capitaine 
Durand, qui fit, en 1829-1830, les stations du quadrilatSre des 
Alpes, notamment celle du Pelvoux; et encore « les recherches 
entreprises aux archives du minist&re de la guerre pour recons- 
tituer P6tat civil du modeste et hardi g6od§sien » durent-elles 

(1) Les Montagnes, 3*6d., 1877, Introduction, p. 14. 

(2) Ann. C. A. F., 1887, p. 3. 



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218 HENRI VALLOT 

§tre complies par des renseignements in^dits procures par le 
g6n6ral Perrier. Le narrateur ajoute : 

« Durand est le seul des observateurs de cette Spoque qui 
ait laiss6 sur ces stations quelques renseignements d£tailles 
dans des notices qui accompagnent ses travaux. » 

Les instructives recherches entreprises par M. Henri B6raldi 
et consignees dans son remarquable ouvrage : Cent arts aux Pyre- 
neeSy lui ont permis de reconstituer les traits d'alpinisme les 
plus saillants provoqu& par P^tablissement, de 1825 k 1827, 
de la chaine de premier ordre, dite « des Pyrenees », k laquelle 
sont attaches les noms de Corabceuf, Peytier, Hossard et 
Testu (1). 

« Et qui a jamais rien su, dit Pauteur dans sa preface, 
de la campagne extraordinaire et des ascensions effectu^es 
pendant les trois ann£es 1825, 1826, 1827 par les officiers g£od£- 
siens? II y a Ik pourtant un des plus beaux chapitres du pyre- 
n&sme, inSdit jusqu'ici, mais d'oti maintenant deux noms, 
ceux des lieutenants Peytier et Hossard, doivent sortir 
c6l6bres. » 

Parmi les officiers qui ont contribu6 k 6tablir la topographie 
des grands glaciers et des hautes cimes des Alpes, il en est un 
dont le m6rite doit dtre consider^ comme hors pair, tant & 
cause de la difficult^ de sa t&che qyfk cause de la manure 
brillante dont il Pa accomplie : c'est le capitaine Mieulet, 
dont le nom restera tou jours inseparable de celui du Mont 
Blanc. 

Au moment oil les travaux g£od£siques et topographiques 
que nous avons entrepris dans le massif du Mont Blanc, en 
collaboration avec M. Joseph Vallot, vont recevoir un com- 
mencement de publicity, il nous a paru opportun de rendre 
un juste hommage au savant officier qui nous a pr£c£d&, 
et qui a eu le rare 'm&rite de donner, il y a quarante ans, de 
ces hautes sommitGs des Alpes, Pimage la plus fiddle qui 
soit encore aujourd'hui, au moins sur le territoire frangais. 

Mais si les documents anecdotiques sont rares en ce qui con- 
cerne les officiers g6od6siens, il faut convenir qu'ils font com- 
plement d6faut en ce qui concerne les officiers topographes ; 
notre t&che eut done 6t6 impossible si nous n'avions eu la bonne 
fortune de profiter de quelques pr£cieuses communications 
tant de la part de la famille de Pofficier, que de celle du Ser- 

(1) Cent ana aux Pyrinies, 1« vol., pp. 177*203, les officiers glodesieiu. 



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LE CAPITAINE MIEULET m 

vice g^ographique de PArmSe (1) et si nous n'avions rencontr6 
dans les ouvrages contemporains quelques citations se rappor- 
tant k notre sujet. Toutefois, PariditS de certains de ces docu- 
ments et l'insuffisance des autres nous obligent k nous excuser 
par avance aupr&s du lecteur du d^eousu de notre style, et 
du manque d'homogSn&te de notre notice. 

Jean Joseph Mieulet, n6 en 1830 k Bourret dans le Tarn- 
et-Garonne, sortit dans un rang brillant de l'^lcole militaire de 
Saint-Cyr en 1854, puis, de l'Ecole d'Etat-major en 1856; pen- 
dant son stage d'E tat- major, il participa k l'exp^dition du 
Maroc, et f ut nomm6 capitaine, k vingt-huit ans ; de 1860 k 
1864, il fut attach^ aux lev6s topographiques de la Carte de 
France; il prit part k Pexp&lition du Mexique, de 1864 k 1867, 
oti il gagna la croix de chevalier. A son retour, il resta attache 
au D6pot de la Guerre et fut charge de diverses missions, sur 
la frontidre de l'Est, puis en Palestine, pour la carte de cette 
contrte. Revenu en France pour combat tre l'invasion£trang&re, 
il prit part,comme chef d'escadron, attach^ successivement 
aux Etats-majors des armies dela Loire, puis de l'Est, k divers 
combats et batailles qui se livrdrent aux environs d'Orlgans et 
de Belfort. Attach^ & PEtat-major g6n6ral, il fut nomm6 offioier 
de la Legion d'honneur en 1873, promu lieutenant-colonel en 
1880 et participa k TexpSdition de Tunisie. II occupa en 1882 
au D6pot de la Guerre, dont le colonel Perrier 6tait alors sous- 
directeur, les fonctions de chef de bureau (2). Enfin, il entra 
dans le Contrdle de l'Administration de PArmde on 1884. 
Atteint par la liraite d'&ge en 1890, il re$ut la croix de com- 
mandeur ; il mourut en 1897. 

A cette rapide biographic, nous ajouterons que, d'aprds Popi- 
nion de ses chefs, Mieulet 6tait un officier de la plus grande 
distinction, d'une instruction 6tendue, calme et dnergique, qui, 



(1) Nous devons a l'obligeance de M. le general Berthaut, directeur du 
Service geographique de rArmee, la communication des carnets d'observa- 
tions et de calculs de Mieulet, qu'il a bien voulu faire rechercher et qui ont 
M heureusement retrouves, du moins en ce qui concerne la region francaise 
du Mont Blanc, dans les archives du D6p6t de la Guerre. D'autre part, c'est 
a Mme Mieulet et a son flls, le docteur Etienne Mieulet, que nous devons 
communication des etats de services de l'oflicier, des paroles prononce- s. 
a ses obseques par M. le contrdleur de l'Administration de rArmee Hagron, 
et du beau portrait photographique qui orne cette notice. 

(2) On a retrouve dans les papiers de Mieulet un grand nombre de notes- 
se rapportant a un cours de topographie aux officiers. 



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s* 



220 HENRI VALLOT 

k un esprit 6\ev6, joignait un caractere tr&s droit et modeste 
et une Education parfaite (1). 

A Tepoque oil Mieulet, sortant de l'Ecole d'£tat-major, fut 
attach^ aux travaux de la Carte de France, il ne restait plus k 
lever que les feuilles de la Provence, et celles des territoires 
nouvellement annexes de la Savoie et du Comt£ de Nice. 

En 1860, il fut charge de lever la partie E. du quart N. 0. 
de la feuille de Castellane, entre PAsse et le Verdon, au S. 
de Digne; en 1861, la partie E. du quart S. O. de la feuille 
de Draguignan, ent e PArgens et la route d'ltalie; en 1862, la 
bande N. du quart N. E. de la feuille de ChambGry, du 
Rhone k ChambSry, coraprenant le Mont du Chat et la Dent 
du Nivolet : il approchait des grandes Alpes. 

En 1863, on confia k Mieulet le lev6 de la partie centrale 
du massif du Mont Blanc, qui chevauchait sur le quart S. E. 
de la feuille d'Annecy et sur le quart S. 0. de celle de Vallor- 

cine; cette zone, comme le 
montre la figure ci-jointe, 6tait 
limitee au N.par une ligne droite 
passant un peu au dessous de 
la Pointe Noire de Pormenaz, 
parCharlanoz, le Chapeau, PAi- 
guille des Grands Montets et 
le Col d'Argenttere ; k TO. par 
une ligne bris6e passant par le 
torrent du Suet, les Monties 
P&issier, les Chavants, le Mont 

Cirte speciale du Massif du Mont Blanc T 1 « 1 i-k • a jt»* a i 
au 40,000«, ditc « Carte Mieulet ». Liacnat, la rOinte de iHCOt, le 

Dome de Miagejau S. et k PE. 
par la fronti&re. C'6tait assur^ment la partie la plus 61ev6e, la 
moins abordable, la plus difficile k topographier de toute la 
region fran^aise du massif. Nous avons d6j& dit avec quel 
succ6s Imminent officier se tira de cette tache ardue, et Ton nous 
permettra de reproduire ici Pappreciation que nous formulions 
k ce sujet d&s le d6but de nos travaux (2). 

« Ce n'est pas sans un sentiment de profonde admiration que 
nous constatons PhabiletS, PSnergie et la science topographique 
developp^es par Mieulet pour mener k bonne fin, en si peu de 
temps, un travail aussi considerable. II n'existait, en effet, en 

(1) Notes du general Etienne (Kairouan, 1881.) 

(2) Annuaire du Club Alp in Fran^ais, 1892, page 4, 



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LE CAPITAINE MIEULET *21 

dehors des parties cultivees, c'est-i-dire pour la presque tota- 
lity du massif, aucun document sur lequel il lui ffit possible 
de s'appuyer; son rdle ne s'est done pas borne, commecela a 
pu se faire ailleurs, k corriger des reductions cadastrales en y 
adjoignant le figure du terrain; il a fallu tout faire : reconnais- 
sance, planimetrie, orographic, et eel a dans une des regions 
les plus eievees et les plus difficiles des Alpes, et sur une eten- 
due de pr6s de cinq cents kilometres caries. » 

Les douze ann^es qui se sont 6coul6es depuis que ces lignes 
ont ete Writes et les multiples investigations que nous avons 
pouss£es dans tous les coins du massif n'ont fait que nous 
confirmer dans cette opinion : Pceuvre de Mieulet est remar- 
quable k tous egards, autant comme performance alpine qu'au 
point de vue de sa valeur scientifique : nous essayerons de le 
montrer tout k l'heure. 

En 1864, Mieulet f ut charge d'une mission sp^ciale pour lever 
le versant italien du massif; cette zone, aussi importante et 
m£me plus etendue que la premiere, est limitee par la fron- 
tiere, le Mont Dolent, le Col Ferret, le Grand Golliaz, la Grande 
Rochere, la T§te de Licone, le Mont Charvet, le Mont Belle- 
face, le Mont Lechaud et le Col de la Seigne. 

LagSod&iede la Savoie, comme nous Tavons dit ailleurs (1), 
a et6 executee k une epoque oti avaient disparu les savants 
observateurs qui ont attache leur nom k la belle ceuvre de la 
triangulation frangaise; leurs successeurs, geodesiens debu- 
tants et parfois improvises, etaient insuflisamment prepares 
aux difficultes que presentent, en haute montagne, ces opera- 
tions deiicates; aussi, les points de depart que la geodesie 
fournissait aux offlciers etaient-ils insufHsants, tr£s irregulie- 
rement distribues, et quelquefois mdme errones; Mieulet, en 
topographe avise, prit la precaution de ne s'appuyer que sur 
ceux qui lui parurent certains et de se procurer des points de 
repere suppiementaires ; il etablit lui-m§me un certain nom- 
bre de pyramides en pierres, utilisa celles qu'il trouva (2), et 
aussi des constructions ou objets naturels qui lui servirent de 
signaux; il constitua ainsi une sorte de canevas qui, adjoint 

(1) Annates de VObservatoire du Mont Blanc, tome III, page 98, et 
tome VI, en preparation. 

(2) Ce sont celles qui avaient 6te* 6tablies quelques jours auparavant par 
Adams Reilly qui, comme on le sait, executait, au mdme moment, une 
reconnaissance du massif en vue de ['execution de la carte dont il est l'au- 
teur. 



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222 HENRI VALLOT 

aux points geod&iques, lui permit de relever partout sa 
position avec s6curit6 au moyen de la boussole k 6climdtre, 
Pinstrument attitrg des officiers d'Etat-major charges de la 
topographic. 

Du 16 juin au 28 septembre 1863, Mieulet occupa pr& de 
cent stations, rSparties sur toute la surface de la zone qui lui 
etait attribute, et meme sur le terrain de ses collogues, lors- 
qu'il y trouvait avantage pour obtenir des visSes de recoupe- 
ment; il fit, de plus, une reconnaissance sur le versant italien 
du Mont Blanc et y gtablit plusieurs stations, du Col de la 
Seigne au Col Ferret. 

Plusieurs des stations occupies atteignent ou d6passent 
3000 m. d'altitude: ainsi, le sommet du Jardin, 2997 m. (1); 
les Grands Mulets, 3050; V Aiguille des Grands Montets, 3307, 
dont Adams Reilly avait fait, quelques semaines auparavant, 
la premiere ascension; le Col du G6ant, 3362; le Petit Flam- 
beau, 3435, premiere ascension; le Plateau de Triolet, 3707, 
premiere ascension en compagnie d'Adams Reilly; le Mont 
Blanc, 4810. 

Mieulet n'h^sita pas k p6n6trer jusqu'au fond des grands 
glaciers d' Argentine, de Tatefre, de Leschaux et du G6ant, 
afin d'en mieux fixer la topographic locale. II ajouta & ses 
stations la determination de cent soixante points judicieusement 
choisis, parmi lesquels il fit entrer la majeure partie des aiguilles, 
rochers isoles, sommets et cols qui ne devaient cependant 
acquSrir que bien des ann6es apr£s leur c616brit6 alpine, pour 
ainsi dire pressentie par lui. 

Nous parlerons ailleurs (2) de la precision obtenue par Mieulet 
dans ses mesures : elle fut remarquable eu 6gard aux £normes 
difficult^ du terrain, & la necessiti (Taller vite, et aux instru- 
ments relativement rudimentaires dont on disposait k cette 
Spoque ; il eut le grand m6rite de ne laisser passer aucune 
faute notable, hommage qu'il serait difficile de rendre k tous 
ceux qui travailldrent dans des conditions analogues (3). 

Le figure du terrain, surtout lorsqu'on Texamine sur les 
mappes originates ou sur la minute de l'officier (4), t&noigne 
d'une remarquable sftretS de coup d'ceil et d'un sens topogra- 

(1) Ces altitudes sont celles determiners par Mieulet 

(2 et 3) Annates de VObserwUoire du Mont Blanc. Tome VI, en preparation. 

(4) On ne doit pas juger le figure exclusivement d'apres 1' Edition publiee 
de la carte dite « de Mieulet », qui n'a pas la finesse de la minute, et dont *es 
tirages out 6te" pendant tres long temps delectueux. 



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LE GAPITAINE MIEDLET 223 

phiqne tr&s developpe ; rien de ce qui est important n'y est 
omis; on y remarqueune foule de details, ravinements, c6nes 
de dejections, couloirs, moraines, etc., que les cartes a petite 
echelle reproduisent rarement avec autant de fideiite. Le3 
courbes de niveau n'ont, comme on sait, qu'une valeur figu- 
rative ; cependant elles sont assez correctement tracees tant 
sur les terrains ordinaires que sur les glaciers, pour donner 
une idee juste des formes topographiques. Le figure du rocher, 
tout en conservant le caractdre un peu conventionnel qui 
etait habituel k cette epoque dans la cartographie fran$aise, 
r&ulte cependant d'une mise en place correcte des aretes et 
des masses isoiees. Si Ton a reproche au figure du terrain 
son insuflisance, c'est parce qu'on a juge la carte en se pla$ant 
au point de vue des desiderata modernes de 1'alpinisme, et non 
le leve de l'officier, en ayant egard aux difficulty de sa t&che 
et au but qu'on se proposait k cette epoque. 

Enfin, la nomenclature de la montagne est de beaucoup 
la plus complete et la plus correcte de toutes celles publiees 
jusqu'alors; un coup d'oeil jete sur la carte contemporaine 
d' Adams Reilly suffit pour s'en convaincre. Les denomina- 
tions adoptees par Mieulet font autorite, et presque toutes 
ont ete conserves par les geographes modernes du Mont 
Blanc. 

Parmi les ascensions de Mieulet, il en est deux dont la nar- 
ration est parvenue jusqu'& nous. Gelle au sommet du Mont 
Blanc, qui eut lieu le 14 juillet 1863, nous est racontee dans 
le livre de Stephen d'Arve « Les Fastes du Mont Blanc », par 
Mieulet lui-m§me, dans une lettre qu'il adressa trois jours 
aprds k cet auteur, alors « Redacteur en chef de VAbeille de 
Chamonixn. On y trouve, sous une simplicity d'expressions qui 
s'harmonise avec la modestie du savant officier, la preuve de 
son amour vrai de la montagne, en m&me temps que la cons- 
tante preoccupation du but qu'il poursuit : 

... « Charge de faire le leve du massif compris entre le col 
d'Argentiere et celui de Miage, je voulais determiner la position 
de la cabane des Grands Mulets et sa hauteur au-dessus de 
la mer, dessiner la forme du sommet du Mont Blanc et cher- 
cher, en m§me temps, l'arete-frontiere entre la France et 
Tltalie. J'ai et6 assez heureux pour remplir mon but. » 

Ayant couche aux Grands Mulets, dont il avait, la veille, 
determine la position, ainsi que celles de Pierre Pointue et de 
Pierre k PEchelle, il part k minuit, passe par le Grand Plateau 



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224 HENRI VALLOT 

et le Corridor, et parvient au sommet du Mont Blanc d& 
sept heures du matin. La premiere chose qui le frappe, c'est 
l'immensitg et la beauty du panorama : 

« C'Stait un spectacle magique, enivrant : j'aurais voulu 
convier tous mes proches et amis a ce banquet des yeux et 
du cceur. Que les peintres et les pontes aillent Ik s'inspirer, et 
ils enfanteront des chefs-d'oeuvre! » 

« Au milieu de ces grandes choses de la nature, je n'ai pas 
oublte mon travail : la g6od6sie m'ayant donn6 la position 
et la hauteur du sommet, je n'avais plus qu'& en prendre la 
forme. Ce n'est point un dome, comme on le croirait de loin, 
mais bien une arete horizontale de 20 metres de longueur et 
1 mStre de largeur, dirig^e de l'Est k l'Ouest, s'infl^chissant 
aux deux extr6mit£s sous des angles de 30degr£s environ (1). 
Au Nord, la face de Tar§te descend sous un angle de 40 k 
45 degrSs, et vient aboutir aux precipices des Rochers- Rouges. 
Au Sud, la pente est bien moins rapide, etse rel&ve en berceau 
pour former une saillie du cot£ de l'ltalie. J'ai pu voir, en 
meme temps, depuis l'Aiguille du Miage jusqu'aux Grandes 
Jorasses, l'arete-frontidre, qu'il me sera maintenant facile de 
retrouver dans la suite de ma reconnaissance. 

« Je m'Stais promis de passer quelques heures sur ce bel- 
v^ddre de T Europe, mais le vent Stait devenu d'une violence 
extreme, et soulevait le n6v6 en grandes masses. Un de mes 
guides sentaitses doigts gel6s; apres avoir pris la forme et 
cherch6 la limite entre la France et l'ltalie, j'ai pris k regret 
le chemin de Chamonix. » 

Arrive au sommet k sept heures du matin, Mieulet 6tait 
de retour k Chamonix & deux heures; c'est une performance 
qui ne serait pas d6savou6e par beaucoup d'alpinistes de nos 
jours. 

Adams Reilly, l'alpiniste anglais bien connu, auteur d'une 
carte de la Chaine du Mont Blanc qui eut sa valeur et sa 
c£l£brit6 (2), arrivait pr6cis£ment k Chamonix, pour exScuter 
ses lev6s, k la fin de juin 1863. Dans une note dcrite avec 
beaucoup de finesse et d'humour et publtee en 1864 dans le pre- 

(1) La configuration de ParStc neigeuse du sommet est variable, comme on 
le sait Cons u Iter sur ce sujet les tres inte>essants commentaires de Charles 
Durebr, Annuaire du Club Alpin Fran^ais, 1891, pages 448 et suiv antes. 

(2) On trouvera, dans le tome VI des Annates de VObservatoire du Mont 
Blanc, une note que nous consacrons a l'etude critique de la carte de 
Reilly. 



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LE CAPITAINE MTEULET 225 

mier volume de The Alpine Journal (1), il a rendu compte de 
ses courses et de ses operations et notamment de sa rencontre 
au Montanvert avec Mieulet ; sa narration est assur£ment le 
document le plus circonstancie et le plus caracteristique qui 
nous soit parvenu au sujet du travail dont nous cherchons k 
retracer l'historique. On en jugera par les lignes suivantes, 
dont il nous a paru int&essant de mettre une traduction sous 
les yeux du lecteur : 

« Ce fut a cette occasion que je r£ussis a mettre la main 
sur un personnage mysterieux dont j'avais deja entendu par- 
ler, et bien que les rumeurs a son sujet fussent bien vagues, 
elles avaient excite chez moi un vif desir d'entrer en relation 
avec lui. II 6tait connu sous le nom de « Monsieur le Capi- 
taine » et Ton supposait qu'il passait son temps a faire quelque 
travail de sorcellerie sur les Aiguilles des environs, en com- 
pagnie d'un homme du pays, et avec certains instruments 
d'une nature incomprehensible. Des gens se rendant au Jar- 
din l'avaient rencontre en des endroits insolites; des cara- 
vanes traversant la Mer de Glace l'avaient apergu a des hau- 
teurs invraisemblables sur les Charmoz, et on l'avait signale 
aux dames comme un superbe specimen du chamois... mais 
quant & savoir qui il etait ou quelle etait la nature de ses 
occupations, je ne pus obtenir aucun renseignement. 

a Dans le cas actuel, je decouvris des traces r£cenles de sa 
presence dans ce fait, qu'il avait enleve la grande carte de 
M. Forbes, qui d'habitude est suspendue dans le salon de 
l'hotellerie du Montanvert; et, en poursuivant mes investiga- 
tions, j'appris qu'on l'y attendait pour coucher cette nuit 
m§me. J'attendis par consequent avec beaucoup de curiosity 
son arriv£e, et, bient6t aprds la chute du jour, on le vit des- 
cendre des Charmoz, suivi de son genie familier. 

« L'intimite n'est pas bien longue a s'etablir entre les deux 
seuls occupants d'une auberge de montagne ; mais, dans ce cas, 
nous nous rencontrions sur un terrain commun, car il fut 
reconnu que nous travaillions tous deux dans le m£me but. Je 
decouvris que ce personnage etait M. Mieulet, capitaine d'Etat- 
major frangais, alors attache aux lev^s de la grande carte 
officielJe de la Savoie, actuellement en cours d'execution par 
les soins du gouvernement frangais. C'etait la premiere fois 

(1) A rough Survey of the Chain of Mont Blanc, by A. Adams Rjeillt, 
Juin 1864. 



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22C HENRI VALLOT 

que j'entendais parler de ce lev6, et je fis anxieusement quel- 
ques questions sur son 6chelle et sur son exactitude probable; 
mais ce que j'appris de lui me donna lieu de craindre que cette 
publication ne fut pas aussi parfaite que je Pavais esp6re. En ce 
quileconcernaitpersonnellement,commeau9si pour la zone qui 
lui dtait confine, je n'avais rien k craindre (1). L'Etat-major, 
naturellement, attachait relativement peu d' importance k ce 
qui est situS au-dessus de la limite des neiges, et la zone assi- 
gnee k ehaque ing&iieur £tait tr£s vaste. Ainsi, dans le cas de 
M. Mieulet, elle s'^tendait du Mont Blanc k Argentine, et des 
Grandes Jorasses au Br £ vent, comprenant une surface de 
260 km* environ; et la faiblesomme qui lui 6tait allou^e pour 
le paiement des guides et des porteurs parai trait quelque peu 
ridicule aux yeux d'un alpiniste. 

« Je m'employai k orienter son esprit vers les choses alpines, 
et je lui sugge>ai des projets de « grandes courses » (2) qui 
n'^taient nullement en harmpnie aveo lesidges en faveur k 
TEtat-major : il avait pr6alablement montr6 de forts symp- 
tdmes de fievre de l'alpinisme et son cas s'aggrava rapide- 
ment au point que, quand je lui fis part de notre projet d'ex- 
pedition k la recherche du Triolet, il accepta avec empressement 
de nous (3) accompagner, car ce pic l'avait intrigue autant 
qu'il m' avait intrigu6 moi-m§me, et, de plus, il constituait, sur 
sa ligne frontiere, un point trds important. » 

Reilly raconte comment ils bivouaquerent au Jardin, puis 
comment ils gagnSrent le Glacier de Triolet et arrivdrent enfin 
au plateau de Triolet, apres avoir traverse les s6racs, contourn6 
la rimaye et remonte une pente de neige tr£s raide, de 55° et 
meme 60° (mesur6s). 

« J'^tais jreste k quelque distance en arridre, et lorsque je 
revins, je trouvai toute la caravane arr§t6e k Pombre d'un 
immense s£rac, et en train de discuter une opinion peu ras- 
surante 6mise par Victor Tairraz, k savoir que si nous allions 
plus loin il nous serait probablement impossible de revenir, car 
les pontes de neige par lesquelles nous etions montes seraient 
en tres mauvais £tat, aussitdt qu'elles auraient subi Pinfluence 
des rayons solaires. Ce fait 6tait fort d£sagr6able, mais il £tait 
non moins incontestable..... Plusieurs deg guides <5taient d'avis 

(1) Reilly avait deja, comme on le voit,son opinion faite sur la superiority 
du capitaine Mieulet. 

(2) En francais dans le texte. 

(3) Reilly etait aecompagne de MM. Hodgkinson et Birkbeck. 



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9JJ9JVJ, 9p JOJ 



1'MJ "P 1°D 



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J9J0UJ, »p joj 

J9J0UJ, 9p UV91VJJ 

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ji.tujj, tub 'Siy 
jfurjnojj 'Hiy 



S9)unoj sip unoj, 



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LE GAPITAINE MIEULET 227 

de retourner imm^diatement, mais M. Mieulet et moi Gtions 
determines k nous rendre compte comment nous Gtions places 
par rapport au glacier d' Argentine; aussi tous les sacs k pro- 
visions et les instruments furent pos£s, et nous traversames le 
plateau vers le pied du Pic sans nom [A] (1), nous dirigeant 
vers le point d'oti Ton devait d£couvrir le glacier d' Argen- 
tine... 

« Tout le versant oppose du glacier d' Argentine s'£tendait 
devant moi; je voyais le Chardonnet, F Aiguille d' Argentine 
et la Tour Noire... Pendant que je m'assimilais tout cela et 
que j'6tablissais rapidement un croquis que je n'ai jamais 6te 
capable de d£chiffrer, M. Mieulet poursuivait avec rage la 
recherche de sa ligne frontiere; mais nous pftmes bientdt en 
suivre la trace, k son entire satisfaction, du Mont Dolent au 
point sur lequel nous 6tions. Nous traversfimes alors ducdte 
dominant le Val Ferrex, et nous suivimes la trace de cette ligne 
vers ce que nous supposions §tre FAiguille de L6chaud. » 

Aprds avoir raconte comment il ex£cuta son lev£, bas6 sur 
une chalne de stations (Hablie tout autour du massif, Reilly 
insiste sur Futility qu'il y a, pour le topographe, k accompagner 
ses vis£es au theodolite de croquis donnant les silhouettes 
dee points vis£s; on 6vite ainsi les confusions regrettables qui 
se sont souvent produites, et dont le dedoublement de 1' Ai- 
guille d* Argentine et de la Pointe des Plines est un exemple 
frappant; puis il ajoute : 

« Mes icUes sur la valeur de ce proc£d£ furent enticement 
adoptees par le colonel Borson, de 1'Etat-major frangais, qui 
arriva k Chamonix vers le milieu d'Aoilt, pour inspecter les 
travaux de M. Mieulet et de son collogue du cdt£ de Vallorcine. 
J'eus une entrevue avec lui apr£s son retour de sa tourn^e d'ins- 
pection, et je trouvai en lui un homme d'un esprit fort agr£able 
et tr£s liberal. M. Mieulet et moi nous le harcel&mes impitoya- 
blement de nos opinions; mais il nous 6couta tr&s patiemment, 
et avoua que les idees en faveur au quartier g£n£ral sur la ques- 
tion des parties montagneuses des cartes etaient absolument 
arrives. 

« La satisfaction que j'avais 6prouv£e en entendant parler des 
lev£s de la carte fran$aise fut bien temper£e par Pinformation 
que je re^us relativement k l'^chelle a laquelle cette carte 

(1) 1/ Aiguille de Triolet porte, sur la carte de Forbes, la designation 
Nameless Peak [A]. 



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228 HENRI VALLOT 

devait etre grav^e, ainsi qu'& P6tendue qu'elle devait em- 
brasser. L'Schelle devait dtre, comme d'habitude, de 1/80000, 
ce qui devait empecher la feuille piibltee de se raccorder avec 
la carte federate, dont PSchelle est de 1/100000; le lev6 devait, 
comme de coutiime; s^tendre jusqu'ik la fronttere; mais pas 
au deli, ce qui devait laisser toute la partie italienne dans un 
6tat bien peu satisfaisant; car, bien que M. Mieulet eQt visits 
plusieurs points dans PAltee Blanche, daris le but de corriger 
la ligne fronttere, il laissait intacte la topographie des glaciers 
de ce cot£, ayant bien assez de travail k faire dans la zone dont 
il 6tait responsable. 

« Je m'informai de la possibility d'engager le Gouvernement 
k 6tendre ses operations de maniere k embrasser toute la chalne; 
mais il semblait d^raisonnable de supposer qu'il modifierait, 
dans cette circonstance, P6chelle k laquelle tout le reste de la 
carte de PEtat-major 6tait gravg, et 6galement d^raisonnable 
de deniander la. d^pense d'une grosse somme d'argent pour 
'interet d'uri petit riombre de personnes, en dehors de P Alpine 
Club! aussi je n'esp^rais gu£re qu'il se depart! t de son plan 
primitif Cependant, il fut liberal au dela de tout ce que je 
pouvais esp^rer. Une lettre de M. Mieulet m'apprit que les 
observations du colonel Borsbn et de lui-m£me avaient 6t6 si 
bien accueillies, que Pon devait publier une feuille con tenant 
la totalite de la chaine du Mont Blanc, k l'gchelle de 1,40 000, 
en empruntant Pautorite de la carte federate pour la partie 
Suisse, et M. Mieulet ayant re$u des instructions pour lever, 
dans le meme but, tout le versant italien P6t6 suivant. Je crois 
que la conduite du Gouvernement fran£ais, dans cette circons- 
tance, offre un exemple d'initiative et de Iib6ralit6 qui m&ite 
d'etre hautement lou6. » 

La carte speciale du Mont Blanc, connue sous le nom de 
« carte Mieulet », fut 6dit6e en 1865, k Petehelle du 40 000; 
elle repr^sente la partie centrale du massif et a 6t6 dress^e, pour 
la majeure partie, k Paide des minutes de Mieulet; cepen- 
dant, les bandes N. et O. et Pangle S. O. ont 6t& tir& des mi- 
nutes de ses collaborateurs, et Pangle N. 0., des minutes de la 
carte " Suisse, ' suivant ce qu'indique la figure de la page 220; 
aussi, les erreurs assez importantes et plusieurs fois signages 
qu'on trouve dans cette zone p6riph6rique ne doivent-elles 
pas etre attributes k Mieulet. Cette carte constitue, encore 
aujourd'hui, pour la region fran$aise, le document original le 
plus fiddle de tous ceux publics; les motifs de cette publication 



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LE CAPITAINE MIEULET 229 

sp£ciale sont netteraent indiqu&r dans la citation pr6c6dente, 
d'ou il ressort qu'on la doit k l'initiative de Mieulet et de 
Reilly et k Pintelligente intervention du colonel Borson. 

Le lieutenant-colonel Borson £tait un ancien ofRcier d'Etat- 
major de Parm6e sarde, pass6 dans l'arm6e fran$aise apr^s la 
campagne d'ltalie; il fut attache au D6p6t de la Guerre en 
1861 (1); il a r6dig6, en 1863 et en 1864, deux notes (2) surPadap- 
tation, aux regions montagneuses de la Savoie et de Nice, des 
m^thodes de lev6s employees pour l'ex^cution de la Carte do 
France; elles demotent assur^ment, chez leur auteur, une con- 
naissance approfondie des n£cessit6s topographiques dans la 
haute montagne et une juste appreciation du but qu'on doit 
s'y proposer. Dans celle de 1863, nous lisons : 

« La carte d'un pays de hautes montagnes comme la Savoie, 
parcouru par les artistes et les naturalistes de toute PEurope, 
ne serait pas trait^e convenablement, si roflicier ne s'attachait 
pas k donner de la v6rit6 k son figure en se rapprochant de la 
nature, et s'il faisait disparaltre les details et les accidents 
divers sous PuniformitS d'un signe conventionnel. » 

C'est un 61oge indirect du mode d'op^rer de Mieulet. On trouve 
une trace certaine de l'impression que fit son travail et du con- 
traste qu'il y a entre ses lev£s et d'autres lev^s, faits dans les 
m&nes regions, mais nettement interieurs, dans la Note compU- 
mentaire de 1864, qui debute ainsi : 

« La portion des hautes valines de la Savoie qui doit etre 
reconnue dans cette campagne offrira les mdmes difficult^ qui 
se sont rencontr^es, l'ann^e dernidre, dans la region du Mont 
Blanc... 

« Les ofliciers doivent aussi etre pr&venus contre le rel&che- 
ment qui peut les gagner facilement, en face de la t&che ingrate 
d'avoir k lever des deserts de glaces ou des zones st6riles et 
inhabits. Le point de vue auquel il faut se placer ici est celui 
des exigences nouvelles de la science, qui fait aujourd'hui de 
ces regions, encore inconnues il y a un demi-sidcle, l'objet 
d'explorations minutieuses. 

« La denomination des pics et sommets de ces hautes valines 
devra aussi attirer Paltention sp^ciale des ofliciers, qui recueil- 
leront avec soin, sur les lieux, toutes les indications utiles. » 



(1) Renseignements extraits de Pouvrage du g6ne>al Berthaut, la Carte 
de France, t. II, p. 57. 

(2) Loc. ciL, pp. 58 et 60. 

16 



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*30 HENRI VALLOT 

On trouve dans ces lignes un £cho des observations de Mieulet 
et de Reilly, et une reponse a leurs preoccupations. 

L'appr6ciation anglaise (it a la carte fran^aise du Mont Blanc 
un accueil flatteur : on peut lire, en effet, dans le deuxi£me 
volume de The Alpine Journal (1), un article non sign6, mais 
6manant 6videmment d'un connaisseur, dans lequel on trouve 
une dissertation sur le mode de representation du relief, par 
hachures ou par teintes, et une comparaison critique entre la 
carte d* Adams Reilly et la carte fran$aise. Tout en reconnais- 
sant au jeune amateur un m&ite tr& r6el dans PexScution de 
son oeuvre (2), il adresse 4 la carte fran$aise un £loge merits, 
dont les lignes suivantes donneront une id£e : 

« Laissant de c6t£ la question generate du moyen employ^, 
on peut assur£ment louer l'ex£cution de Tune et de l'autre 
carte... On ne peut pas dire que la carte fran$aise doive recevoir 
l'eloge a un plus haut degr6, mais celui qu'elle m6rite est d'un 
ordre beaucoup plus eiev£. II n'est peut-etre pas de carte, a 
notre connaissance, qui soit aussi hardiment congue ni dress^e 
avec plus de clarte et de precision. Elle n'est pas d'un fini deli- 
cat, parce qu'on n'a pas jug£ utile d'y consacrer la somme 
n£cessaire; mais elle est peut-etre d'autant plus expressive 
qu'elle est plus fruste; ce manque de fini n'est pas de nature a 
nuire en quoi que ce soit a son exactitude, ni meme a sa beauts. » 

La carte sp^ciale du Mont Blanc est une ceuvre cartogra- 
phique qui suffirait, a elle seule, pour transmettre k la pos- 
terity le nom de Mieulet, du moins dans le milieu special des 
geographes et de ceux qui s'interessent k la cartographic; 
mais les cartes vieillissent et le public ne s' adresse m§me pas 
toujours aux meilleures; au reste, il ne lit le plus souvent que 
les noms qu'il a constamment devant les yeux. L'usage s'est 
depuis longtemps etabli d'attribuer aux sommets d'un massif 
les noms des savants qui les ont illustr&par leurs recherches, 
ou meme ceux des premiers ascensionnistes qui les ont gravis. Le 
nom de de Saussure, pour nc citer que le plus illustre, et sans 
sortir du massif du Mont Blanc, y figure en deux endroits (3), et 
J' une de ces deux denominations parait etre due a Mieulet. 

(1) Mars 1866, p. 246. Map drawing in the Chain of Mont Blanc 

(2) Dans une note deja citee (Annates de Vobservatoire du Mont B lane y t. VI), 
nous faisons ressortir ce me>ite en nous placant, non au point de vue corapa- 
ratif, mais au point de vue du temps et des moyens employes par l'auteur. 

(3) Sur Tarete N. O. du Mont Blanc du Tacul, et sur Tune des sommites de 
Ja chaine des Flambeaux, entre le Col du G6ant et la Tour Ronde. 



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LE CAPITAINE MIEULET 



231 




Aiguilles et Ardtes da Chardonnet, depais 
l'Aiguille des Grands Montets 



En raison de cet usage, il a sembte k notre collaborateur Joseph 
Vallot et k nous-mdme, qu'il y avait encore place pour quelques 
noms dans cette grande 
et belle chaine oil se sont 
d^veloppes, depuis plus 
d'un sidcle, tant d'efforts 
intellectuels et physiques, 
et nous proposons d'attri- 
buer les denominations 
suivantes, qui ont et£ ap- 
prouvSes par M. Louis 
Kurz et adoptees par lui, 
tant pour son Guide de la 
Chaine du Mont Blanc que 
pour Tuition comptetee 
de lacarteBarbey-Imfeld- 
Kurz. 

Lenom de AdamsReilly 
est attribue k la plus haute 

pointe, 3506 T. V. (1), au-dessous de l'Aiguille du Chardonnet, 
sur son arSte N. 0., ainsi 
qu'aucol que domine cette 
pointe. 

Le nom de de Saussure 
reste attach^, conform^- 
ment k la designation de 
Mieulet, au grand rocher 
pyramidal qui surgit de 
l'ardte N. O. du Mont 
Blanc du Tacul, point 3845 
de Mieulet, point 3839 T. 
V. (2). 

Le nom de Durier est 
attribue au grand rocher 
pyramidal qui surgit de 
l'ardte N. 0. du Mont Mau- 
dit, point 4004 de Mieulet, 
point 3997 T. V. (3). 

Enfin, au sommet de la 




Mont Blanc du Tacul et Mont Maudit 
depuis Chamonix. 



(1) T. V., triangulation Vallot 

(2) Moine du Mont Blanc du Tacul, de la table d'orientation du BrerenL 

(3) Moine du Mont Maudit, de la table d'orientation du Brerent* 



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232 JULIEN BREGEAULT 

grande ar§te N. 0. du Mont Maudit, au point ou cette arSte 
s'infl^chit en se rapprochant de Phorizontale pour gagner le 
Col du Mont Maudit, se trouve un rocher saillant, comme un 
pouee, k l'altitude de 4287 T. V., auquel nous attribuons le 
nom de Mieulet. 

La montagne devient ainsi le grand livre ou s'inscrivent les 
noms des savants qui Font illustr^e. 

Ceux qui voient dans l'alpinisme non seulement un sport, 
mais aussi un moyen d'6tude scientifique de la haute montagne, 
ne se contenteront pas d'admirer Poeuvre de Mieulet; ils cher- 
cheront & l'imiter : elle restera pour nous un superbe exemple 
d'^nergie, de talent et de conscience. 

Henri VALLOT. 



LES PEINTRES DE MONTAGNE 
HUITltME EXPOSITION 

II serait t6m£raire d'af firmer que la peinture de montagne est un 
genre en train de se vulgariser, ou meme de prendre un develop- 
pement rapide. Tandis que notre excellente 6cole de paysage moderne 
peuple les Salons, petits et grands, de sous-bois qui font rSver les 
grisettes et de marines devant lesquelles se p&me la clientele des 
petits trous pas cher et des trains de plaisir dominicaux, c'est a 
peine si de loin en loin une toile 6gar6e essaie de rappeler aux visi- 
teurs presses qu'il y a des montagnes et qu'elles sont une des formes 
les plus caractSristiques du Beau. Si les gouts du public ne sont 
point pour encourager dans cette voie les artistes moins d6sireux 
de faire son Education que de se concilier sa faveur, il faut recon- 
nattre aussi que la Montagne impose a ceux qui veulent la surprendre 
dans son intimity et contempler, pour les fixer sur la toile, ses 
secretes beautte, certaines 6preuves qui ne sont point a la portee 
de tous. Bien peu sont aptes, en effet, a manier le couteau a palette 
aussitot apr&s le piolet, comme un Schrader, un Nozal ou un Ber- 
tier, et c'est la une raison majeure qui, longtemps encore, r^duira 
les vrais peintres de montagne a une tr£s restreinte 61ite... Saluons 
done la vaillante petite phalange d'artistes et d'amateurs qui, 



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LES PEINTRES DE MONTAGNE 233 

sous les auspices de notre Club, entretient le feu sacrS de Tart 
alpestre, et parcourons sa Huitidme Exposition, laquelle, h&tons-nous 
de le dire, ne le cdde en rien aux pr6c6dentes. 

Montons l'escalier monumental du Gercle de la Librairie : une 
panoplie de piolets, de raquettes et de skis entour6e de toiles des 
maltres Desbrosses et Bertier, d'une large facture 6voquant les 
prestiges des plateaux, des valines et des lacs alpestres, nous aver tit 
que nous p6n6trons dans le domaine de la Montagne. Voici, au 
surplus, que l&bas, au fond de la grande salle, nous appelle la f6e 
Edelweiss, jolie fille somptueusement vStue, la fleur de velours k la 
main et dans les cheveux, que M. Maxence a fait se profiler si 
heureusement sur un glacier couronne de cimes den te lees. Allons 
vers elle, et nous trouverons sur notre route tantot les aspects sau- 
vages et tragiques, tantot les coins paisibles et riants qui nous sont 
familiers. 

La trage'die alpestre, nul ne la rend avec plus de fougue roraan- 
tique que M. Nozal : le Cervin 1'hypnotise ; il aime k faire surplomber 
au loin sa silhouette fantastique, tandis qu'au premier plan gronde 
un torrent furieux sous des m&dzes 6chevel6s. S'il s'arrache k cette 
obsession, c'est pour aller voir briller la lune sur le Glacier de Gor- 
ner, passer une soiree m£lodramatique Dans les Sept Laux, ou 
d£crire 1' aspect quasi infernal du Ravin de Briangon au clair de 
lune. — M. Gos est un artiste genevois qui ne peint pas non plus 
des bergeries. Sa Vallee de Lauterbrunnen est d'une tristesse d&ses- 
pe're'e : les chalets, les sapins et la route du premier plan ensevelis 
sous la neige, le roc chauve qui les surmonte, s'enfoncent dans un 
brouillard e*pais ou s'estompent les pentes environnantes. A cote*, 
par contraste, le fier Weisshom dre.sse, dans la gloire du couchant, 
ses aretes vertigineuses, et un Arolle superbe semble faire saillir hors 
d'une troisieme toile son tronc rugueux et rose, ses racines noueuses 
et ses bras dScharnes. — M. Noirot, un habitue* de nos Salons et 
des autres, nous a accoutum£s aux aspects sombres ou se com plat t 
son robuste talent : il nous empoigne et nous d£sole avec son Effet 
de soir, ses Mornes du Perron, et sa Neige en Haute-Loire, symphonie 
en blauc mineur. 

M. Bertier continue k etre le peintre attitre* et prestigieux de la 
haute montagne. Voici, sousce titre enigmatique, La houille blanche, 
les se*racs verd&tres et les crevasses b^antes du Glacier Blanc qu'un 
rayon de lumtere fait se detacher vivement sur les sombres &-pic 
des Ecrins, dont le sommet s'entoure d'une 6charpe de nu^es me- 
nacantes (V. Y illustration, p. 212). Non loin de \k, c'est le Riser- 
voir des Sept Laux, lac aux eaux admirables entoure* d'alpes en 



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234 JULIEN BREGEAULT 

fleurs et de grandioses montagnes; un troupeau s'y desaltere, des- 
cendu du chalet ou conduit un petit sentier que les pieds vous 
d£mangent de grimper. C'est d'une rtalite' frappante et d'une poesie 
impressiohnante. La place nous manque pour decrire et louer 
com me il conviendrait les autres envois de cet artiste inspire" : les 
lacs Jeplan, de la Pra (superbe!) et de VEchauda, le Pic des Etages 
et une tres belle Etude de rockers. On va ailleurs, et on revient tou- 
jours la, fascine\.. 

Nous parlions d'aspects moins rudes, en void un delicieux. 
M. Chartran nous montre de loin les Rockers de Naye et la Dent de 
Jaman brillant au soleil sur 1' autre rive du Llman, tandis qu'au 
premier plan la terrasse d'un pare plante* d'arbres magnifiques 
g'avance sur les eaux bleues. C'est simple et exquis, on voudrait 
pouvoir remercier le grand peintre de la joie qu'il procure aux yeux 
et a T&rne... — M. Rigolot, qui expose de brillants et lumineux 
paysages algSriens, nous retient par une charmante Nuit au lac du 
Bourget qui scintille doucement sous les rayons de la lune, encadrg 
d'arbres Elegants, — a du Lamar tine en peinture », dirait M. Aug6 
de Lassus. 

M. Jean Desbrosses, un des fondateurs et des mat tres les plus 
aimes de la jeune Soci6te\ pre7ere aussi les impressions tranquilles 
et majestueuses, et harmonise avec un art consomme les trois cou- 
leurs de la montagne ; nous l'accompagnons avec un egal plaisir a 
Plombiires, a Pralognan, au pied de la Meije et de la Grande Casse, 
au Pic Sancy et au Mont Noir; seules, les Pyr6n6es n'ont point 
cette fois tente* son pinceau voyageur et toujours egal a lui-mtoe. 

M. Choisnard, lui, a plante sa tente dans la belle valine du Giffre 
et sait placer son chevalet aux endroits les plus favorables pour 
nous faire admirer les pittoresques Environs de Samoins ; la fraf- 
cheur et la finesse de ton de ses excellentes toiles en font un regal 
pour les yeux. II envoie aussi une s£rie de charmantes aquarelles. 
— Encore le lac au clair de lune : C'est M. Cachoud qui le con- 
temple, de Ch&tillon ou du petit port d'Aix, et nous rSvons avec 
lui devant cette belle nuit et ce site enchanteur si poetiquement 
traduits. — Autre note idyllique : VOctobre, de M. Beauvais, avec 
ses arbres d6pouill6s et ses gen titles chevres broutant melancoH- 
quement au-dessus du lac. — M. Levillain nous conduit dans la 
Vallie de Cauterets : les belles eaux du gave coulent dans les 
rochers, ombragees d'arbres et encadre>s de montagnes peu 
farouches, et Calypso, paralt-il, n'est pas loin de la. 

Aupres de ces ceuvres d'un travail consciencieux, il serait injuste 
de n^gliger les 6bauches, croquis, souvenirs de voyage, la peinture 



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LES PEINTRE8 DE MONTAGNE 235 

documentaire en on mot, si inte*ressante ici puisqu'elle est nee du 
coup d'oeil rapide et sincere de P artiste. M. Schrader, auquel cette 
dernifcre 6pith&te convient si parfaitement, n'a expose que des 
documents de cette nature, mais combien prlcieux par le talent de 
Pauteur et la vartete des sites : le golfe de Porto, le Cervin vu du 
Breuil, les aiguilles de la Glilre, la CordilUre des Andes I M. Des- 
goffe a envoys d'inte>essantes etudes faites dans le Vol d'H&rens. 
14. Halle, de lumineux paysages d'Auvergne et du Moroan. M. Chi- 
ron a vu de Sallanches un Mont Blanc tr&s blanc au-dessus de 
prairies tr& vertea. M. de Martenne, pour qui les efTets de soleil, 
de nuages et de pluie n'ont plus de secrets, a note* avec bonbeur les 
aspects tour a tour sombres et Hants des Paysages du Morvan. 
M. Mascre fait aimer les sites qu'il peint : on voudrait voir le soleil 
se coucher sur son Galibier ou se lever parmi les arbres et les flours 
de ses Prairies de Tarbes, ou savourer cette delicieuse Journee d'au- 
tomne en Tarentaise. M Schomogue ne quitte pas GrindeUvald ; ik 
peint avec agr£ment les glaciers et les jar dins, la Lutschine et les 
pres qu'elle arrose. Dans le butin que M. Havet a recueilli au cours 
de ses voyages en Suisse, notons une jolie Matinie cTautomne a Sion. 

Les aquarellistes se nomment legion. L' aquarelle n'est-elle pas 
« Pinstantane » de la peinture, et son attirail celui par excellence 
du promeneur et du grimpeur? Notre collegue M. Cuenot, le Secre- 
taire general et P&me de la Soci6t6, prSche d'exemple en exposant 
ses origin ales etudes d' artiste et ses saisissantes impressions d'al- 
piniste : perche sur l'Aiguille de Loriaz, il croque consciencieuse- 
ment le Mont Blanc et son cortege de pics. M. Trinquier, qui a 
signe la couverture de cette Revue, continue la s£rie de ses docu- 
ments alpestres qui ont a la fois la precision de la photographic et 
le charme de Part : je me suis arrdtl longtemps devant son Soir 
& Champ&ry, d'un ton chaud qui ne lui est pas habitue L A noter 
aussi la Verte et le Dru qui py r amide nt superbement au-dessus des 
sapins et le riant paysage de Salvagny, reproduit ci-contre. 

M. Vignal, dans ses etudes d'une belle couleur qui n'ont qu'ex- 
ceptionnellement les Alpes pour objectif, r&issit admirablement 
les eaux. M. Busset a rapporte des plateaux d'Auvergne une im- 
pression melancolique qu'il nous fait partager, et M. Brun du mas- 
sif du Mont Blanc et de YOisans de bonnes aquarelles sans retouches, 
d'un dessin et d'un ton tr& francs ; lui aussi s'est mesure avec les 
terribles Aiguilles de Chamonix, ces demoiselles sont debridement a 
la mode! M. Eysseric expose des pages d* album et un pastel qui 
vient de loin, le CraUre du Popocatepetl. M. de Salinelle traduit avec 
since>ite les sensations de ses voyages en Savoie, et dans les 



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236 JULIEN BREGEAULT 

Chennes. Souvenirs aussi, les etudes deiicates et legeres de M. de 
Clermont sur les Pyrinies, bien peu representees & ce Salon. 
M. Gomba, qui se plait a marier les ravissantes teintes automnales 
des forets, a rencontre les Alpins dans la montagne, ce qui nous 
vaut un joli croquis, plein de couleur et de vie. M. le D r Capitan 
a explore les Environs de Royat et en a tir6 une s6rie de bonnes 
etudes. 

L'aquarelle est un art feminin, aussi les dames ne se sont-elles 
pas abstenues. Mme Bioche s'attaque aux grands panoramas : 
Alpes bernoises, Dent du Midi, Mont Blanc, qu'elle dessine d'un 
crayon ferme et orne de chaudes couleurs. Mme Bosviel, une vail- 
lante, p6netre dans la grande montagne et fixe sur son bloc les 
rochers et les neiges de la Combe oV Arolla et du Col de BertoL 
Mile de Pomaret etudie les Rochers de la Lozire. 

M. Wolff applique tres heureusement le pastel, ce charmant pro- 
cede si peu connu de nos jours, a un joli effet de lune sur le Lac 
Majeur. 

Phisieurs artistes, et non des moindres, sont restes dans la plaine, 
car le ravissant Effet de matin a Semur, de M. Dameron, ne saurait 
assurement passer pour une vue de montagne, encore que la pitto- 
resque cite s'etage au-dessus de FArmancon, non plus que la Vieille 
forge, de M. Waidman, et ses Environs de Remiremont ou le soleil se 
joue si deiicieusement dans les eaux, — ni encore les chatoiements 
que M Gagliardini tire de sa riche palette pour evoquer des coins 
rustiques, mais non alpestres. Quant a M. Didier-Pouget, il se can- 
tonne, et il a cent fois raison, dans les belles combes verdoyantes 
de la Creuse, dominees de rochers tragiques, au fond desquels se 
deroule le serpent d'argent, et que tapissent les inimitables bruyires 
roses. 

De ses doigts de fee, Mme Trebuchet ne se lasse point de faire 
eclore des fleurs magniflques : Digitales, Rhododendrons, Gentianes 
bleues, grands Chardons argentis, qui evoquent les bonnes siestes 
sur Talpe embaumee. La m£me artiste intitule modestement, Cartes 
postales, de tres artistiques souvenirs d'excursions aux environs de 
Chamonix et dessine d'un crayon sur les traits de ses braves guides. 
Un concurrent lui dispute la specialite des gentianes, M. Filliard, qui 
expose aussi de vaporeuses vues des lacs d'Annecy et du Bourget et 
un romantique lac oV Aiguebellette. 

Enfin, la faune alpestre a trouve un peintre autorise en la per- 
sonne de M. Rotig, qui a envoye des esquisses tres fermes et deux 
toiles vivantes representant des animaux divers : Cerfs, Biches, San' 
gliers, Chamois, Isards, 



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ILLUSTRATIONS 237 

Ayant ainsi parcouru le cycle, prenons cong6, par un dernier 
regard, de la maltressede la maison, la blonde Edelweiss, en constatant 
qu'il manque quelqu'un a sa galerie ; l'alpiniste, son amoureux. Oui, 
l'alpiniste, le vrai, en tenue de combat et de conquSte, en lutte avec 
la Montagne qui se defend, cramponn^ a ses prises, coined dans ses 
couloirs, dresse* enfin vers le ciel sur sa cime, quel peintre gonial 
nous le montrera un jour dans le drame de son audace ou dans 
r^panouissement de son triomphe? 

Julien BREGEAULT. 



ILLUSTRATIONS 



1° Le Glacier Blano et les Ecrina : la Houille Blanche. — Au pre- 
mier plan les beaux seracs du Glacier Blanc, a gauche les escarpements de 
la Grande Sagne, des Barres et au fond les Ecrins (v. p. 233). 

D'apres un tableau du peintre M. Berthier face & la p. 212 

2* Le lieutenant-colonel Mieulet (v. p. 219). — D'apres une pho- 
tographic de 1882 communique par la famille face a la p. 216 

3* Plateau de Triolet, face Nord Est. — Cette photo, prise du Jardin 
d'Argentiere par M. Jean Lecarme, le 19 Aout 1904, pour la carte de 
MM. Vallot, nous a ete, par faveur speciale, communiquee par M. Joseph 
V allot; elle montre le fond du Glacier d'Argentiere, de l'AiguUle de Trio- 
let a la Tour des Courtes face a la p. 226 

4« Plateau du Triolet, face Sud Ouest. — Photo prise de 1* Aiguille 
du Moin», par M. Joseph Vallot, le 19 septembre 1894, pour la carte de 
MM. Vallot, communique dans les mimes conditions que le n° 3; elle 
montre le fond du Glacier de Talefre face a la p. 228 

5° Salvagny, vallee du Giffre. — Que de jolis paysages, que de pit- 
toresques villages dans notre Savoie. Et notre snobisme s'en va chercher 
ailleurs les vilUgiatures d'6W (v. p. 235). 

D'apres une aquarelle du peintre Trinquier face & la p. 234 

6° Refuge Evariste Chancel. — Etabli a 2.400 m., presque sur les 
bords du Lac de Puy Vacher, il domine la Grave de pros de 1.000 m.; a 
portle des ascensions du Peyrou d'Amont et du Peyrou d'Aval, de la 
peu connue Pointe de Muretouse, du si frequents Col de la Lauze, des 
Pics de la Grave; il est tres visite" par les touristes (sa situation en vue 
mSme de la Grave yest peut-etre pour quelque chose). II est actuellement 
tenu, en 6t£, par la famille de l'ancien tenancier, le fameux guide Emile 
Pic. II peut contenir vingt touristes et huit guides. Son nom vient du do- 
nateur, Evariste Chancel, qui a tant fait pour l'Alpinisme dansfe Briancon- 
nais face Ma p. 236 



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EXPLORATIONS NOUVELLES EN 1904. 

Aiguille de Triolet, par FArSte S. — 9 Juillet 1904. — 
MM. J. H. Wicks, E. H. F. Brad by, et C. Wilson, avec Henri 
Rey. — La caravane prec&iente quitta la cabane de Triolet a 
3 h. 30 matin; aprcs avoir dejeune (6. h. 10-6 h. 35) en dessous de 
la rimaye, sur la route du Col de Triolet, elle tourna carrement a 
droite et ascensionna, par nn rapide couloir de neige et de glace et 
par les rochers de sa rive 8., vers une depression dans Parete S. 
(8 h. 45 mat.), legerement au S. du point ou I'arfcte se releve 
brusquement vers le sommet. Quelques tours rocheuses furent 
con tourneys par la face du Pre de Bar, et le pied du ressaut abrupt 
fut atteint(9 h. 30-10 h. 10). De ce point, la caravane pratiqua en 
general les rochers de la face E. (Pre* de Bar), 1' arete elle-meme 
n'etant suivie que sur une courte distance, a mi-hauteur environ. 
Elle resta au sommet de 1 h. a 1 h. 30 soir. Elle atteignit la 
depression entre le Triolet et les Petites Aiguilles de Triolet a 2 h. 15, 
le Col de Triolet a 4 h. 5, le Couvercle a 6 h. 30-6 h. 50 et leMon tan- 
vert a 8 h. 50. L'ascension par la ligne sommifale de V arete S. sera, 
si elle est possible, une magnifique escalade de rocher. Des consi- 
derations de dur£e de la course ont dissuade la caravane de la 
tenter. Alpine Journal* Nov. 1904. 

NOMENCLATURE CARTOGRAPHIQUE. 

Massifs de la Vanoise. — Corame suite aux notes publi6es 
aux pages 35 et 132, nous accueillons vokmtiers la rectification 
suivante : 

Dans la note publi£e a la page 35 de La Montagne, je me suis 
borne a signaler la premiere edition de r Atlas de Tavernier, ayant 
pour titre*: Thedtre geograpkique du Rayaume de France* qui seule 
etait interessante au point de vue special faisant l'objet de cette 



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NOMENCLATURE CARTOGRAPIIIQUE 239 

indication, et je n'ai pas eii k parler de l'edition de 1643, qui m'est 
egalement bien connue. Je ne puis done que confirmer entierement 
ma note de la page 35, en me bornant k reconnaitre que la rarete* 
des Atlas de Tavernier est incontestable, surtout s'il s'agit des 
atlas conserves en bon Stat, ce qui est le cas de l'exemplaire de F6di- 
tion de 1643, appartenant k M. Jules Chevalier, et signale* par votre 
correspondant; e'est encore le cas de mon exemplaire de l'6dition 
de 1637. 

II n'est pas inutile de constater que des modifications importantes 
ont 6te* apportees, au moins sur certaines cartes, dans la seconde Edi- 
tion. La premiere Edition de la Cabtb dbs rivi&bes ot Fbahcb, 
curieusement reckerchie par Nicolas Sanson Ingenieur et Geo g raphe 
ordinaire du Roy, est datee 1634, et ce n'est que sur le tirage por- 
tant la date 1641, que figure, par exemple, la tegende, La Bourne, 
accompagnant le trac6 (qui seul figure dans la premiere Edition) de 
ce torrent descendu des montagnes du Villard de Lans. D'ailleurs, 
ce souci de la correction resulte nettement d'un avis au lecteur ins- 
crit en tSte de cette mdme carte par Nicolas Sanson, le principal 
auteur de notre atlas e*dite* « k Paris chez Mblchiob Tavbbntee, gra- 
veur et imprimeur du Roy pour les Cartes giographiques Marines et 
Tailles-douces, demeurant en VIsle du Palais, sur le Quay qui regarde 
la Megisserie, & la Sphere Royalle. M. bc xxxvn. » 

« ... ; j'espdre, amy lecteur, dit Sanson, que tu y en trouveras un 
grand nombre [cours d'eau] qui ne se sont veus ny dans les Cartes 
Generales, ny mesme dans les plus Particulieres. Encor en feray-je 
voir d'advfttage quand je ddneray au jour les Cartes de toute la 
France, a quoy le sieur Tavernier n'espargne point la despence, 
pour recouvrir de bons et nouveaux desseins, ny moi ma peine pour 
les mettre tout en estat qu'elles puissent servir commodement au 
publicq, tu nous en advertiras sy tu as quelque chose quy nous y 
puisse ayder... » 

Enfin, qu'il me soit permis de mettre en garde contre certaines 
confusions pouvant resulter de recherches limitees au fonds special 
du d£partement geographique de la Bibliotheque Nationale, on 
malheureusement bon nombre d* atlas ne se trouvent pas, alors 
qu'ils existent, m6me k plusieurs exemplaires, k la Bibliotheque 
Nationale proprement dite. H. Duhambi*. 

NOUVELLES ALPINES. — Alpes du N. au S. 

Le Planet-stir- Argentieres. — Le tremblement de terre du 
29 s'est fait ressentir assez violemment ici. II ny a pas en autant 



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240 CHRONIQUE ALPINE 

de deg&ts que nous ne le craignions, cependant il y aura pres de 
4.000 fr. de reparations a faire a Photel. 

Une source tres abondante s'est ouverte pres du glacier d' Argen- 
tines ; puis une fissure plus a gauche va s'agrandissant. Un morceau 
de la foret descend, mais il ne menace pas Photel. 

CouiMiayeur. — La saison propice aux grandes ascensions sera 
precoce cette annee, gr&ce a un hiver peu neigeux et a la tempera- 
ture genera lement douce que nous avons eue depuis. 

II est projete en ce moment d'^tablir, pour la saison d'6t6, un ser- 
vice d'automobile pour franchir les 36 k. d'Aoste a Courmayeur, 
en diminuant les heures employees a parcourir cette longue mont6e. 
Laurent Bareux, ggrant du refuge Torino, 1/5/05. 

Val d'lsfcre. — Peu de neige en montagne; quelques grandes 
courses seraient praticables, le matin surtout. Le Col de PIseran a 
6t6 traverse par divers touristes. 

Victor Mangabd , guide de 1" cl., 6/5/05 

Pralognan — L' ascension de la Pointe de la Rechasse (3.223 m.) 
a 6t6 faite, le 23 avril, par M. F. Barbier, avec Victor Favre et Albert 
Favre. Elle s'est effective dans des conditions particulierement 
pSnibles, etant donne* P6tatde la neige amoncetee pendant Phiver 
et persistant encore a cette 6poque, a partir de 1.400 a 1.500 m d' al- 
titude. C'est la premiere course de Pannee dans notre region, qu 
n'avait pas recu la visite de touristes depuis le 23 septembre der- 
nier. 

Depart, le 22, pour le Refuge de la Vanoise. Une neige fine, 
chass6e par un vent froid du S. S. O. tombait et rendait la marche 
assez lente, notamment sur la crSte de Morion. A partir de 2.000 m., 
un brouillard tres£pais ne permetplus de s'orienterqu'avec la bous- 
sole. La caravane s'egare un instant sur les pentes rapides du flanc S . 
de P Aiguille de la Vanoise, puis s'achemine dans la direction 
retrouv^e de Pancienne cabane et du Chalet Felix Faure, auquel elle 
arrive apres 4 h. 30 de marche dans !a neige molle. Le Chalet 
de la Vanoise est enfoui sous la neige jusqu'au premier 6tage (envi- 
ron 4 m.), du cot6 de la porte d'entrSe. Celle-ci est degagSe sans 
grande difficulty, en creusant un puits oblique au moyen de la sape 
et des piolets. 

Le refuge fut trouv6 en parfait 6tat, abstraction faite des 
traces laissees par des cambrioleurs qui Pont visits depuis sa fer- 
m ture automnale. Temperature interieure — 1°. 

Le 23 au matin, depart a 5 h. ; le glacier est entierement 
recouvert de neige frafche, la rimaye, qui le sSpare de Parele O. 
de la R6chasse, n'est pas comblee. Arrived au sommet a 8 h. 45. 



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NOUVELLES ALPINES 241 

L*atmosphere, tres limpide, a permis de voir la chalne des Alpes, 
du Mont Blanc au Cervin. Descente vers le refuge apres avoir 
essuye*, sur TarSte O., une tourmente assez violente, mais de courte 
duree. La temperature de — 12°, relevSe avec le thermometre au 
sommet, s'est abaisse*e a ce moment a — 20*. Quelques tentatives de 
glissades sont reste'es infructueuses, en raison du peu de consistance 
de la neige. Apres un court repos au refuge, re tour a Pralognan, 
en contournant le flanc N. de PAiguille de la Vanoise et en suivant 
la Combe de la Gliere. Quelques avalanches se de* tachent des Aiguilles 
de la Gliere. On put constater, sur le trajet de retour, que la ligne 
teiephonique du Chalet Felix Faure avait souffert de Thiver, surtout 
pres du Col de la Vanoise. Duree de la descente depuis le sommet 
de la R6chasse jusqu'a Pralognan (non compris les arrets) 4 h. 35, 
en utilisant les raquettes. 

Le 24 avril, depart de Pralognan par beau temps — malgre que 
les nuages cachaient quelques hauls sommets — a 5 h. 45 du matin, 
pour Bozel, par la fordt de la Rossa et la Dent de Villeneuve 
(2.200 m.). Montee assez p£nible, car la croute superflcielle de neige 
legerement durcie, recouvrant une neige poudreuse, n'empSchait pas 
qu'on n'y enfonc&t fr£quemment de 80 c/m. ; d'ailleurs, Pusage des 
raquettes y eut ete impossible. 

Descente, sans incident, par les escarpements de la rive droite du 
Vallon de la Rosiere, n6cessitant des precautions et quelques tailles 
de pas sur les fortes pentes de neige dure. Dur6e to tale de la tra- 
versed : 6 h. 50. 

En somme, deux courses de neige tres interessantes. 

J. -A. Favbb, guide de 1™ cl., 4/5/05. 

Voreppe (Chartreuse). — La society de Moirans-Touriste projette 
la construction d'un refuge dans les Bannettes. On pourra ainsi 
jouir des soirees et des matinees dans ces magnifiques p&turages, 
sans etre oblige soit de descendre sur la Charmette, soit d'aller coucher 
aux chalets des bergers d'Hurtieres ou de la Grande Vache. 

Grenoble. — Le projet de ligne eiectrique de Grenoble au Vil- 
lard de Lans par Saint-Nizier-du-Parizet par aft revenir sur l'eau, et 
il semble que le succes puisse etre espere ; les communes interessees 
ont vote le concours financier que leur demandaient les promoteurs. 
On sait quel grand interet prescnte ce tram au point de vue du 
tourisme. P. L. 

La Pra (Belledone). — Le Lac Crozet, qui sert de reserve aux 
usines de Lancey, et dont la profondeur a ete augmentee par la 
construction d'un barrage, a vu ainsi son plan d'eau releve a 
30 metres au-dessus du fond. A la suite des secheresses de l'automne 



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242 CHRONIQUE ALPINE 

et de l'hiver, l'abaissement de son niveau a 6t6 de 22 metres. La 
fonte des neiges de prin temps et des ne>es supe>ieurs va recons- 
tituer sa puissante reserve de houille blanche. C*est la premiere fois 
depuis la creation de l'usine de Lancey que Ton a vu cette reserve 
tomber si bas. 

Le Lac Blanc de Freydane va subir aussi des travaux hydrau- 
liques; un tunnel de fuite va y etre construit dans le courant de 
l'6te 1905. 

II s'est fait, pendant les vacances de P&ques, plusieurs ascensions 
k la Croix de Belledonne. Quelques avalanches poudreuses se sont 
d£tach6es de la face de la Grande Lance vers le Lac du Crozet II 
n'y a pas eu d'accidents. 

Allemont. — Les recoltes sont tres jolies en ce moment; les 
arbres sont revdtus de leurs feuilles presque jusqu'au sommet des 
bois et la neige recule rapidement 

Une caravane de 26 personnes a franchi le Col du Glandon ; apres 
avoir couch£, le soir de P&ques, au Rivier d'AUemont, elle est des- 
cendue le lendemain a Allemont Une caravane de 7 personnes avait 
deja passe" egalement ce col, il y a trois semaines. 

Pierre Gimbt, guide de l r * cl., 3/5/05. 

La B6rarde. — La neige est k 2.000/2.200 k l'Envers et k 1.800 
k V Adroit 

Le 24 Avril, deux 6tudiants allemands de Lyon ont fait avec les 
deux porteurs Jules Rodier et Pierre Turc, la traversed du Col 
du Clot des Ca vales, de la Berarde (2 h. matin), k la Grave 
(12 h.) : neige en assez grande quantity, tres molle et tres pou- 
dreuse; surtout pres du col. 

Routes et sentiers sont en bon 6tat dans la valine. 

La ligne t£16phonique du Bourg d'Oisans a la Berarde a fonc- 
tionn6 tout Thiver. — Pas d'avalanches. — Les refuges sont en bon 
6tat — Les sentiers conduisant aux refuges seront Spares au cou- 
rant de Mai ou de Juin. 

J.-B. Rodieb, guide de l r * cl., 2/5/05. 

La Direction Centrale du C. A. F. a donne* son approbation au 
projet de la Section de l'lsere d'etablir un sentier continu — dans 
les pentes herbeuses, rocbeuses, ou morainiques — a travers le Col du 
Clot des Cavales. La realisation de ce projet est d'un grand avenir 
pour la vallee du V6n6on et la Be>arde, qui ne sera plus ainsi un cul- 
de-sac et sera d&ormais mis: a la ported de tous les touristes. 

Pelvoux. — La neige est a 1.700, tres bonne pour les courses; 
la grande majority des excursions seraient deja praticables. 

Une caravane, dirigge par le Commandant Goybet et compose* 



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NOUVKLLES ALPINES 143 

de six officiers et deux dames, est altee au Refuge Caron; partie 
le 26 de Briancon, elle ? Stait de retour ie 29. 

Le Refuge Cezanne sera confte a un ge>ant cet ete\ Les autres 
refuges sont en bon 6tat. Le Refuge Caron sera pourvu de bois par 
les soins des guides et porteurs de la commune de Pelvoux. 

Le Chalet-Hotel d'Ailefroide sera ouvert du 15 Juin au 30 Sep- 
tembre. On a fait des ameliorations k l'Hotel d'Ailefroide. 

Eugene Estienne, guide de l r « cl., 3/5/05 

Navette-Clgmence d'Ambel. — Les f onds de vaH6e sont encore 
occupes par la neige et il y a encore des avalanches a 300 metres 
des Tillages. Quant aux cols, Us sont absolument impraticables. 

Les proprtetaires ont fait en partie leurs semailles. Lew £tat est 
passable, mais il manque un peu de chaleur. 

Un service journalier de voiture publique sera etabli cette annee 
entre Corps et La Chapelle en Valgaudemar. L'horaire n'est pas 
encore arr$t6 : on parle de depart a 5 h. matin de Corps et de 3 h. 
soir de La Chapelle. 

Philomen Vincint, maire et guide, 1/5/05. 

Aiguilles. — La commune a loue\ comme d'habitude, la mon- 
tagne du Lombard pour un troupeau de mille transhumants. Quant 
au p&turage du Vallon de Penin, il sera r&serve* k Tusage banal. 
Toutefois, la partie haute a 6M trop d6grad6e par les transhumants 
des annees pr£c6dentes et l'administration forestiere a du les mettre 
en interdit. 

Chennes et Pyrenees 

Observatoire da l'Aigoual. — Pendant le mois d'Avril, 20 tou- 
ristes, dont 15 homines et 5 dames, sont montes k l'Observatoire, 
avec deux automobiles, une bicyclette et une voiture a deux che- 
vaux. 

La route deja libre a £te* obstruee k nouveau par la chute de neige 
du 20; elle a 6t6 rendue k la circulation le 27. 

Th£bond, observateur, 1/5/05. 

Saint-Lary (Vallee d'Aure). — Quelques troupeaux qui avaient 
d^ja gagn£ la Montague du Transport ont £te obliges de descendre 
a la suite de la bourrasque du 19 qui a recouvert en quelques ins- 
tants le sol de toute la vallee. 

Une grande activity regne dans la campagne pour les semailles 
de printemps. Francois Maesan, 2/5/05. 



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244 CHRONIQUE ALPINE 

SPORTS D'HIVER. 

Skis. — Nous recevons d'un aJpiniste celebre, qui fut parmi les 
premiers k entreprendre m^thodiquement les courses d'hiver et k 
eHudier l'usage des raquettes, mais qui desire garder l'anonyme, la 
lettre suivante, r^pondant trop k notre preoccupation de prouver 
qu'il n'est pas besoin d'aller k l*6tranger pour se livrer aux sports 
d'hiver, pour ne pas la publier ici : 

Com me vous le dites tr£s bien, si la raquette nous a perm is d'aller a la 
montagne malgre l'hiver, mais au prix d'efforts extremes, le ski la renou- 
velle et la rend at tray ante sous sa blanche parure, non seulement pour ceux 
d'entre nous qui lui ont voue" un amour passion ne" et une admiration sans 
borne, mais aussi pour les tiedes dont l'amour ne va pas jusqu'au sacrifice- 
Et, daus sa g6n6rosite\ aux uns comme aux autres el)e donne un sang plus 
rouge, une poitrine plus large, des muscles plus vigoureux, une volonte" plus 
ardente, pour le plus grand bien de la race. 

Aussi, je pense qu'il ne faut nSgliger aucun moyen d'accentuer le gout 
naissant (snobisme peut-etre chez beaucoup, mais qu'importe?) des sports 
d'hiver, et il me semble qu'un des moyens d'y arriver serai t de rem placer, 
dans La Montagne, la rubrique Courses d'hiver par Sports d*hiver, qui pour- 
rait figurer pendant toute l'ann£e et etre alimented par les descriptions des 
appareils, skis, luges, toboggan, bobsleigs dirigeables, par les renseignements 
sur les centres d'hivernage, les moyens d'y acc6der facilement, les gpoques 
favorables, etc. 

Dans cet ordre d'id6es je vous apporte ma pierre, bien petite, mais qui 
fera cairn avec les autres. 

J'ai passe, au commencement de mars, huit jours a 1' Hotel du Planet-sur- 
Argentteres avec ma femme que je voulais initier aux douceurs du ski. Nous 
avons 6t6 confortablement installed et tres cordialement recus, a des prix 
raisonnables. 

Moyens d'accis : Cherain de fer jusqu'au Fayet, depart de Paris a 8 h. 50 
soir, arrivee a 11 h. 21 matin; tratneau jusqu'a 300 metres au-dessus d'Ar- 
gentieres (4 heures, 25 francs), a pied en 15 minutes a l'hotel; cette derniero 
partie du trajet n'est pas la moins pittoresque; le personnel de l'hotel assure 
le service des bagages. Le trajet du Fayet a Chamonix, qui s'est fait l'hiver 
dernier en tratneau, se fera Tan prochain en chemin de fer, pendant tout 
l'hiver. On y perdra quelques jolis effets de neige et de glace, les stalactites 
qui couvrent les parois de la tranches a la sortie E. du tunnel du Gh ate lard 
entr'autres, mais on r£alisera une economic sensible de temps et d'argent. 

Aux environs immediate de l'hotel, terrains de ski excel lents pour les de- 
butants, pentes d6bois6es dont l'inclinaison varie de 0° a 60° et sur lesquelles 
il serait ais6 d'6tablir une piste de saut; des pentes tegerement bois6es et 
de petites courses (Col des Montets, village du Tour, route du Col de 
Balme)s'ofTrent au skieur qui possede les premiers principes; enfln, la traverse 
du Col de Balme avec retour par Trient, Tete Noire et Vallorcine, ou I'ascen 
sion du Buet constituent des courses d'un jour qui peuvent servir de cou- 
ronnement a une premiere periods d'instruction. Avantage appreciable : on 
peut chausser ses skis dans l'hdtel et sortir de plain-pied sur la neige. 

RSsultat : Ma femme qui n'avait jamais mis le pied sur un ski a pu, mal- 



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ROUTES ET SENTIERS 245 

gre le temps mediocre que nous avons eu pendant tout notre sejour, acque- 
rir le petit entralnement neeessaire pour aller a Vallorcine par le Col des 
Montets et revenir par le meme chemin. Person nelleraent, j'ai fait avec 
MM. J. Ravanel et A. Tairraz, le tour Col de Balme-Trient- Vallorcine : la 
saison etait un peu avancee de telle sorte que la neige coilait aux skis; mal- 
gre* cette circonstance, Pemploi de la peau de phoque sous les skis nous a 
paru indispensable pour la montee, utile pour la descente. 

A ce sujet, une question se pose sur laquelle il serait interessant d' avoir 
Pavis du plus grand nombre possible de nos collogues : la peau de phoque 
fixee a deraeure sous le tiers environ de la longueur du ski est-elle pre76- 
rable a la peau de phoque cousue sur sangle et amovible? Le premier proced6 
est adopts par tous les skieurs de la valine de Chamonix, je prefere pour- 
tant le second, que j'emploie pour la deuxidme ann£e. II a, je le reconnais, 
quelques inconvenients, poids plus considerable, prix plus eiev6, emmaga- 
sinement de la neige, dans certaines conditions de temperature, entre les 
sangles et le ski, mais il donne une plus grande adherence au sol, evite 
1'usure prematuree de la peau de phoque et raffaiblissement du ski qui r6- 
sulte des deux entailles necessaires pour la fixer a deraeure, enfln et surtout 
il permet de rendre au ski, lorsqu'on se trouve sur un terrain favorable, 
toute la rapidite d'allure qui en fait le charme principal 

La question du mode d'attache est, elle aussi, une des plus importantes, et 
elle ne pourrait que progresser si nos collogues voulaient nous donner leur 
avis a son sujet. J'emploie depuis deux ans le mode d'attache Huitfeld n°2, 
et j'en suis satisfait, mais il me parait neeessaire de Temployer avec des 
laupars. J'avais conserve 1'an dernier, pendant une campagne de six semaines, 
mes sou lie rs de raontagne ordin aires et il en est resulte, a plusieurs reprises, 
une compression douloureuse du gros orteil que je n'ai pas eprouv6e cette 
annee ou j'ai chausse des laupars. Ma femme avaitadopte le mode d'attache 
Sesseley's Steel System, il a donne aussi de tres bons resultats, il se met et 
s'enieve avec la plus grande rapidite — on chausse facilement les deux skis 
en dix secondes, on les quitte en cinq secondes. — Mais il m'a sembie qu'il 
se detach ait quelquefois de lui-meme, et je n'en ai pas encore fait un essai 
assez prolonge pour pouvoir me prononcer d'une facon definitive sur sa va- 
leur. 



ROUTES ET SENTIERS 

Service d' Automobiles Moutiers-Pralognan.— MM. Ma- 
gnat et Debon, de Grenoble, ont pris la charge de ce service et ont 
passe un traits de correspondance avec le P. L. M. ; d'autre part, 
MM. Alexandre et Bernard continueront k assurer un service 
journalier de voitures. La valine de Brides, Bozel, Pralognan va done 
voir ses services de transports double's, tout en 6tant dote d'un 
service d'automobile plus rapide et plus confortable. Par la corres- 
pondance automobile, Pralognan va se trouver k 24 h. de Londres, 
13 h. de Paris, 5 h. d'Aix-les- Bains. Seul, Lyon se trouve l^se dans 
la combinaison; ne pouvant pas trouver de correspondance pour £tre 
k Culoz k 5 h. 40 ou k Chambdry k 6 h. 48, il se verra force de 

17 



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245 CHRONIQUE ALPINE 

jouir des anciennes combinaisons qui feront partir a 4. h. 25 mat. 
pour arriver a 6 h. par auto et a 7 h. soir par voiture a Pralognan, 
soit 13 h. 35 a 14 h. 35, si nous comptons bien, plus que de Paris 
par la combinaison automobile. 

Voici les boraires pr6sum6s, jusqu'a ratification du service d'^te" du 
P. L. M. 

Aller. : 

Automobile Voiture 

15 juin-30 scplembre i« r juil.-Usept. 1" juil.-30 sept. 

Monitors 5 h. mat. 9 h. 25 mat. 4 h. 10 8. 1 h. 50 s. 

Brides 5 h. 30 9 h. 55 4 h. 40 2 b. 35 

Brides 5 h. 40 10 h. 15 4 h. 50 

Bozel 3 h. 50 

Pralognan 6 h. 50 11 h. 25 6 h. 7 h. 

Retour. 

Pralognan 7 h. 10 mat. 1 b. 25 8. 6 b. 20 s. 7 h. 40 mat. 

Bozel 9 h. 10 

Brides 8 h. 20 2 b. 35 7 b. 30 10 h. 10 

Brides 8 h. 30 2 h. 40 7 h. 35 

Moatiers 8 h. 55 3 h. 05 8 h. 11 h. 

Ge service va n6cessiter la creation d'un bureau neutre, pour la 
eorrespondance P. L. M., pour les renseignement gratuits du Syndicat 
d' Initiative, et probablement aussi pour les guides, porteurs et 
mule tiers. Ainsi s' organise peu a peu notre Savoie : quel cbemin fait 
depuis la vieille auberge preliistorique de Favre, alors qu'il fallait 
commencer sa campagne alpine par l'6tape sur route de Moutiers 
A Pralognan. II n'y a pas vingt ans de cela. 

SCIENCES ET ARTS 

Concours universal de photographies de montagnes. — 

Un concours universel de photographies inidites de montagnes est 
ouvert, par le Club Alpin Francais, entre tous les photographes fran- 
cais ou strangers, amateurs ou professionnels. 

Conditions du concoubs. — Article premier. — L* admission au 
concours est gratuite. 

Art. 2. — Seront admises a concourir les photographies de mon- 
tagnes, quel que soit leur format, ayant deja figure ou non a des 
Expositions, en dehors de celles organis&s par le Club Alpin Fran- 
cais, a Paris, mais n'ayant pas 6t6 publtees. II sera tenu grand 
-compte de la dimension des gpreuves et des cliches, de Y altitude a 



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SCIENCES ET ARTS 847 

laquelle leg cliches auront ete faits, et des indications fournies sur 
la topographic des lieux photographies ou sur les proc£d£s et les 
appareils employes. 

Art. 3. — Les agrandissements pourront egalement £tre admis au 
concours, a la condition qu'ils soient accompagnes d'une epreuve 
tirie directement sur le phototype original. 

Art. 4. — Les concurrents seront libres d'envoyer une au plu- 
sieurs epreuves positives non retouchees du meme sujet. Les epreu- 
ves sur papier devront dtre, sinon encadrees, au moins collies sur 
carton, ou mises en passe-partout pour pouvoir figurer a 1' Exposi- 
tion. — Ghaque epreuve portera une inscription comprenant : 1° Le 
nom et la position gSographique du sujet photographic ; 2° Palti- 
tude et le nom du lieu d'ou la vue aura 6t6 prise et la date a 
laquelle elle aura ete faite; 3° une devise unique pour toutes les 
epreuves du m£me concurrent, mais sans nom d'auteur; 4° cette 
devise devra etre r^pelSe sur une enveloppe cachetee contenant le 
nom et Tadresse du concurrent, et la declaration que le phototype 
n'a encore servi a aucune illustration, et n'a figure a aucune expo- 
sition organised par le Club Alpin Francais a Paris. 

Art. 5. — Ghaque laureat recevra une medaille mentionnant la 
recompense obtenue. 

Un prix d'honneur pourra 6tre decern^ au concurrent dont renvoi 
pr&enterait un interdt exceptionnel. 

Art. 6. — Les epreuves recompenses resteront la propriety du Club 
Alpin Francais, qui aura le droit de les reproduire dans ses publi- 
cations. II sera organist une exposition publique des ceuvres recom- 
penses ou envoyees. 

Art. 7. — Les membres du jury seront hors concours; ils regle- 
ront les cas non prevus au present r^glement; leur decision sera 
sans appel. 

Art. 8. — La cldture du concours aura lieu le 30 novembre 1905, 
date extreme & laquelle les envois devront 6tre parvenus, franco, au 
siege de 1' Association, 30, bub du Bag, a Pabis. 

Art. 9. — Les epreuves non recompensees, qui n'auront pas ete 
retirees deux mois apr£s la proclamation des prix, seront consider^es 
comme abandonnees au Club Alpin Francais. 

Association pour l'Am&iagement des Montagnes. — II 

vient de se fonder, dans le S. O. de la France, une association dans 
les Comites d 'administration et d'initiative desquels sont entres 
nombre de membres — et non des moins distingu£s — du Club Alpin 
Francais : elle a pour but l'amenagement des montagnes au point 



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248 CHBONIQUE ALPINE 

de vue de P6conomie forestiere et agricole. C'est la substitution de 
Pinitiative privSe a celle de PE tat- Providence pour enrayer la degra- 
dation des montagnes par le reboisement, le gazonnement, etc. 
Son programme est : 

« Affermer par des baux a long terme des terrains communaux dans Ies 
hautes vallees et les plateaux que les troupeaux de la plaine, a flames par 
une longue route, devastent des leur arrivee, ameliorer les conditions de la 
vaine-pature pour les usage rs, creer des chemins, des abris pour les bergers, 
des prairies dont les fourrages faciliteront la stabulation, reboiser les 
pentes abruptes, embroussailler les rochers, amenager des paturages boises 
ou le betail sera protege et le sol consolide, favor isf»r la substitution des 
vaches aux brebis par 1* organisation d* Associations fruitieres, faire cesser les 
indivisions desastreuses de la propri6te entre communes franchises et etran- 
geres, remettre enfin aux communes un domaine pastoral amelior£, aveo 
des forSts en plein rapport dont le revenu sera plus que suffisant pour son 
entretien, afin de montrer aux populations, par une action directe, la soli- 
darity des industries forestiere et pastorale; 

« Pro pager par des publications, des Conferences et des Congres les 
moyens les plus efficaces pour regulariser le regime des eaux et pour 
resoudre le double probleme, identique comme solution, de conserver aux 
Montagnes leur terre et leur population; 

« Aider de ses subventions les entreprises particulieres, collectives ou com- 
munales concourant au raeme but; 

« Tel est le programme que 1'Association poub l'Am£nagbment des Mon- 
tagnes s'est trace, en conciliant tous les interSts legitimes, et auquel elle 
consacrera les subventions des Pouvoirs publics, les produits even tu els du 
sol, et aussi les dons ou legs que de genereux bienfaiteurs pourront lui faire 
apres sa reconnaissance d'utilit£ publique. » 

Nous ne pouvons qu'applaudir a ce programme, qui entre si bien 
dans les idees que nous de*fendons. 

II ne faut pas m^connaltre que l'Etat a deja beaucoup fait dans 
les Pyr£n6es, qu'il n'a pas recule' devant le rachat de nombreux 
perimdtres, de communes entieres comme celle de Ghaudun ; mais 
les Eaux et Fordts se sont souvent trouves en lutte avec des interfits 
electoraux et n'ont pas eu tou jours leurs coudees aussi franches 
qu'elles l'eussent d6sire\ L'initiative priv^e est plus ind^pendante; 
elle est o tout le monde » et, comme telle, elle a une action g£ne- 
rale beaucoup plus vaste. 

Fond6e le 21 avril 1904, P Association pour PAmSnagement des 
Montagnes a deja vigoureusement entame* sa premiere campagne et 
a fait des travaux important^ dans la commune d'Aragnouet, 
qu'elle a liberie de 3.000 moutons espagnols. Pour le fores tier, le 
mouton, c'est Tennemi, et en cela reconnaissons qu*il a raison. Dans 
le S. O , PA. A. M. aura la besogne plus facile, le mouton etant 
stranger. Dans les Alpes, elle aura a s'attaquer a la transhumance 
fran$aise ; elle aura k r&oudre un redoutable probleme economique. 



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DIVERS 249 

Elle ne pourra y arriver que lentement, en substituant l'Slevage et 
ses ateas a la transhumance qui donne des gains si faciles, en rema- 
niant Tinstruction agricole, fores tiere et 6conomique de nos popula- 
tions, en faisant saisir au montagnard, par des cours, par des con- 
ferences, par des essais, le danger du pacage des moutons dont le 
petit pied dStruit tout. 

L'ceuvre n'en est que plus belle, soutenons-la de toutes nos 
forces : la cotisation est de 10 fr., le Siege social est a Bordeaux, 
142, rue de Peyssac. 

DIVERS. 

Les enfants a la Montagne. — Le Syndicat d'initiative de la 
Savoie vient, par une circulaire re"cente — qu'il s'empressera d'a- 
dresser a ceux qu'elle pourrait int6resser, — de faire ses offres de 
services aux associations susceptibles d'envoyer des colonies d'en- 
fants a la Montagne. Son programme pr^voit deux colonies de cent 
enfants passant, en Savoie, trente jours chacune. Chaque colonie 
serai t divis£e en deux sections qui passeraient, chacune, quinze 
jours a Beaufort, par exemple, et les quinze jours suivants a Mo- 
dane, et inversement. La premiere colonie viendrait en Aout, la 
deuxieme en Septembre. Le prix de revient de la nourriture serait 
de 1 fr 35 par enfant et par jour, et le prix des frais divers, y com- 
prisle voyage aller et retour de Paris, 82 centimes, au total 2 fr. 17 
par enfant et par jour. 

Nous sommes heureux de mettre notre publicity a la disposition 
de cette ceuvre de regeneration physique et morale par la Mon- 
tagne. 

Conferences sur le Dauphin^ en Italie. — M. Henri Ferrand, 
vice-president de la S. T. D., et membre du G. A. F„ a 6te* appele* en 
Italie pour y faire une seYie de conferences sur le Dauphine* pitto- 
resque. Son succes a ete* vif a la Section de Turin comme a la sec- 
tion Ligure du C. A. I. 

Nous apprenons que la parole de M. Ferrand a deja porte" ses 
fruits et qu'une caravane de la Section de Turin du C. A. I. va visi- 
ter sous peu nos Alpes francaises. 



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REVUE DES PRINCIPAUX PERIODIQUES 

Bulletin de la Section des Alpes-Maritimes du C. A. F ; 

24 f ann6e, 1903; 23/15 de 226 p. 

Rh. W. A. B. Coolidge. Souvenirs de mon voyago en 1879 a 
travers les Alpes Maritimes. — Cette campagne, exe*cut6e avec les 
guides Aimer pere et tils, est une des plus d^cisives que notre Emi- 
nent collegue ait accomplies. II aborde a la fin de Juillet les hautes 
cimes des Alpes-Maritimes alors a peu pres inconnues. II les quitte 
a la fin d'Aout, laissant tous les problemes importants re*solus. Cette 
petite 6pop6e me>itait mieux, assur^ment, que les breves notes de 
V Alpine Journal; nous en avons maintenant un r6cit pittoresque et 
anime\ 

V. De Cessole, Le chalnon de la Madre de Dio. — Se>ie de pointes 
voisines de PArgentera et d'un acces peu commode. Le plus haut 
clocheton a recu des cartographes italiens, par un juste hommage, 
le nom de M. de Cessole, qui l'a, le premier, gravi, d6crit et photo- 
graphic. 

Paul Moquez. Ascension du Caire de l'Agnel. — La possibility 
de rentrer a Nice le soir meme a bicyclette apres V ascension d'une 
cime neigeuse semble de nature a valoir a l'alpinisme de nouveaux 
adeptes. M. Moquez contribue a ce rCsultat par son exemple et par 
une description enthousiaste. 

F. Mader. La v6g6 tation des Alpes-Maritimes. — Aucun d£par- 
teraent francais, sans aucun doute, ne possede une flore aussi variee 
que celui dont Nice est le chef-lieu. M. Mader d&srit ces richesses 
v6ge" tales avec competence, en traitant successivement de la zone 
littorale, de la zone montagneuse, de la zone alpestre. Une saxi- 
frage tres rare, spgciale aux parois abruptes et rebelle a toute cul- 
ture, est signaled comme propre a servir d'embleme a la Section. 

V. De Cessole. La protection des plantes alpines. — La neige 
dans les Alpes Maritimes pendant l'hiver 1903-1904. 



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REVUE DES PRINGIPAUX PfiRIODIQUES 251 

La chronique detailiee de la Section, qui complete le volume, 
atteste une direction 6clair6e autant qu'une initiative ardente. Nos 
collegues s'appliquent avec zele a reconstituer leur bibliotheque et 
leurs collections, detruites par un incendie en 1902. L'oeuvre prin- 
cipale de ces derniers temps aura ete l'erection d'un refuge au lac 
de Rabuons avec le concours de la Direction Centrale du C. A. F. 
Un autre abri s'eleve, depuis le mois de Juillet 1903, sur les bords du 
Lac d' Alios. P. p. 

Section de la Drdme du G. A. F. — Bulletin N° 2; 25/16 
de 294 p. ; Valence, C6as, 1905. 

Les Sections du Club Alpin ont-elles raison d'eparpiller leurs 
efforts en publiant des bulletins particuliers, au lieu de se consacrer 
uniquement au recrutement et a Taction en montagne. Certaines 
sections ne l'ont jamais fait, telle la Section de l'lsere; d'autres, 
qui avaient cette coutume et ont donne d'excellentes publications, 
ont, croyons-nous, l'intention de cesser ces errements pour reporter 
a l'organe central, La Montagne, les documents d'int^ret general 
qu'elles publiaient, en ne dormant plus chaque annee qu'un petit 
livret d'interfit local. C'est la une question que les esprits les plus 
serieux se posent, et c'est v6ritablement un grave probleme qui 
demande une etude approfondie. 

Ces reflexions nous sont venues, hd tons- nous de le dire, un peu en 
dehors du livre que nous presentons. La Section de la Drome 
n'avait pas publie de bulletin depuis 1891, et nous ne ferons pas 
une indiscretion en disant qu'elle va afflrmer, cette annee encore, sa 
vitality en amenageant un veritable chalet-hotel a la Foret de 
Lente : ce n'est done pas d'elle que Ton pourrait dire qu'elle gas- 
pille ses forces. 

Le Bulletin debute par une revue des faits importants de la Sec- 
tion. — Van de voyager, par Jeanne de Flandreysy. L'auteur est 
main tenant un ecrivain de carriere : elle s'est to u jours r^vel^e 
comme une chercheuse, mais jamais, dans aucune de ses produc- 
tions, elle ne nous avait ouvert pareiile mine de recherches. Pres de 
soixante citations sur le voyage sont groupees la avec une maestria 
de style telle que Ton ne sent pas du tout la couture et que, parti 
du debut, on arrive a la fin sans s'dtre doute autrement que par la 
variete, larichesse des expressions que ce n'est point une seule per- 
sonne qui a ecrit ces lignes. — Le couvent de Saint- Antoine dans la 
la Basse Thibaide, par Charles-Roux. Article qui serai t mieux au 
Tourdu Monde que dans ce bulletin. — Notes d'un vieil Alpiniste, 
par Abel Berger. C'est dans la haute valiee du Rhone, au Col de 
Sagerou, a la Dent de Morcles, a la Pointo d'Otemma, etc... que 



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252 BIBLIOGRAPHIE 

nous conduit la verte vieillesse du vieil Alpiniste. Son recit est plein 
de bonhomie : il a une saveur particuliere que nous engageons le 
lecteur a aller gouter lui-meme. — Voyage aux antiquiUs de Die, 
par M. H. Ferrand. Elles sont tres inte>essantes les antiquity de 
Die, elles sont tres savantes les reflexions que fait, a leur sujet, 
M. Ferrand ; raais d'un auteur aussi alpin, nous eussions pr6fer6 le 
moindre grain de mil alpestre. II y a bien une traversed du Vercors 
en auto, qui sauve la face, mais c'est tout. — OntbUze- Ansage, par 
M. Mossan. Courtes notes sur les gorges si belles d'Ombleze. — 
Le RhSne, impression d'un riverain alpiniste, pages bien 6crites, 
bien vivantes, qui fleurent bon le pays du soleil. — Caravanes sco- 
laires, par H. Rostolland. II a 6te rendu compte ici meme, p. 201, 
de cet important travail. — CroisUre de la Mediterranie dans 
TAtlantique, par Ruzan. 

Et maintenant renvoyons le souhait du debut a Ntude de la Sec- 
tion de la Drome et de son actif et distingue president M. P. 



OUVRAGES DIVERS 

A. Vincent. — Six mois dans les neiges, journal d'un officier; 
19/12 de 263 p., 20 ill. hors-texte; pr. 3 fr. 50 ; Moutiers-Tarentaise, 
Ducloz, 1905 ; don de T6diteur. 

Une des meiileurs preuves que le moi n'est pas haissable, c'est 
que le journal est et demeure une des formes attrayantes du livre. 
Dans la raontagne specialement, c'est une des manieres les plus 
agr6ables de conduire un r6cit... II y a bien la description pure, mais 
elle manque un peu de vie; il y a le recit des courses, mais le genre 
en est un peu use; nous avons vu rScemment le roman 6clore dans 
le cadre des glaciers perfides et des rochers pr^cipiteux, Thumanit^ 
et ses drames physiques et moraux transportes dans le cadre impla- 
cable des Alpes ; mais la, si le genre est nouveau, il n'est pas a la 
ported de tous. Tandis que le journal ne demande que since>it6 : 
cette etude vraie de 1 influence du milieu sur le moi est pleine d'in- 
teret et le demeurera toujours : n'est-ce pas la methode la plus fruc- 
tueuse dans les sciences biologiques? L'Alpinisme sera plus tard 6tudi6 
dans toutes ses manifestations et lorsqu'on fera Thistoire, lorsqu'on 
cherchera a degager la genese de ce grand mouvement qui nous a 
porte vers la Montagne, Tetude du moi des autres sera fecond en 
etudes comparatives du plus haut inte>£t. Le livre que nous presente 
le lieutenant Vincent est 6crit avec une sincgrite que Ton sent a 
chaque page et qui se revele par le style lui-mdme. Que de fois, a la 



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LIVRES ET ARTICLES 253 

lecture de ces lignes, il nous a semblS ouir conter, avec la pointe 
d' humour dans le mot et dans la chose, une de ces excellentes histoires 
que nous avons entendues quand, invites par quelque alpin de nos 
amis, nous avons assists au mess. Six mois dans les neiges : que 
d'observations a noter, souvenirs historiques, 16gendes curieuses 
du pays d'en bas que Ton vient de quitter et puis la vie du 
poste des neiges a raconter, combicn typique et instructive, ou l'ori- 
ginalit6 de chacun s'accuse. Et cette originality, Tauteur la saisit 
tr& bien. II y a une page bien burin6e et d^sopilante aussi dans la- 
quelle il nous presente les h6ros du poste. Plus loin ce sont des 
pensSes militaires qui agitent Tauteur, Tinfluence d'un rSve oblige, 
la possibility de la guerre de demain, Tobligation du devoir... Et 
to u jours revient la note spirituelle de l'homme habitug a se moquer 
de tout, m£me et surtout de lui-m£me. Entre temps nous trouvons 
une jolie page sur les adieux du g£n£ral qui, bientot atteint par la 
limite d'&ge, veut encore, malgr£ la tourmente d'hiver, malgr£ les 
ann£es qui l'ont fai tgrisonner, lutter contre tous ces frimas, escalader 
les fortes pentes et inspecter le poste ; bien bros$6e, cette m&le figure 
du genera) Parisot et quell es jolies notes de melancolie elle jette 
au vent qui passe. Vient P adieu des soldats du poste, d'une touche 
m61ancolique aussi : quitter c'est mourir un peu. 

Nous eussions peut-etre demande* un peu plus de ces sensations 
d'en haut, purs echos de la vie elle-mdme de la montagne comme, 
par exemple, cette description de P<He* de la Saint- Martin, que 
l'auteur nous dScrit si bien Mais le livre n'est point de pure 
description, c'est un journal sincere et c'est le meilleur compliment 
que nous lui puissions faire. M. P. 

LIVRES ET ARTICLES 

Sous ce titre nous comprenons par sujets ou par regions : 1° les livres 
trait ant de PAlpinisme ou de sujets connexes, venus a notre connaissance; 
2° le sommaire des articles originaux des principaux periodiques alpins fran- 
cos ou Strangers ; 3° les articles de revues francaises sur des sujets concer- 
nant l'Alpiuisme. 

N.-B. — Les livres ou revues suivants sont entres par dons des auteurs ou £diteurs ou 
par ^change, le unit dernier, dans la bibliotheque du 0. A K., oil ils resteront a la dispo- 
sition des uienibies du Club, ils ne pourront elre emprunles avant le 20 Jain 1905. 

GfeNtBALIT^S. 

Arduin-Dumazet. — La Vie dans les Postes d'hiver : La Nature, 1/4 '05. 

Berthaut (colonel). — La Carte de France (1750-1898); etude historique; 
2 vol., 23,22 de 341-585 p.; 81 cartes, plans et croquis; Paris, Service 
ggogr. de PArmee, 1898-189'J; don de Pauleur. 

Berthaut (colonel). — Les inginieurs giog raphes militaires (1624-1831); 



S 



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254 BIBLIOGRAPHIE 

etude historique; 2 vol., 28/22 de 527-467 p.; 148 caries et plans; Paris, 
Service geogr. de rArmee, 1902 ; don de l'auteur. 

Henry Bordeaux. — Le mal de montagne : V Alpiniste, avril 1905. 
Henry Correvon. — La culture artiflcielle des plantes alpines : La 
Nature, 22/4/05. 

Tres interessantes notes de culture pratique : la plante est mise a racines 
nues dans une terrine pleine du sphagnum que Ton trouve chei tons lea 
horticulteurs, et, bien arrosee, exposee sur des pierres en pleine lumiere, 
prospere vite, donnant des sujets hors lignes. 

Club Alpin Suisse. — Carnet de poche; 16/11 de 274 p.; Zurich, 
Tschopp, 1905. 

Tres utile Vade mecum, avec tableau com para tif des heures, calendrier, 
agenda, statuts du C. A. S., renseigne merits sur cabanes, guides, tarifs des 
guides, assurances des guides, signaux de d£tresse, but des societes 
alpines, etc. Une carte montre la repartition des cabanes. 
Durnstein. — Une ecole de Orimpeurs : O. T.-Z., 16/4/05. 
Prof. A von Guttenberg. — Protection et conservation des sites 
natureU : Z>. A.Z., 1/4/05. 

Paul Joanne. — Guides diamante; Paris, Hachette, 1905; don de 
l'editeur : 
Bretagne; 14/9 de 52 + 243 + 132 p.; 11 cartes et 6 plans; prix : 2 fr. 
Normandie; 14/9 de 52 + 246 + 132 p.; 9 cartes et 9 plans; prix : 2 fr. 
Paul Joanne, — Les monographies suivantes; Paris, Hachette, 1905; 
don de P6diteur : 
Chartres ; 16/11 de 24 + 132 p.; 1 plan et 5 grav.; prix » fr. 50. 
Chdtelguyon et Riom, V oleic, Aigueperse, Enneiat; 16/11 de 32 + 132 p.; 
plan, carte et grav. ; prix : fr. 50. 

Clermont-Ferrand et Royat- les -bains, Thiers, Jssoire, Pontgibaud ; 16/11 de 
56 + 132 p.; 11 grav., 1 carte et 3 plans; prix : 1 franc. 

H. Muller. — Quelques mots d'Ethnographie alpine ; Revue des Alpes 
Dauphinoises, 15 D6c 1904. 
X. — Les plaisirs du ski dans les villages des Alpes : Q. T.-Z., 1/4/05. 
£douard Pontle. — Les Sports d'hiver : le Gap Ski Club : Education 
physique, 15/1/05. 

Raimund S chafer. — Hochtouren in den Alpen, Spanien, Nordafrika, 
Kalifornien und Mexiko; 28/19 de 176 p.; 59 phototypies et 7 reproductions 
en couleurs d'apres aquarelles origin ales; Leipzig, Weber, 1903 ; acquisition. 
Henri Spont. — Alpinisme et Pyren6isme : Tour de France, 0/4/05. — 
M. Spont conclue a deux appellations diflerentes : < Alpinisme et Pyr6ndisme 
sont deux facons egalement respectables de pratiquer le mSme sport » 
Nous doutons fort qu'il ait gain de cause. Les Alpes et le Caucase different 
plus que les Alpes et les Pyrenees : les glaciers y sont encore a des echelles 
plus fortes. Les Himalayas nous offrent des exemples de difficult^ analogues 
a celles des Alpes, mais que Ton pourrait aussi difTerencier. Et pourtant on 
va faire de I'Alpinisme au Caucase, dans les Himalayas, dans les Roche uses, 
dans la Nouvelle-Zelande... comme dans les Pyrenees. 

Hermann Uhde-Bernays. — Giovanni Segantini et tsw montagnes 
(1 iU.) : Z>. A.-Z., 1/4/05. 

Alpes occidentals s. 

Gg Hantz. — Au Jardin de Talefre : Echo des Alpes, 4/05. 

D* Payot. — Le Tour du Mont Blanc en ski ; Revue Alpine, 1/4/05. 



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LIVRES ET ARTICLES 255 

Alpbs centra lbs. 

Li. Brasca. — La Verite" sur l'Histoire alpine du Pinirocolo : Biv. 
Mens., 3/05. 

Prince Roland Bonaparte. — Au travers du Simplon, Je Sais 
Tout, 15/4/05. 

Nombreux documents et photographies sur la fameuse percee. 

D* G. Gamenisch. — Les clicmins de fer rhitiques ; 19/12 de 136 p.; 
nombreuses illustrations; n" 193, 194 et 195 de la Collection de V Europe 
illustrie-, Zurich, Orell Fussli. 1905. 

G. Hasler. — Deux voies nouvelles au Finsteraarhorn : 0. A.>Z. t 30/3/05. 

G. Restelli. — Le Gran Fillar dans le groupe du Mont Rose : Biv. 
Mens., 3/05. 

E. Waber. — Du Wildhorn au Wildstrubel (en ski) : Alpina, 1/4/05. 

D r F. Zschokke. — Voyage a la frontiere : Alpina, fin au 1/5/05. 

Alpbs orient ales. 

... Escalade de la Tschierspitze par la cheminee Adang (ill.) : O. A.-Z., 
13/4/05. 

J. Hahn. — Du Lenzspitze au Durrenhorn : Alpina, 15/4/05. 

Girxn-Hochberg. — Une valine tranquille : Mitt D. O. A.-V., 15/4/05. 

Ing. Edmund Gutl. — Voyage en ski dans les Kitzbuheler Alpen : 
O. A.-Z., 13/4/05. 

Hans Seyfiert. — Dans le Groupe de laPala (2 ill.) : D. A.-Z., 1/4/05* 

Steirischer Hohlenklub, Section de TO. T. C. — Exploration des 
Avens pres de Semriach : 0. T.-Z., 1/4/05. 

JUBA BT VOSQES. 

Gamille Brunotte. — Le Jardin d'essai de la Section vosgienne du 
C. A. F. : Bull. Sect Vosgienne, Mars-Avril, 1905. 

£. Foamier (Prof esse ur a la faculte des sciences de Besancon). — 
Recherches speleologiques dans la chatne du Jura : Spelunea, Man 1905. 

Aug. Thierry-Mieg. — Les skis dans les Vosges alsaciennes : Bull. 
Sect Vosgienne, Mars-Avril 1905. 

Pyb£h£ss. 

Ijaoien Briet. — Le long du Rio Ara: Section du Sud-Ouest du C. A. F., 
Dec. 1904. 

Li. Garez. — La Geologic des Pyrinies francaises (Memoires pour servir 
a 1' explication de la carte geologique detaillde de la France); 2 volumes 
31/24, ensemble 1.230 p. et 13 pi.; Paris, Impr. nation., 1903 et 1904; don 
de i'auteur. 

Ludovic Gaurier. — Cauterets. Deux grandes et belles courses d'eW. 
Le Grand Vignemale : 1° Montee par la vallee de Gaube, descente par le Col 
de la Basse et la vallee de Lutour; 2° Montee par les valines de Marcadau 
et d'Acatille. Retour par le col et les lacs d'E stone- Soubirou : Section du 
Sud-Ouest du C. A. F., Dec 1904. 

Vicomte d'Ussel. — L* Aiguille inaccessible de Mede (2.410 m.) : 
Section du Sud-Ouest du C. A. F., D6c. 1904. 

Asia. 

Douglas W. Freshiield, — Le Sikhim Himalaya : Skottish Geog. 
Mag., 4/05. 



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Avril 1905. — Piriode de beau du l cr au 9. La penode de beau du 25 
au 30 s'est continue au debut du mois. Un anticyclone de 770sur Londres, 
Berne, Bordeaux favorise les brouillards ou nuages bas en montagne. et les 
vents inordonnes. Le 2 une depression passe au N. sans toucher Alpes ni 
Pyrenees. Le 3, isobares troubles dans le N.-E., mais un Hot de 765 pro- 
tege la France; le lendemain il s'etend des Ago res a Vfrnne; le 5 sa situa- 
tion est recuiee un peu vers le W., sa partie E. tend a combler une forte 
depression (735) de la Suede. Dans la nuit du 5/6, — 12° a Val d'Isere (mi- 
nima du mois). Du 6 au 8 merae situation tres troubled sur PE. sans que 
les pressions fortes soient tres entamees, 760 Alpes et 765 Pyrenees. Le 9 
anticyclone de 765 sur Vienne, une depression apparatt aux Acores. Pen- 
dant cette piriode de chaleurs pendant le jour la limite de neiges remonte 
a 2.000 metres dans les Pyrenees (Campan). 

Piriode troublU du 10 au 22, avec em bellies momentan6es. Du 10 au 12 
des depressions peu importantes passent a l'W : orageux et couvert. plu- 
vieux, brouillards a la Berarde pendant ces trois jours (J. B. Rodier) ; tres 
forte averse le 10 a Saint-Lary (Francois Marsan); orage le 11 a Campan 
(Le Bondidier). Le 13 beau temps, petit Hot de pression plus forte (760) 
sur le golfe de G6nes, venant tou jours attester I'influence des pressions de 
cette region sur les Alpes; le 14 orage a Saint-Lary et a Campan ou il grele; 
jusqu'au 15 situation semblable malgre" une forte depression (740) sur l'lr- 
lande. Le 16 Pilot de plus forte pression est remplare par un tlot de 
moindre pression (751), immediatement cette influence se fait sentir, plu- 
vieux a la Berarde. Du 18 au 20, relativement beau dans les Alpes et 
frequentes bourrasques dans les Pyrenees (celle du 19 recouvre de neige le 
sol de toute la valiee d'Aure en quelques instants; quelques flocons tombent 
a Campan, qui se trouvent sur le bord concave de Tisobare (760). Deux 
centres minima peu importants (755) am£nent cependant des bourrasques 
de neige (5 cm a la B6rarde, J. B. Rodier); In 20 forte bourrasque de l'E. a 
l'Aigoual donnant 42 cm de neige Le 21 et le 22 situation analogue. 

Piriode de beau du 23 au 28. — Un cdne de forte pression qui se trans- 
forme en anticyclone du 23 au 28 amene une belle piriode sur la France: le 
rayonnement est plus facile et quelques geiees se produisent pendant les 
nuits du 22 au 25 dans la valiee de la Durance, sans faire grand mal. 
Cependant, le 28 on peut prevoir la fln du beau, une forte depression arrive 
de TW. sur Tlrlande. 

Du 29 au 30 bourrasque par suite de la depression irlandaise (745). 

Pluies et neiges. — Aigoual (Therond), 8 jours de neige : pluie et neige 
ont donne 154 m/m, dont 64 m/m 3 le 11. Ciemence d'Ambel (Philomen 



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DIRECTION CENTRALE 257 

Vincent), les 11, 12.15. 17, 29et30, au pluviometre 80m/m 4. Val d'Isere 
(Mangard 5 chutes de neige ay ant produit 70 c/m, deja disparus au 30 avril. 
Tremblement de terre du 29 vers 2 h. mat. — II a etc" surtout sensible 
dans la region du Mont Blanc. A Chamonix, nombreux dSgats dans les Edi- 
fices. La route de Chamonix a Argentieres a 6te crevassSe et d6foncee en plu- 
sieurs en droits. A Argentieres, l'eglise a e!6 6branl6e. Au Glacier d' Argentines 
dee poches d'eau se sont crev£es descendant en torrents de boue. A Val- 
d'ls&re (V. Mangard) il s'est fait sentir pendant 4 a 5 secondes de TO. a 
FE. sans causer d' autre s d£gats que la chute de quelques rocs detaches de 
la montagne. 



DIRECTION CENTRALE 

Stance du 3 mai. — Presidency de M. Caron, president. 

Etaient presents : MM. Schrader, Puiseux, le prince Roland Bona- 
parte, Garbe, Lemercier, Emile Belloc, de Billy, Henry Cuenot, 
Joanne, Richard; MM. les dengues de Section : Berthoule (Auver- 
gne), Moron (Annecy), Escudte (Lyon), le commandant Bourgeois 
(Vosges), Lefrancois (Canigou), Thiollier (Forez), Diehl (Carthage), 
Rodary (Dole), Bregeault (Haute-Bourgogne), Barrere (Lons-le- 
Saunier), Tournade (Pyr6n6es-Centrales), Henri Vallot (Midi), Lau- 
gier (Alpes-Mari times), Janet (Alpes-Provencales), De Jarnac (Nord), 
Reinburg (Bagneres-de-Bigorre), Chevillard, secretaire g£ne>al. 

S'etaient fait excuser : MM. Joseph Vallot, Sauvage, Duval, le 
colonel Prudent. Richard-Berenger, Desouches, Matter, B6nardeau, 
le docteur Philbert, Ncetinger, Malloizel, Chatelain, le docteur 
Cayla, Boland, Tignol. 

M. Rodary fait part de la mort de M. le docteur Briand, president 
de la Section de Dole. M. le President exprime les regrets que cause 
la perte de ce devou6 et distingu6 collegue. II transmettra a 
Mme Briand et a la Section les condoleances de la Direction Centrale. 

M. le President donne communication d'une lettre de M. le 
general Dolot, vice-president de la Section de Carthage, faisant 
connaltre les dispositions prises par lui en vue du Congres et annon* 



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258 CHRONIQUE DU C. A. F. 

cant sa prochaine arrived k Paris. La Direction Centrale sera heureuse 
de lui t6moigner sa reconnaissance pour le concours prlcieux qu'il 
a bien voulu prater a l'organisation de cette grande reunion. 

M. le President presente les ouvrages remarquables que M. le 
g£ne>al Berth aut a bien voulu offrir au Club Alpin : la Carte de 
France (1750-1898) et les Inginieursgeog raphes militaires (1624 -1831). 
Le commandant Bourgeois explique la grande valeur de ces ouvrages. 
II est charge^ par la Direction Centrale, d'exprimersesremerciements 
unanimes k M. le g6ne>al Berthaut. 

Le prince Roland Bonaparte rend compte de Inauguration du 
Tunnel du Simplon a laquelle il a assists, et presente deux articles 
sur le perceroent 6crits par lui dans La Nature et la revue « Je 
sais tout ». 

M. CuSnot fait savoir que le banquet annuel de la Soctete* des 
peintres de montagne aura lieu le 24 Mai, sous la pr6sidence de M. le 
Sous-Secretaire d'Etat du ministere des Beaux- Arts. II invite ses 
collegues k y assister. 

Sur la demande de M. de Cessole, president de la Section des Alpes- 
Mari times et sur le rapport de M. Cuenot, fait au nom de la Com- 
mission des Travaux en montagne et des Guides, la Direction 
Centrale d6cerne la m£daille honorifique des guides, au guide 
Barth&emy Daniel. 

Sur le rapport de M. Henri Vallot, presents au nom de la Commis- 
sion des Travaux en montagne et des Guides, la Direction Centrale 
donne son approbation a un projet de la Section de l'lsere compor- 
tant la creation d'un sentier destine a r£unir la haute vallee du V6- 
n6on et la haute valine de la Romanche par le Col du Clot des Cavales. 

II est proc^de* a Election annuelle du bureau et au renouvelle* 
ment des commissions. 

Bubbatl — Ont6t6 elus : Prisident : M. Ernest Caron; Vice-pri- 
sidents : MM. Joseph Vallot, le prince Roland Bonaparte, Berge, pre- 
sident de la Section de l'lsere, E. Sauvage; Tresorier:M. H. Garbe; 
Secretaire et secretaire adjoint : MM. Joseph Lemercier et Pierre Rein- 
burg. 

Les Commissions permanentes sont composees comme suit : 

Commission db la biblk>th±qub et dbs abchtvbs. — MM. Bar- 
rere, Belloc, Boursier, Chatelain, Cuenot, Lefrancois, Puiseux, Sau- 
vage, Tournade. 

Commission dbs cabavanbs scolaibbs bt d' alpinisms mili- 
taibb. — MM. le colonel Bourgeois, Bouty, Bregeault, de Jarnac, 
Reinburg, ledocteurCayla, Lemercier, Leroy, Malloizel, Morel, Pellat, 
Richard, Tournade. 



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ASSEMBLE GfiNfiRALE ANNUELLE 259 

Commission des finances. — MM. de Billy, Garbe, Joanne, Lau- 
gier, Ncetinger, le colonel Prudent, Sauvage. 

Commission dbs publications. — MM. Barrere, Belloc, Boland, 
prince Roland Bonaparte, Boursier, Bouty, Bregeault, Cuenot, 
Demanche, Diehl, Garbe, Joanne, Matter, Puiseux, Rabot, 
Schrader. 

Commission db publicity, pbopaoande, hotels, syndic ats, 
conqb&s bt recompenses. — MM. Barrere, Belloc, Bernard, Boland, 
Boursier, Bouty, Diehl, Guyard, De Jarnac, Joanne, Laugier, Matter, 
le docteur Philbert, Richard, Schrader. 

Commission des tbavaux bn montaonb bt dbs guides. — 
MM. Belloc, Cuenot, EscudiS, Garbe, le docteur Gravelotte, Guyard, 
Lefrancois, Lemercier, Puiseux, Salvador de Quatrefages, Sau- 
vage, Tignol, Vallot (Henri). 

Commission de topogbaphie. — Membres titulaires : MM. le 
colonel Prudent, Vallot (Henri), le commandant Bourgeois, Hel- 
bronner, Margerie (Emmanuel de), Schrader, Vallot (Joseph). — 
Membres correspondants : MM. Francois Arnaud, Barrere, Belloc, 
Brossg, le chevalier Victor de Cessole, Duhamel, Duregne, Eydoux, 
Ferrand, de Flotte de Roquevaire, Girardin, le capitaine Godefroy, 
Lecarme (Jean), Lecarme (Louis), le commandant de Magnin, le 
lieutenant Maury, Ncetinger (Fernand), Paillon (Maurice), de Saint- 
Saud (le comte A.). 

La Direction Centrale recoit divers ouvrages de la part de leurs 
auteurs ou de leurs 6diteurs. Elle adresse ses remerciements aux 
donateurs. 

ASSEMBLEE GENERALE ANNUELLE 

L' Assemble g6ne>ale annuelle du Club Alpin Francais a eu lieu, 
le 10 Avril 1905, a 8 heures et demie du soir, dans la grande salle de 
la Soctete* de Geographic, sous la presidence de M. Ernest Caron. 

M. Garbe, tresorier, a donne" lecture du compte rendu financier de 
l'exercice 1904 et du projet de budget pour 1905. 

Voici ces deux pieces : 

details dbs comptes db 1904 

Recettes : 

Caisse d'action en montagne 22 50 

Souscriptions perpdtuelles 200 » 

sectiondePan. | %£^°—- : ... ;;;;;;; ; 1D .S ". 

«««o-*.P«^-«j8aS£r^::::::::::::::::::::::' iS » 

Annuaires, Ex traits de l'Annuaire et Cartes 1 .465 30 



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260 CHRONIQUE DU C. A. F. 

Bulletin 45 40 

Publicity dans le Bulletin 4.457 85 

Revenu des obligations 3.249 93 

Interets du coropte de cheques 87 64 

Remboursements divers 1.148 25 

Rembourfiementa d'obligations 11 .390 48 

Dons et logs 250 • 

Medailles 12 • 

Brochures diverses 8 25 

Commission des glaciers 800 » 

Insignes 30ti 75 

Caisse des guides 1 . 675 » 

Venle de Tou vrage de M. Lefebure 1 . 085 » 

Solde en caisse au 1" Janvier 1904 17.117 32 

Total des Recettes 101.519 97 

Dip ernes: 

Achats de valeurs 16.661 25 

Annuaire 18.839 60 

Extraits de l'Annuaire 1 .191 40 

Bulletin 4.390 60 

ciih VAn »«,. na S Travaux en montagnes 12.6*5 20 

Subventl0D8 J Allocations diverse? 630 10 

Publicite I Cour,a « e * divers 70 M 

( Encartages et aflranchissements 1 .274 u2 

Mobilier 29 20 

Bibliotheque 106 10 

Congres 525 20 

Envoi des publications 2.037 08 

Seances publiques et Assemblies general es 614 70 

Expositions diverses 84 65 

Banquet annuel 616 50 

R6compenses 142 60 

Commission des glaciers 1 .253 50 

« La Montagne » Revue mensuelle 1 .257 40 

Caisse des guides 507 10 

Caisse d'action en montagne 1 .192 50 

Insignes 363 75 

Caravanes scolaires 296 75 

Table des annuaires 1 .000 ■ 

Loyer 2.613 80 

Appartoment 705 85 

m i Contribution 322 60 

* ! Ports el Emballage 537 50 

J Assurance 186 15 

*« ( Appointements 10 . 440 » 

I Coraplabilite 250 • 

AITranchissemcnt 1 . 051 90 

£ f Frais de bureau 953 10 

Impressions diverses 699 60 

Voyages 561 35 18.321 85 

Total des Depenses 84 . 051 90 



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ASSEMBLES GENfiRALE ANNUELLE 



261 



Balance au 31 dCcembre 1904. 

Recettes 101.519 97 

Depenses 84.051 90 

Soldb en caisse au 31 decembre 1904 17.468 07 

PRO JET DB BUDGET POUB 1905 

Recettes : 

Caisse (Taction en montagne Memoire . 

Souscriptions perpetuelles Memoire. 

Dons et legs Memoire. 

Cotisalions de Paris 11 .000 » 

Cotisations de Province de l'annee 42 . 000 » 

— — arrierees 3.000 » 

Publicity dans la Revue 2.000 » 

Abonnements Memoire. 

Ventes au numero Memoire. 

Revenu des obligations 3.249 93 

Inttrdts du compte de cheques 87 64 

Remboursements divers 1 .000 » 

Insignes et medaillons 250 » 

Commission des glaciers Memoire . 

Cara vanes scolaires Memoire . 

Caisse des guides Memoire . 

Sou8cription Durier Memoire. 

Solde en caisse au 1" Janvier 1905 17. 468 07 

dans lequel sont compris : 

Caisse d'action en montagne 3.405 70 

Souscription Durier 835 55 

Caravanes scolaires 1 .085 » 

Commission des glaciers neant. 

Caisse des guides 1 .267 90 

6.594 15 6.594 15 

Total dbs Recettes 80.055 64 

D4pen$e$ : 

.... . ( Coupons echus en 1904 3.249 93 

Achat de valeurs j Sou8criptioilg perpetuelles. . . . 200 » 3.449 93 

Amortissement des titres prelev£s en 1900 900 » 

Revue « La Montagne » Traite Vignal 24.500 • 

Traite Paillon 4.000 » 

Depenses di verses 1 . 200 » 29 . 700 » 

Publicite 500 » 

Subvention : Travaux en montagne pour 1905 13.000 » 

— anterieurs a 1905 3.700 » 

Allocations diverses et recompenses 500 » 

Mobilier *°0 » 

Bibliotheque r 200 » 

18 



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262 CHRONIQUE DU G. A. F. 

Congres 1.000 » 

Seances publiques et Assemblies generates 500 » 

Expositions diverses 500 * 

Insignes et inedaillons 250 » 

Banquet 300 » 

Publication da travail de M. Arnaud 500 » 

Caisse d'action en montagne 3.405 70 

Reliquat souscription Ourier 835 » 

. . \ Subvention 100 » 

Caravanes scolaires} Vente de rouvrage de M . Le f 6bu re 1 .085 . 

Commission des glaciers Memoire . 

, ., (Subvention 100 » 

Caisse des guides . . j Reliquat des 80U8Criplions { M1 90 

Frais generaux 18.000 

Total des Defenses 79.993 53 

Balance au 31 dieembre 1905. 

Prevision de Recettes 80.055 54 

— de Depenses 79.993 53 

Solde en Caisse au 31 decembre 1905 62 01 



Ges compies et le projet de budget ont 6t6 approuves. M. Caron 
s'est fait Tinterprete de F Assembled en remerciant le tresorier du 
denouement 6claire avec lequel il accomplit sa t&che difficile. 

M. Paul Matter, d£16gue de la Section de Rouen, a donne lecture 
du rapport annuel, frSquemment interrompu par les applaudisse- 
ments des assistants. 

L' Assembled confirme, par un vote, la nomination faite a la 
Direction Gentrale, dans sa stance du 1" Mars dernier, de deux nou- 
veaux membres honoraires, MM. Charles Lefebure et Ernest Solvay. 

La parole a ensuite 6t6 donn6e a M. Meys, pour la conference an- 
noncee : les Monts Maudits et r Ascension du Pic d'Aneto. 

Le recit de M. Meys, accompagne* de nombreuses vues prises par 
ui-m6me avec un sens artistique tres sur, a vivement inte>esse" Fas- 
sistance, qui n'a pas m6nag£ ses applaudissements au confe>encier. 

M. le President, apres avoir exprim6 a M. Meys la reconnaissance 
de F Assembled, fait connaitre les resultats du scrutin ouvert pour 
le remplacement des six membres de la Direction Gentrale, qui for- 
maient la serie sortante en 1905. 

Le nombre des suffrages exprimes a 6te de 560. Les membres 
proposes par la Direction ont 6t6 elus par des nombres de suffrages 
variant de 560 a 531. Ont 6t6 elus : MM. Eugene Duval, Albert 
Guyard, Joseph Lemercier, Emile Levasseur, le colonel Prudent, 
Joseph Vallot 

La stance est levee ill beures et <Jemie. 



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BANQUET ANNUEL 2«3 

BANQUET ANNUEL 

Le banquet annuel du Club Alpin Francais a eu lieu le 11 Avril 
1905 avec toute la solennite* desirable, dans le brillant cadre des 
salons du Palais d'Orsay, sous la presidence de M. E. Caron, presi- 
dent du Club. A la table d'honneur se trouvaient, avec les repr6- 
sentants de la presse et des grandes compagnies de chemins de fer, 
nos invites habituels, de nombreux membres de la Direction Cen- 
tral e, et notamment MM. Schrader, president honoraire, le prince 
Roland Bonaparte et E. Sauvage, vice-presidents, et une brillante 
assemble de presidents ou de d616gu6s de Sections. Le menu, du & 
Thabile pinceau de M. Ch. Bertier, representait le torrent et les cha- 
lets du Chazelet, que domine la silhouette de la Meije. 

Au champagne, M. E. Caron prononce en ces termes le discours 
de bon accueil : 

Mesdames, Misshubs, Mes chebs Collbqubs, 

Quoique, dans les temps ou nous vivons, on n'observe plus guere les 
traditions, je vous demande la permission de rester fiddle a celle qui, au 
banquet du Club Alpin, impose au president le devoir de faire, et aux 
invites le devoir de subir, l'allocution qui doit le terminer et qu'on appelle, 
en langage anglomane, le « toast » de rigueur. 

Mais, avant de lever mon verre, ce qui sera pour la fin, permettez-moi 
tout d'abord de saluer et de remercier les hdtes qui ont bien voulu venir 
aujourd'hui s'asseoir a notre table. 

Tout d'abord, je dois vous donner connaissance des excuses qui me sont 
parvenues de la part de notre collogue, le senateur Gauthier, ministre des 
Travaux Publics, de M. Barabant, le directeur de la Compagnie de l'Est, 
qui sont emp&hes, Tun par des raisons de sant6, r autre par suite d'enga- 
gements anterieurs. M. Noblemaire, le directeur aimable de la Compagnie 
P. L. M., qui nous avait promis sa presence reelle ce soir, s'est 6galement 
trouv6 emp£ch6 au dernier moment M. Ballif lui aussi est tout excused 

Nous avons la satisfaction d' avoir parmi nous les representants des che- 
mins de fer de FEtat et de toutes les administrations qu'on est convenu, 
et avec raison, d'appeler les grandes Compagnies. 

Je les remercie de nous donner un aussi precieux temoignage de sym- 
pathie. Si elles nous prouvent de cette facon qu'elles sont nos amies, nous 
pouvons leur assurer que nous le leur rendons bien. 

Elles sont crepes pour faire voyager. Notre association a pour but de 
voyager. II y a done entre nous une affinity complete, et e'est ce qui fait 
que nos rapports amicaux doivent demeurer indestructibles. 

Qu'elles me permettent cependant quelques reflexions sur leurs projets 
d'avenir. Ces projets m'efTraient un peu. 

En effet, Messieurs, que vous nous conduisiez a la montagne au point ou 
commence notre fonction de grimpeurs, et qu'ainsi vous nous evitiez les lon- 
gueurs des grandes routes, e'est fort bien. 

Mais que, empielant sur notre domaine, vous vouliez faire grimper aussi 
vos trains sur la montagne, voila qui est excessif et qui souleve des tem- 
pfttes! 



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26i CHRONIQUE DU C. A. F. 

Songez done a quelles ten tattoos vous allez exposer ces pauvres Alpi- 
nistes. Le plus grand attrait de l'Alpinisme n'est-il pas la lutte contre les 
difficulty de la montagne et la lutte contre soi-m6me pour dominer les dtfail- 
lances physiques T La joie qu'on eprouve en arrivant au sommet n'est-elle 
pas decuplee par l'effort qu'il a f allu f aire pour y parvenir 7 

Helas ! il y a longtemps qu'on i'a dit pour la premiere fois « la chair est 
f aible » et n'est-il pas vraisemblable que beaucoup d'entre nous n'auront 
pas le courage de resister auz seductions ascensionnelles que vous leur 
offrirez T Ce sera grand dommage en vente. 

Mais, contre ce danger, une espe>ance nous reste et elle est fondee sur la 
montagne elle-meme. Nous, qui la connaissons bien et qui 1' avons pra- 
tiquee lorsqu'elle se montrait mechante, nous avons foi en elle. Elle saura 
se defendre contre vos temeraires en tre prises, et, peut-elre, en depit de vos 
attaques, arrivera-t-elle a conserver sa virginitg; au moins en ce qui con- 
cerne la profanation ferree que vous revez de lui infliger. 

Si, cependant, vous parvenez a la vaincre, eh bien l il nous restera la res- 
source de vous dedaigner et d'ascendre a pied a cdU de vous et en vous 
bravant ! Nous aurons dans tous les cas encore assez de montagnes pour les 
gravir et nous nous consolerons a la pensee que bon nombre de nossem* 
blables affaiblis ou infirmes seront appeles, gr&ce a vous, a jouir des admi 
rabies panoramas qu'ils ne pourraient atteindre ! 

II faut 6tre philosophe et compatissant. 

Je salue maintenant, au nom de la Direction Centrale, les Presidents de 
nos Sections de province qui ont consenti a faire le voyage de Paris pour 
assister a notre banquet annuel. lis sont cette annee encore plus nombreux 
que de coutume et je les en remercie. 

Je souhaite la bienvenue a MM. Dumousset, de Clermont-Ferrand ; Gar- 
nier, d'Aurillac; Boysson d'Ecole, de Besancon; Ruzan, de Valence; de 
Cessole, des Alpes-Maritimes ; Soullier et Dumas, de Perpignan ; Creissels, 
d'Embrun ; Challier, de Briancon ; de Beaumont, de Nancy ; Haumant, de 
Belfort; Millot, d'Epinal; d'Ornano, de la Corse; Mellier, du Sidobre et 
Montagne Noire. Je regrette que MM. Gabet, de la Section de Lyon, et 
Bayssellance, de la Section du Sud-Ouest, que j'ai eu le plaisir de voir hier, 
aient 6t6 obliges de regagner precipitamment leurs d^partements. 

Vous pourrez rapporter, Messieurs, au sein de vos sections, que vous 
avez constate vous-mdmes la vitalite de notre cher Club Alpin. Vous pour- 
rez dire que la Direction Centrale ne demeure pas inactive. Notre oeuvre de 
cette annee a et6 tres considerable et marquera dans J'histoire du Club. 

Nous avons adopte un reglement pour les guides et constitu6, sur des bases 
que vous connaissez, une caisse de prevoyance et de secours en leur favour. 

Nous avons transform^ nos publications en les fondant dans une Revue 
mensuelle qui est deja favorablement accueillie et qui plaira plus encore 
lorsque les quelques imperfections inseparables de toute tentative nouvelle 
auront disparu. 

La Commission de topographie a poursuivi ses importants travaux sous la 
direction de notre distingue collegue le colonel Prudent. 

Nos excursions et nos caravanes scol aires se sont multiplies sous r ac- 
tive impulsion de nos d^voues colldgues Richard, de Jarnac et Bregeault, 
et grace aussi aux precieux encouragements que nous ont prodigues 
MM. Lefebure et Solvay, a qui, par un sentiment de justice auquel vous 
applaudirez, le Club Alpin Franc, ais, dans sa seance solennelle d'hier, a 
decerns le titre de membres honoraires. 



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BANQUET ANNUEL 265 

Enfin, Messieurs, nos finances sont en bon etat et notre budget est en 
equilibre t Plaise a Dieu qu'on en puisse dire autant de tous les budgets. 

J 'en aurai fini sur nos travaux, quand j'aurai parte de la revision de nos 
statute que nous avons votee pour ouvrir plus grandes aux families de nos 
membres les portes de notre association. 

C'est surtout en votre faveur, Mesdames, que nous avons pris ces reso- 
lutions, et j'espere que vous ne nous refuserez pas les recompenses auxquelles 
nous avons quelque droit. Peut-etre nous objecterez-vous que nous n'avons 
pas grand mente a eel a, et que nous avons agi par egofeme ! Helas ! Je ne 
suis pas eloigne d'en faire l'aveu ! Vous connaissez sans doute les nouvelles 
prescriptions que 1' eminent academicien, M. Hervieu, veut introduire dans 
son code extra civil pour rendre 1' amour obligatoire... dans le manage. Les 
Alpinistes repudient toute contrainte en ces matieres. Nous n'avons pas 
besoin de legislateurs ! C'est en nous-m6me, et sans le secoure de personne 
que nous trouvons cette loi d'amour, et celle-la est plus imperieuse pour 
nous que toutes celles que voteront la Chambre, et meme le Senat. 

L'Alpinisme en nous port ant dans les regions sereines des sommets eleve 
a la fois nos esprits et nos coeurs. 

L'Alpinisme, c'est la liberte qui donne la plenitude de la vie, cVst 
Tamour qui fait adorer toutes les beautes. 

Aussi je vous con vie a lever avec moi vos verres a la gloire de I'Alpinisme ! 

Au milieu des applaudissements qui saluent ces paroles, M. Pi6- 
ron, doyen des repr&entants des grandes Compagnies, se leve pour 
rlpondre, regrettant que son reseau ne presente pas de montagnes 
dignes de la bonne volont6 de sa Compagnie et des efforts des alpi- 
nistes. C'est au nom de ces derniers que M. de Beaumont, presi- 
dent de la Section vosgienne, le dernier venu comme president, 
mais un des doyens de l'alpinisme, porte a la Direction Centrale 
les vceux cordiaux des Sections de province. 

La soiree s'est terminer de la facon la plus heureuse, gr&ce au 
cinlmatographe de M. Qaumont qui fait dealer sous nos yeux les 
sports d'hiver de Davos, dans des paysages cou verts d'une neige 
k faire envie a tous les amateurs. Puis ce sont des scenes de sauve- 
tage en mer, des essais de sous-marins et, pour terminer, la mobi- 
lisation ultra-humoristique d'une aJpiniste qui semble representor la 
Section inconnue des cent cinquante kilos. Les rouleaux 6taient 
6puises que les rires hom6riques duraient encore. A. B. 

CONGRfiS DES VOSGES 

Le prochain Gongres du Club Alpin organise* par la Section vos- 
gienne et la Section des Hautes-Vosges aura lieu du 5 au 14 Aout. 
II commencera a Nancy pourse terminer a Belfort Le programme 
du Congres sera public dans le prochain num6ro de la Revue. 

A partir du 20 juin, un exemplaire tir6 a part, details, compre- 
nant les excursions, les facilites de circulation et tous renseigne- 



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266 CHRONIQUE DU C. A. F. 

ments utiles sera envoye a ceux de nos collogues qui en feront la 
demande au secretariat g6ne>al du Club, 30, rue du Bac. 

EXCURSIONS DE LA PENTECOTE 

Section de Paris. — Du samedi 10 juin a 10 h. 30 soir, au 
mercredi 14 juin a 6 h. 35 soir: Modane a Plan Sec; Dent Par- 
rach£e et descente par ChasseforSt sup Pralognan; Petit Mont 
Blanc, coucher au Refuge Felix Faure; Col de la Grande Casse, 
Chalets de la Plagne, Bozel, Moutiers. — Adhesions jusqu'au 8 Juin. 

Section de Tlsere. — 11-12 Juin : F6te alpine bisannuelle au 
Bourg d'Oisans; le Grand-Rochail (3.070 m.). 

Section des Hautes-Vosges. — 11 et 12 Juin : Ballon de 
Gueb wilier, H oh e neck, La Schlucht; cout approximatif : 40 francs. 

CHRONIQUE DES SECTIONS 

Section des Alpes-Maritimes. — En trois semaines — du 
14 Avril au 3 Mai — la Section des Alpes-Maritimes a 6t6 favoris^e 
de quatre conferences, aussi inte'ressantes que variees. 

L'explorateur qu'est M. Eugene Gallois, retour d'ExtrSme Orient, 
a traite, avec l'in tensity de couleur et le brio qu'on lui connatt, de 
la Chine et du Japon et des angoissants problemes actuellement a 
Tordre du jour du monde entier. 

Mme Bullock- Workman, grande medaille du Club Alpin Francais 

— que dire de plus dans ce recueil? — a fait le r6cit de deux de ses 
campagnesl902-1903dansrHimalaya,entratnantrimaginationdeses 
auditeurs a concevoir ces r6alit6s d6concertantes d'un campement 

— deux mois durant — de tout un monde de soixante a soixante- 
dix porteurs a 4.268 m. d'altitude, de courses faites en tous sens 
sur des glaciers atteignant a la source 5.800 m., larges de plusieurs 
kilometres et s'etendant sur des longueurs de 23, 25 et meme 
48 k. (Hoh Loumna, Sosvon, Thogo Lougma), de traverses de seracs 
epousant les formes les plus fantastiques, de nuits passdes sous la 
tente a 5.900 m. et d'ascensions allant, pour la contendere ou 
pour le D r Workman, jusqu'a 7.132 m. (Pyramid Peak). 

Enfin, M. Arm and Janet, del6gu6 des Alpes Provencales aupres 
de la Direction Centrale, orateur aussi disert qu'^rudit, a parte des 
Alpes de Provence, promenant son nombreux auditoire successive- 
ment de Draguignan a Forcalquier, de Sisteron a Digne et Barce- 
lonnette, de Nice a Colmars et a Alios, en s'etudiant a d^crire les 
sites presque inconnus du Verdon et des Cabrieres de Villars Brandis, 
qui rivalisent avec les celebres massifs des Dolomites du Tirol 



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CHRONIQUE DE8 SECTIONS DU C. A. F. 207 

Ces diverses conferences ont ete rehaussSes de projections photo- 
graphiques inedites du plus haut interet. 

Section de Paris. — Course en Auvergne, vacances de Paques; 
8 adherents. — Ce samedi matin, 22 avril, nous partons de Clermont- 
Ferrand pour la Baraque, et le Puy-de-D6me. La mont6e, k travers 
les broussailles et les bruydres couvertes de neige fratche qui a 
rajeuni les plaques anciennes, decourage plusieurs; ceux qui arrivent 
au sommet peuvent y trouver les agglomerations de neige, de givre, 
de frimas, dignes des plus hauts sommets. Tres belle vue, bien que 
le temps soit couvert et que la brume cache les massifs eloigners. La 
descente en glissade sur le Nid-de-la-Poule, puis la montee au Puy- 
de-Pariou terminent heureusement la journee. 

Le dimanche 23, departs en v£hicules varies pour Saint- Amand- 
Tallende et de \k, les uns k pied, les autres en voiture, k Saint- 
Saturnin — dont la visiteest trds interessante — et au Lac d'Aydat, 
en traversant la Grande Chdre, avec de belles echappees de vue 
sur les monts Dome et les monts Dore. Aprds dejeuner une course 
accidentee nous mdne jusqu'au Mont Dore. Aprds un beau pas- 
sage, en vue des roches Sanadoire et Thuilltere aux escarpements 
de basalte prodigieux, voici le Lac de Guery qui semble dans un pays 
alpestre, les sommit£s voisines 6tant toutes blanches d'une neige 
que percent de rares rochers. Les derniers rayons du soleil colorent 
de fagon bizarre le massif des Monts Dore, certains sommets laissSs 
dans Tombre sont d'un bleu vaporeux, tandis que d'autres brillent 
d'un rose p&le et que d'autres encore sont peints d'un vert opalin. 
La voiture nous rejoint k la descente et nous arrivons au Mont- 
Dore aprds une brill ante etape de 5 heures et demie de marche dont 
un quart d'heure de repos seulement. 

Le matin, lundi 24, nous devons traverser le Sancy en col, pen- 
dant que la voiture fera 45 k. pour le contourner par la Tour d'Au- 
vergne. La montee commence par une muraille de 45° d'inclinaison 
sur de la neige souvent verglassee. Au bout d'une heure environ nous 
sommes sur les epaulements du Puy d'Enfer et en excellente dispo- 
sition, mais le temps se g&te et nous voilk plongSs dans le brouil- 
lard. Heureusement nous en avions assez vu pour prendre la bonne 
direction et contourner, sur des pentes vertigineuses, ou Ton glisse 
souvent, le ravin qui separe le Puy d'Enfer du Puy de Sancy. Une 
baraque, trop herm6tiquement close, nous indique le col ou nous 
nous rSunissons; Tun de nous, pris du mal de montagne, est rSconforte 
par sa courageuse compagne. Puis, par les pentes du Puy Ferrand 
et du Puy de Paillaret, nous nous dirigeons vers Vassivtere, mais le 
brouillard nous trompe sur la direction et nous sommes obliges de 



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268 CHRONIQUE DU C. A. F. 

regagner l'h6tel par une longue course de plateaux, au hasard des 
ravins et des tourbi&res. Un bon accueil et un bon repas nous remet- 
tent tous en belle humeur et nous permettent de gagner le Lac 
Pavin, puis aprds une pointe imprevue au Puy Pertuzat, Besse-en- 
Chandesse ou nous devons coucher. 

Le mardi 25 est la journee trop vite arrivee du retour, elle n'en 
est pas moins interessante. Visite de Besse, ou les hotels des trei- 
zteme et quatorzidme sidcles, b&tisen lave, ont gard6 les vives aretes 
de leurs sculptures, puis, par les plateaux, en vue du massif du Mont 
Dore tout baigne de soleil, et que domine le triangle d'argent du 
Sancy, voici Saint- Victor-la-Rivifcre et Murols dont les hautes 
murailles crenelles dominent un cirque de vastes prairies. Ensuite, 
Saint-Nectaire et son 6glise k la puissante carrure, Verrteres et ses 
dykes 6 ton n ants de m&chefer qui semblent inattaquables k l'alpi- 
niste. La valine se creuse de plus en plus dans les rochers de granit 
et de porphyre, pour s'ouvrir plus gaie & Montaigut-le-Blanc, qui 
egr&ne ses maisons tout le long de la pente au milieu des vignes. 
Mais voici Champeix et presque aussitot les hauteurs qui encadrent 
la valine de l'Allier. C'est la fin de la course, il nous faut rentrer k 
Paris y retrouver les plaines et les occupations habituelles. Nous 
nous telicitons d'avoir ainsi trouv6, gr&ce sans doute k une tempe- 
rature exceptionnelle, des espaces de neige comparables k ceux 
qu'offre la grande montagne. Ad. Boubsdeb. 

Section de Provence. — Conferences. — Deux conferences 
ont eu lieu recemment au si&ge de la Section. Le 7 Avril, M. Jacques 
Delmas nous a entretenu des Montagues de la Haute-Prooence; le 
28 du mime mois, M. Alphonse Gallot, avec sa science et sa verve 
coutumidre, de Divers coins de VAlgerie, notammentde Constantine 
et des gorges du Hummel. Ces deux causeries, illustrees de projec- 
tions, ont reuni de nombreux auditoires. 

Excursions scolaires. — La Section de Provence vient, sur l'ini- 
tiative de son president M. Matton, de reorganiser ses excursions 
scolaires. Elle a fait appel tant aux eldves du Lyc6e de Marseille 
qu'& ceux des institutions libres et aux families isolees. Ces excur- 
sions se font les jeudis et dimanches, k raison de trois par mois ; 
sept ont eu lieu depuis le mois de Mars : elles ont r£uni un chiffre 
de participants variant de 15 k 40. 



Le gerant : L. Vignal. 



PARIS. TYPOGRAPHY PLON-NODRRIT ET C*% 8, RUB «ARANCIBRE. — 7049. 



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Google 



La Conqu&te de Chamonix 

Pab M. J. Bbegeault 

Combien se doutent, parmi les innombrables touristes qui 
s'empilent, la belle saison venue, dans les voitures du chemin de 
ier £lectriquo k la station du Fayet-Saint-Gervais, que cette 
merveilleuse valine, remont^e si facilement en une heure, etait, 
il y a environ un stecle et demi, presque s6par6e du reste du 
monde par Pignorance et les prejug^s? Et pourtant, les Genevois 
d'alors, comme ceux d'& present, apercevaient, par les temps 
clairs, la radieuse chalne (Hincelant au soleil; seulement ils se 
gardaient bien de p6n6trer dans cette region des « Glaci&res », sur 
laquelle couraient de mauvais bruits. Les Chamoniards n'6taient 
pas en odeur de saintetS; on les consid&rait — tr£s injustement, 
nous le verrons plus loin — comme une peuplade sauvage et 
leur valine passait pour un repaire de brigands; bien plus, la 
superstition populaire voyait en eux des r£prouv&, condamn^s, 
pour la punition de leurs crimes, & vivre parmi les neiges 6ter- 
nelles des « Montagnes Maudites », ainsi nommait-on alors la 
chalne du Mont Blanc. L'Arve, qui venait de ces pays d6sol6s, 
ne roulait-il pas des eaux boueuses et grises, contrastant f&- 
cheusement avec la transparence bleue du Rhone et du Llman? 
Ne savait-on point que des dragons effrayants gardaient l'ap- 
proche des montagnes, que des fleurs enchant^es croissaient 
sur leurs pentes et rendaient invuln6rables les chamois qui les 
broutaient, qu'un lac magnetique attirait et engloutissait lei 

19 



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270 J. BREGEAULT 

malheureux qui s'endormaient sur ses rives? Et n'etait-ce point 
line tem^rit^ folle que (Taller affronter de tela perils naturels et 
surnaturels? 

L'aventure tenta pourtant quelques strangers. II y avait & 
cette £poque, k Geneve, une petite colonie anglaise compos£e de 
jeunes gens de bonne famille qui etaient venus y achever leurs 
etudes et qui y menaient joyeuse vie. lis donnaient m§me des 
representations th£&trales auxquelles ils conviaient les autorites 
de la ville, mais ils etaient parfois aussi invites k leur tour a 
comparaitre devant ces memes autorites qui les admonestaient 
paternellement k la suite d'acc&s de galt£ nocturne un peu trop 
tapageurs. C'est dans ce milieu agr£able que vivait le jeune 
gentleman William Windham, &g£ de 24 ans, en compagnie de 
son gouverneur, Benjamin Stillingfleet,homme remarquable sous 
tous les rapports, poete, musicien, savant naturaliste et 6cri- 
vain estim£. Tous deux avaient retrouv£ k Gen&ve plusieurs 
compatriotes de leur monde pr^cedemment rencontres k Rome. 
C6taient Robert Price, gentilhomme plein de distinction, qui 
fut le p£re du critique d'art Uvedale Price, — Aldworth Ne- 
ville, ancetre des Lords Braybrooke, — Lord Hadington, pair 
d'Ecosse, de la famille des Hamilton, — Phonorable Mr Bailie, 
son fr£re, et leur pr£cepteur, Mr Williamson. 
}•" Cette bande d'amis fit d'abord plusieurs excursions dans les 
valines des Alpes alors frequences; puis Windham congut le pro- 
jet aventureux d'aller voir de prds ces fameuses « Glacidres » 
dont tout le monde parlait sans oser se risquer k les visiter, « cette 
grande curiosity si peu connue, a-t-il dit lui-m§me, bien que si 
rapprochee de Geneve ». Mais les autres manquaient d'entrain. 

C'est alors, au mois de Juin 1741, qu'un grand voyageur an- 
glais, Sir Richard Pococke, arriva & Geneve et descendit k Thdtel 
ou logeaient ses compatriotes. La connaissance fut vite faite, et 
Pococke, qui venait d'explorer POrient pendant quatre ans, se 
laissa facilement persuader de tenter un raid de dix-huit lieues. 
Son adhesion entraina celle du petit groupe, k Pexception de 
Mr Williamson, dont la sante etait mauvaise, et qui fut remplace 
par un certain Mr Chetwynd,dont le nom seul,sans aucun autre 
renseignement, est parvenu jusqu'fc nous. L'expedition fut de- 
cid6e 

* 

Les chefs de cette caravane nous off rent deux exemplaires par- 
faits de cette forte race anglo-saxonne qui promdne depuis tant 



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LA CONQUSTE DE CHAMONIX 271 

de stecles k travers le monde son energie quelque peu brutale, 
son orgueil intraitable, ses appetits toujours inassouvis d'aven- 
ture et de conqu§te. lb appartiennent tous deux k la secte des 
Chretiens bien muscles (muscular christians); d'ailleurs, gentle- 
men accomplis (men of fashion), issus Tun et l'autre de ces 
vieilles families qui sont comme la charpente du robuste navire 
de la Grande-Bretagne, et formant par leur reunion le faisoeau 
de ces deux forces sociales si puissantes alors : le Parlement et 
PEglise. 

William Windham, ne en 1717 k Felbrigg, Comte de Norfolk, 
fils d'un membre du Parlement, voyageait sur le continent, selon 
la mode des grands seigneurs anglais, et aussi en raison de dis- 
sentiments qui s'etaient eleves entre son p£re et lui. Son instruc- 
tion etait solide : il parlait plusieurs langues et ecrivait la ndtre 
avec une purete dont on jugera plus loin; il aimait les science? 
et n'etait pas etranger aux arts. Au physique, c'etait un homme 
grand, mince, bien decouple, de tournure elegante, et de visage 
agitable si nous en jugeons par le portrait grave, d'apr^s une 
peinture de Shackleton, dans le beau livre de M. C.-E. Mathews 
sur le Mont Blanc (1). Au moral, d'un caracWre entreprenant, 
d'un temperament ardent et rebelle k toute contrainte, il savait 
inspirer le devouement et Pamitie. S'il eftt v6cu cent ans plus 
tard, s'ecrie dans son enthousiasme un de ses biographes, il etit 
et6 certainement un des premiers presidents de V Alpine Club! 
On verra pourtant que. ses titres alpestres passeraient de nos 
jours pour mediocres, mais la passion qu'il apportait aux rudes 
sports de son pays et de son temps lui avait fait donner le sur- 
nom caracteristique de « boxing Windham » (Windham le 
boxeur). II servit par la suite en Hongrie, dans le corps des hus- 
sards de Marie-Therese, puis en Angleterre oft il parvint au grade 
de colonel. II entra alors au Parlement, et s'y occupa speciale- 
ment de questions militaires. II mourut de « consomption » en 
1761, fige seulement de 44 ans, et laissant un fils qui devait 6tre 
Secretaire d'Etat k la Guerre sous le ministdre Pitt. 

Quant k Richard Pococke, c'est le globe-trotter dans toute 
la force du terme, bien qu'homme d'eglise. Ne k Southampton 
en 1704, fils, petit-fils, neveu et cousin de recteurs, de doyens et 
d'evSques, il devint lui-mSme, aprds de fortes etudes & Oxford, 
archidiacre de Dublin, puis successivement ev§que d'Ossory, 

(1) The AnnaU of Mont Blanc, by Charles Edward Mathbws. London, 
1898. 



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272 J. BREGEAULT 

d'Elphin et de Meath, et mourut d'une attaque d'apoplexie en 
1765. II est surtout connu comme voyageur et explorateur. II 
parcourut, de 1733 k 1742, PEurope, PEgypte, PAsie Mineure, 
et fit deux fois Pascension du V6suve. A la fin de sa vie, ce pro- 
meneur impenitent visita mgthodiquement les diverses regions 
de la Grande-Bretagne. Le r^cit de se8 voyages, public fcLondres 
et traduit plus tard en fran$ais (1), acquit une grande c616brit6. 
Gibbon reproche un peu malicieusement k Pauteur de conf ondre 
trop souvent ce qu'il a vu avecce qu'il a entendu dire. Ami des 
arts et philanthrope 6clair6, notre h&ros r£unit de belles collec- 
tions, restaura la catWdrale de Kilkenny et fonda dans cette 
ville une £cole d'apprentissage pour les enf ants trouv6s, qui existe 
encore sous le nom de Pococke college. Les mgmoires du temps 
le repr&entent comme un homme de manteres douces et simples, 
s'alliant k une physionomie grave et plutdt triste. Dans la con- 
versation, il se montrait particuli&rement sobre (reticent) k Pen- 
droit de ses voyages. Noiis avons une preuve frappante de cette 
modestie dans la fa$on plus que laconique dont il a rapports son 
excursion & Chamonix. Je n'ai trouvg, dans la traduction fran- 
$aise de sonouvrage, que cette simple phrase y ayant trait : « Je 
jus de Gen&ve aux Glacitres de Savoie dont on a publie depuis peu 
une inscription [sic]. » Enfin, dans son Itiniraire (FEurope, figu- 
rant k la fin du livre, il ne fait k « Chamoigny » que le mince 
honneur d'^crire son nom, sans plus. S'il avait dScouvert ce 
pays, ce serait vraiment le comble de la « reticence »! 

* * 

Avant de raconter la conqudte de Chamonix, il ne sera peut- 
etre pas sans int£ret d'exposer de quelle fagon le bulletin au- 
thentique en est parvenu jusqu'fc nous. 

Ce bulletin avait 6t6 r6dig6 en fran^ais par Windham, avec 
la collaboration de son ami Price et de son pr^cepteur Stilling- 
fleet et adress6, sous forme de lettre, & un genevois, M. Arlaud, 
peintre de portraits renommS. La. relation tomba sous les yeux 
d'un certain Pierre Martel,opticien,fils d'un r^fugid fran^ais £ta- 
bli & Geneve, et lui inspira le dessein d'aller k son tour & Cha- 
monix Pann6e suivante avec quelques amis. Ce voyage ayant 
6t6 effects, Martel en envoya le r^cit k Windham, et les deux 

(1) Voyages de Richard Pococke, traduits de 1' anglais par une soci6t6 de 
gens de lettres; 7 vol, in-12. Paris, 1772-1773. 



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Vallee tie glace et tnontagnes environnantes, Grave en 1/44 

, « , . pour Peter M artel. 

vues du Mont Anver, r 



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LA CONQUfiTE DE CHAMONIX 278 

lettres, dont plusieurs copies avaient 6t6 faites, circuterent dans 
la soci6t6 genevoise. Elles parvinrent entre les mains du biblio- 
th£caire de la ville, Leonard Baulacre, qui 6tait un correepon- 
dant de journaux, k la fagon de P^poque s'entend. Ce digne 
hommeavait,ditun grand alpiniste anglais moderne, M. Whym- 
per (1), Phabitude d'gcrire aux gazettes, sp6cialement k celles 
qui s'imprimaient en Suisse et en Hollande. C'est ainsi que le 
Journal helvHique, qui se publiait k Neuch&tel, fit paraitre, en 
Mai et Juin 1743, sous la signature de Baulacre, les relations 
de Windham et de Martel, « refondues, » suivant l'expression 
dubiblioth6caire,«cuisin6es, » suivant celle de M. Whymper, d6- 
figur£es en tous cas.Cet ancStre de nos modernes reporters n'avait 
point d'ailleurs Pesprit aventureux, si Ton en juge par cette 
phrase de son pr6ambule : a Vous jugez bien que ton ne parvient 
pas sans peine dans des lieux aussi escarpes; c'est ce qui fait que 
vous aimez mieux vous en tenir d lire ce qu'on a tcrit Id-dessus 
que de faire le voyage, et je trouve que vous avez raison. » 

Ainsi, c'est deux ans seulement apr£s l'expgdition qu'elle fut 
port£e k la connaissance du public : nous avons fait quelques pro- 
grds en matidre d'information. 

L'ann^e suivante (1744), Martel pr&enta k la Royal Society 
de Londres la traduction anglaise de sa lettre et de celle de Wind- 
ham qu'il r^unit en une brochure (2) orn6e d'une carte et de deux 
croquis dont une vue de la Mer de Glace, par Sir Robert Price. 
« Ces planches, dit M. Forbes dans la North British Review de 
Mai 1865, sont grotesques, et celle qui repr&ente Chamonix et 
les aiguilles, d'une inexactitude si extravagante que nousdevons 
les supposer faites, pour la plus grande partie, de m6moire. » Nos 
lecteurs pourront d'ailleurs en juger puisque notre d6vou6 et 
savant rSdacteur en chef, M. Maurice Paillon, a obtenu de 
P Alpine Club, qui possdde un exemplaire de cette plaquette 
rarissime, la gracieuse autorisation de reproduire les curieux 
dessins en question. 

Quant au texte fran<?ais, il n'avait pas 616 public et 6tait de- 
meur6 inconnu, lorsque, il y a quelques annSes, un alpiniste 
genevois, double d'un Grudit, M. Th^ophile Dufour, dScouvrit 

(1) Ed. Whympjsr, A guide to Chamonix and the , range of Mont Blanc. 
London, 1903, p. 10. 

(2) An account of the Glaciere* or Ice Alps in Savoy, in two letters, one 
from an english gentleman to his friend at Geneva; the other from Peter 
Martel, Engineer, tho the said english gentleman. Illustrated with a map and 
two views of the place, etc. Aslaid before the Royal Society. London, 1744. 



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274 J. BREGEAULT 

dans notre biblioth^que de l'lnstitut les copies raanusoritee des 
deux letires qu'il s'empressa de publier dans YEcho desAlpes (1) 
aveo une introduction des plus inWressantes. Depuis, M. Henri 
Mettrier a retrouv^ a la biblioth^que de Rouen une seconde copie 
de la relation du voyage de Windham, pr&entant quelques dif- 
ferences, peu importantes d'ailleurs, avec celle de l'lnstitut (2). 
Cette double d^oouverte a eu pour r&ultat de donner & la bro- 
chure anglaise de 1744 un cachet d'authenticit6 indiscutable. 

Abordons maintenant, en parcourant ces textes justifies, le 
r6cit de rexp6dition. 

* ♦ 

Les conseils et les representations ne manqu&rent point k nos 
Anglais. L'entreprise, au dire des habitants de Geneve, ne pro- 
mettait pas seulement des fatigues et des difficulty, mais des 
dangers, et surtout il fallait se d6fier des naturels du pays, gens 
6minemment redoutables. Aussi Windham, qui s'6tait charge 
des prtparatifs de la campagne, eut-il soin tout d'abord que les 
huit explorateurs et les cinq domestiques qui les devaient 
accompagner fussent « bien arm6s ». Puis, comme on lui assu- 
rait qu'il ne trouverait aucune ressource dans cette region d6she- 
ritee, il se procura des chevaux de b&t pour porter les provisions 
de bouche, et une tente. II avait &t6 question aussi de se munir 
de baromdtres et autres instruments de physique pour faire 
des observations, mais on y renonga par cette excellente raison 
qu'aucun des voyageurs n'aurait su en faire usage. 

Tout etant ainsi confortablement dispose, la troupe quitta, 
le 19 juin 1741, V Hotel de la Balance, au milieu d'une affluence 
considerable. Les treize cavaliers, armes de mousquets et de pis- 
tolets, et suivis de leurs betes de somme, s'avan$aient en Son 
ordre, et cela, dit Windham, « nous donnait tout l'air d'une pe- 
tite caravane. » On alia le premier jour coucher a « la bonne ville » 
aprds avoir fait quatre lieues (des lieues de pays, de 6 kilometres 

(1) Annee 4879 de Yltcho dee Alpes, a Geneve. M. Dufour explique qu'il 
a trouve ces manuscrits, sur les indications de M. Ludovic Lalanne, dans 
les papiers de Pierre Michel Hennin, resident de France a Geneve de 1765 
a 1778. Je les ai eus moi-meme sous les ycux; grace a l'obligeance de 
M. le bibliothecaire Deherain. 

(2). Revue alpine, 1* octohre 1903. — Note sur une relation du voyage 
de Windham aux Glacieres de Savoie conservee a la bibliotheque de 
Rouen, par M. Mettrier. 



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Carte, Vue et Animaux Dcssin * en 1742 . 

, , „, , „, par Peter Martel. 

de la vallee de * Chamouny » 



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LA CONQUfiTE DE CUAMONIX 27> 

environ) en six heures. Les voyageurs trouvdrent a la situation 
d&icieuse », et l'auberge oti ils couch£rent a assez passable pour 
la Savoie, aux lits pres ». 

Le lendemain 20, la cavalcade s'6branla dds l'aube, traversa 
PArve sur un beau pont en pierre k moiti£ emporte par un recent 
ddbordement de ce torrent, et continua k s'avancer fort paisi- 
blement sur Pautre rive, jusqu'& Cluses, ou elle parvint en troia 
heures et demie. Apr£s avoir visite un ermitage perch6 dans la 
montagne, nos gens poursuivirent leur route le long de « rochers 
d'une hauteur prodigieuse qui semblaient s'etre fendus pour 
donner passage k la riviere », s'^merveillant des belles cascades 
qui jaillissaient sur leur passage, et s'amusant a faire r^percuter 
par F£cho leurs claquements de f ouet et leurs coups de pistolet; 
bref, trois heures apr£s avoir quittS Cluses, ils arrivaient au pont 
Saint-Martin, en face de Sallanches. Pour une raison que la rela* 
tion n'indique pas, mais qui pourrait bien etre une raison de pru- 
dence, ils ne voulurent point pen^trer dans la ville et dress^rent 
leur tente* dans une belle prairie, pr£sdu pont, pour y faire halte». 

Ici se place un intermdde burlesque ainsi rapports dans le texte 
fran^ais : 

Notre voyageur Pocock avoit apporte avcc lui d noire insujun 
habit arabe; pendant que nous etions occupes d preparer quelque 
chose pour dmer, il s?en vetit.Nous ne le connumes pas au premier 
abord mais aussitot que nous vimes qui c'Hoit, nous mimes sur le 
champ une sentinelle d la porte de la Tente, et a tous egardsnous 
agissions envers lui avec un respect particulier. Une scene si ex- 
traordinaire ne manqua pas de se repandre d Sallanche, d?ouen 
moins de rien nous eumes pres que toute la ville pour nous voir^et 
leurs differentes conjectures nous amuserent extremement. Cepen- 
dant quelques Dames de consideration etant venues, nous leur 
avouames le badinage et decampames. 

Baulacre avait era devoir enjoliver ce passage par quelques 
fioritures. II d£peignait les habitants de Sallanches se pressant 
« autour de la tente de cette altesse levantine » et venant « lui 
faire le salamalec », puis « l'£mir Pococke crachant de temps en 
temps quelques mots arabes que Ton prenait pour des ordres 
donnas k ses gens et qui s'ex£cutaient fort ponctuellement », et, 
non sans finesse, il comparait cette scdne k celle du Bourgeois 
gentilhomme. C'est sans doute k cause de ce commentaire iro- 
nique et de ceux qui mena$aient par la suite que ce passage a 616 
supprimS dans la brochure anglaise. Mais il faut reconnaltre 
que la visite de « dames de consideration » dans ce soi-disant 



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276 J. BREGEAULT 

pays de sauvages dut commencer k rassurer nos conquerants... 

Le camp lev£, ils continu^rent « par de tr&s mauvais chemins 
et en traversant de tr6s mauvais torrents » jusqu'& Servoz, qu'ils 
atteignirent en quatre heures et oii ils couchSrent dans une 
grange, sur de la paille, apr^s avoir misleurschevaux au piquet. 

On se remit en marche au point du jour, on traversa l'Arve 
sur un pont de bois (le pont P61issier), puis on franchit « une 
montagne tres rude » (le passage des Monties), oil Ton eut peine 
a tenir les chevaux qui se dSferraient et dont quelques-uns fail- 
lirent rouler dans l'Arve. Enfm les voyageurs parvinrent « dans 
une valine assez agr^able » d'oti ils eurent « la premiere vue des 
glacidres », et la remontfrent jusqu'fc a Chamougny, qui est un 
village sur le bord de l'Arve, dans une valine, oti il y a un prieur6 
dependant des chanoines de Sallanches ». Lk, on dressa d&ini- 
tivement la tente, et Ton posa des sentinelles. 

A la v£rit£, ni le texte fran$ais, ni la version anglaise ne don- 
nent ce dernier detail, mais il est attests par des temoins dignes 
de foi. Bourrit, l'homme consciencieux par excellence, 6crivait, 
en 1773, dans sa Description des glaci&res, glaciers et amas de 
glace du DuchS de Savoie : « Quelques personnes de Chamouni se 
rappellent encore de les avoir vus sous des tentes, dans une prai- 
rie tout pr£s de l'Arve, faire une garde tr£s exacte k l'entour de 
leur petit camp. » De son c6t6, Saussure, qu'on ne suspectera 
pas davantage, dit, dans ses Voyages dans les Alpes publics & 
Geneve en 1786 : « Ils n'osdrent entrer dans aucune maison, ils 
camp£rent sous des tentes qu'ils avaient portSes, et ils tinrent 
des feux allum&s et des sentinelles en garde pendant toute la 
nuit... Les vieillards de Chamouni s y en ressouviennent, et ils rient 
encore des craintes de ces voyageurs et de leurs precautions inu- 
tiles... » En revanche, cette invasion armde et cet appareil mili- 
taire eurent un r&ultat facile k prevoir et rapports par plusieurs 
auteurs de P£poque, celui de r^pandre la surprise et l'alarme 
parmi les pacifiques habitants de la valine, qui se prgpar&rent k 
se d£fendre contre ces intrus. « Une collision, dit Ch. Durier (1), 
paraissait inevitable, quand le Prieur, homme sage, s'avisa de 
porter a l'ennemi des propositions de paix sous la forme d'une 
invitation k dejeuner. Grand fut l'^tonnement des Anglais & la 
vue du parlementaire en robe noire. II ne tenait qu'& eux de le 
prendre pour un missionnaire chez des sauvages. Gependant 
Windham se d£tache k l'avant et entre en pourparlers. On s'ex- 

(1) he Movl Blanc, *• <klit., Paris, Fischhacher, 1897, p. 59. 



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LA CONQUfiTE DE CHAMONIX 277 

plique, on fraternise, et bientdt ioute Pexp6dition se trouve r6u- 
nie autour de la table du prieurg. » La conqu§te prenait d6cid6- 
ment des allures tout k fait pacifiques. Cette lacune combine, je 
reprends le r6cit de Windham. 

Tandis qu'on pr^parait le repas, les voyageurs se documen- 
taient sur les fameuses « glacteres »; on leur en montra « les bouts » 
qui descendaient dans la vallee, et ils demand£rent aux paysans 
si, en gravissant la montagne, ils ne pourraient pas dicouvrir 
quelque chose de plus. Les Chamoniards chercb£rent d'abord k 
les d^courager d'une entreprise aussi difficile que p6nible. « Ils 
nous dirent que personne n'y allait, que les chercheurs de cris- 
taux ou ceux qui chassaient les bouquetins et les chamois, que 
tous les Strangers qui Staient venus k Chamouny s'Staient con- 
tenths de voir ce que nous voyions. Un bon vieillard, Prieur du 
lieu, qui nous fit mille politesses [c'est sans doute une allusion 
au dejeuner], nous dissuada fort d'aller plus haut. » Cependant 
quelques habitants s'offraient k servir de guides; mais nos 
Anglais, toujours sur le qui-vive, leur prStaient des calculs 
machiav^liques. Enfin, la curiosity l'emporte, et « confiants 
en leurs forces et en leur courage », ils se d^cident k tenter 
I'entreprise..., c'est-&-dire k faire Tascension du Montanvers. 
Le detail de leurs precautions vaut d'etre cit6 textuellement : 

Nous primes plusieurs Paysans, les uns pour nous servir de 
guides, et les autres pour porter du vin et quelques provisions. Ces 
gens- Id etoient si persuades que nous ft en viendrions pas d bout 
qu'ils prirent avec eux des chandeles et des instruments pour battre 
le feu, en cas qvCaccables de lassitude nous fussions obliges de 
passer la nuit & la montagne. Pour kviter que ceux (Tentre nous 
qui ttoient les plus testes et les plus en haleine ne fatiguassent les 
autres, & force de se presser, nous fimes une regie pour la marche, 
que personne ne devroit devancer un autre, que celui qui tiendroit 
la tete tut & marcher d y un pas lent et regU, que quiconque se sen- 
tiroit las et itouffi pourroit demander une halte, et qu'enfin, quand 
nous trouverions quelque source, nous eussions & boire du vin 
avec de Veau et remplir cTeau les bouteilles que nous avions avec 
nous pour servir a une halte. Ces precautions nous furent si utiles 
que peut-etre, si nous ne les avions pas observees, les Paysans ne 
se seroient pas trompks dans leurs conjectures. 

La caravane s'Sbranle le 22 juin & midi, traverse PArve sur un 
pont de bois et commence k monter « par un sentier extrSmement 



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278 J. BREGEAULT 

rapide, k travers un bois de sapins et de larches (1) (m£16zes) », 
en faisant de frSquentes haltes; puis, le bois traverse, elle s'6I£ve 
sur o une espdce de prairie, pleine de grosses pierres de roche qui 
s'6taient d6tach6es de la montagne », et couple par des traces 
d' avalanches « qui avaient fait un ddgdt affreux ». (2). On s'aide 
des h&tons ferres» on s'accroche avec les mains, les pierres s'6- 
croulent sous les pieds qui gtissent sur la neige (on 6tait en juin), 
« et la rapidity de la pente faisait un spectacle affreux et capable 
de faire tourner la tete & la plupart des gens ». Enfin, on arrive* 
aprds quatre heures trois quarts de marche tres p^nible, au 
sommet de la montagne d'ou Ton contemple la vue la plus 
extraordinaire. 

Ici > Windham d^crit la Mer de Glace, qu'il appelle encore « la 
glaci^re ». II est, dit-il, embarrasse pour en dormer une id£e juste, 
n'ayant jamais rien vu « qui ait le moindre rapport »• Faute de 
mieux, il la compare aux « Mers du Groeniand » et au lac L6man 
« agit£ d'une grosse bise et gele tout d'un coup ». II s'£merveille 
des aiguilles, « dont les rochers arides et escarpSs s'£16vent d'une 
hauteur immense, ressemblant en quelque fa$on k des b&timents 
d'architecture gothique (3) » et qui lui paraissent d'une hauteur 
infinie. Les guides lui assurent que ni les chamois ni les oiseaux 
ne vont jusqu'au sommet. 

Comme tous ceux qui les ont suivis, ces pr^curseurs ne se con- 
tentment pas de voir d'en haut la Mer de Glace, et voulurent 
s'aventurer quelque peu sur ses flots solides. lis descendirent 
done, par une pente excessivement rapide, moiti£ tombant, 
moitte glissant sur les pieds et les mains, jusqu'au glacier quHIs 
trouverent « extremement raboteux » et sillonnS « d'une quan- 
tity de fentes infinie » de largeur difterente, et dont certaines 
6taient si profondes qu'ils ne pouvaient en apercevoir le fon<L 

(1) Le rGdacteur du recit a employe ici le mot anglais dont U ne con- 
naissait poui-Stre pas l'&quivalent en francais. 

(2) Bourrit (op. eit.) disait, en 4773, a propos de ce meme chemin : 
« Gette route, qu'il faut faire a pied, sera toujours, pour bien des per- 
sonnes, un obstacle a la jouissance de la vallee de glace, surtout pour les 
ferames, par la fatigue et la sueur qu'elle fait eprouver. » Et Alexandre 
Dumas, en 1832 :« La route du Montanvert est une des plus execrablea 
que j'aie faites. » 

(3) "Victor Hugo eut la mdme impression : « Les deux pics des Pterins 
ct des CharmozJ ont l'aspect de ces magnifiques cathedraies du moyen age, 
toutes cbargees de tours et de tourelles, de lantemes, d'aiguilles, de 
Heches, de cloehers et de clochctons. » (Victor Hugo raconte par un temoin 
de sa vie, t. n, chap, xlv.) 



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LA CONQUfiTE DE CHAMONIX 879 

lis entendirent des bruits semblables k des coups de tonnerre 
que leurs guides leur assur£rent « etre de nouvelks fentes qui se 
faisaient », tout en ajoutant k cette explication naturelle « plu- 
sieurs contes ridicules de sorciers, etc., qui venaient faire leur 
sabbat sur le glacier et danser au son des instruments (1) ». 

Nos voyageurs restArent une demi-heure sur la glace. lis 
6taient parvenus au point extreme de leur expedition; aussi, en 
bons Anglais qu'ils Itaient, burent-ils « en c6r£monie k la sant6 
de PAmiral Vernon (qui faisait alors une campagne contre les 
possessions espagnoles en Am&rique) et au succfe des armes 
britanniques ». Puis ils remontdrent au Montanvers « avec une 
fatigue incroyable », et redescendirent k Chamonix ou ils arri- 
vdrent k la nuit tombante, au grand 6tonnement des gens du 
pays et meme des guides, qui leur avouerent qu'ils avaient deses- 
p&r6 du succes de leur entreprise. 

Leur curiosity 6tant « pleinement satisfaite », ils levdrent le 
camp le lendemain et alkrent coucher a Sallanches. Ils arri- 
v&rent le jour suivant a Bonneville, d'oii ils firent Tascension du 
M61e, passdrent la nuit k Annecy et enfin, dans PaprSs-midi du 
septidme jour, op^rdrent une rentrSe triomphale k Geneve. 

Le r6cit se termine par quelques conseils « k ceux qui auront 
dans la suite la m§me curiosity ». Je les reproduis sans commen- 
taire et sans ironie. 

II faudroit que ceux qui dans la suite auroient envie de faire 
ce voyage fissent en sorte de ne partir que vers la mi-Aout; ils trou- 
vtroient beaucoup moins de nege sur les montagnes et pourroient 
alter au (sic) mines de cristal et & la chasse des Bouquetins. Ils 
trouveroient aussi les avoines coupees et leurs chevauz ne souffri- 
roient pas tanU Quoique nous n'ayons rien trouvi de dangereux 
cependant je recommanderois toujours d'aller bien armes; c'est 
une precaution aisee et dans certaines occasions bien utile, on ne 
s'en trouve jamais mal. [Suiventdes recommandations relatives 
aux instruments de physique et k la tente & emporter sur la 
montagne a dite le Montantverd »]. Une personne qui sauroit 
dessiner auroit de quoi s'exercer soil dans la route soit au meme 
lieu, enfin les habiles gens feroient bien des choses que nous n'avons 

(1) « Je ne m'etonne pas, dit encore Victor Hugo (op. til.), que les pri- 
mitifs habitants de ces contr6es aient sou vent cru voir des fitres surnatu- 
rels voltiger entre les Heches de ce glacier a l'heure ou le jour vient rendro 
son 6clat a l'albatre de leurs frontons et ses couleurs a la nacre de leurs 
pU&stres. * 



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280 J. BREGEAULT 

pas faites. Tout le mirite que nous pouvons pretendre, c'est d? avoir 
fraye le chemin & quelques curieux. 

II faut porter avec soi des viandes cuites etdu salt, du pain et da 
vin t parce qu'on ne trouve rien de cela qu'en certains endroits et 
le peu qu'on trouve est mauvais. Nous achetames des betes vivantes 
que nous fimes tuer et appreter sur le champ. II est necessaire de 
se pourvoir de licols pour attacher les chevaux, de fers & tous pieds 
et autre (sic) instruments pour ferrer les chevaux qui se deferrent 
a chaque instant, et on doit avoir Fceil rSciproquement sur les che- 
vaux de ses compagnons pour voir s'ils ne sont pas defer res. Avec 
de telles precautions tout voyage devient aise et agreable mime 
dans les Pays les plus sauvages, et Von est plus en ttat (T examiner 
avec soin ce qu'ils off rent de curieux. 

II ne faut pas trop sourire de ces minutieuses recommanda- 
tions et de Textr§me prudence qui les a dictSes, car, la part faite 
au bluff inevitable, il est certain qu'k cette 6poque un voyage k 
Chamonix et une visite & la Mer de Glace pr^sentaient d'assez 
grandes difficult^, sinon de s6rieux dangers. Nous trouvons d'ail- 
leurs dans cette relation de curieux et utiles renseignemente. 
Nous apprenons, par exemple, que les glaciers du Mont Blanc 
etaient alors fr6quent£s par de nombreuses troupes de bouque- 
tins et de chamois. Les voyageurs aper$urent quelques-uns de 
ces animaux sur lesquels ils tirdrent, mais sans r£sultat, k cause 
de la trop grande distance. 

Ils firent des constatations plus int£ressantes au point de vue 
de Paccroissement des glaciers. « Nos guides, nous assur&rent 
que, du temps de leurs p£res, la glaci&re etait peu de chose et que 
m§me il y avait un passage par ces valines parlequelon pouvait, 
en six heures de temps, entrer dans le Val d'Aoste, mais que la 
glactere avait accru considerablement, que le passage Stait k 
present bouch£ et que la glace s'augmentait toutes les ann&s. » 
De son c6t6, Pierre Martel, & la fin de son r6cit, fait allusion k la 
mSme transformation : « L'on ne peut aller k present de Chamou- 
gny k Courmajeux par les glacteres, comme Ton faisait autrefois, 
a cause des avalanches des montagnes qui ont rompu le chemin. » 
Or, il est curieux de rappeler que, d'apr^s une vieille tradition, 
rapporWe par Bourrit dans une lettre k Buffon, et jug£e sans 
fondement par Durier, il existait jadis un passage par le Col du 
G6ant, si facile et si frequents que lesChamoniards s'en servaient 
pour aller entendre la messe k Courmayeur. 

On a remarqu£ aussi, dans un passage de la relation, que, dds 



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LA CONQUfiTE DE CHAMONIX 281 

cette epoque recuse, on trouvait & Chamonix des guides, 
ancetres de la corporation actuelle, et que, comme de nos jours, 
ils se distinguaient avec soin des simples porteurs. Nous voil& 
loin du pretendu etat de barbarie dans lequel aurait ete plongee 
la valine, et, en somme, il ne manquait plus gu£re k Chamonix 
que des h6tels et des vogayeurs; nous allons voir les uns se cons- 
truire et les autres accourir. 

Mais il y a, dans la lettre de Windham, une lacune enorme et 
presque incomprehensible : il ne dit pas un mot du Mont Blanc/ 
Les auteurs anglais modernes, MM. Mathews et Whymper 
notamment, ont cherche & expliquer cet strange silence en sup- 
posant que le temps etait couvert (cloudy), et le g£ant invisible. 
Or, cette hypothdse me semble inadmissible en presence de deux 
passages du recit. Windham dit, en effet, que lorsque ses com- 
pagnons et lui furent arrives sur la Mer de Glace, «le soleil y don- 
nait avec beaucoup d'ardeur et la reverberation de la glace et 
des rochers circonvoisins faisait qu'il y avait beaucoup d'eau 
d6gel£e dans les cavites de la glace »; et ailleurs, nous avons vu 
qu'il apercevait le sommet des aiguilles qui dominent le glacier 
(le Dru et les Grandes Jorasses probablement) : il n'y avait done 
pas de brume... 

Non. II faut chercher & cette etrange omission une autre rai- 
son : je crois qu'elle est d'une nature trds particulidre et d'ordre, 
pour ainsi dire, psychologique. Windham et ses compagnons 
n'ont pas vu le Mont Blanc parce quHls riont pas $u le voir! 
Perdus dans ce « chaos d'argent » dont parlait Theophile 
Gautier en 1868, hypnotises par les dots glaces de cette mer 
extraordinaire qu'ils croyaient decouvrir, ils n'ont pas hausse 
leurs regards, le roi des Alpes s'est confondu pour eux avec le 
prolongement de ses glaciers, — ils n'ont pas degage la cime! 

Dire que, jusqu'& Rousseau, le sens de la grande nature n'a 
gudre existe, rappeler que Montaigne, devant la chute du Rhin, 
faisait cette simple remarque « cela arreste le cours des basteaus 
et interrompt la navigation », que la spirit uelle marquise traitait 
les montagnes d'« horreurs », que Montesquieu trouvait le Tirol 
« le pays le plus horrible du monde » et Addison la traversee des 
Apennins « very tedious » (tres ennuyeuse), qu'enfin ceux qui 
suivaient les rivages du Leman tournaient le dos aux Alpes pour 
s'extasier sur les villages et les vignobles de la cdte Vaudoise, — 
e'est repeter un lieu commun dont j'epargnerai le developpement 
au lecteur. Nul n'ignore k quel point, surtout dans la seconde 
moitie du si£cle dernier, nos yeux se sont dessilles et nos esprits 



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282 J. BREGEAULT 

largement ouverts k cette forme nouvelle, bien qu'Sternelle, du 
Beau, et Ton sait que Ruskin a con$u Tid^e de sa religion en 
apercevant, pour la premiere fos, les sommets neigeux des Alpes. 
Aujourd'hui, la sublime po&ie de la Montagne ne rencontre plus 
que des rSfractaires isolSs. A ceux-lA, pour les convertir, s'il se 
peut, je conseillerais la lecture de l'admirable chapitre de Durier 
« la Montagne du Matin », ou des pages vibrantes en lesquelles 
notre ancien president, M. Schrader, nous enseigne « A quoi 
tient la Beaute des Montagnes », et, « prisonnier volontaire 
pendant trois 6t6s sur les rochers du Tacul (1), » nous traduit 
a ce que lui a dit le Mont Blanc pendant cette captivity de plu- 
sieurs semaines ou il s'effor^ait de faire 'descendre sur la toile 
sa pure, sereine et infinie beaute! » 

Mais, en 1741, le Mont Blanc ne parlait pas encore, — et c'est 
pourquoi il n'a point 6t6 parte de lui. 

* 
♦ * 

On a remarque qu'au cours de son r6cit Windham fait allusion 
aux strangers venus & Chamonix avant lui; il ne pretend done 
pas avoir visite ce pays le premier. Et cependant, apr£s la publi- 
cation anglaise de 1744, qui n'avait, il faut le reconnaltre, aucun 
precedent, la tegende de la d^couverte de Chamonix par Pococke 
et Windham se cr6a de toutes pieces et resta longtemps indes- 
tructible, au moins jusqu'en 1832, date de la publication d'une 
brochure de Markham Sherwill qui la r^duisit k nGant (2). 
M. Mathews, dans son livre dfyk cit6, fait une longue Enumera- 
tion des auteurs qui leur ont attribuS ce m^rite k tort (erreo- 
nously). II y en a bien d'autres. L'auteur anonyme du Voyage 
<Tun amateur des arts (1775) les appelle « les premiers Stres raison- 
nables qui p£n6trdrent dans cette valine ». Bourrit 6crit, en 1787, 
qu'ils decouvrirent les premiers la Mer de Glace. En 1807, H. de 
la B6doyere, dans son Voyage en Savoie, rappelait que, moins 
d'un demi-sidcle avant, « on regardait cette valine comme le 
repaire d'une horde de brigands que le Ciel y avait reteguSs pour 
leurs crimes » et que Pococke, accompagnS d'un de ses amis « osa 
le premier y p£n6trer ». M§me indication dans le Voyage & Ge- 

(1) Annuaire, C. A. F., 1898, p. 556. — M. Schrader preparait alow lc 
magnifiquc panorama qu'ont admir6 les visiteurs de l'Expo&ition Univer- 
sale de 1900. 

(2) A brief historical Sketch of the Valley of Chamouny, by Mjlriham 
Skkrvill. Paris, 1882. 



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LA CONQUftTE DE CHAMONIX 283 

nive et dans la ValUe de Chamouny, de Leschevin, curieuse bro- 
chure publiee en 1812 : « le ceiebre voyageur Pococke et M.Wind- 
ham formSrent le projet (Taller & la dkcouverte de ces terres incon- 
nues. » En 1832, Alexandre Dumas constatait, chose plus eton- 
nante, que les guides du pays regardaient nos Anglais comme 
ayant decouvert Chamonix et visits les premiers la Mer de Glace. 
George Sand, dans la Revue des Deux-Mondes du 15 j anvier 1841, 
constate une fois de plus la legende : « Deux touristes anglais 
decouvrirent, il y a, je crois, une cinquantaine d'annSes (sic), 
la valine de Chamounix... » Mais elle ajoute aussitdt : « La 
pretention est un peu forte, si Ton considSre la position g£o- 
graphique de ce vallon. » Victor Hugo, considere seulement 
le«Docteur Pococke » comme ayant decouvert « de nouveau » 
les merveilles de la vallee. De nos jours, la Nouvelle Geographie 
universelle d*Elis£e Reclus emploie une autre tournure : « de- 
couvert pour ainsi dire.., » 

Ce pr^juge etait si r£pandu qu'on en retrouve la trace jusque 
dans les correspondances particulieres. J'ai sous les yeux une 
lettre datee de Berne, le 25 septembre 1831, et adress£e & son 
pdre par un jeune avocat du barreau de Paris, M c Caignet, qui 
faisait une excursion en Suisse et en Savoie, dont Titine>aire ne 
diftere gu£re de celui de nos voyages circulaires, et j'y lis : « II 
y a aujourd'hui trois excellents hotels dans cette valine rest6e 
inconnue jusqu'en 1741... » 

II y a mieux. La grave Revue Britannique, dans son num&ro de 
juillet 1866, au cours d'une fort interessante biographie du 
ministre de la guerre de Pitt, n'a pas craint d'emettre cette plai- 
sante assertion : « Son peu d'enthousiasme pour la Suisse etonne 
dans le ills du colonel Windham, qui avait, en 1741, attache son 
nom & la premiire ascension du Mont Blanc faite avec Pococke. » 

La v6rite, c'est que nos heros n'ont rien decouvert du tout. 
Je n'ai ni la pretention ni la possibilite d'entreprendre ou m§me 
d'esquisser ici l'histoire de la vallee de Chamonix et de son 
prieure qui a dej& ete faite tant de fois et si complement (1). 
Je rappellerai seulement qu'au moment de la visite des Anglais, 
Chamonix etait un paisible village, habite par une population 
honnSte et industrieuse, vivant des recoltes de ses champs et du 
miel de ses abeilles, sagement administree par son prieur, tres 
civilisee en somme comme le sont presquetou jours les races mon- 

(1) Voyez notamment YHittoire de la Valine et du Prieure de Chamonix 
du X* au XVIII* siicle, par M. Permit Paris, Fischbacher, 1887. 



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284 J. BREGEAULT 

tagnardes, et nullement 6trangere au monde. Depuis le XVI e 
sidcle, en efifet, il se tenait au PrieurS deux foires franohes an- 
nuelles qui y amenaient les marchands du dehors, et, d'autre 
part, nombre de Chamoniards allaient chercher fortune au loin 
et revenaient ensuite au pays natal. D'ailleurs Chamonix 6tait 
rattach6 au reste de l'univers par deux liens tr£s puissants, Fun 
spirituel et Fautre temporel, le Prieur6 6tant visits tour k tour 
par les eveques de Geneve et les agents fiscaux du Roi de Sar- 
daigne. Les contribuables se seraient meme passes volontiers de 
toute relation avec ces derniers, qui avaient dresse le cadastre 
— sans toutefois y comprendre les glaciers faute d'avoir os6 les 
explorer, — et qui, selon la f&cheuse habitude de ces honorables 
fonctionnaires, les pressuraient quelque peu. lis redoubterent 
naturellement d'exigences quand le courant des voyageurs se 
fut port6 dans la valine, et Raoul Rochette pouvait 6crire, en 
1820, dans ses Lettres sur la Suisse : « Les contributions p&- 
sent sur ce pays presque autant que ses glaciers... C'est pour les 
agents du fisc autant que pour les admirateurs de la nature 
que le c61£bre voyageur anglais Pococke et son ami M. Windham 
dScouvrirent en 1741 la vallee de Chamouny ». Et pourtant, con- 
tinuait-il, les Chamoniards gtaient a des hommes simples, inggnus, 
doux, hospitaliers, bons Chretiens quoique inconnus du Pape, 
et bons Savoyards quoique inconnus du Roi de Sardaigne! » 

Chamonix fut £rige en prieurS, a la fin du XI e stecle, sous le 
pontificat d'Urbain II, et les 6v£ques de Geneve y firent d'assez 
frequents voyages. On cite ceux de Barth&emi en 1443, de 
Jean-Louis de Savoie en 1481, de S l Francois de Sales qui y vint 
k pied, visita les pauvres et les malades et prGcha « sur la haute 
route » en 1606, de Roussillon de Bernex en 1730. 

Mais les simples voyageurs, quoi qu'on en ait dit, n'ignoraient 
pas non plus le chemin de la vallee. Ainsi, dans les premidres 
ann£es du XVIII si&cle, le savant Firmin Abauzit, chass6 de 
France par la r6vo<*-ation de Tedit de Nantes et r6fugi6 k Geneve, 
avait visits « les glacteres » dont il avait dress6 une carte; en 1727, 
c'6tait le Prince de Sulzbach, parent du Roi de Sardaigne, qui 
s'y rendait & son tour. Un document encore plus ancien et fort 
curieux nous est parvenu : c'est la lettre publi^e par Durier dans 
YAnnuaire du C. A. F. de 1890, lettre dat6e de « Chamony en 
Fossigny le 16 mai 1669 » et signSe de Ren6 Le Pays, le « bouffon 
plaisant » que nomme Boileau dans son Repas ridicule, le bel 
esprit concurrent de Voiture, exergant pour le quart d'heure les 
fonctions de Directeur g6n6ral des gabelles en Dauphinl. II 



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LA CONQUfiTE DE GHAMONIX 285 

n'avait emport6 ni tentes, ni mulets de b&t, ni mousquets, et il 
d&rivait k sa belle, dans le style de l'hdtel de Rambouillet, oti il 
frSquentait, les « cinq montagnes qui vous ressemblent comme si 
c'estoit vous mime... cinq montagnes, madame, qui sont de glace 
touts pure depuis la teste jusqu'aux pieds, etc., etc. » II y en a 
trois pages sur ce ton. « N'etes- vous pas bien aise, disait Durier, 
de voir le marquis de Mascarille en presence du Mont Blanc? » 
Et j'ajouterai, moi : n'Stes-vous pas bien aise de voir ce Parisien, 
frivole coureur de ruelles, d^couvrir Chamonix prSs d'un si£cle 
avant huit Anglais arm6s en guerre? II avait meme fait mieux, 
il avait admir6 : « Au reste, Madame, Hen n'est si magnifique 
que ces montagnes quand elles regoivent les rayons du soleil... » 
D6cid6ment, ce bouffon avan^ait sur son 6poque! 

Apr3s Windham et Pococke, les visites k Chamonix se multi- 
plient. En 1742, c'est l'expgdition de Pierre Martel accompagnS 
de trois Genevois, « Etienne Martin, trSs habile artiste (en r6alit6 
un coutelier), Chevalier, orfevre, Giraud-Duval (Spicier), et un 
Stranger nommS M. Roze, botaniste ». Ce voyage fut fait dans 
un esprit plus scientifique ; Martel rapporta un plan des gla- 
ciers, il aper$ut et admira le Mont Blanc, qu'il paralt avoir le 
premier nommS ainsi (1), et dont il tenta de mesurer la hauteur. 

Cette brochure eut un grand retentissement : Pattention du 
public se porta sur une contrSe que Ton disait si merveilleuse, 
et les voyageurs voulurent la connaitre. On signale notamment 
parmi les visiteurs de Chamonix en cette fin de si&cle : en 1750, 
le Marquis de Maugiron, brigadier des armies du Roi, qui 
raconta son voyage & une assemble publique de la SociStS 
royale de Lyon (2); — en 1762, le due de La Rochefoucauld 
d'Enville, qui a laisse une trSs intSressante relation manu^rite 
de son excursion, publiSe par M. Lucien Raulet dans VAnnuaire 
duC.A.F.de 1893; — en 1770, le chevalier de K6ralio, traduc- 
teur de YHistoire naturelle des Glaciires de la Suisse, de Gruner; 
— en 1776, William Coxe, le biographe de notre Stillingfleet, et 
V&xiteur des Lettres sur la Suisse, et en 1780, son traducteur, lecS- 
tebre Ramond de Carbonni&res; — en 1779, Goethe, qui Scrit une 
belle page sur FSmotion que lui cause la premiere vue du Mont 

(1) « C f 66t cette point© du Mont Blanc, dit-il dans sa relation, qui passe 
pour la plus haute des Glacieres, et peut-dtre des Alpes. Plusieurs per- 
sonnes du pays qui ont voyage nous ont assure l'avoir vue depuis Langres 
et d'autres depuis Dijon. » Ces voyageurs ne s'etaient pas trompes. 

(2) Letlre... ecritte a la Soeiite Royallc de Lyon, par le Marquis de Mau- 
giron; Revue alpine, 1896, p. 109-12. 

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286 J. BREGEAULT 

Blanc, en novembre, a la nuit tombante; — en 1781, le fer- 
mierg£n6ralde Laborde, premier valet dechambrede Louis XV, 
cr^ateur du quarlier de la Chaussde d'Antin, et bien d'autres... 
J'allais oublier letrop fameux Mandrin qui, lui, ne voyageant 
pas pour son plaisir, avait 6tabli son quarlier g6n£ral k Cha- 
monix, d'oti il surveillait le passage de ses convois par les d6fil& 
du Mont Blanc, et y entretenait les meilleures relations avec le 
bureau des gabelles; il termina sa carriere alpestre sur la roue, 
a Valence, en 1775, laissant aux Chamoniards le souvenir d'un 
bel homme, fort sympathique, et charitable aux malheureux (1). 
On montre encore, au Montanvers, une roche plate dite « la 
Pierre k Mandrin », non loin de la « Pierre aux Anglais » qui 
commgmora Fexp&iition de Pococke et Windham, et que d6crit 
Alexandre Dumas. 

Jusqu'ici nous n'avons eu affaire qu'&de simples touristes,ne 
d£passant pas le Montanvers et la base des glaciers. Mais voici 
qu'entrent en scene les grimpeurs, les vaillants qui s'attaquent 
au colosse lui-meme et revent de le tenir sous leurs pieds et de 
dominer le vieux monde : — Bourrit, qui n'y parvient pas mal- 
gr6 ses efforts pers6v6rants et h^roiques; — le guide Jacques 
Balmat qui, apres un corps k corps effrayant, r^ussit, le 8 aofit 
1786, avec le docteur Paccard, la premiere et memorable ascen- 
sion de la « taupintere blanche »; — Horace-B6n6dict de Saussure, 
qui, Fann6e suivante, apres douze voyages k Chamonix, foule 
enfin « avec une sorte de colore », la cime qui le fascinait depuis 
son enfance; — les frdree Deluc, qui escaladent le Buet, ce magni- 
fique observatoire de la chaine du Mont Blanc. 

DSs lors, Man est d^finitivement donn6, c'est l'invasion, la 
fureur de la mode, — it became the fashion, dit M. Whymper, — on 
ne peut plus citer que les illustres parmi les visiteurs de la valine : 
Humboldt en 1795, Chateaubriand en 1805, Shelley en 1816 (2), 
plus tard lord Byron qui y reve son Manfred, et combien d'autres? 
II faut pourtant s'arrSter une minute k Texcursion faite, le 
26 aout 1810, par Pimp^ratrice Josephine. L'infortun^e voya- • 
geait pour se consoler de l'abandon de son terrible seigneur et 
maitre qui venait d^pouser Marie-Louise. Elle laissa sur le re- 
gistre des voyageurs, existant d6j& k la cabane du Montanvers, 

(1) V. YHistoire du Mont Blanc et de la ValUe de Chamonix, par Stephen 
d'Anvz. Paris, Delagrave, 1878. 

(2) Elton. An account of Shelley's visit to France, Switzerland and Savoy- 
London, 1894; ouvrage contenant plusieurs lettres et une poesie de Shel- 
ley sur le Mont Blanc. 



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LA CONQUfiTE DE CHAMONIX 287 

un quatrain de circonstance citepar Durier(l),et qu'il rapproche 
avec raison des vers de Delille. 

Salut, pompeux Jura, terrible Montanvert, 
De neiges, de glaciers entassements 6normes, 
Du Temple des frimats colonnades informes!... 

Leschevin, qui passa dans la valine quelque temps aprds, y 
recueillit de curieux details sur ce tourisme auguste. 

Elle (Josephine) avoit loge chez Vaubergiste Tairraz, et tout 
dans cette maison, etoit encore plein du souvenir de sa presence. 
On ne iarissoit pas sur Feloge de sa grdce et de son extreme bonte. 
S. M., qui aime les sciences et particuliirement la botanique, ktoiX 
accompagnee de M. Bonjean, pharmacien de Ctiambery, qui con- 
noit parfaitement les plantes des Alpes de la Savoie el de la 
Suisse. Elle avoit He portee par des guides, depuis St-Martin. 
Ayant desirk visiter la Mer de glace, on rassembla, dans les 
villages de la vallee, soixante huit guides, et Vlmpiratrice fit 
une grande partie du ckemin & pied, et redescendit de meme par 
la pente rapide de la Felia. Les Dames de sa suite furent portkes 
jusques sur le sommet du Montanvert. Chaque brancard Hoit 
servi par huit hommes qui se relayoient de quatre en quatre. Tous 
furent genereusement payes... 

Quatre ans plus tard, apr£s la premidre chute de PEmpire, 
Marie-Louise, en fuite, venait, par une nuit de temp§te, frapper 
k la porte d'une chaumtere de Chamonix pour y demander l'hos- 
pitalite* (2). L'histoire a de ces retours dSconcertants. 

Cependant l'affluence des voyageurs avait amen6 une trans- 
formation complete du pays. On ne logeait plus chez le Prieur, 
comme au Steele precedent; le cabaret k pomme de pin que 
Windham avait d6cor6 du nom d'Hotel de Londres avait fait 
place k trois h6telleries confortables; le sen tier des « crystalliers » 
conduisant au Montanvers avait 6t6 61argi et am61ior6; le gou- 
vernement sarde avait construit une route de voitures dans la 
valine. Sur le plateau du Montanvers, un riche Anglais avait fait 
Clever, moyennant quatre guinies, une cabane dite « Ch&teau 
de Blair » qui portait cette enseigne : Utile dulci. En 1795, ce 
refuge, oil M. de SSmonville, ambassadeur k Constantinople, 
s'Stait un jour abrit6 par une pluie battante avec la marquise 
sa femme, Maret, le futur due de Bassano et Bourrit, fut rem- 

(1) Durier, op. cit., p. 168. 

(2) Stephen (TArve, op. cit., p. 64. 



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288 J. BREGEAULT 

plac6 par un bfitiment plus important 6difi6 sur les ordres et 
aux frais de M. Desportes, r&ident de France & Geneve. II sert 
aujourd'hui d'abri pour les guides et on peut lire encore, au- 
dessus de la porte, cette inscription : A la nature. L'&licule, 
qui en avait pris le nom de « Temple de la nature » et qui 
figure sur la gravure de Bartlett reproduite d'autre part, eut plus 
tard Fhonneur de voir d&iler les plus glorieux repr&entants de 
l'^cole romantique. 

J'ai tent£, dans YAnnuaire de 1896, de raconter leurs excur- 
sions dont eux-memes nous ont laissg de piquants r^cits. C'est, 
en 1825, Victor Hugo et Charles Nodier, avec leurs families. 
Nodier tenait k « presenter Victor Hugo au Mont Blanc »; mais 
le Mont Blanc, par jalousie apparemment, essaya d'engloutir le 
jeune podte dans une crevasse de sa Mer de Glace, s'il faut en 
croire le Temoin de sa vie..., qui, ce jour-li, faillit §tre celui de sa 
mort. C'est, en 1832, Alexandre Dumas, dont tout le monde a lu 
les Impressions de Voyage en Suisse 6tincelantes de verve spiri- 
tuelle et de saine gaiety, mais combien arrangees! C'est, en 1836, 
la joyeuse caravane des « PiffoSls », George Sand et Liszt, la 
comtesse d'Agoult (Daniel Stern) et le major Pictet, qui scan- 
dalisent par leurs gamineries d'un gofit plus que douteux les 
Anglaises respectables d£j& install&s k FHdtel de 1' Union, et 
qui escaladent, en des tenues de rapins, les pentes du Montanvers 
au sommet duquel « George » affecte une sorte d'indiff&rence 
blas6e pour le sublime spectacle qui se d6roule k ses yeux. 

Et puis, le temps passe, le gofit des voyageurs se r£pand de 
plus en plus, Albert Smith preche la croisade du Mont Blanc, 
c'est le grand exode. « Si les Alpes, a dit Durier, avaient jadis 
livr6 passage aux barbares et lfich6 sur la civilisation ses pires 
ennemis, la civilisation restaur6e le leur rendit bien. »De tous les 
points du globe accourent et les audacieux que tente la cime 
superbe, alpinistes innombrables, femmes vaillantes en t£te 
desquelles marche une Fran^aise, Henriette d'Angeville (1), 



(1) Sainte-Beuve ecrivait, le 17 aout 1838, a Juste Olivier , « George Sand 
a eu cette semaine deux emules en c616brit6 feminine : Mme Flora Tris- 
tan, assassinee, et Mile Dangeville, qui lui fait la nargue du haut du Mont 
Blanc. A propos de celle-ci, je viens de voir aux mains de Mme de Fon- 
tanel son amie intime, un petit billet triomphal au crayon que Therome 
lui a ecrit au haut meme du Mont Blanc et qu'elle a remis a un guide qui 
descendait. Voila un autograph e curieux. Vous voyez que je n'ai pas cess* 
d'etre en relation directe de tout© facon avec les choses de la Suisse. » Et 
Olivier de remarquer : « Sainte-Beuve, lui aussi, croyait que le Mont Blanc 



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LA CONQUfiTE DE CHAMONIX 289 

savants comme Tyndall, Pitschner, Janssen, Vallot, artistes 
comme Coleman, Lopp6, Schrader, passionn^s et poetes comme 
Durier, et la foule des modestes qui se contentent d'admirer d'en 
bas, ou de grimper k mi-cdte, et les grotesques, Smules de M. Per- 
richon, ou rivaux du d&icieux Tartarin. Le vieux PrieurS des 
Glacidres et des Montagnes Maudites, avec ses simples et rudes 
habitants, a fait place au Chamonix mondain et cosmopolite 
d'aujourd'hui, en attendant le Chamonix de demain qui verra 
le sommet auguste profane par la gare-terminus du funiculaire, 
ou la station des ballons dirigeables... 

Nous pouvons maintenant juger en pleine connaissance de 
cause nos Anglais, que nous avons un peu oubli£s, et leur expe- 
dition. M6ritent-ils, ceux-14, l'honneur d'etre consid6r6s comme 
les Christophe Colomb de la valine de Chamonix, terra incognita, 
ou celle-ci, Tindignit^d'Stre traiWe, comme elle le fut, de « farce », 
de « ridicule equip6e » et d'« aventure burlesque? » Ni Fun 
ni F autre. Les termes de « gloire » et de « triomphe » em- 
ployes par certains Scrivains leurs compatriotes sont certai- 
nement excessifs; mais il suffit,pour appr^cier leur pr^tendue 
d6couverte, leurs naives illusions et leurs craintes excessives, de 
la souriante ironie contenue dans la lettre adress£e, vingt et 
un ans apr&, par le due de La Rochefoucauld d'Enville k son 
prScepteur, k laquelle j'ai fait allusion plus haut : 

Cette annee-ld, qui devait etre & jamais fameuse par la grande 
dicouverte des glacHres, M. Windham, jeune Anglais qui alors 
avail d peu prls vingt ans, entreprit ce pSnible voyage et mit V aven- 
ture d fin; il fallait etre Anglais ou chevalier errant : il etait An- 
glais. CTetait bien pis que de combattre les geants ou les dragons 
ailes, les moutons ou les moulins d vent; il fallait marcher dans 
des pays affreux par des chemins remplis de pierres qui s'ecrou- 
laient des montagnes, traverser des gues, braver des insectes voraces 
dont les cabarets de Savoie sont remplis : son courage lui fit sur- 
monter tous ces obstacles... 

Ce n'est point k dire que Texp^ditionde 1741 nepr&ente aucun 
int£r§t et soit rest£e sans r&ultat, bien au contraire. Nous 

etait en 8uis8et » (Revue des Deux Mondes, 1« novembre 1903, p. 18.) 
V. aussi la tres interessante notice biographique de Mile Mary Paillon 
dans l'Annuaire du G. A. F. do 1893. 



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290 J. BREGEAULT 

aurions tort de trop hausser les £paules au souvenir de ces 
huit robustes insulaires, qui, apr£s avoir recrute une cavalerie 
et s'fitre munis d'un appareil militaire pour suivre la route que 
parcouraient depuis deux si£cles les marchands se rendant k la 
foire, consid£rent comme un exploit l'ascension du Montanvers. 
II est vrai qu'ils font pietre figure k cdt£ d'un grimpeur mo- 
derne : j'entends celui qui, sans fracas, au petit jour, en la seule 
compagnie de son guide et n'ayant d'autre arme que son piolet, 
part pour la conquete de Tune des terhbles aiguilles qui font 
cortege au ggant. Sans doute aussi, ces jeunes sportsmen, 
voyageant sansrisques et sans privations pour «satisf aire leur 
curiosity », n'ont rien de commun avec les hommes courageux 
(les surhommes, dit-on, je crois, maintenant) qui, quelques 
ann6es plus tard, arrachdrent leur secret aux Montagnes Mau- 
dites, par intrepidity professionnelle comme le guide Balmat 
et ses camarades, ou par amour d£sint£ress£ de la science, 
comme les fr&res Deluc, Bourrit et Saussure, ces grands pr6- 
curseurs, 1'honneur de leur patrie, auxquels la poursuite d'un 
but utile k l'humanit6 enseigna l'endurance, le sang-froid, le 
m^pris du danger, et, par surcroit, l'amour de la montagne... 
r Mais Pococke et Windham ont eu un m&ite singulier qu'eux- 
m§mes ont pressenti et qu'on ne saurait sans injustice mecon- 
naltre. lis ont « fray<§ le chemin », comme ils le disent; ils ont £t6 
les pionniers de notre belle valine de Chamonix, a its first real 
pioneers » ainsi que les appelle M. Mathews; mieux encore, les 
initiateurs et les vulgarisateurs (qu'ils l'aient voulu ou non) de 
ce sport moderne, sain et noble entre tous, l'alpinisme. S'ils 
n'ont pas vu le Mont Blanc, ils ont permis a d'autres de le d6cou- 
vrir. La relation au public, par la brochure de 1744, de ces 
spectacles nouveaux et grandioses, eut, de l'avis unanime des 
historiens de la valine, pour consequence immediate d'y attirer 
de nombreux visiteurs, de la mettre en vogue; les curieux entral- 
ndrent k leur suite les grimpeurs, et c'est k Chamonix que l'alpi- 
nisme est n£. C'en est assez pour assurer k ces ancetres la recon- 
naissance de tous ceux, — ils sont legion a notre £poque, — qui 
ont vou6 k la grande montagne un culte fervent et une admira- 
tion jamais rassasi£e! 

Julien BREGEAULT. 



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La peinture de montagne 

aux salons de 1905 



La quantity des ceuvres d'art n'a gu&re diminu£ en 1905, mais 
le nombre des tableaux reprdsentant la montagne grande ou petite 
est encore moindre qu'en 1904. Bien des raisons, et des plus pratiques, 
paralt-il, peuvent expliquer cette deplorable diminution que, pour 
mon compte, je prefdre attribuer au succds des expositions des 
peintures de montagne au Cercle de la Librairie. Si les tableaux dont 
j'ai k m'occuper ici sont assez clairsemds et sou vent fort difficiles k 
trouver — ce qui n'est pas toujours une preuve de gout ou d'exacte 
appreciation de la part de ceux qui ont k les placer — ils ont presque 
tous le merite d'etre sup£rieurs a ceux des salons precedents, et de 
representor surtout des paysages de la chalne des Alpes. 

Nous allons commencer par le salon des Artistes Francais ou tous 
les visiteurs ont ete sdduits par le charme exquis de VAme du glacier 
de M. Maxence. Je ne m'arrSterai pas a la psychologie symbolique 
du titre — les symboles ne sont pas k la portee de tout le monde 
— et je ne veux pas me g&ter la joie intense que me cause la vue 
du glacier blanc et bleu, des admirables sommets neigeux illumines 
par un violent alpengluhen, et de la belle figure feminine du premier 
plan, blonde aux yeux bleus, ornee de joy aux precieux, couverte 
d'un manteau somptueux, et tenant dans ses mains deiicates des 
cristaux d'une nuance adorable. 

J'ai dit que bien des tableaux etaient mal places. Si mon atten- 
tion n'avait ete mise en eveil par la reproduction, dans V Illustration, 
du Matin dans les mitezes, vallee de Chamonix, de M. Mas ere, j'aurais 
pu, sans la voir, passer et repasser sous cette toile importante 
cependant, claire et ensoleiliee, mais ne renfermant pas en elle- 
m&me Tindication suffisante et ndcessaire du site reprdsente. Ce 
reproche ne saurait s'adresser a M. Bertier qui, avec sa mattrise 
habituelle et son habile te k rendre la douce couleur violette parti- 
culidre au Dauphinl, nous donne le portrait fort bien venu de la 
Dent de Crolles (massif de la Chartreuse). 

Meme precision chez M. Wuhrer : Aiguilles de Varens (Haute- 
Savoie), au soleil couchant, rouges et empourprees, avec, au pre- 
mier plan, un village dej& plonge dans l'ombre. 

Toujours dans les Alpes franchises, mais plus au Sud et dans la 
pleine lumidre du milieu du jour, la Pastorale alpestre, de M. Your- 



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292 E DIEHL 

deuil, renferme beaucoup de choses, isol£ment fort bien peintes: vil- 
lage, gens, animaux, Snormes montagnes rocheuses, le tout de merae 
valeur et paraissant 6tre au mime plan, en un papillotement qui 
est peut-etre le r£sultat de l'extraordinaire intensity lumineuse. 

M. Albert Charpentier a peint une grande composition : Annibal 
traversant les Alpes. L'armge descend vers 1' Italic et a bien de la 
peine & maintenir ses Equipages et ses elephants sur une longue 
crete couverte de neige fraiche; chemin peu commode, mais rien 
ne doit nous 6tonner de la part des ing6nieurs earth aginois qui — 
l'histoire nous l'apprend — se d£barrassaient des roches gSnantes en 
les faisant fondre au moyen de vinaigre bouillant... Ce qui est 
certain, e'est que M. Charpentier a place* ses guerriers africains et 
gaulois dans un paysage grandiose et au pied de quelque 6norme 
Mont Viso tout a. fait bien peint 

Dans la Fin du jour, M. Hareux reste fidele a. Grenoble : la ville, 
les quais, Tlsere sont d£j& plonges dans la nuit profonde pendant 
que la chatne de Belledonne reste encore doucement 6clairee par 
les dernieres lueurs du crgpuscule. De M. Audras, le Matin en Dau- 
phinl, et de M. Terraire, un important et excellent paysage d'un 
caractere austere : Marais en Dauphint. 

Les deux tableaux que M. Ruch intitule : Matin dans les Haute* 
Alpes et Devant VEtable, sont peut-Stre ceux qui donnent la plus 
forte impression alpestre, qui nous font le mieux p6n6trer dans l'in- 
timite' de la haute montagne. II y a la. une artistique simplicity de 
composition en m&me temps qu'une absolue since>it6. 

De M. Swieztrowsky, la Vallee de Bernex (Haute-Savoie), au clair 
de lune, et avec un gen til couple d'amoureux. 

En quittant les Alpes nous trouvons M. Nozal, le coloriste, avec 
ses magnifiques Rockers du Trayas tout rouges, domines par les pics 
du Gap Roux dont on a dit avec tant de justesse qu'il semble etre 
le sommet d'une tres haute montagne pose* au bord de la mer 
bleue. 

Le Massif Central a fourni a. M. Odier l'occasion de peindre un 
grand paysage tres accidents, tres clair, tres beau : la Loire a Saint- 
Maurice. 

Le Jura est represents par deux paysages de M. Isambert, Tun 
des Environs de Besancon en automne avec un joli effet de contre- 
jour, et l'autre des Hauts Plateaux du Jura avec un gracieux pre- 
mier plan de bruyeres en fleurs et de montagnes a perte de vue. 
A c6t6 de eel a, nous avons encore, de M. Grosjean, un Jura tout 
noir avec des nuages tout blancs, et de M. Carl-Rosa une agreeable 
Matinie sur les bords du Doubs. 



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LA PEINTURE DE MONTAGNE 293 

Etpourquoi ne parlerais-je pas du grand paysage que M. Simonnet 
intitule modestement la Neige on tout est a louer depuis la for§t de 
bouleaux jusqu'a la cote qui descend vers un vaste horizon que 
domine un mont bien connu de l'lle-de-France et nous donnant 
veritablement la complete illusion de la montagne. 

Une seule aquarelle a signaler, mais de premier ordre : la Meidje 
de M. Edouard Brun, face Sud, vue du Col du R&teau. 

Je m'apercois avec satisfaction que je viens de parler eiogieuse- 
ment d'un assez grand nombre de tableaux. Pour une ann£e ou il n'y 
a pas de... peintures de montagne, il y en a au Salon des Artistes 
Franca is. Pourrai-je en dire autant de la Societe Nationale? A ne 
consulter que le livret, nous trouverions bien quelques titres trom- 
peurs, mais des titres ne font pas plus une peinture que des cou- 
leurs dispones sur une palette de peintre. Je laisse ces incoherences 
qui n'inspirent raeme plus une douce galte (la Nationale devient 
triste), et je signale bien vite une ceuvre de premier ordre : la Chaine 
du Mont Blanc, de M. Menard. La vue parait etre prise des hauteurs 
environnant Sallanches, mais sans indication de detail. Effet de soir 
apr&s la dispart tion de tout rayon colore* : le Mont Blanc domine 
de sa masse colossale tout l'ensemble du paysage. Etude de lumi&re 
froide, a-t-on dit. J'accepte volontiersce jugement. C'est la premiere 
fois que je vois la montagne presentee sous un aspect aussi nouveau 
et aussi emouvant. C'est tr£s beau. 

M. Flandrin expose comme chaque ann£e une vue des Environs 
de Corenc{Is&re), et il n'y a qu'& le feiiciter de son heureuse fideiite 
au pays natal. M. Havet a passe du Valais aux Lacs italiens, ce qui 
nous vaut un Lac de Lecco tout rose et tout mauve. 

Les portraitistes peignent fort bien la montagne, et avec ses 
Bords de VOurse (Pyrenees) M. Rixens donne une nouvelle preuve 
de ce que je ne cesse de repeter; la vall6e est belle, le ciel est pur 
et la v^tation a la teinte jonquille qui donne tant de caractere et 
d'originalite aux prin temps des Basses Pyrenees. 

M. Prunier voit les mdmes Pyrenees en noir, pass6es k la suie, ce 
qui est deplorable, car ses six aquarelles, la Sierra de Rosas, le Mon- 
tarto d'Aran, etc, sont des etudes documentaires bien remarquables. 

Et quand j'aurai cite le Loenvand, un lac norvegien peint par 
M. Reitrac, j'aurai signals tout ce que la montagne a inspire de bon 
aux artistes de la Societe Nationale de 1905. 

E. DIEHL. 



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ILLUSTRATIONS 



!• Vallee de Chamonix. — Photo do M. F. Crolard. L'auteur a su 
nous presenter une valine do Chamonix originate, sang l'inevitable Mont 
Blanc- Vu du ohemin du Montanvers, Chamonix s'6tale au pied des pontes 
du Brevent. . face d la p* 268. 

2° Vue del la Vallee de glace et des montagnes environ- 
nantes, du Montanvers, gravee en 1744 pour Pierre Martel. — Cea deux 
rates gravures, celle-ci et la suivante, sont extraites de l'edition de 1744 
du livre de Martel (v. p. 273); elles n'existent plus dans rendition sui- 
vante publico a Ipswich en 1747. Nous devons d'avoir pu les reproduire 
a la gracieuse obHgeance de M. Henry Cockburn, Bibliothecaire de 1' Alpine 
Club, dans la Bibliotheque duquel Club se trouve l'6dition de 1744. La 
gravure originate a 292/228 m/m et porte Price dclin. On remarquera la 
facon dont cet artiste a vu l'elancement du Dru face a la p. 272 

3° Carte, Vue, Animaux de la Vallee de Chamouny, d'apres 
undessin de Pierre Martel pris sur les lieux en 1742. — Ces tres curieuses 
reproductions appartiennent comme l'illustration n° 2, a 1'ouvrage de 
Martel. La planche originale mesure 254/228 m/m. La carte est problablement 
la plus ancienne carte de Chamonix a cette 6chelle (1/450,000* environ); 
on y distingue : « le Mont Blanc, le Mont Malay, TEquille du Dru, le Mont- 
anvers, le Mont Logan, le Mont Paiclerais, le Mont du Tour, le Mont des 
Echaus, le Mont de Valorsine, le Pont Pelissier et les Montees, la Vallee 
de Chamouny, le Glacier des Bois, des Bossons, d'Argentiere, du Tour, du 
Trian ; la hauteur de l'Arve a la Bonne Ville sur le niveau du Rhone 
403 pieds, a Sallanches 670; a Servoz 1.306, a Chamouny 1.520; la hauteur 
du Montanvers sur Chamouny 2.427: la hauteur du Mont Blanc, 10.939; le 
niercure est descendu sur le Montanvers de 32 lignes >. . . face & la p. 274. 

4° Bier de glace (Chamouny), gravee en 1836 par W. H. Bartlett, ttree 
de Pouvrage de W. Beattie, La Suisse pittoresque, edition francaise de 
Londres 1836, et gracieusement communiquee par M. H. Mettrier. — Si on 
rapproche cette gravure du n* 2, on peut constater que cent ans plus 
tard on voyait encore la montagne d'une facon Itonnante; il y a pour- 
tant plus de details- : les Charmoz, l'Aiguille du Geant, les Jorasses, les 
Dru y spnt, mais combien ^lances et pointus. On remarquera la premiere 
hotellerie du Montenvers en construction a cote* de Tancien Temple de la 
Nature de Desportes. Le croquis de cette gravure, 6videmment dossine* en 
1835, fixe de facon precise la date de la construction de l'anclenne hotel- 
lerie du Montenvers que Durier < 1897, p. 168) estimait 6tre placee « vers 

1840 s face & la p. 286. 

. m 5° Mer de glace. — Photo de M. F, Crolard • . face a la p. 288. 

6° Refuge du Carrelet. — Photo de M. Escarra. Le Refuge du Car- 
relet (2.070 m.) est situe dans une situation Iminemment pittoresque. 
Pans sa petite fendtre s'encadre le joli Pic des Etages. Au dessus a'eleve 
jusqu'a plus de 2.200 m. une forfit de pins. A cote se precipite, en pente 
invraisemblable, le torrent du Vallon de la Pilatte face & la p. 294. 

7° Galvaire d'llly ; Devant la xnalson de M. Richard ; *La 
Moselle a Treves. — Photos du D r Cayla. Nous devons cette illustration 
supplemental a la gracieuset£ de la Commission des Caravanes scol aires 
et d'Alpinisme militaire du Club Alpin Franeais face a la p. 330. 



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5 s 



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EXPLORATIONS NOUVELLES EN 1904. 

Aiguille Verte (4.127) : premiere ascension par le Glacier du 
Nant Blanc et premiere traversSe. — 28 au 31 Juillet 1904. — 
MM. Ettore Canzio, S. B. Gugltkemina, G. F. Gugliebmlna, et 
G. Lampttgnani, sans guide. — Gette caravane a r£ussi cetie ma- 
gnifique course (1) pendant laquelle elle a du bivouaquer trois fois. 
Quittant Chamonix le 28 Juillet, elle fit un premier bivouac sur le 
Glacier du Nant Blanc. Le 29 Juillet depart a3h. mat., elle attei- 
gnit H h. la rimaye qu'elle eut une certaine difficulty k pas- 
ser (7 h.). Elle attaqua le grand couloir par sa rive droite, et se 
trouvait &9h. soir en dessous de 1'arSte N. O. de la Verte, entre 
celle-ci et le Pic Carr6 (3.708). Elle dut bivouaquer \k k 3.900 m. 
environ. Le 30 Juillet, aprds une escalade difficile, elle aboutit & 
midi k la calotte terminate au point ou se soude la crete O. et 
arriva enfin au sommet a 6b. 30 soir. Elle quitta le sommet 
k 7 h. 15 et, continuant sa travers£e, elle suivit l'arete jusqu'au 
Col de la Rocheuse et entreprit la descente par le couloir Whymper, 
moitte en bivouac (de 9 h. k minuit), moitte en marche nocturne, 
gr&ce au clair de lune. La rimaye fut pass£e a 9 h. mat. et la cara- 
vane atteignait le Montenvers, le 31 seulement k 2 h. soir. — Ren- 
seignements de M. Ettore Canzio. 

Aiguille de Taldfre (3.739 m.), par l'Arete O. — 17 Juillet 
1904. — MM. J. H. Wicks, E. H. F. Beadby et C. Wilson, sans 
guide. — La caravane pr6c6dente, aprfcs avoir atteint, du Glacier de 
Pierre Joseph, le col entre l'Aiguille de Taldfre et les Petites Ai- 
guilles de Tatefre, monta de Ik au sommet par l'Arete O., descen- 
dant ensuite par la face S. O. Les rochers de T arete offrirent une 
bonne escalade, qui, si elle n'Stait pas complement quitte du ver- 

(1) Nous en publierons sous peu le reat d6taille\ 



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296 CHRONIQUE ALPINE 

glas, serait, par endroit, tres difficile. Montenvers, 3 h. 5 matin; 
rimaye, 9 h.; col sur F arete, 11 h. 15; sommet, 12 h. 45 a 1 h. 30 
soir; rimaye, 5 h.; Montenvers, 9 h. 15 soir. — Renseignements de 
M. Claude Wilson. 

Aiguille de la Brenva (3.207 m.), par le N. O. — 26 Juillet 
1904. — MM. J. H. Wicks, E. H. F. Beadby et C. Wilson, sans 
guide. — La caravane pr£c6dente, partant du Col du G6ant a 
6 h. mat, atteignita 9 h. 10. le col situe* entre le Pic de la Brenva 
(3.510 m.) et l'Aiguille de la Brenva, c'est-a-dire au N. de cette 
derniere. Elle d6pensa 1 h. 20 a explorer l'Arete N. qu'elle trouva 
impraticable, et elle fit 1' ascension par les rochers de 1' arete, c6te 
Brenva. Elle resta au sommet de 1 h. a 1 h. 30 soir. La descente 
se fit par l'arete S. et la face O. La rentrSe a Courmayeur eut lieu 
a 8 h. soir. — Renseignements de M. Claude Wilson. 

Tsanteleina (3.606 m.), par la face E. et Tarete N.-E. — 
18 Septembre 1904. — MM. Clavbl, LfevfeQTTB et du Vebgbb, avec 
Pierre Blanc, de Bonne val. — La caravane prec^dente tenta 
d'atteindre ie sommet de la Tsanteleina par la face E., laissant tout 
a fait a sa gauche le couloir Bobba encombre* de glace. Cette face 
est abrupte et enticement rocheuse, couple de corniches inclinees 
paraissant aboutir peu au S. du sommet. Apres avoir gagne* une 
de ces corniches par une escalade sans grandes difficulty, mais au 
milieu de rochers efTrites et peu solides, la caravane dut bient6t 
renoncer a ce chemin, qui se trouvait barre* par un couloir juge 
alors infranchissable. Elle resolut alors de traverser obliquement la 
face E en essayant d'atteindre si possible Tarete N. E. Ce chemin 
au milieu de rochers decomposes et humides n'offrant jamais de 
prises sures demanda beaucoup de temps et d'efforts. Apres un 
passage delicat pour franchir la corniche de neige surplombante 
de l'arete N. E., la caravane atteignit enfin celle-ci vers l'altitude 
de 3.500 m. A partir de la cette arete fut suivie sans peine jusqu'au 
sommet, sur une neige durcie. 

Partis a 11 h. 15 de la base de la face E., a l'altitude de 3.200 m. 
donn£e par le barometre, la caravane n'arriva au sommet qu'a 
2 h. 10 soir, mettant ainsi pres de 3 h. sans arret pour ascen- 
sionner 400 m. au plus. 

La descente se fit en 2 h. 30 sur le Fornet et Val d'Isere, par la 
voie Ferrand(face S.). 

La Tsanteleina a 6t6 ascensionn£e par le versant N. O. (voie 
Nichols et Blandford), la face et l'arSte N. E. (voie Coolidge), le 
versant S. O. (voie Arnollet et Greffie de Bellecombe), le grand cou- 
loir de la paroi E. (voie Bobba), la face S. (voie Ferrand). La 



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NOUVELLES ALPINE8 297 

variante actuelle ne semble pas devoir constituer une route recom- 
mandable. Consul ter la gravure de l'Ann. G. A. F., 1889, p. 49. — 
Renseignements de M. R. du Verger. 

NOUVELLES ALPINES. — Alpes, du N. auS. 

Ghamonix. — Apres une period e interminable de pluies et 
de froid, le temps s'est enfin remis au beau et, gr&ce a une tempe- 
rature plus en rapport avec la saison, nous assistons au commen- 
cement de l'exode des touristes vers la montagne. 

Les chemins muletiers sont, pour la plupart, praticables. — Le 
29 Mai, l'ascension du Mont Blanc a 6te effectuSe pour la premiere 
fois cette annee, par les guides charges de visiter les 6tablissements 
m6t6orologiques; le 80, une dame accompagn£e de deux guides a 
fait r ascension des Grands Mulcts. 

Les courses de glaciers se font en ce moment dans les meilleures 
conditions possibles. Les ascensions d' aiguilles secondaires comme 
la Floriaz, le Belvedere des Aiguilles Rouges, I'M des Aiguilles de 
Chamonix, etc., sont re commandoes dans le mois de Juin. Les inter- 
minables moraines, les couloirs pierreux sont recouverts d'une couche 
de neige : consistante le matin, elle permet de marcher comme sur 
un plancher; ramollie apres-midi, elle procure les belles et rapides 
descentes en glissades. 

Le Refuge du Jardin d'Argentiere est en construction. Ses dimen- 
sions sont de 5 metres X 4 metres. II se compose d'une seule piece, 
planch&ee, avec deux lits de camp superposes, ratelier pour piolets, 
sacs, buffet pour la vaisselle, armoire a pharmacie, etc. II sera 
terrains' et amgnage* le 15 Juillet. — D r Payot, 3/6/05. 

Val d'Is&re. — La neige tombge re*cemment n'a pu register aux 
ardeurs du soleil et la disparition des neiges dhiver atteindra 
bientot la region des glaciers. Les voitures viennent ici depuis le 
commencement de Mai. — Victor Mangard, guide de 1™ cl., 1/6/05. 

Pralognan. — La neige recule rapidement et nos alpages 
commencent a verdir, chevres et moutons s'en vont journellement 
aux p&turages, animant et 6gayant la montagne du son de leurs 
clochettes. Les hautes regions ne sont pas chargers en neige, les 
chemins de cols seront, a moins de trop mauvais temps, ouvert a la 
circulation de bonne heure. — J. A. Favre, guide de 1** cl., 5/6/05. 

Allemont. — Quatre touristes ont traverse le Col de la Goche 
le 28 Mai ; une autre caravane a 6galement franchi le Glandon. A la 
fin du mois, nos principales courses seront faisables. Les rlcoltes 
(bles surtout) ont souffert du mauvais temps. — Pierre Ginet, guide 
de 1* cl., 2/6/05. 



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M8 CHRONIQUE ALPINE 

L'hotel du Dome de Chasseforet sera ouvert vers le 10 Juin. — 
L'hotel de la Grande Gasse est ouvert et recoitdeja quelques voya- 
geurs. Le Refuge F6Iix Faure sera sans doute ouvert vers le 20 Juin. 

Le Mtiment destine aux bureaux des correspond ances automo- 
biles sera termini vers les 10-12 J tun, car, le 15, les services com- 
mencent a fonctionner. 

Montgen&vre. — Les travaux des champs ont et£ contraries 
par le mauvais temps, c'est tout au plus si on a pu terminer les 
semailles d'orges et d'avoines et les plantations de pommes de terre 
dans les derniers jours de mai. 

Les neiges sont encore telles dans la montagne que un groupe 
d'artillerie n'a pu, du 23 au 25, monter un canon et son affut jus- 
qu'au Janus. 

Le service des voitures du Syndicat d' Initiative a commence le 
l cr Juin le parcours de Briancon a Oulx. II ne se passe pas de jour 
ou Ton ne voit un automobile. — Marthe Rignon, 1/6/05. 

La B£rarde. — Les chutes de neige de ce mois ont encore 
recouvert nos montagnes ; seuls quelques cols faciles seraient prati- 
cables : la neige est a 2.500/2.700 metres. 

Les hotels de la vallee et le chalet-h6tel sont ouverts. Les refuges 
sont en bon £tat et la paille a 6te changSe. — J. B x Rodebe, guide 
de l re cl, l/G/05. 

Pelvoux. — Deux touristes partis de l'hotel du QIacier Blanc 
aux Claux sont altes coucher au Refuge Cezanne, le mauvais temps 
les a empech^s d'aller jusqu'a Tuckett. — Les guides Joseph Baroz 
et Jean Rey d'Allevard sont arrives ici pour la campagne g6od£- 
sique de M. Helbronner. 

Les refuges ont 6t4 garnis, le 15 Mai, de leur bolte de pharmacie. 
Dans peu de jours tous Iqs cols pourront se faire. 

L' adjudication du chemin entre le Sarret et le Fonjas (le Fangeas 
de la carte) vient d'etre faite. — Eugene Estebioe, guide de i n cl., 
1/6/05. 

Saint-Martin Vesubie. — Le dernier hiver a 6te beaucoup 
plus froid que neigeux, et le temps ayant e!6 beau presque cons- 
tamment, on aurait pu, au cours de la saison, entreprendre avec 
chances de succ£s toutes les grandes courses. Malgr6 ces excellentes 
conditions, il n'a 6t6 effectue que deux courses : deux touristes 
sont altes Tun a la Gime des Gelas, l'autre dans le haut vallon de 
Molteres. — J. B. Plent, guide de l re cl., 31/5/05. 

Navette-Ctemence d'Ambel. — Les pr£s sont tr& en retard 
et certains troupeaux transhumants ont trouvS les leurs sous la 



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ROUTES ET SENTIERS 299 

neige. A 1.400 m. le feuillage des arbres n'a pas encore paru. II fait 
tin beau soleil depuis cinq jours seulement. Nous n'avons apercu 
que quelques promeneurs ou cyclistes venus pour voir notre valine, 
et aussi la cascade du Casset qui est dans toute sa beauts. 

M. de la Brosse, ingSnieur en chef des Pontset Chaussees, charge 
de TenquSte sur la houille blanche, est venu ici pour inspecter le 
barrage construit sur le torrent de Navette,dans le butd'en mesurer 
le d6bit et de se rendre compte du nombre de chevaux disponibles. 
— Philomen Vincent, guide de 1" cl., 1/6/05. 

Civennes et Pyrenees 

Aigoual. — Le Chalet de TAigoual du C. A. F. a 6t6 ouvert 
le 31 Mai. Pendant le mois de Mai, il est venu k TObservatoire 
trente touristes avec cinq autos, une moto, un try et une voiture k 
deux chevaux. — Th£rond, observateur, 1/6/05. 

Gavarnie. — Lc cirque est superbe avec sa couronne de neige 
et nombreux sont les strangers qui viennent dej£. Les troupeaux 
sont dej& venus de plusieurs points de Tarrondissement. — A. Broca, 
Observatoire Lourde-Rocheblave. 

Gampan. — Un ouvrier des ardoisidres du Mailhou, pr£s Bagnfcres, 
s'est tu6 dans une chute de montagne en essayant de de*nicher un 
nid d'dpervier dans les escarpements du Pic d'Antays. — En vue 
des travaux de triangulation en cours, des signaux en pierre s&che 
ont 6t6 construifs k Soum Ara (Crete du Haboura) et au Tuco du 
Mourift. — - L. Le Bondidieb, 4/6/05. 

133. Saint-Lary. — Du 5 au 6 Mai, les rScoltes ont disparulitte- 
ralement sous la neige : on les croit perdues. Quant aux bergers, 
surpris avec leurs troupeaux sur les montagnes, ils ont de la diffi- 
cult^ k descendre. A la fin du mois le beau temps reparait et les 
r^coltes se reinvent peu k peu. — Francois Mabsan, 5/6/05. 

ROUTES ET SENTIERS. 

L'automobile en montagne. — La revue Les lectures pour 
tous, a envoys, en vue de la preparation d'un concours, un auto- 
mobile qui a pass£ dans les 85 chefs-lieux de nos d^partements con- 
tinentaux. Pilots par M. Soulacroix cet automobile a parcouru 
8.335 kilometres. Une constatation interessante est ressortie de ce 
tour de France : les Alpes ont 6t6 en g6n6ral plus faciles que le 
Massif central. M. Soulacroix nous cite comme ayant presents le 
plus de difficult^ : — dans le Massif central, entre Cuxax-Cabardds 
et Castres, rampes de 10 k 12 0/0, tournants brusques et dangereux; 
entre Thuyets et Pradelles, rampes de 10 k 14 0/0, route dure et 



s" 



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300 CHRONIQUE ALPINE 

difficile; a Eygurande, 14 0/0 9 forts tournants; a Fix-Saint-Geneys, 
rampes de 12 0/0; — dans les Alpes, entre Saint-Andr6 de M6ouilles 
et Bareme, rampes de 10 k 12 0/0; au Col Bayard, tournaots trds 
brusques et dangereux; — en ce qui concerne les Pyrenees, ou les 
chefs-lieux sont situta au pied de la chatne, aucune difficult^. 

Ajoutons pourtant que si Ton sort des routes desservant les chefs- 
lieux, certains trajets des Alpes et no tarn men t du Dauphin^ tiennent 
peut-Stre le record des difficultes : le Col du Galibier, 14 0/0 k cer- 
tains endroits et tournants si brusques qu'un automobile k grand 
empatement n'y peut passer; le Col Izoard, qui a 6t6 traverse tout 
au plus une dizaine de fois; enftn le Col du Parpaillon, qui a tout ce 
que Ton peut desirer en fait de difficult^ : pentes de 13 k 14 0/0, 
tournants dangereux, route souvent ravin6e. 

Service d'automobile de Mofttiers-Pralognan. — Le nou- 
veau service d*6t6 donne satisfaction aux desiderata que nous expri- 
mions dans le dernier numero au sujet des correspondances de Lyon 
k Pralognan, du moins en ce qui concerne la partie du service du 
l er Juillet au 14 Septembre ; par ce service, les lyonnais, en partant a 
10 h. 7, via Saint- Andr6, arriveront k 3 h. 55 k Moutiers d'ou its par- 
viendront a 5 h. 50 a Pralognan, par le troisi&me service automo- 
bile, lis pourront monter coucher au refuge, faire de grand matin 
une ascension et Stre de retour k Pralognan pour prendre Tauto de 
1 h. 20, par lequel ils pourront arriver a Lyon (via Saint-Andr£) a 
10 h. 25 soir (1). 

Nos voitures publicities. — Les services organises par les Syn- 
dicats d* Initiatives, les correspondances du P.-L.-M. sont g6n£rale- 
ment bien outilles et les accidents sont rares. II n*en va pas de 
mime des courriers des postes en voitures et des correspondances 
libres, sur lesquels il serai t n6cessaire que l'adminisl ration puisse 
veiller plus sevdrement. Les tribunaux du moins sevissent. 

Un de nos alpinistes les plus connus, M. le chevalier V. de Ces- 
sole, president de la Section des Alpes Maritimes du C. A. F., fut, le 
13 Octobre 1904, dans les gorges de la Tinee, victime d'un grave 
accident, qui occasionna un long repos du blesse\ mais heureuse- 
ment ne laissa pas de traces. Par jugement du tribunal de Nice, con- 
firm^ par la cour d'Aix : le proprtetaire a 6t6 condamn6 a un raois 
de prison et 100 francs d'amende, en bengQciant de la loi de sursis . 
le cocher est condamne" a 15 jours d'emprisonnement, sans sursis. 
Tons deux, a 600 francs de dommages et inte>ets, et declares civi- 
le men t responsables. 

(1) Consul ter leshoraires g6n6raux de ce service aux « pages d'annonces* 



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REFUGES ET HOTELS 301 

Que nos voituriers de montagne mSditent un peu ce jugement, 
qu'ils apprennent a etre sobres, qu'ils n'achetent pas de betes 
vicieuses et qu'ils ve>iflent souvent leurs boulons et leurs ressorts. 

Service d'automobile au col de Valgelaye ou d' Alios. — 
A partir du l w Juillet 1905 un service d'automobile va rouler entre 
Saint-Andrd de M6ouilles et Digne-gare, en passant par Beauvezer, 
Colmars, Alios, col d'Allos ou de Valgelaye, Barcelonnette, Seyne et 
Digne. Ce service facilitera aux alpinistes les ascensions de tout un 
groupe de montagnes interessantes, Slolane, Mont Pelat, etc. 

REFUGES ET HOTELS. 

Refuge-chalet du Mont Jovet (2.450 m.). — Le Gonseil g£n6- 
ral a approuve le projet d'installation, comme ligne d'inte>$t 
general, d'une ligne telephonique reliant le chalet-refuge au reseau; 
il a pris a sa charge la defense totale qui sera de 4.300 francs. 

Refuge des Nants. — Le refuge sera encore garde cette annee. 
ficrire en cas de besoin a M. Bourgeois, a Pralognan. 

Refuge de Rabuons. — Destine a faciliter l'ascension des 
principales cimes du massif du T6nibres (haute valine de la Tin6e), 
ce chalet permettra un sejour agitable au centre d'un cirque 
lacustre qui ne le cede en rien aux plus c&ebres des Alpes. 

Un g£rant sgjournera au chalet-refuge, du 15 Juillet au 30 Sep- 
tembre 1905, et fournira aux ascensionnistes les repas et les provi- 
sions pour les courses, d'apres un tarif 0x6 par la Section des Alpes 
Maritimes. 

Refuge du Promontoire. — La Section de l'lsere a dote ce 
refuge de 6 matelas et de 6 couvertures de laine, type du C. A F. 

Uncoup debalai, a. v. p. — Si Ton peut juger de la bonne Edu- 
cation d'un touriste, comme le dit Dent, par la maniere discrete dont 
il sort de l'hotel avant le jour, nous pourrions poser, en principe, 
que Ton peut juger de la valeur alpine d'une paravane par l'etat 
dans lequel elle laisse un refuge. De mauvais guides, montagnards 
de deuxieme ordre, peu lettr^s, plus ou moins sales, accompagn£s 
d'un touriste apathique ou e>einte\ s'eveillent en retard, ils font le 
cafe a la h&te, et quel cafe, dans un recipient gras d'ou le liquide 
sort avec des yeux, tel un pot-au-feu. Ils sont presses, enfournent 
dans le tiroir de la table, quand ils prennent ce soin, assiettes, 
cuilleres, fourchettes non lavees ; ils n'ont pas le temps de secouer 
et plier les couvertures, de remettre en ordre la paille du lit de 
camp, et sans donner le moindre coup de balai ils ferment derriere 
leur paresse la porte du refuge. 11 est si simple — et une caravane de 

21 



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302 



CHRONIQUE ALPINE 



bons alpinistes n'y manque jamais — de pr6voir un p8u la veille le 
depart du lendemain, de faire chauffer un peu d'eau, avec de la 
cendre de bois et un peu de savon, de tout laver en cette onde puri- 
ficatrice, et, le matin, de secouer a deux les couvertures, de les 
plier et de les mettre a 1'abri sur la corde disposed a cet effet au- 
dessus du lit de camp, d'arranger un peu la paille, de balayer enfin 
la place et de fermer la porte en songeant combien les alpinistes qui 
viendront apres vous seront heureux de trouver un refuge propre et 
accueillant. — Un coup de balai, *. p. p., demande le dele'gue' aux 
refuges d'une des principals sections de montagne du C. A. F. 

GUIDES 

Liste g6n6rale des Guides brevetes da G. A. F. — 

Nous sommes heureux do donner ci-dessous la liste des guides bre- 
vets, resultat des efforts communs des Sections et de la Commis- 
sion des Guides du Club Alpin Francais. II y a la un r&ultat de la 
plus haute importance qui sera apprecie* de tous les touristes 
francais et Strangers. Nous publierons ulterieurement la liste des 
porte urs breveted. 



ALPES, DU 

HAUTE-SAVOIE (Section du 

SAINT-OERVAIS : 
Guides de V- elasse : 

Magnin (Auguste-Prosper). 
Martin (Anselme-Lucien). 

Guides de 2° elasse : 

Broissat (Ulysie- Joseph). 



N. AU S. 

Mont Blanc a Bonneville)* 

Brunet (Joseph-Alexandre). 
Chapelland (Adolphe-Alphonse). 
Estivin (Alphonse). 



DiUgui aux Guides : M. Morel-Fredel, 
president de la Section du Mont 
Blanc a Bonneville. 



TARENTAISE {Section de Tarentaise a Moutiers). 



BRIDES- LBS- BAINS : 

Guide de 2* elasse : 
Fraiasard (Vincent). 

CHAMPAGNY-LS-HAUT : 

Guides de 2 8 elasse : 

Ruffier-Lanche (Michel). 
Tavel (Jean). 

PRALOGNAN. — LK PLANAY : 

Guides de 1 M elasse : 

Amiez (Auguste), a Pralognan. 



Araiez (Jean), a Pralognan. 

Amiez (Joseph-Basile), a Pralo- 
gnan. 

Favre ( Joseph- Antoine), a Pralo- 
gnan. 

Favre (Jules -Alfred), a Pralo- 
gnan. 

Gromier (S6raphin), au Planay^ 

Guides de 2 elasse : 

Favre (Alfred), a Pralognan. 
Favre (Jules-Marcellin), a Pralo- 
gnan. 



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GUIDES ET PORTEURS 



303 



Favre (Victor- Maxime), a Praio- 

gnan. 
Gromier (Joseph- Francois), au 

Planay. 
Gromior (Joseph, fill deSeraphin), 

au Planay. 



PEISBY : 
Guide de %• classe : 
Roux (Jean). 



val-d'isxbx t 

Guides de l« r classe : 

Mangard (Victor). 

Rond (Frederic). 
Guides de 2* classe : 

Mangard (Joseph, flls). 

Rond (Pierre). 



DHiguS aux Guides : M. le comte 
Greyfie de Bellecombe, vice-presi- 
dent de la Section de Tarentaise 
a Brides-les-Bains. 



ISIiRE (Station de PIsire a GrenobU). 



SAnrr-CHRISTOPHB XN OISAXS. — 
LA Bft&ARDB: 

Guides de V* classe : 

Gaspard (Casimir) a Saint-Chris- 
tophe. 

Gaspard (Joseph), a Saint-Chris- 
tophe. 

Gaspard (Maximin), a Saint-Chris- 
tophe. 

Gaspard (Pierre, pere), a Saint- 
Christophe. 

Roderon (Ghristophe), a Saint- 
Christophe. 

Rodier (Hippolyte), a La Berarde. 

Rodier (Jean-Baptiste, fils), a La 
Berarde. 



Turc (Christophe), aux Etages 
(commune de Saint-Christophe). 

Turc (Joseph), dit le Zouave, a 
Saint-Christophe (Le Puy). 



Diligui aux Guides : M. Lory, secre- 
taire general de la Section de 
l'lsere, 6, rue Fantin Latour. 

Nota. — Tous les guides d-des- 
sus ont 6galement recu le brevet de 
la Society des Touristes du Dauphing. 
Voir pour les autres guides et les 
porteurs la liste de la SocieU des 
Touristes du Dauphin^ arretie au 
l w juin 1905. 



BRIAN0ONNAIS (Section de Briancon a Briancon). 

LA GRAVE, VILLAB-D'A&taS : 
Guides de 1™ classe : 



Mathonnet (Louis -Augusts), a La 

Grave. 
Pic (Francois-Hippolyte), a La 

Grave. 
Pic (Theophile), a La Grave. 
Savoye (Joseph), a La Grave. 

Guides de 2 a classe ; 

Faure (Jules-Louis-Prosper), a La 

Grave. 
Mathonnet (Antoine-Adolphe), a 

La Grave. 



VALLOUISB-FILVOUX 
Guides de 1™ classe : 

Barneoud (Pierre-Antoine), aux 
Claux-Pelvoux. 

Estienne (Eugene), aus Claux 
Pelvoux. 

Estienne (Joseph), aux Claux- 
Pelvoux. 

Reymond (Pierre), aux Claux- 
Pelvoux. 

Semiond (Jean-Pierre), au Sarret- 
Pelvoux. 

Guides de 2* classe : 

Engilberge (Jean-Pierre), a Pel- 



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304 



CHRONIQUE ALPINE 



Gamier (Joseph- Victorien), a Puy- 

Aillaud. 
Longis (Denis), aux Qaux-Pel- 

voux. 
Reymond (Pierre- Antoine, flls), a 

Pelvoux. 



DiUgui aux Guides : M. Antoine l"juin 1905. 



Challier, tresorier de la Section de 

Briancon du C. A. F. 

If ota. — Tous les guides ci-dessus 
ont egalement recu le brevet de la 
Society des Touristes du Dauphine. 
Voir pour les autres guides et les 
porteurs la liste de la Society des 
Touristes du Dauphine arritee au 



ALPES-MARITIMES (Section 
bbuil (valine du Cians) : 
Guide de 2« classe : 
Maynard (Arthur). 

bblvbdbbb (vallee de la Gordo - 

lasque) : 
Guide de 2* classe ; 
Daniel (Barthalemy). 
isola (vallee de la Tinee) : 
Guide de 2« elatee : 
Fabret (Antoine). 

aiHTT-BiiBifXE Da TnrfcB (valine de 

la Tinee) : 
Guide de 2° classe : 
Fabre (Theophile). 



des Alpes Maritime* a Nice). 

BAiNT-HABTm-vtstrBiB (vallee de la 
Vesubie). 

Guides de \ n classe : 
Nafta (Michel-Louis). 
Plent (Jean). 
Plent (Jean-Baptiste). 

Guides de 2« classe : 
Barel (Louis). 
Guigo (Paulin). 
Martin (Dominique). 



DiUgui aux Guides : M. Lee Brossl, 
vice-president de la Section, ave- 
nue Michel- Ange, Nice. 



pyr£n£es 

[Section du Sud-Ouest d Bordeaux). 



CAXJTEEBTS : 
Guides de l ro classe : 
Batan (Paul). 
Bordenave (Dominique). 
Bordenave (Jean-Marie). 
Labasse (Henry). 

GAVARNTE : 

Guides de l re classe : 

Bernat (dit Salles-Francois). 
Haurine (Mathieu). 
Passet (Celestin). 



Passet (Henri). 
Pujo (Pierre). 

GBDBBS : 
Guides de l ro classe : 
Paget (Victor), dit Chapelle. 



DiUgui aux Guides : M. Jaeggi 
(Adolphe), 42 rue de Turenne. 
La Section du Sud-Ouest a egale- 
ment des Guides et Porteurs dits 
Guides et Porteurs du Club Alpin 
Francais dont elle publie la liste. 

{Section de Bagnlres-de-Bigorre). 

BAGXEBXS-DB-BIGOBKE : DiUgui aux Guides de la Section : 

M. Le Bondidier, Receveur de Pen- 
Guide deV classe : registrement et des doraaines, a 
Laouna, dit Lahune (Joseph). Campan (Hautes- Pyrenees), secre- 
taire general de la Section. 



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BIBLIOGRAPHIE 305 

Bibliotheque alpine a Pralognan. — Un de nos collogues 
nous prie d'encourager la tentative suivante, ou 6 vide m men t l'au- 
teur trouvera son compte, mals qui prouve une initiative intel- 
ligente, et peut, de fait, servir aux alpinistes de passage, en atten- 
dant la creation d'un bureau neutre des guides et d'une biblio- 
theque g6ne>ale. 

Le guide Joseph Antoine Favre met gratuitement a la disposi- 
tion des touristes : — 1° Cartes Etat-Major Francais au 80.000% 
toute la s£rie allant du Mont Viso au Lac de Geneve; — 2° Carte 
du Massif du Mont Blanc au 50.000% par X. Imfeld; — 3° Cartes 
Etat Major Italien au 75.000% Massifs du Mont | Blanc, du Grand 
Saint-Bernard du Mont Cervin et Mont Rose, du Grand Paradis; — 
4° Cartes federates au 50.000% Atlas Siegfried, Martigny, Grand 
Saint- Bernard, Grand Combin, Zinal, Zermatt, SaasF6e; — 5° Un 
grand nombre de livres traitant de la montagne : Gussfeldt, Durier, 
Karl BI)dig, Zsigmondy, Rod, Stratz, etc.; — 6° Diverses publica- 
tions du C. A. F et du T. C. F. ; — 7° Guides Joanne, B©decker, 
Bleu : — 8° Les Touristes peuvent consulter avail t le depart pour 
une course barometre et thermometry; — 9° Renseignements gra- 
tuits sur toutes courses des Alpes. 



REVUE DES PRINCIPAUX PfiRIODIQUES 

Revue alpine publiee par la Seotion Lyonnaise du 
G. A F. — Sous Timpulsion de son rSdacteur en chef, M. L. B6- 
thoux, la Revue Alpine est rested ce qu'elle 6tait, une oeuvra 
d'interet g£ne>al de TAlpinisme francais : elle a garde* la tournure 
franchement alpine qui en fait la valeur documentaire. Nom- 
bres de notes originales 6ont la dans ces pages qui serviront aux 
travaill urs futurs, a ceux qui condensent, qui mettent au point et 
nous continuerons a voir pour sa plus grande gloire les notes biblio- 



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906 BIBLIOGRAPHIC 

grapbiqueg enregistrer le nom de U Revue Alpine. II faut en teliciter 
M. BSthoux qui malgrt sou acquis littdraire a eu s'exterioriser et 
s'adapter k la Uche de pure science qui s'offrait k lui, ttche qui lui 
a 6t6 facility, il eat vrai, par le publio bien montagnard des leoteuw 
de la Revue. 

Les illustrations sont tou jours soignSes, et, en somme, trte bonnes 
comme choix et comme tirage; il y a bien toujour* quelques surpri- 
ses en la mati&re, c'est ins6parable du metier. Nous regrettons pour* 
tant que la Revue Alpine ne nous offre plus que rarement ces photo* 
typies qui dans les premieres annees ont fait une part de son suocfe 
Disons de suite pour etre juste que le num£ro de Janvier 1905 nous a 
fait ragrtable surprise de cedon de premier de Tan, une superbe pho- 
totypie d'aprds une de ces compositions si pittoresques de M. Piaget, 
Parmi les bonnes illustrations citons Le Pelvoux de M. Piaget, et La 
Font Sancte de M. de Gessole. 

Examinons les articles: — William Mathetve, parW.A*B.Goolidge : 
int&essante contribution k Fhistoire alpine du Dauphing, faite aveo 
le souoi de precision et la ricbesse de documentation qui est le 
propre de Tauteur, — Le Mont Visa, par V. de Gessole. II y a long- 
temps que nous attendions cette petite monographie d'une des routes 
au Viso, la voie Guido Rey par la paroi N.E. et E., route un peu plus 
difficile que la ban ale voie 8., mats combien plus int&essante. M. de 
Gessole nous y conduit aprds nous r avoir montrta de la Gime d'Udine 
et de la Gime E. du Visolotto. Voila bien la bonne mani&re d'attaquer 
une ascension rarement faite en se p£n6trant de 1'orographie g6n6rale 
de la face k remonter. Aussi Pauteur devient-il dans son rtait un 
excellent guide qu'il sera facile de suivre. — Une promenade en 
Savoie, par M. Louis B6toux. Charmant rdcit, delicat et modeste, 
qui prouve que tant vaut 1'homme tant vaut Pceuvre. M. B6thoux 
renouvellerait la narration de la plus modeste ascension, et tout en 
gouaillant sur le cbemin que la tourmente lui fait prendre, l'auteur n'en 
execute pas mo ins, sinon un passage entidrement nouveau, du moins 
une variante tres intdressante aux cols du Palet et de la Croix des 
FrStes, le col de Plantrin. — La Pointe de Font Sancte, par Ren6 
Godefroy, superbe monographie avec description physique, itln6- 
raires d'ascension, revue historique, carto'graphie et bibliographie de 
l'intdressant petit massif de la Font Sancte. Le nom de Pauteur 
nous dispense des eioges, ses cours de Fontainebleau sur la geogra- 
phic alpine ont 6t6 rcmarqu^s. — Le D6me de Polset, par J. A. Fa- 
vre, guide. Gombien les guides lettr6s peurraient contribuer k l'^tude 
fouillSe de 1'orographie alpine : toujour sur le terrain, pouvant 
observer le lendemain ce qu'ils ont omis la veille, ils pourraient dtre 



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OUVRAGES DIVERS 307 

de pr&ieux auxiliaires dans le travail de reconnaissance que nous 
poursuivons. — Fldnerie dans les Bauges, par Mme Mte Rougier. 
Un peu court, mais si bien burine* et si fortement pens6 : pages lit- 
t£raires qui brillent comme un cristal de roche au milieu des roches 
puiss antes, mais ternes de la science. — Le Col de la Pilatte et le Col 
des Bans, par W. A. B. Coolidge. Discussion qui n'est point nouvelle 
et qui ne semble pas pres d'etre 6puis6e sur un point delicat de 
nomenclature alpine. — Relation d'un voyage de Albert de Haller dans 
rOberland Bernois, par H. Mettrier et W. A. B. Coolidge. Pareille 
collaboration ne pouvait que donner un article des plus nourris et 
les 48 pages presentees abondent en citations, en notes comptemen- 
taires pleines d'e>udition qui fixent nombre de points de l'histoire 
alpine au dix-huiti6me siecle. — D'Inspruck d Pontresina, par le 
D r Siraud. Recit humoristique d'une des excursions de la Section 
Lyorinaise dans le Tirol et dans la Haute Engadine. — Compte 
rendu da Congris da C. A. /., par M. F. Regaud. — Alpinism* noc- 
turne, par M. L. B6thoux. Notes amusantes sur une nuit pass<§e au 
Moucherotte. — Piantonetto, par Ettore Ganzio. L'auteur — mem- 
bre il est vrai du C A. F. — est un des alpinistes italiens en vedette; 
il est poete dans la montagne, ce qui nous vaut des articles exquis 
ecrits dans une belle langue et bien des alpinistes francais pourraient 
prendre ces bijoux comme modeles. M. P. 

OUVRAGES DIVERS 

Guido Rey. — Le Mont Cervin; 18/12 de 410 p., avec 16 ilL; 
prix, 3 fr. 50; Paris, Hachette, 1905 ; traduit de Titalien par Mme L. 
Espinasse-Mongenet. 

En relisant en francais ce volume du grand alpiniste i tali en, nous 
ne pouvons nous d^fendre, noa pas d'une comparaison, mais d'un 
parallele entre le Mont Cervin de Guido Rey et le Mont Blanc de 
Durier. Chacun porte la double empreinte de la personnalite' de la 
montagne et de Tauteur. Le Mont Blanc, terrible plus par sa tegende 
que par ses defenses et Durier, 1' alpiniste aimable et savant qui s'eN 
face devant l'histoire diversified de son sujet. Le Cervin, toujour* 
farouche et qui se defend encore, simple en son his to ire dont une 
des plus attachantes page j est 6crite par Guido Rey lui-meme. Au- 
teurs et montagnes sont diffe'rents et pourtant il y a une analogic 
grande entre les deux livres ; c'est, dans chaque cas, rhistoire d'une 
seule et meme cime en plus de 400 pages, son influence sur l'&m& 
humaine ; la premiere, qui a determine* Tattaque de la science a la 
montagne; la deuxieme," qui a 6te cause de l'alpinisnie pur en tant 



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308 BIBLIOGRAPHIC 

que science d'exploration des pays d' altitude; c'est enfin r Edition 
a bon marche du livre que Ton prevoit devoir plaire non pas aux 
seuls initios, mais a tous ceux qui ont visits ou visiteront les deux 
centres ceiebres par excellence, le premier en date, et le nouveau 
venu, Chamonix et Zermatt. 

Le livre s'ouvre sur la prehistoire du Gervin, en de belles pages, 
solidement pensees, et en d'heureuses inspirations sur « les precur- 
seurs ». L'auteur avait la partie belle au point de vue de l'histoire 
aucienne de son massif, le Cervin domine le Theodule, Tun des plus 
antiques passages des Alpes; il n'aeu garde de manquer si belle 
occasion de rattacher le Cervin a l'histoire primitive des Alpes et il 
l'a fait avec une conscience admirable : de pareils chapitres ont da 
lui couter une somme considerable de travail; mais aussi quel int6- 
r6t pour tous, mSme pour les initios qui trouvent a chaque detour 
de page une constatation neuve, une note erudite. Signalons, en 
passant, de tres interessants details sur Ruskin et le Cervin. 

Le chapitre II est intitule « les trois auberges »; apres l'histoire 
des pr^curseurs, c'est revolution des lieux. Quel delicat plaisir nous 
avons eu a lire cette Evocation du vieux Zermatt, du Paquier de 
Valtournanche, du Giomein, et du Saint- Theodule. Guido Rey est, 
comme tous ceux qui ont profondement senti, un merveilleux evo- 
cateur. Dans le r£cit passent quelques sensations personnelles, cise- 
lures qui mordent d'une lumiere plus vive le repousse du tableau. 

« lis s'etaient donnas rendez-vous avant l'aube... lis avaient 
arrange d'y venir s£par£ment et chacun par une voie diffe>ente, afta 
de ne point eveiller les soupcons. » C'est ainsi que Guido Rey nous 
presente a les Conqu&rants », la lutte italienne contre la lutte 
anglaise pour la gloire de la premiere ascension. Ici le livre nous 
apporte des documents nouveaux qui eclairent la tentative de 
Giordano, de Carrel, de Bich et de Gorret, notamment des notes 
extraites des albums de Giordano, ces notes qui communiquees au 
chanoine Carrel, a Quintino Sella, Perazzi et d'autres, furent peut- 
6tre pour quelque chose dans la fondation du C. A. I. Toute cette 
partie est extremement developpee et grandement instructive. Et 
c'est a ce develop pement meme que nous adresserions la seule cri- 
tique que nous ayons a faire : a savoir que la premiere ascension 
de Zermatt y est traitee un peu sommairement. Guido Rey a peut- 
Stre pense que le livre de Whymper avait sufflsamment fait con- 
nattre au monde cette formidable epopee si tragiquement terminee. 
Un resume, une critique faite par une bouche etrangere n'eut pas 
ete deplacee et eut mieux fait de ce volume « le livre du Cervin », 
celui vers lequel on vieudrait toutes et quantes fois Ton desirerait 



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LIVRES ET ARTICLES 309 

se documentor : les premiers chapitres, par leur maitrise, nous 
prouvent que Tauteur eut admirablement mene* k bien ces notes 
la. 

« La premiere fois que je vis le Gervin » est un ravissant chapitre 
de sensations bien ve*cues ou la personnalite de l'auteur et celle du 
Cervin se melent si bien qu'elles ne font plus ensemble qu'un admi- 
rable tableau. 

Viennent enfln les pages les plus 6mouvantes du livre : t le Cervin 
de Zmutt », qui demerit cette escalade merveilleuse que seuls oserent 
les grands grimpeurs, Mummery, Penhall, le due des Abruzzes, 
Norman Collie, Guido Rey, Miss Bristow..., et, Tan dernier, Monod 
Herzen ; et enfin a le Cervin de Furggen » que Quido Rey avec une 
tlnacite' rare attaque de toutes facons et finit par vaincre des plus 
originalement. Ce r6cit est la perle du livre, puissance dramatique, 
finesse modeste, vie intense, style varie\ tout en fait un bijou. Nous 
voudrions notamment pouvoir citer les belles pages du retour k 1'au- 
berge, ou s'acheve la glorieuse journee au milieu des chants des 
guides. On sent passer la un intense souffle de poesie alpestre et un 
amour prof ond de ces rudes montagnards qui partagent nos joies et 
nos dangers. 

Nous voulons parler main tenant de la traduction ; disons de suite 
qu'elle est admirable : a part de tres rares passages ou Ton sent un 
peu la saveur de la langue 6trangere, on ne s'apercoit pas que le 
livre a 6t6 Iraduit de Fitalien et il y a une richesse de langue dont 
nous feUicitons Mme Espinasse Mongenet Cousine de Quido Rey, 
confide nte de sa pens£e, de race italienne et francaise, comme son 
cousin du reste, Scrivain de metier, enthousiaste de la Montague, elle 
avait toutes les quality pour renare cette belle ceuvre qu'est le 
Mont Cervin de Guido Rey. 

II nous reste a dire un mot des illustrations : beaux cliche" s de 
Vittorio Sella et de Guido Rey, vues sensationnelles, parfois un peu 
grises : nos neiges sont difficiles k venir en similigravures. Lie livre, 
du reste, est un livre de prix modeste et un livre de vulgarisation. 
Les amateurs de belles gravures n'auront qu'a se reporter k la 
magnifique Edition italienne, si richement illustr^e. M. P. 

LIVRES ET ARTICLES 

Sous ce tit re nous comprenons par sujets ou par regions : 1° les livres 
traitant de I'Alpinisme ou de sujets connexes, venus a not re connaissance ; 
2° le sommaire des articles originaux des principaux periodiques aipins fran- 
cais ou etrangers ; 3° les articles de revues franchises sur des sujets concer- 
nant rAlpiuisme. 



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310 BIBLIOGRAPHIE 

N.-B. — Les livres ou revues suivants soat entrea par dons des auteurs ou 6diiaurs on 
par eehange, 1* mois dernier, dans la bibliolheque du C. A. F., ou ilt restcront a la dispo- 
sition des wenibres du Club, lis bo pouxroak aire ewprunte* avant la SO Join 1905. 

G£n£ralit£s. 

D r Blumoke et D' H. Hob. — XXXVI Tiefbohrungen am Hintereis- 
gletscher; |iS/ll de pages; tire a part dee Mitt D. O. A., 1905, n* 4; 
Vienne, 1905. 

Jules Gauviere. — Une journee a Port-Mahon; 17/11 de 11 p.; Paris, 
la Vtriti FranQaise, 1905. 

G*« P.-L.-M. — Les brochures de vulgarisation suivantes : 

Le Rhdne, de sa source a la mer (prix : fr. 50); — Album dm reseau 
P.-L.-M.; — La Corse (prix : fr. 25); — Stations thermal— et bahUairts 
du riscau P.-L.-M.; Paris, .O P.-L.-M., 1905. 

Ernest Gouatet. — Le de'veloppement en pleine lumiire; 19/12 de 
56 p.; prix, 1 fr. 50; Paris, Oauthier-Villars, 1905; don de l'6diteur. 

Le procede est-il pratique? Oui, nous prouve cette brochure. Avec les 
micro- doses, et le d6veloppement en pleine lumiere, plus de raison de no 
pas developper sur place, dans les centres alpins. 

Frederic Dillaye. — Les nouveaut&s photographiques, annees 1904 et 
1905; 23/14 de 314 pages; nombreuses ill.; prix, 4 fr. ; Paris, TaJlandier, 
1905 ; don de Tediteur. 

G. Fabre. — Aide-Mimoire de photographic pour 1905; 15/9 de 334 p.; 
Paris, Gauthier-Villars, 1905; don de l'6diteur, 

Toujours aussi int6ressant qu'il y a trente ans. Nous retrouvons la les 
documentations nouvelles de 1'annee sobrement resumees. Signalons le cha- 
pitre de la metrophotographie qui, bien etudie par les alpinistes, pourrait 
les amener a nous donner de si importantet contributions 4 I'etude de la 
montagne. 

Ch. Fabry. — Notice sur la vie et les travaux de J. Mac4 de Lepinay; 
28/23 de 50 p.; 1 photo; Annates ds la facultf des sciences, tome XV, fasci- 
cule III ; Marseille, 1905. 

Henri Ferrand. — Les destinees d'une carte de Savoie : 1'cauvre de 
Tomaso Borgonio; R. A. D., 15/3/05. Contient les tableaux d'assembiage 
de la carte de Borgonio de 1680 et de la carte de Stagnoni de 1772. 

Douglas W. Frebsfield. — Ascensions classiques % A. J., 6/05. Ar- 
ticle bien ecrit, sur les ascensions classiques, Olympe, Parnaase, etc. 

Paul Joanne. — Les monographies suivantes — Montpellier et ass envi- 
rons; 16/11 de 26+132 p., avec 8 gravures et 1 plan; prix : Ofr. 50, — Les 
plages de Bretagne; 16/11 de 86+130 p., et 7 cartes; prix : 2 frs. — Paris. 
Hachette, 1905; don de l'editeur. 

£. de Larminat* Topograph ie pratique de reconnaissance et cTexpU ra- 
tion; 22/14 de 340 p.; 138 figures dans le texte. — Paris, Lavauielle, 1905 ; 
don de l'6diteur. II sera rendu compte de ce volume. 

Colonel Laussedat. — Sur difTerentes applications de la photographle 
au lever des plans. Bulletin de la Socteti franfaise de photographic, de 5/05. 

Gb. Lefebure. — Qrandes ascensions et caravanes scolaires. Bulletin 
du Club Alpin Beige, n. 29. 

Parassac (Emile Roux). — Le Glacier : dans UAlpe, de 6/05. 

Charles Rabot. — Glacial Reservoirs and their Outbursts; 24/16 de 
15 pages; extrait de The Geographical Journal, Londrea, de 5/05. 

Article tree documents sur les catastrophes giaciaires; U presente d'auta&t 
plus d*inter$t que les recherches de ce genre ont ote rarissimes jusqu'iei. 



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LIVRES ET ARTICLES 3U 

A Lawrence Rotcb. — Five ascents to the observatories of Moat 
Blanc; 23/15 de 14 p. et 6 illustrations; extrait de VAppalachia, voL x, 
n° 4, Boston, 1904. 

D p Federico Sacco. — L'Airovoie, une solution pratique du piobleme 
da la locomotion aerienne; 24/16 de 11 p.; Turin, Gerbone, 1905; don de 
l'auteur. 

Sooiete d'amenagement des montagnea. — Etudes sur Vamina* 
gementdes montagnes (6 brochures); Bordeaux, 142, rue de Pessac, 1905. 

Amis de Vienna. — Bulletin n° 1, 21/14 de 29 p.; Vienne, Ogerot, 
1905. — Gontient d'intaressants renseigneraents sur l'osuvre de la jeune 
Societe et une belle conteren ce faite a son assemblee generate, par M. Marcel 
Reymond, sur Tart en Dauphine a Tepoque romaine et au moyeu age. 

Syndicate d'initiative. — Livrets guides illustr6s pour 1905 : — 
Jura; Lons-le-Saunier, Rubat du M6rac, 1905. — Grenoble et le Daupkini: 
Grenoble. — La Saooie; Chambery et Aix-las-baius. 

Alp£s occidbhtales. 

Jean Dester. — Accident au Pseudo Mont Aiguille; R. A. D., 15/2/05. 

H. Ferrand. — La porte de Bons (Isere), La Nature, de 5/05. 

Georges Hants. — - Au Jardin de Talefre lea 9 et 10 Juillet 1904 ; 
JJEeho des Alpes, de 4/05. 

Paul Joanne. — Les monographies suivantes : — Aix-les- Bains; 
Chambiryet see environs; 16/11 de 64-J-134 p., avec 9 gravures, 1 plan et 
une carte; prix : 1 fr. — Chamonix et la vallie de Chamonix; 16/11 de 
32+132 pages; Ir. 50; Paris, Hachette, 1905; don de l'editeur. 

Henri Vallot. — A propos de r Aiguille de Saussure ; VEcho des Alpes, 
d 4/05. 

Syndicat des Hdteliers de Chamonix. — Guide de Cluwwnix, 
19/12 de 40 p.; 33 illustrations at une carte; Thonon, Raffia, 1905; don de 
Tediteur. Ge petit guide est bien compris. II nous donne des notions sur la 
saison, le climat, l'histoire, la duree du voyage, les voies d'acces, Taspect 
general, les ascensions, les sports d'hiver, etc. 

ALPES CENTRALES. 

Valentin Delwart. — La Cabane Concordia et le Col de Jungfrau, 
Bulletin du Club Alpin Beige, n* 29. 

V. A. Gayda. — II Gran Paradiso 4.061 m. dal Ohiaccaio della Tribola- 
zione. — Riv. mensile del C. Alpino Italiano , de 4/05. 

Ed. Monod-Herzen. — Une premiere ascension dans la valine de Zer- 
matt ': l'Edelspitie (3.135 m.), fEcko des Alpes, de 6/05. 

D r Ouade. — L'Observatoire du Mont Rose (4.561 m.), La Nature, de 
5/05. 

Legh S. Powel. — Quelques passages des Alpes de Qoschenen, de la 
cabane de Windegg (4 ill.) ; A. J. t de 6/05. 

ALMS OBDHfTALSS. 

"Willy Baumann. — Le Pic de la Bernina (4.055 m.), Alpino, de 5/05. 

Karl Eckchloger. — Ascension du Grand-Bosruck (2.009 m.). — (EsU 
Touristen-Zeitung, de 5/05. 

Ernst Enringer. — La face Nord du GrubenkarspiUe (2.662 m.) 
O. A. Z„ de 5/05. 

G. de Gasperi et Feruglio. — Sulle prealpi Clantone, In alto, de 
5/05. 



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812 BIBLIOGRAPHIE 

D r Hugo Hassinger. — Geomorphologische studien aus den inneralpenen 
wiener Becken und seinem Randgebirge; 27/19 de 205 p.; Leipzig, Teubner, 
1905; don de I'auteur. 

Rudolf Kargl. — Sur les Alpes Juliennes; (E. T. Z., de 5/05. 

IUustrirte Zeltung. — Tatra Nummer; 42/30 de 25 pages ayecnom- 
breuses illustrations. Berlin, 111. Zeit,. 1905. 

Alfred Martin. — Sur le groups de la Sella; Mitu D. (E. A., de 5/05. 

Galroll Rascorlch. — Alberto Zanutti sul monte slop d'inverno 
(1.716 m.)> dans les Alpes Carniques; Alpi Giulie, de 5 et 6/05. 

G. Rizzi. — Sul monte Taiano (1.027 m.); Liburnia, de 5/05. 

W. Thiel — Une ascension de la Petite Gans dans le groupe d'Elbsand- 
stein. (E. T. Z., de 5/05. 

Gobsb. 

Joanne (Paul). — La Corse ; nouvelle edition du guide avec un appen- 
dice : La Corse a bicyclette, par M. A. Courtet ; 16/11 de 252 pages ; prix : 6 fir.; 
Paris, Hachette, 1905. 

Pybknkbs. 

Joseph Armangue. — Trascant per PAlt Bergada y per la Serralada 
Pirenenea del M tjjorn; Bull, del Centre Exc. de Catalunya, de 4 et 5/05. — 
M6me article en tir6-a-part; don de I'auteur. 

Iiuclen Briet. — Voyage au Barranco de Mascun; Bull. PyritUen, 
de 3 et 4,05. 

Brun. — Autour de Oavarnie; Bull Pyrinien, de 3 et 4/05. 

Ludovic Gaurler. — Cauterets. Orandes courses d'6t6 autour du Vigne- 
male; 25/17 de 27 p.; Extr. Bull, de la Section du Sud-Ouest du C. A. #., 
1905. 

Henri Spont. — Le Canigou; ascension d'hiver : Le Tour de France. 
du 1/6/05. Article vecu et bien venu, avec 9 ill. de M. Marcel Spont. 

AFR1QUB. 

La mission Segonzac. — Expose de MM. de Segonzac, Gen til et de 
Flotte; Bull, du Comiti de VAfrique franchise, de 5/05. 

▲MEBIQI7B DX7 8X7D. 

Pierre de Meriel. — Le transandin; La Nature, de 5/05. 

▲ 8IE. 

Sir Frank Younghusband. — The Geographical Result of the Tibet 
Mission; Scottish Geographical magazine, de 5/05. 

Article de premiere valeur sur le passage de la mission du Tibet a travers 
les cols des Himalayas. 

BCOSSE. 

S. A. Gillou. — Dans les hauteurs du Nord-Ouest, en fevrier; The Scot- 
tish Mountaineering Club Journal, de 5/05. 

ISLANDS. 

J. H. Wigner. — Traversed du N. E. au S. O. du Vatna Jokull, (4 ill.) 
A. J. t de 6/05. 



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Mai 1905. — A part les derniers jours, le mois a eta" detestable en mon- 
tagne : les Pyrenees pourtant jouissent de 17 j. de beau (Broca, a Gavarnie), 
alors que dans les Alpes il y a 9 j. beaux et 8 douteux (la Be>arde, Rodier)- 

Piriode de mauvais, avec rares iclaircies, du i n au 24. — La bourrasque du 
29 au 30 avril s'eloigne et le ciel est brumeux, le l er et le 2, avec quelques 
pluies, m§me dans les stations elevees. Le 3, les isobares sont irreguliers, 
mais ne comprennent que 770 et 765, ciel clair dans les vallees, condensa- 
tions brumeuses sur les sommets. Du 4 au 6, une depression du Golfe de 
Genes amene pluie et neige melangees, 5 c/m a la Be>arde le 4, 6 c/m le 5, 
pendant que le Pic du Midi donne 22 m/m d'eau. Le 6, neige au Mounier, 
a l'Aigoual (41 c/m du 4 au 6), pluie torrentielle a Campan (Le Bondidier), 
amenant un commencement d'inondation dans les plaines de l'Adour, et 
forte neige donnant 65 m/m d'eau au Pic du Midi. Distribution inegale des 
isobares, les 6, 7 et 8, variant peu 765/770, brouillard et beau a la Berarde, 
neige au Mont Genevre (M. Rignon); le 8, pluie a la Berarde, a l'Aigoual 
7 m/m. Une depression de G§nes (760) entrave Taction d'un coin de fortes 
pressions (770), brouillard et beau a la Berarde, couvert ou brumeux, par- 
fois beau, dans les stations elevees, du 9 au 12, avec quelques neiges au 
Mounier, les 10 et 11. Du 13 au 15, depression de Genes; le 13, brouillards- 
nuages qui deja se resolvent en neige au Mont Genevre, a Briancon (19 m/m 
d'eau) ; le 14 neige par tout dans les stations elevees, sauf a l'Aigoual et au 
Ventoux; 2 c/m de gresil a la Berarde; 40 c/m de neige a C 6s an a; fortes 
chutes (bien rares a cette epoque) dans le Queyras, 11 m/m d'eau, du 12 au 
14, a Aiguilles, 80 c/m de neige a la Monta et a Molines, 1 m. a Saint- Veran 
(qui est oblige de faire passer le chasse-neige avec quinze chevaux), 1 m. 
au Mont Cenis, 1 m. au Mont Genevre. Le 15 et le 16, distribution inegale 
des bobares (760 Alpes, 765 Pyrenees, 770 Angleterre), pluie et neige en 
bag, neige en haut. Du 17 au 21, brouillards et nuages, pressions peu diffe- 
rentes, vents inordonnes, curieux petits centres de minimum de 760, deux 
le 17, trois le 19, alors qu'il n'y a pas 5 m/m d'ecart dans toute r Europe. 
Le 22 et le 23 cette situation est legerement modiflee par une petite depres- 
sion sur le golfe de GSnes (750) et une seconde sur la Pologne; pluie et 
neige a la Berarde (de 8 c/m) et aussi a Val d'Isere (V. Mangard). Le 24 encore 
une depression sur Gdnes et une seconde sur Constantinople, pluie a la Be- 
rarde et a Val d'Isere, neige au Mounier. 

Piriode de beau du 25 au 31. — Isobares en S a larges talus le 25. anti- 
cyclone (765) le 26, qui s'elargit enc re le 27, alors que le minimum n'est 
que 760. Le 28, accentuation de la hausse (770); le 29, meme situation, avec 
encore trois curieux minima de 760, enfln le 30 et le 31, un, puis deux anti- 
cyclones de 765 : pendant ces 7 jours, quelques brouillards, condensations 
des fortes humidites du sol, et beau dans les hautes vallees. 



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314 CHRONIQUE DU C. A. F. 

Neiges. — Nos montagnes sont encore bien recouvertes (J. B. Rodier, a 
la Be>arde); — La neige a donn6 48 m/m d'eau et la pluie 108 m/m, 5 
(Broca, Observatoire Lourde-Rocheblave, a Gavarnie); — pluie ou neige, 
116 m/m 5 (P. Vincent a Navette); — 41 c/m de neige du 4 au 6 (Therond* 
a TAigoual) ; — deux chutes de neige ayant donnG 77 c/m (Mangard, a Val 
d'Isere) ; — pluie 66 m/m 1 ; neige 35 c/m donnant 43 m/m 9, avec coeffi- 
cient de 1/8,1 (Favre a Pralognan). — Le torrent annuel descendant du 
cirque du Grand Marchet a commence a couler le 18 (Favre). 

Avalanches. — E nor me avalanche descendue du Ghaberton aux Barri. 
cades, entre Clavieres et Cesanna : elle a intercepts la route; pas d'acri- 
dent. — L'avalanche annuelle de la Pointe du Dard est descendue le 3 Mai, 
sans degats ; a signaler une grande avalanche sur les pentes N. O. du Grand 
Marchet, le 18 (J. A. Favre). — Plusieures coulees d'avalanches dans la 
vallee de la Pilatte, du Chardon et des Etancons : celle de la Pilatte a 6t6 
formidable, venue du Gol de la Temple, elle a completement balayS le Gla- 
cier de la Temple et est arrivee jusqu'au Veneon ou elle est venue faire un 
pont qui durera une bonne partie de la saison (J. B. Rodier). — Le 6, au 
village de Sers, pros de Luz, un paysan a 6te* enlev£ et tug par une avalanche 
(Le Bondidier). 

Tremblement de terre. — Ressenti a Campan (Pyr6n6es) par quelques 
habitants seulement, dans la nuit du 3 au 4, et le 17 a 3 heures soir. (Le 
Bondidier). 



DIRECTION CENTRALE 

Stance du 7 Juin 1905. — P residence de M. Garon, president. 

Etaient presents : MM. Joseph Vallot, Garbe, Leraercier, Emile 
Belloc, de*Billy, Henry Cue'not, Duval, Joanne, le colonel Prudent, 
Richard ; MM. les del6gu£s de Section : Berthoule (Auvergne), Eecu- 
die* (Lyon), le commandant Bourgeois (Vosges), Peilat (Embrun), 
Noetinger (Provence), le docteur Bouquet (Mont Blanc), Henri Vallot 
(Midi), Laugier (Alpes-Mari times), Leroy (Atlas), Lefrancois (Cani- 
gou), Diehl (Carthage), Demanche (Pau), Bernard (L6man), H6brard 
(Albertville), Barrere (Lons-le-Saunier), Chatelain ( Nor d- Est), Janet 



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DIRECTION CENTR4LE 315 

(Alpes Provencales), le docteur Cayla (Lot-et-Padirac), Reinburg 
(Bagneres-de-Bigorre), Chevillard, secretaire general. 

S'etaient fait excuser : MM. Schrader, Sauvage, le marquis d'Or- 
nano, Richard-Berenger, le docteur Philbert, Tournade, Malloizel, 
Benardeau, Rodary, Bregeault, De Jarnac, Boland, Tignol. 

Sur la proposition de M. le President, la Direction Centrale deiegue 
M. Ernest Solvay, membre honoraire du Club, pour repr&senter le 
Club Alpin Francais au congres international de sport et d'educa- 
tion physique qui doit se r6unir a Bruxelles dans le present mois. 

M. le President fait savoir que M. Louis Alexandre Riche, membre 
a vie du Club, ancien dengue* de la Section des Alpes-Maritimes, a 
le*gu6, au Club Alpin Francais, une somme de dix mille francs. La 
Direction Centrale, e*mue par la g6ne>euse pens6e de ce regrette col- 
legue, charge M. le President d'exprimer a sa famille les sentiments 
de profonde reconnaissance qu'elle eprouve. Le nom de M. Riche 
sera inscrit parmi les noms des bienfaiteurs du Club Alpin. 

La Direction Centrale declare accepter le legs fait au Club Alpin 
Francais par M. Louis Alexandre Riche*. 

M. Henri Vallot, au nom de la Commission des Travaux en mon- 
tagne et des Guides, annonce que Tad judication du Refuge de T Ai- 
guille du Gouter a eu lieu et que le Refuge du Jardin d' Argentine 
sera prochainement mis en adjudication. 

La table d'orientation du Pic du Midi de Bigorre, dont les dessins 
ont ete executes par M. Schrader, sera installed dans le courant de 
la saison. — M. H. Vallot donne lecture d'une communication de 
M. Challier sur les mesures a prendre pour la protection des refuges 
voisins de la frontiere. 

II a 6te demande par les sections soixante couvertures a la suite 
de l'offre faite par la commission de se charger de ces fournitures. 

M. Cuenot, au nom de la Commission des Travaux en montagne 
et des Guides, propose la nomination de 31 guides et de 3 porteurs 
brevetes du Club Alpin pour 6tre affected aux Sections de Briancon, 
du Mont-Blanc et du Sud-Ouest. La Direction Centrale nomme 
guides et porteurs brevetes du Club Alpin les guides et porteurs 
proposes. Leurs noms seront publics dans la Revue. 

M. Henri Vallot rend compte des travaux de la Commission de 
topographic. Elle a conflrme dans leurs fonctions M. le colonel Pru- 
dent, comme president, et M. Henri Vallot, comme secretaire. Elle 
s'est adjoint, comme membre correspondant, M. Victor de Cessole 
qui s'est particulierement distingue par des etudes tres documentees 
sur les massifs montagneux des Alpes-Maritimes. 

La Commission a entendu le compte rendu sommaire des remar- 



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316 CHRONIQUE DU C. A. F. 

quables travaux executes au Maroc par Tun de ses membres les 
plus distingues, M. de Flotte de Roquevaire. M de Segonzac, chef 
de la mission et M. Gentil, g6ologu?, qui assistaient k la stance, ont 
donn6 les renseignements les plus inte>essants sur leurs itine>aires 
au sud du grand Atlas, dans des regions encore presque inconnues. 

RAPPORT ANNUEL 

Rapport sur 1904, par M. Paul Matter. — II est, dans la vie 
des soctetes comme dans F existence des hommes, des pe>iodes de 
travail intense et de renouvellement laborieux. L'annSe 19 »4 a ete\ 
pour le Club Alpin Francais, feconde en transformations inte>ieures, 
abondante en voyages et escalades, profitable aux montagnes et 
aux montagnards : la revision de nos statuts, le changement de nos 
revues p6riodiques, la redaction d'un manuel alpin. des travaux 
dans les Alpes et dans les Pyrenees, le d£veloppement de nos cara- 
vanes scolaires, des courses nouvelles dans nos grands massifs, tel 
est le rapide bilan de Fan passe. 

Les constitutions sont soumises aux vicissitudes humaines; elles 
vieillissent; plus heureuses que les vivants, elles peuvent etre 
rafratchies et rajeunies; ainsi est-il advenu de la notre, et nous 
avons proc6d6 k la revision de nos statuts, sans aller k Versailles, 
— nous serions plutot alles en Oisans. Le 10 Novembre 1904, une 
assemble g£ne>ale extraordinaire a apporte dans notre acte orga- 
nique une s6rie d'utiles modifications : la Direction Centrale trouve 
une base plus large ; le vote par correspondance est admis ; les 
mineurs et les femmes de nos collegues recoivent de nouvelles faci- 
lity pour entrer dans nos rangs; Farticle sur la revision des statuts 
est transform^ dans un sens plus liberal et pour permettre k nos 
camarades de province de participer plus efficacement k cet acte 
important de la vie soctetaire. Toutes ces dispositions sont excel- 
lentes, car elles permettent aux sections de province de se de>e- 
lopper librementet r^alisent cette decentralisation administrative 
dont on parle beaucoup. Ces modifications sont actuellement sou- 
mises au Conseil d'Etat, notre tuteur supreme, et il est k croire 
qu'elles seront demain une r£alite\ 

En meme temps, le Club recoit son 6cusson, armes pari antes bien 
entendu, dessinees par le plus artiste des topographes — il est inu- 
tile de nommer M. Schrader — : notre 6cu porte de gentiane bleue sur 
fond de Meije, appuySdes lettres C. A. F. et surmonte" de cette noble 
devise : Pour la Patrie, par la Montague. En ces quelques syllabes, 
notre President d'hier a resume* nos gouts et nos esperances, nos 



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RAPPORT ANNUEL 317 

plaisirs et nos devoirs, notre amour pour la Montague et notre 
amour pour la Patrie. 

Les dispositions d'un reglement implacable ont en effet apporte" 
une fin a la presidence de M. Schrader : il n'est pas possible de dire 
ici ce qu'a 6t6, pendant un espace de trois ann^es, a notre t£te, le 
montagnard intr^pide, l'artiste d^licat et fin, le novateur savant et 
sur qui a consacre" tant de vie, de coeur et de denouement a notre 
soci^te* ; la moindre phrase tournerait forcSment a l'apologie, qu'il 
ne souffrirait pas. En lui conferant la dignity de l'honorariat, la 
Direction Centrale n'a fait que lui exprimer, arunanimit6,sa profonde 
reconnaissance. Pour le remplacer, nous n'avons pu mieux faire que 
de recourir a ractivite" infatigable de M. Ernest Caron, de*ja notre 
President de 1898-1901, et dont Texistence a 6te* si intimSment lie*e 
a la vie de notre Club, qu'il paraissait naturel de l'appeler encore 
une fois a notre t£te. MM. Joseph Vallot, le prince Roland Bona- 
parte, Sestier et Sauvage recoivent les fauteuils de vice-presidents : 
il est a remarquer, comme une innovation, l'entr^e au bureau du 
President d'une de nos sections provinciales ; M. Sestier dirige avec 
autoritS les destinies de la grande et vaillante Section Lyonnaise. 

Conform£ment aux rites, 1* assembled g6ne>ale annuelle a eu lieu 
le 23 Avril 1904 : apres que M. Garbe nous eut donne* connaissance, 
avec sa clarte" merveilleuse, d'un budget qui se solde — 6 rarete* 
— par un exc£dent, M. Escudie\ de'tegue' de la Section Lyonnaise, a lu 
un rapport d'une 616gance d^courageante pour ses successeurs, et 
M. Tournade nous a promene*s en Tarentaise a travers les &ges et les 
montagnes, d'Annibal et de Pomponius Victor a M. Pierre Puiseux 
et a M. Coolidge, de Moutiers a la Grande Casse et de Bourg Saint- 
Maurice a la Levanna; sa parole fine et vibrante a communique a 
l'assistance 6mue et charme*e le frisson des Hautes Alpes. Le 25 Avril, 
notre reunion annuelle s'est terminer au Palais d'Orsay ou une chere 
exquise n'a point fait oublier le pruneau dessSche* ou le pain racorni, 
mordilte de grand app^tit, lorsqu'arrivS au sommet, a l'abri du vent 
qui d6ferle, le corps se defend, le regard se perd, l'&me monte. Le 
v6ne>able et tou jours jeune president, M. Janssen, nous a tous 
enleves d'enthousiasme dans une de ces allocutions frapp£es au bon 
coin de la montagne, et la revue humoristique de l'Alpinisme, illus- 
tr6e par les ombres chinoises de M. Lemercier, a souleve* des rires 
dont le roulement rappelait le tonnerre du Trummelbach. 

Au lendemain de ces fetes, la Direction Centrale a pris une grave 
decision, la transformation des pe>iodiques du Club. L'Annuaire et 
le Bulletin avaient soulev6 di verses critiques : on reprochait au 
volume d'etre parfois un peu grave, lourd, voire somnolent, de ne 

22 



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316 CHR0N1QUE DU C. A. F. 

donner le r£cit des ascensions que trop longtemps apres leur cours, 
de ne point se modeler sur la vie alpine, qui est prompts et nerve use ; 
on objectait au Bulletin le d^veloppement pris par certains morceaux 
au detriment des autres. Les louangers de la tradition, — il en est, 
meme parmi les jeunes et les pratiquants du grand air, — re'pon- 
daient qu'on pouvait rajeunir Tun et 1' autre, et tailler a coups de 
piolet des coupes sombres dans ce qui 6tait vieilli, pour donner de l'air 
aux pousses nouvelles. Apres un long et mur examen de la commis- 
sion comp§tente, la Direction Gentrale a estime" que les meilleures 
r6 formes sont les plus radicales, et a decide* que nos deux p6riodi- 
ques, Tannuelle et la mensuelle, seraient fondues en une revue 
mensuelle, o la Montagne ». II est juste, au moment ou disparalt un 
glorieux e"tat de choses, d'adresser aux deux dgfunts un adieu 
affectueux et 6mu : l'Annuaire, qui a v6cu trente ans, constitue la 
splendide manifestation de notre existence, le meilleur guide de nos 
montagnes francaises, le livre d'or des grands alpinistes : lequel 
d'entre nous n'a vibr6 profondement aux remits de nos illustres 
devanciers; et de telles pages, venant de tels hommes, ont determine* 
chez d'aucuns le dSsir de renouveler de pareils exploits, l'ambition 
d'inscrire un nom modeste a cote" de ces noms 6clatants, la vocation 
de la montagne. Sous une forme plus modeste, le Bulletin apportait 
chaque mois les details sur la vie des sections, une bibliographic tres 
complete, une chronique alpestre qui permettait a chacun de tracer 
son plan du lendemain. Et, a la petite couverture grise, nous d6dions 
le souvenir que laisse un vieux vStement, longtemps porte\ devenu 
cher par l'usage et meme par Tusure. 

La splendide couverture de notre Revue, la Meije rutilante au 
coucher du soleil, laisse dans l'ombre les vieilles . en veloppes. D6ja 
les premiers num^ros ont permis d'appr^cier son esprit et sa portee; 
il est certain que sous la direction du r^dacteur en chef, M. Pail- 
Ion, le vaillant exploratour du massif de S6guret-Foran, « La Mon- 
tagne » prendra la mdme autoriW que l'Annuaire, tout en ayant 
les avantages du Bulletin, et qu'il les dSpassera tous les deux par 
l'interet de ses articles, la rapidity de ses informations, la beaute" 
de ses illustrations. 

Dans une forme toute difTSrente, le Club a travaille* a la propa- 
gande de l'alpinisme en donnant son patronage au manuei de la 
montagne. Ce livre manquait en France; le Congres international de 
1900 exprima le desirque cette lacune fut promptement combine, et, 
par un hasard heureux, celui qui r^digeait ce vceu en 1900 est 
appele aujourd'hui a vous presenter Tceuvre commune : le Manuel 
d'Alpinisme a ce caractere special qu'il n'est pas^crit par un theo- 



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RAPPORT ANNUEL 319 

ricien, mais par des amants de la montagne, differents d'origine et 
de profession, mais to us unis par une me me passion ; les parties 
scientifiques ont £te* r£dig£es par nos premiers eYudits, les parties 
pratiques ont 6te* Writes par des montagnards passionals, gens de 
sacet de corde; et, financiers ou magistrats, inge*nieurs ou avocats 
ont mis le m&me soin a expliquer le maniement du piolet qu'a trai- 
ter une grosse affaire, a conter les coutumes montagnardes qu'a 
plaider pour la veuve ou pour Porphelin. Rappelons, a cote* de ce 
livre, son voisin et presque cousin, le Manuel de topographie alpine 
de notre Eminent collegue, M. Henri Vallot. 

A Paris et en province, notre propagande se fait e*galement active 
dans les conferences de nos sections. A lasalle de la Soci6fe de geo- 
graphie, les stances sont tellement suivies que les murs paraissent 
trop rapproches et qu'il fautparfois transporter les reunions a la Sor- 
bonne, on on refuse encore du monde. M. Maurice Meys nous a pro- 
men£s en Corse, et a fait dealer devant nos yeux charmed les clairs 
de lune sur la mer, les flots soulev£s par la tempete, les falaises 
rouge&tres de Galeria et de Porto, les pins s6culaires, les montagnes 
encore chargers des neiges du printemps. En nous parlant des 
guides, M. Guenot nous a rapped le denouement de nos collabo- 
rateurs, leur experience de la montagne, leurs qualites de force et 
d'endurance, leur entrain et leur opini&trete. M. de Baye nous a 
entrained a sa suite dans les regions pittoresques de PAbkhasie, ce 
qui a enseign6 a beau coup Pexistence de cette province russe, dont 
les hautes montagnes ont un climat doux et une vegetation tropi- 
cale qui manquent a la Bgrarde. M. Berret nous a enum£re* les sept 
merveilles du Dauphin6 et pittoresquement conte les remits et 
fegendes de notre grand centre alpin. Enfin, la vaillante des vail- 
lantes, la grande reine de la montagne, Mme Bullock Workman, 
d'un seul coup de piolet nous a transported au sommet de P Hima- 
laya et nos unanimes applaudissements lui ont apporte* le t£moi- 
gnage de notre profonde admiration. 

Partout les conferences du Club Alpin ont eu un pareil succes et 
comme il est impossible de les enume>er toutes ici, rappelons sim- 
plement celles de M. Briet, a Pau, sur le massif de la Munia; a Mar- 
seille, de MM. Bourgogne et Ruat, sur les ascensions d'hiver en 
Provence et les Alpes de Ligurie, de MM. Rein burg a Bagneres de 
Bigorre et Br6geault a Lonsle-Saunier sur les caravanes scolaires, 
de MM. Aubry et Robach, a Tarbes, sur le Mont Perdu et le Mont 
Blanc. J 'en passe, et des meilleures. 

L'art a revetu une autre forme de propagande : en nous conviant 
chaque ann£e a son exposition, la Society des Peintres de Montagne 



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320 CHRONIQUE DU C. A. F. 

a line facon exquise de nous induire en tentation, et elle a place" sa 
solennite" artistique au premier printemps, pour mieux nous pr6- 
cipiter vers les Alpes ou les Pyr6n6es; aux deux salons du Grand 
Palais, d'autres toiles continuent la seduction et nous amenent fr6- 
missants d'impatience a l'heure b6nie ou le 16ger paletot est rem- 
place par un sac bien lourd, les repas r^guliers par une bolte de 
conserves ou un sucre sur lequel a coule la vaseline, et un bon lit par 
le plancher d'une stable quand on a la chance de la trouver. Et 
lorsque le triste hiver nous prive de ces plaisirs exquis, retournes au 
Grand Palais a TExposition des Sports, nous courons a la salle ou 
notre Club elale ses photographies et ses modeles et engage chacun 
au meilleur des exercices. 

Le triste hiver est une Spoque excellente pour rediger des regle- 
ments et votre Direction Gentrale a pensS qu'il 6tait utile de faci- 
liter aux guides leur metier et leur recrutement en les entourant de 
garanties et de precautions minutieuses. Les sceptiques — il en est 
partout d'incorrigibles — pr£tendaient que les reglements ne servent 
pas a grand'chose,qu'en vertu de la loi de l'offre et de la demande, les 
bons alpinistes font les bons guides, et que Croz ni Gaspard, Carrel, 
nilesPasset,n'avaient pass6 leur baccalaur£at es sciences alpestres.Au 
nom de la commission, M. Cuenot a r£pliqu£ victorieusement que les 
temps sont changes, les voyageurs multiplies et exigeants, les guides 
nombreux et dignes d'interet; il avait raison, et la fondation g6n6- 
reuse de la Caisse des Guides d^mon trait de noble facon la solidarity 
du guide et de son voyageur. Un reglement, revise par votre Direc- 
tion Centrale au fur et a mesure des exigences, assure a Tun et a 
rautrelesmeilleures relations.NotreClub s'estentendu avec laSoci^U 
des Touristes du Dauphin^ pourrendreharmonieux un effort commun 
et nous ne pouvons manquer ici de chanter Taccord existant entre 
les diverses society montagnardes, commme si la grande paix des 
sommets apportait dans leurs relations un esprit de concorde et d'en- 
tente. Voila done nos guides r^glementes, ils ont mSme un insigne, 
tout comme des gardes champdtres. Pourvu qu'ils demeurent des 
hommes simples et bons; qu'ils ne deviennent pas les grotesques qu'on 
trouve dans les montagnes... de la Lune, aux vStements toarioles* 
montant mieux a cheval qu'au glacier, faisant claquer leurs fouets et 
leurs pretentions; pourvu qu'ils conservent le charme de leur rude 
langage, les tegendes et les chansons de leurs villages, leur caractere 
naif et leur denouement a toute 6preuve, pourvu que nous ne les 
g&tions pas avec nos exigences et notre alcool, pourvu qu'ils restent 
des compagnons et ne deviennent pas des serviteurs. 

Notre activity s'est d6 ployed utilement par la creation de nou- 



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RAPPORT ANNUEL 321 

veaux refuges : pour qui est arrive dans un glte, trempe de pluie, 
transi de froid, harass6 de fatigue, a la nuit tombante, dans la 
neige fondante, et a pu, au feu clair et petillant du sapin ou du 
meieze, se rechaufifer et se restaurer, cette question des refuges prend 
une importance considerable, et nulle depense ici ne serait exa- 
g6r^e. La creation d'un refuge nouveau am^ne dans une region le 
flot des alpinistes, il est n^cessaire que les cabanes simples et 
pratiques se multiplient dans nos montagnes ; il est meme a desirer 
que certaines sections, quoique eioignees des montagnes, se 
piquent de zdle et creent, sur leur initiative, des refuges qui porte- 
teront leur nom a Pexemple des sections de Berlin ou de Hanovre qui 
ont fonde dans le Tirol des cabanes excellentes. Une lutte incessante 
contre la nature est n^cessaire pour entretenir nos constructions et 
une avalanche a emporte, pendant l'hiver de 1904, le Refuge Lyon- 
Republicain; d'autres ont subi de graves avaries et votre Direction 
Centrale a du faire operer des reparations foncieres aux refuges 
Tuckett, C6zanne, Lemercier, Chancel, a la cabane de P Aiguille du 
Gouter. Chaque annee, nous decidons la construction de quelque 
nouveau refuge. Nous avons, en 1904, choisi pour nos edifices deux 
emplacements particulierement favorables : une cabane s'ei&vera 
au bord du lac de Rabuons, dans la haute valiee de la Tinee, et 
permettra ainsi Pacers de massifs pittoresques et inedits; le 
Refuge du Couvercle dans le massif de F Aiguille Verte facilitera 
Fexploration des nombreuses cimes qui entourent le glacier de 
Taiefre et rendra les plus grands services aux amateurs des grand es 
escalades. Enfin, le Club a participe a d'importants travaux dans 
les Vosges, la Tarentaise, la Maurienne, qui ont porte a 14.000 francs 
les depenses de ce chef; le chifTre est considerable, il ne faut pas le 
regretter, car c'est la depense essentielle de notre societe, celle qui 
doit sans cesse monter, comme tout bon alpiniste. 

Notons en outre, et de facon toute speciale, une subvention 
accordee par le Club Alpin Italien pour le Refuge du Sautronjce 
n'est pas la premiere entente qui s'etablit entre les deux society 
pour prouver que les montagnes peuvent unir les peuples mieux 
encore que les separerjles teiegrammes echanges lors des fetes 
franco-italiennes par les presidents des sections de Milan et de 
Genes avec le president du Club Alpin Francais, ont atteste, avec 
eloquence, les sentiments d^ffectueuse fraternite qui unissent les 
deux nations latines. 

D'autres travaux ont ete entrepris par nous pour faciliter Fae- 
ces de nos montagnes : signalons les sen tiers et les traces au 
minium dessinees par la Section de Bigorre dans le massif du Pic 



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322 CHRONIQUE DU C. A. F. 

du Midi, le sen tier entrepris par la Section du Mont Blanc entre le 
glacier de TSte Rousse et P Aiguille du Gouter. 

De ces travaux, nos collegues de la Commission des Glaciers ont 
pu profiter pour continuer leurs inte*ressantes recherches. Tirant un 
merveilleux parti des modestes subventions qui leur sont accor- 
dees, et que de tr&s aimables et g6n6reuses donatrices viennent 
d'accrottre, nos savants glacieristes scrutent avec un soin patient 
la vie de glaciers qui — h£las! — sont presque tous en d^croissance 
etM. Bellocdans la region du N^ouvielle, M. Gaurier au Vignemale, 
M. Girardin en Maurienne et Tarentaise, ont fait les plus inte*- 
ressantes constatations. Notons Sgalement les beaux travaux de 
M. Paul Helbronner pour trianguler la region comprise entre la 
Chalne de Belledonne et les Aiguilles d'Arves. 

Pendant que nos e*rudits collegues planaient sur les cimes, le 
Congres du Club Alpin se d6roulait dans les regions plus hospita- 
lieres du Jura et de la Basse-Savoie : contrfes charmantes, ou les 
lignes ondul antes du Jura, couvertes de forets et de p&turages, sont 
couples par des combes vertes et fralches, aux rivieres murmu- 
rantes et rapides; le cours du Rhone taille k peine une breche dans 
ce rempart montueux; au del&, les cimes remontent, plus hardies 
et dentetees, le Revard, la Dent du Chat, formant de pittoresques 
parures k ces deux perles de notre Savoie, le lac du Bourget et le 
lac d'Annecy; du25 Aoiit au 3 Septembre, nos congressistes ont par- 
couru ces aimables morceaux de la France, et ils ne savent en quel 
endroit ils ont cueilli les meilleurs souvenirs, k Lons-le-Saunier ou 
k Aix-les-Bains, dans l'affectueux accueil des sections; aux sources 
de la Loue, dans le bruit sourd des cascades m&e* au son argentin 
des clochettes, ou au Grand Bee de Champagnole, devant les vagues 
du Jura qui venaient mourir k leurs pieds; au sommet de la Dole 
ou du Turet, devant le grand panorama de la plaine Suisse que 
domine le Mont Blanc, etale*, superbe, dominateur ; et d'aucuns 
parlent encore avec recueillement du vin d'Arbois, tandis que 
d'autres louent avec des gestes expressifs les splendours artistiques 
de Tabbaye de Hautecombe. Ainsi tous les gouts ont 6te* satisfaits. 

Les courses des sections ont 6te* varices k l'infini : en hiver, alors 
que la neige rev&t la montagne d'un manteau im macule" ou le soleil 
allume des e*tincelles d'or, les amateurs de la raquette et du ski ont 
ele* les uns dans la region des Rousses et du haut Jura, les autres 
dans les environs du Buet ; Texpe'dition des derniers a 6te* mouve- 
ment£e et pittoresque k ravir ; passant de Chamonix a. Sixt, ils ont 
£te" accueillis au Col d'Anterne par une bourrasque de neige qui les 
a contraints de bivouaquer en un modeste chalet-refuge et d6j& le 



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RAPPORT ANNUEL 323 

bruit (Tun sinistra parcourait la region lorsqu'ils sont entr£s triom- 
phants a Samoens. A P&ques, les Parisiens ont Ste* promener leur 
enthousiasme dans les Vosges, si franchises sur leurs deux versants. 
A la Pentecote, les vaillants sont montes dans le massif du Combin,et, 
prouvant que la prudence s'unit a la hardiesse, ils ont renonce* a la 
grande cime pour s'attaquer au Combin de Corbassiere. Toutes nos 
sections se sont ainsi r6pandues au loin , les unes, comme celle du 
Ganigou, allant jusqu'en Tunisie; les autres, se contentant de fouiller 
nos Alpes et nos Pyr£n6es, toutes apportant dans leurs excursions 
bonne humeur et vaillance, toutes en retirant sant6 et bonne cama- 
raderie. 

A pareille 6cole se forment nos Caravanes Scolaires, objets de 
tous nos soins et de toute notre affection, car elles sont pepinieres 
de bons alpinistes et de bons citoyens. Honneur et reconnaissance 
aux hommes de grand cceur qui r^pandent en faveur de nos garcons 
les triors de leur denouement, de leur entrain, de leur cordiality ; 
aucune difficult^, aucune fatigue ne les rebutent; en hiver, ils vont 
courir de ville en ville, prechant la bonne croisade de la promenade 
en commun, dans les bois ou sur les montagnes, partout ou Pair est 
pur, ou la jeunesse se forme robuste loin des influences malsaines 
de la brasserie ou du theatre ; au printemps, ils parcourent avec 
nos jeunes gens les environs de leur ville, dlnichant a chaque coin 
une legende, une lecon d'histoire ou de morale ; pendant les conges 
des classes, ils se risquent au loin; a Paques, M. Richard promene 
les joyeux Schappe's du college en Savoie et jusqu'au Pi6mont; a 
Pentecote, il les conduit dans les forets de Compiegne et de Laigne ; 
en 6te\ nos garcons ont franchi les cols de la Vanoise, de l'Iseran et 
du Petit Saint-Bernard. Plusieurs sections, en Flandre et en B6arn, 
ailleurs encore, ont organise" de pareils voyages, exerce nos jeunes 
gens a la lutte contre la nature, prepare* des esprits sains dans des 
corps sains. 

Frappe* de nos efforts et des r&ultats obtenus, un excellent alpi- 
niste beige, M, Lef6bure, nous a t6moign6 sa sympathie d'une facon 
touchante ; avec le concours de M. Ernest Solvay, il a re6dit6, au 
profit de nos cavaranes scolaires, un livre tres int6ressant, Nos Etapes 
<T Alpinisme, ou il a narre" avec humour et Elegance ses courses dans 
les Hautes Alpes. La Direction Centrale a d6cern6 a ces g6ne>eux 
bienfaiteurs la grande m&iaille du Club et nous leur renouvelons ici 
le t£moignage de notre vive reconnaissance. 

Dans les caravanes scolaires se forment et se recrutent nos meil- 
leurs grimpeurs qui s'attaquent chaque ann6e aux cimes les plus ar- 
dues. L'eHe de 1904, avec ses longues pe>iodes de temps radieux, a 



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324 CHRONIQUE DU C. A. F. 

6t6 favorable a toutes les ascensions et depuis longtemps les esca- 
lades difficiles n'avaient 6t6 r^ussies en aussi grand nombre ; la Meije 
et la Barre des ficrins ont 6te* gravies chacune une vingtaine de fois ; 
l'Ailefroide, FOlan, la Grande Casse, le6 Aiguilles d'Arve, toutes nos 
cimes de premier ordre ont 6te* l'objet de nombreuses visites ; aux 
Pyr6n6es, nos collegues de la Section Basque sont arrives au som- 
met du N6thou, de l'Astaziou, de la Munia, etc .. En Suisse et au 
Tirol, les uns ou les autres de nous ont promene' leurs flaneries dans 
les Alpes Valaisannes, Bernoises, Autrichiennes, etc... Signalons un 
de nos collegues de Pau qui s'est attaque* coup sur coup au Cervin, 
au Dom des Mischabel, a la Dent Blanche, au Gross Glockner et 
au Gross Venediger. 

En raison de l'activite" de*ploy6e depuis tant d'ann6es a conqu6rir 
les grandes Alpes, les premieres ascensions se fontrares. Le hardi 
pionnier de la Suisse Nicoise, M. Victor de Gessole, en a ne*anmoins 
realise" deux, en grimpant le premier a la Pointe Andr6 et a la cime 
L6on Bertrand, dans les Alpes Mari times, et il a dScouvert de nou- 
veaux chemins a la Cime de la Maledia,au Mont Matto,a la Cime des 
Gelas, etc... M. H. Mettrier est monte* par un chemin in6dit au Mont 
Pourri, cette splendide ascension trop rarement exScutee ; le m6me 
alpiniste a d^couvert quelques primeurs dans les environs de Brian- 
con. M. Durand a r6alis6 le difficile mais splendide passage du Glacier 
de Miage au Mont Blanc, par l'Aiguille de Bionnassay ; de hardis 
gymnastes ont trouve" de nouvelles voies d'acces a l'Aiguille du 
Triolet, l'Aiguille Verte, l'Aiguille de Talefre. Enfin des escalades 
inSdites ont 6te* accomplies jusque dans les Alpes de Marseille. 

II leur faut du nouveau, n'en fut-il plus au monde. 

En face de ces prouesses, chaque ann6e, helas! le rapporteur 
doit vous signaler la disparition de quelques bons Alpinistes ; la 
grande faucheuse n'arrete point son geste de mort, elle enleve les 
uns de longue maladie, les autres sur le champ m§me de neige. 
M. Chambrelent, qui est d6c6de" en mission au V6n6zuela, avait 6t& 
longtemps dengue* des Sections du Mont Blanc et du L£man aupres 
de la Direction Centrale; alpiniste passionne\ il avait rSussi quel- 
ques ascensions de premier ordre, l'Eiger, le Cervin, etc.; il est 
mort a 38 ans, laissant une veuve et deux enfants. M Elie Delcros, 
sSnateur des Pyr6n6es-Orientales, avait preside la Section du Canigou 
et contribue' a susciter dans sa region le gout de la montagne. 
M. Ernest Fernel, administrateur honoraire de la Section de l'lsdre, 
a pris une grande et belle part a l'ceuvre montagnarde dans les Alpes 
Dauphinoises. M. le docteur Alban Fournier, fondateur de la Section 



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RAPPORT ANNUEL 325 

des Hautes Vosges, a facility Faeces de ses belles montagnes et y a 
attire* les touristes qui y vieanent chaque ann£e plus nombreux. 
M. Ghotard, doyen de la Faculty des lettres de Clermont-Ferrand, 
avait preside* avec competence et activity notre Section d'Au- 
vergne. M. ]£ ace* de L£pinay, president honoraire de la Section de 
Provence, 6tait au premier rang des alpinistes mSridionaux par ses 
courses de montagne, sa propagande incessante, le charme de ses 
conferences. Signalons, enfin, le deuces de trois parmi nos meilleurs 
collaborateurs, le guide Orteig, des Eaux Bonnes, qui fut un grim- 
peur c^lebre deg Pyrenees ; le guide Louis Faure, de la Grave, un 
des bons marcheurs de l'Oisans; le guide Emile Pic, jadis alpiniste 
de premier ordre, compagnon de MM. Guillemin et Salvador de 
Quatrefages sur la paroi nord du Viso. 

Parmi les soldats francais qui veillent sur la crete des Alpes, plu- 
sieurs chaque annSe meurent victimes de leur devoir et le drapeau 
aux trois couleurs s* incline respectueusement devant leur cercueil. 
Un skieur du 159® regiment d'infanterie, le soldat Marcel, a 6t6 
enseveli, en Janvier 1904, par une avalanche au Col Izoard; au 
Col de la Parre, des soldats du 157 a regiment ont £te" routes dans 
une chute de neige; au Mont Charvet, deux jeunes cultivateurs, 
MM. Moris et Bonnevie, future guides de Val d'Isere, ont 6te* pris 
^galement par une avalanche alors qu'ils chassaient au chamois. 

Les accidents de touristes sont rares dans nos Alpes franchises 
ou Wquentent surtout des montagnards expe>imentes et ou n'a pas 
encore 6t£ attir^e la masse des imprudents. N6anmoins, Fannie 1904 
y a 6te* marquee de deux deuils ; au Mont Mounier, le 4 avril, 
M. Marius Donadey a glisse* sur un tapis de neige fraiche qui 
recouvrait la glace et a roule* au fond d'un precipice ou Ton n'a 
retrouv6 que son cadavre. Dans le massif de Chamrousse, le 
5 juin, un jeune 6tudiant stranger, M. Krcemer, surpris avec un 
camarade dans le brouillard, s'est engage* dans des rochers a pic 
d'ou il est tomb6, brise* dans sa chute. Plus nombreux ont 6te" les 
accidents mortels dans les Alpes de la Suisse et du Tirol. 

Qu'allaient-ils done chercher, ces victimes de leur passion de la 
montagne? Et nous-mdmes, gens de pens6e et de travail, pourquoi 
affrontons-nous ces fatigues et ces perils? Folie! diront les uns, 
passion malsaine! diront les autres; qu'est-ce done notre passion? 
qu'est-ce done PAlpinisme? 

L'Alpinisme, ce n'est point le voyage en caravane d'esclaves, qu 
passent de Chamonix a Zermatt, de Grindelwald a Saint-Moritz, 
enchained par un cicerone bavard, H6s aux indications d'un horaire 
exigeant, revenant des montagnes porteurs d' alpenstocks enguirlan- 



o*?L 



326 CHRONIQUE DU C. A. F. 

d&s de noms retentissants, ayant tout parcouru, mais n'ayant rien 
vu. 

L'Alpinisme, ce n'est point l'escalade brutale et h&tive de ces 
jeunes clubistes qui se precipitant a l'assaut des cimes, franchissent 
a la diable couloirs et crevasses, courent a la montee, courent a la 
descente, se vantent d'etre passes en cinq heures du Refuge Janssen 
a la table d'hote de Chamonix et mettent tout leur plaisir sous la 
plante des pieds. 

Mais... l'Alpinisme, c'est... C'est le depart de la cabane, dans la 
nuit qui enveloppe les cimes'de ses ombres bleues ; au fond des val- 
ines apparaissent quelques lumieres des villages, les torrents apaises 
par le froid murmurent a peine, les 6toiles scintillent dans Fair glac£, 
tout dort et le montagnard se sent envahi de ce silence profond, 
qu'interrompt a peine la clochette de quelque chevreau echapp£. 
Lentement le ciel blanchit et vers l'Orient les cimes lointaines se 
d^coupent en bleu sombre sur le ciel qui prend des teintes violacSes. 
Les hardis compagnons arrivent au glacier et s'encordent pour ne 
faire qu'un corps dans le pe>il commun. Sur leurs tetes, les pointes 
rougissent sous le premier baiser du jour, et un trait de feu 
atteint la plus haute : le soleil paralt, splendide, radieux, roi. Les 
montagnards luttent maintenant contre les difficult 6s tou jours nou- 
velles et plus grandes a chaque pas ; dans la glace dure et bleue, le 
piolet frappe a grands coups et n'entame qu'une 6troite corniche ou 
chacun s'agrippe, ancr6 a la paroi ; les debris de glace se prScipitent 
sur la pente, avec un bruissement sec, et tombent dans la crevasse 
qui guette, bouche be'e, les maladroits. Une corniche de neige, ou 
joue un rayon de soleil, surplombe et menace d'un p6ril que les 
alpinistes fuient en s'engageant dans les rochers ; la roche est bonne, 
mais droite, et les prises sont rares. « Une chemin^e. — Prenons-la. 
— Non, elle est ferm6e. — Essayons celle-ci. — Pas moyen d'y pas- 
ser, elle se termine en mur. — Alors prenons la paroi. — On pour- 
rait essay er, mais elle est bien lisse. — Alors ten tons 1'arSte, en 
traversant ce rocher qui fait gendarme, on pourra passer. » Br 016s du 
soleil, les mains accroch£es aux pointes de granit, les pieds en 6qui- 
libre sur des cailloux instables, les alpinistes montent, montent 
encore, montent toujours, et un effort dernier, brutal, d&esp4re\ 
les jette au sommet. 

A leurs pieds s'6tend 1'immensite des roches, des glaciers et des 
alpages. De toutes parts, vient battre la mar6e des montagnes en 
vagues p6trifi6es ; les valines n' apparaissent que comme des fentes ou 
scintille le filet argentin du torrent; une lumiere radieuse et pure 
noie toutes choses dans un ensemble si harmonieux et si grand que 



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BANQUET ANNUEL. — CONGRES DES VOSGES. 327 

l'oeil ne cherche plus les details, 6bloui par la beauts du tout. L'&me 
de Thomme se perd dans l'&me de la nature, et cette chose petite et 
pauvre, ce paquet de nerfs et de muscles que nous sommes, se sent 
fondu dans la splendeur de la montagne; P6tincelle divine que 
Thomme porte en lui, plane au-dessus des petitesses, des mesqui- 
neries, des vilenies d'en bas. 
Et voila ce qu'est PAlpinisme. Paul MATTER. 

BANQUET ANNUEL. 

Une erreur de mise en page a fait omettre,dans le dernier 
nume>o, un paragraphe ou il 6tait rappele* que M. Diehl, vice-presi- 
dent de la Section de Paris et dengue* de la Section de Carthage 
aupres de la Direction Centrale, avait, apres le banquet annuel, fait 
eun causerie sur la Tunisie, ou sa rapide facility et sa fine bonhomie 
avaient charme* un auditoire d6ja conquis par les splendides pro- 
jections qui passaient impeccables. 

GONGRfiS DES VOSGES. 

Congres des Vosges. — Le congres du Club Alpin Francais, orga* 
nise* par la Section Vosgienne et la Section des Hautes Vosges, aura 
lieu dans les Vosges, du samedi 5 au lundi 14 Aodt 1905. 

En voici le programme sommaire : — Nancy (ouverture du Congres 
et visite de la ville) ; — Le Rougimont et le Donon (ascension facul- 
tative), le lac de la Maix, Senones, Etival et Saint-Di6 ; — Visite de 
Saint-Die* ou ascension des Roches Saint-Martin et du Kemberg; 
De Saint-Die' a Ge>ardmer par le Rossberg, le BrSzouard, le Col du 
Bonhomme, le lac Blanc et la Schlucht, ou par le Rudlin, le lac 
Blanc, la Schlucht ou le Valtin ; — Lac de Ge>ardmer et environs ; — 
Jardin d'Essai de la Section Vosgienne (inauguration officielle) ; — 
Le Hohneck et le Rheinkopf (ascension facultative), le lac de Blan- 
chemer ou le lac des Corbeaux, la Bresse ou Cornimont ; — Le Grand 
et le Petit Drumont (ascension facultative), Bussang, le Ballon d* Al- 
sace (a pied ou en voiture), Giromagny et Belfort (visite du ch&teau 
et cloture du Congres). 

Les excursionmstes sediviseront en trois groupes, selon les ascen- 
sions et les marches qu'ils comptent faire. Les prix fixes sont : — 
pour le premier groupe, celui des meilleurs marcheurs, 155 francs; — 
pour le second groupe, 175 francs; — pour le troisieme groupe, dont 
les membres auront toujourg une voiture a leur disposition, 
185 francs. 



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328 CHRONIQUE DU C. A. F. 

Un programme detailie du Congres sera adresse a toutes les 
personnes qui en feront la demande a M. le Secretaire General du 
Club Alpin Francais, 30, rue du Bac, a Paris. 

Les adhesions doivent etre envoyees le plus tot possible, et en 
tous cas avant le 15 Juillet, aM. Rene* Mougenot, Secretaire General 
de la Section Vosgienne, 15, rue Gilbert, a Nancy, avec indication du 
groupe choisi. 

Les membres du Club b6n£ficieront a cette occasion d'une reduc- 
tion individuelle de 50 pour 100 sur les chemins de fer. Les deiais de 
circulation seront pour Taller, du 20 Juillet au 10 Aout, et, pour le 
retour, du 10 au 31 Aout. Suivant Tusage, les permis devront etre 
demanded au Secretariat du Club, a Paris. 

CHRONIQUE DES SECTIONS DU C. A. F. 

Section des Alpes Maritimes. — U inauguration du Chalet- 
Refuge de Rabuons (2.540 m. env.), construit par la Section des 
Alpes Maritimes au bord du grand lac de Rabuons (2.515 m. 
env.), aura lieu le samedi 15 juillet prochain. 

On trouvera dans « La Montagne », aux pages 191 et 301, des 
details circonstancies sur la construction et la magnifique situation 
de ce nouveau refuge. 

Le programme de cette fete d 'inauguration est ainsi etabli dans 
ses grandes lignes : — Vendredi 14 Juillet. De Nice a Saint- 
Etienne (trajet par cheminde fer et voiture); — Samedi 15 Juillet. 
Dans la matinee, ascension du Mont Tenibres (3.031 m.), le point 
culminant de la region; a midi, inauguration du Chalet-Refuge et 
banquet, et dans l'apr&s-midi descente a Saint-Etienne; — Dimanche 
16 Juillet. Retour a Nice; — Ce meme jour, des ascensions col- 
lectives seront organisees au depart du Chalet-Refuge : au Grand 
Cimon de Rabuons (3.008 m.), a la Cime de Corborant (3.011 m.), 
aux Cimes des Cialancias (2.998 m.), a la Cime d'Ischiator (2.930 m.) 
a la Cime de la Rocca Rossa (3.000 m.). 

Un circulaire speciale, contenant tout detail utile, sera envoyee 
aux diff^ rentes sections du Club Alpin Francais et personnellement 
aux membres qui en feront la demande a la Section des Alpes Ma- 
ritimes. Pour tout renseignement suppiementaire s'adresser a M. F. 
Crossa, tresorier de la Section, 13, rue Massena, a Nice. Les membres 
du Club Alpin Francais desirant assister a cette interessante fete 
alpine sont instamment pries d'envoyer leur adhesion avant le 
jeudi 6 Juillet, dernier deiai. 

Section du Nord. — Assemblie generale de 1905. — La Section 



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CHRONIQUE DES SECTIONS DU C. A. F. 329 

du Nord a tenu, le 10 Mai, son assemble g6ne>ale sous la pr6si- 
dence de M. le D r . Gaudier, president. A cette reunion assistait M. De 
Jarnac, le d616gu£ de la Section aupres de la Direction Gentrale. 

Le President est heureux de constater, une fois de plus, la part 
active que prennent beaucoup de membres & la vie de la Section. 
II rappelle que celle-ci s'est enrichie d'un materiel k projections 
electriques et que si cet achat a modiffe tegerement sa situation 
financiere, l^quilibre budget aire sera rapidement r^tabli par les 
nouvelles adhesions qui ne manqueront pas de se produire des que 
le Conseil d'Etat aura ratiffe les nouveaux statuts de la Direction 
Gentrale. L'assembfee approuve toutes les decisions prises par le 
bureau dans le courant de 1'annSe et d^cerne k M. Fauchille, le pre- 
mier president en date, le titre de president honoraire. 

M. le Tresorier donne lecture du rapport financier, II constate un 
deficit budg^taire occasionne" par l'acquisition d'une lanterne k 
projections et de ses accessoires, et par un surcrolt de defenses du k 
l'extension de Tceuvre des Garavanes scolaires. Ce deficit est large- 
ment couvert par le fond de reserves que possede la Section. Les 
comptes sont approuve"s. 

Rapport general sur 1904-1905. — M. le Secretaire fait le compte 
rendu des conferences, courses et caravanes scolaires pendant la 
campagne 1904-1905. 

I. Les conferences mensuelles, accompagn^es de fort belles projec- 
tions Glectriques, ont 6t6 au nombre de cinq. — 30 Novembre 1904. 
Conference de M. Maquet, sur ses nombreux voyages k Zermatt, ses 
ascensions de la Dent Blanche et du Cervin par le cote" italien. — 
21 D6cembre 1904. Conference par M. le D r Meillon, de Cauterets, 
sur le Vignemale et la grande course des guides du mois d'Aout 
dernier. — 11 Janvier 1905. Conference de M. The>y, sur son 
voyage de Pralognan & Chamonix et son ascension du Grand Paradis. 
— 15 F6vrier 1905. Gauserie de M. Leprince-Ringuet, sur ses 
voyages d'exploration dans Finterieur de la Chine. — 15 Mars 1905. 
Conference scientifique de M. Douxami, sur la formation des Alpes. 

II. Les courses de la Section ont 6t6 tres suivies ; elles se r^partis- 
sentde la facon suivante. — 22-23 Juin 1904. Valfee de la Meuse, de 
Monthernfe k Givet, 16 adherents. — 6 Novembre 1904. Valfee de la 
Scarpe, 25 adh. — 29 Janvier 1905. Environs d'Ypres, 19 adh. — 
6-7 Mars 1905. Excursion dans le Boulonnais, 15 adh. — 2 Avril 1905. 
Excursion au Caillou-qui-bique, 25 adh. — Une course de cinq jours 
est organised pour le mois de Juin, dans le Luxembourg. 

III. Lesucces des caravanes scolaires a£te* particulierement mar- 
que\.Nous le devons, en grande partie, au denouement de MM. Six, 



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S* 



*30 CHRONIQUE DU C A. F. 

Magnier, Careme et Blanchard, professeurs au lycee de Lille. — 
1° 19 Juin 1904. Mont Noir, Mont des Cats, 13 adherents. — 
2° 30 Octobre 1903. Mont de Kemmel, 39 adh. — 3° 20 Novembre 
1904. Mons-en-Pevelle, 30 adh. — - 4° 11 Decembre 1904. Santes et 
Wattignies, 24 adh. — 5° 22 Janvier 1905. Bois de laHutte, 47 adh. 
— 6° 19 Fevrier 1905. Foret de Nieppe, 25 adh. — 7° 19 Mars 1905. 
Mont Saint-Aubert, 35 adh. — 8° 9 Avril 1905. Mont de THootond 
et de la Cruche, 37 adh. 

De nombreuses projections eiectriques accompagnent le compte 
rendu de M. le Secretaire. 

Nomination du bureau. — L f assembled procede ensuite &un vote 
pour le renouvellement des membres du bureau. Celui-ci sera com- 
post de lafaconsuivante pour Tannee 1905-06. — President d*honneur: 
M. Nicolle, president de la Societe de geographic de Lille. — Presi- 
dent honoraire : M. Fauchille, avocat. — President : M. le D* H. Gau- 
dier, professeur a la Faculty de medecine. — Vice-p residents : 
M. M. Maquet, negotiant; M. Lev6, juge au tribunal. — Secretaire : 
M. le D r P. Verdun, professeur a la Faculte de medecine. — Secre- 
taire adjoint : M. H. Collette, inge*nieur. — Trisorier : M. A. Schots- 
mans,industriel. — DiUgui aux courses et aux hdtels : M. H. Beaufort, 
negotiant. — Conseillers : MM. Allan taz, inspecteur des chemins de 
fer; D r Charmeil, professeur a la Faculty de medecine; Delahodde (V.), 
negotiant; Magnier, professeur au lycee; Thery, avocat. — Deligui 
auprls de la Direction Centrale : M. De Jabnac 

Section de Paris. — Cabavaxes Scolairbs. — Voyage de 
Pdques : Grand -duche de Luxembourg, values de la Meuse et de 
la Moselle. 

L'interet et le succes de cette excursion nous font un devoir 
d'en ecrire brievement la relation pour les lecteurs de la chro- 
nique du Club Alpin. Composee de 23 eieves des lycees de Paris, et 
conduite par MM. Richard, Rogery et Jenn, la caravane a vu ses rangs 
se grossir de quelques engages volontaires : MM. Brouchot, Meuriot, 
Ernest Richard, k titre temporaire et du signataire de ces lignes. 

Partie de Paris le 24 Avril, la caravane dejeunait a midi k Sedan, 
quittait PHdtel de TEurope pour aller visiter Bazeilles, et la mai- 
son des « dernieres cartouches ». Elle remontait ensuite les pentes 
douces qui conduisent sur le plateau onduie ou etaient echelonnes 
les divers corps de 1'armee francaise. La campagne est belle, la vue 
admirable; & notre droite, k l'horizon, les premieres futaies de la 
fordt des Ardennes, tout autour les diverses collines ou prirent posi- 
tion les corps d'armee ennemis; nous croisons l'endroit, marque d'une 
petite croix en pierre, ou fut blesse Mac-Mahon au debut de Taction. 



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Calvaire d'llly. Digitize! by GoOQk 

Devant la maison de M. Richard. 



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GHRONMQUE DES SECTIONS DU C A. F. 331 

La caravane parcourt le plateau et redescend vers le village d'llly 
saluant au passage le Calvaire ou fut tue* Je g6ne>al Margueritte au 
moment ou il commandait la celebre charge. 

De la, apres avoir fait halte au coin d'un petit bois pour entendre 
M. Rogery dSvelopper avec force documents les diverses phrases 
de la bataille, nous regagnons Sedan songeant aux divers incidents 
de la journSe et aux tristes souvenirs que cette promenade Svoque. 

Apres la froide et triste journ^e de Sedan, il nous fut donne" le 
lendemain de gagner Givet par beau temps, et de faire a pied dans 
cette belle partie de la valine de la Meuse, par un radieux soleil, le 
chemin qui sSpare Revin de Deville ou nous avons repris le train 
qui nous ramenait a Sedan. 

Le mercredi 26 Avril, nous quittons la calme ville de Sedan pour 
nous installer a Luxembourg. Apres le dejeuner, nous allons faire aux 
environs nos 15 kilometres de rigueur et nous pouvons admirer au 
retour la belle partie de la ville assise sur le rocher dominant le val- 
lon de la Potrusse et de TAlzette. De beaux viaducs, un nouveau 
pont audacieusement jete" sur le vallon, de belles fortifications, for- 
mant assise sur le roc, quelques belles tours, donnent a cette partie 
de la ville un cachet des plus imposants. 

De Luxembourg, nous gagnons Treves, ou apres avoir admire* la 
porte Noire, jete" un coup d'ceil sur Pamphith6&tre, nous passons la 
Moselle pour aller faire 1' ascension de la colline qui supporte la 
statue de la Vierge, point de vue d'ou Ton jouit d'un superbe pano- 
rama sur Treves et la valine de la Moselle. Nous rentrons a Luxem- 
bourg et le lendemain nous allons voir Metz, sous la conduite du 
President Richard, qui fut 61eve du Lyc6e ; nous visitons la cath6- 
drale, admirons ses belles proportions, ses belles verrieres anciennes 
et celles plus r^centes de Marechal. L' apres- midi est employee a 
faire une excursion au cimetiere et a une hauteur, dans la direction 
de Vallieres, d'ou Ton a une vue d'ensemble de la ville de Metz. 

Le lendemain, nous quittons dSfinitivement Luxembourg, et, apres 
avoir visite" Longwy, nous quittons le chemin de fer a Audun le 
Roman pour gagner a pied Murville en passant par le petit hameau 
de Mout. Nous sommes recus a l'arrivee a Murville par M. Richard 
pere, alerte et gai comme un scolaire. 

Nous nous re*unissions apres le dejeuner dans la maison de notre 
president entoure" des membres de sa famille. Les coupes remplies, 
le D r Cayla s'est exprime* en ces termes : 

Mesdames, Messieurs, mon cher President : J'ai suivi, en quality de 
scolaire, la belle excursion que nous terminons aujourd'hui, a ce litre j'ai 
l'incontestable droit de parler en leur nom. Notre course a 6tG interes- 



s 



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332 CHRONIQUE DU C. A. F. 

sante a bien des titres, et c'est une charmante pensee des organisateurs 
d'avoir choisi comme couronnement et comme apoth6ose de ce beau 
voyage, ce coin de terre lorraine, au milieu de cette famille dont la vie est 
si intimement me!6e a celle du Club Alpin Francais. Nul endroit n'elait 
plus propice pour rendre a notre cher president au nom des scolaires l'hom- 
mage reconnaissant qui lui est du. J'avais et6 solliciU d'aller a Bordeaux 
assister a Inauguration du monument elev6 a l'homme qui a incarne la 
defense nation ale; j'ai pens 6 servir et honorer encore plus sa m&noire en 
venant parcourir avec ces jeunes gens, dont j'avais l'age au moment ou 
ils se produisirent, cette region si marquee par les 6v6nements de l'annee 
terrible. — Je suis heureux d'etre ici leur interprete, d'etre celui du Club 
Alpin tout entier, en vous adressant ses remerciements et en port ant la 
sant6 de votre cher pere, de Mme Richard, de tous les membres de votre 
famille et de vous-meme. 

En quelques mots, M. Jenn, malgre* r Amotion qui 6treint son coeur 
d'Alsacien, rappelle les vieux souvenirs d'amitie* qui Punissent a son 
ami Richard. Apres quelques paroles de remerciement du President, 
nous bouclons nos sacs, et le temps de faire quelques cliches, nous 
enlevons lestement les 9 kilometres qui nous sSparent de Jopp6- 
court ou nous prenons le train qui nous ramene a Paris a minuit 

La place nous est mesure'e : qu'il nous soit permis cependant de 
dire que de pareils voyages, qui pr£sentent au point de vue histo- 
rique, excursionniste et patriotique un si grand inte>6t, devraient 
Stre faits par tous nos scolaires. Les destinies d'un pays ne sont 
pas fixers par une d^faite quelque grave qu'elle ait e*te\ Cette belle 
region a e*te* et sera encore le theatre de gros 6v6nements histo- 
riques, tout Francais devrait la connattre, c'est un honneur pour le 
Club Alpin de Tavoir pense\ Aux families francaises a le penser 
aussi, en nous envoyant la jeunesse. — A bon entendeur salut! 

D r Cayla. 

RENSEIGNEMENTS ET PROJETS D' EXCURSIONS. 

Comme Panned derniere, M. Ernest Diehl, vice-president de la 
Section de Paris, se met a la disposition de tous ses collogues du 
Club pour tous les renseignements qu'ils desireraient obtenir con- 
cern ant leurs projets d' excursions ou de voyages. 

Les correspond an ces doivent etre adresse'es personnellement a 
M. Diehl, 30, rue du Bac. 



Le gerant : L. Vignal. 



PARIS. TYPOGRAPHY PLON-NODBRIT ET C**, 8, RUE OARANCIERE. — 7040. 



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Variations sur l'Utilite 

de la Boussole et du Piolet 

Pab M. Julbs Ronjat 



Quelle deception, lorsqu'en se promenant 

On ne distingue plus le levant du ponant! 

On craint de s'6garer en cette incertitude; 

II est bon, pour ce cas, de prendre l'habitude, 

Si le temps est couvert — qu'importe la saison? — 

De bien s'orienter en quittant la maison. 

On peut, si Ton en a, se munir de boussole : 

C'est un bel instrument qui nous montre le pole; 

Mais, si Ton n'en a pas, il faut bien s'en passer..... 

{Eglogue didtie & M. de la Palis se par 
Joseph Prudhomme.) 

Prenons sans fausse honte un piolet, me'me pour nos 
promenades. 

(Manuel d y Alpinisme, p. 361.) 

« 11 estassez rare, si Ton a une bonne carte de la region, d'etre 
obligg de se rep&rer. La valine que Ton a suivie, le thalweg que 
Ton a remont6, un ou quelques points connus, visibles du centre 
alpestre d'ou Ton vient, permettent, en general, de savoir exac- 
tement ou Ton est. II peut pourtant se faire que Ton ait mal 
suivi sa direction sur la carte, et qu'& un moment donn6 on soit 
6gar6. En ce cas, il faut fixer la boussole sur la carte et £tudier 
sa position par les divers points notables du terrain... Le cas ou 

*3 



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334 JULES RONJAT 

la boussole devient de premiere n£cessit£ dans la montagne, 
c'est, avec le brouillard, dans un grand champ de neige. D& 
que vous prdvoyez devoir etre pris par des nuages arrivant sur 
vous ou par un brouillard montant de la valine, commencez k 
noter sur votre carnet votre angle de direction g£n£rale. » 
(Manuel <F Alpinisme, p. 385.) 

Le brouillard ou les nuages pouvant toujours surprendre 
Talpiniste au moment ou il s'y attend le moins, celui-ci fera done 
bien de toujours emporter une boussole, et, bien entendn, une 
carte aussi claire, aussi exacte et aussi d£taill6e que possible. 

Des centaines de braves gens ont p£ri pour avoir n£glig6 ces 
precautions £lementaires. 

D'autres, dont je suis, ont de ce chef subi des d£sagr6ments 
f&cheux pour leur confort comme pour leur amour-propre. 

Le Dome du Gouter passe g6n6ralement pour assez d6bon- 
naire. Cependant, au mois d'aoiit 1893, un touriste, surpris 
avec deux excellents guides par une tourmente de neige, y est 
mort de froid apres une nuit de bivouac forc£, k une distance 
relativement faible du refuge Vallot. « Le Dome, dit le chroni- 
queur de notre Bulletin (1892, p. 307), est une sorte de plaine 
entour^e de tous c6t£s de pentes inaccessibles, sauf au midi, oH 
une large surface conduit aux Bosses : il aurait done suffi de 
connaitre la direction du sud, et de ne jamais la quitter, pour 
arriver tout droit au refuge. Une simple boussole-breloque suf- 
fisait pour cela. Quelques touristes pr^tendent que ce sont les 
guides qui devraient savoir manier la boussole; ce serait cer- 
tainement une excellente chose, mais peut-on leur reprocher 
leur ignorance, lorsque les voyageurs instruits ne savent pas se 
servir d'un instrument aussi simple et aussi indispensable? » 

Plus d^bonnaire encore est certainement le sommet de Cham- 
rousse. Pourtant rappelons-nous l'accident de juin 1904. Deux 
jeunes etudiants allemands de V University de Grenoble montent 
tranquillement k Chamrousse par Pr6mol et Roche-Eterenger, 
dans l'intention de redescendre sur les lacs Robert et FOursiere. 
Le brouillard les surprend au sommet : ils prennent une mau- 
vaise direction, s'engagent dans les escarpements qui dominent 
la combe de la Romanche, Tun d'eux tombe au fond d'un ravin 
et se casse une jambe, l'autre fait une chute mortelle en allant 
chercher du secours. Encore un deplorable accident qu'avec une 
carte et une boussole il £tait extremement facile d'Sviter. 

La Grande Sure est un but d'agr^able promenade que je ne 
saurais trop recommander, mais je n'en dirai pas autant du 



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VARIATIONS SUR LUTILITfi DE LA BOUSSOLE 835 

bivouac oil m'y bloqua mon impr^voyance. C'est un souvenir 
un peu ancien (1890), mais in^dit : on m'excusera d'y insister. 

Par une belle journle du milieu de Septembre, lggdrement 
v&tus de toile, comme des chasseurs de la plaine (premiere faute), 
mon cousin B... et moi, arrives par un train du matin, partions 
de la Placette k 10 h. 3/4. Ni boussole ni livret-guide (deuxidme 
faute), nous 6tions munis simplement de la carte du Minis- 
tdre de l'lnterieur et de quelques vagues renseignements d'au- 
bergiste : mauvais sentier & gauche, le bon & droite, dans le fond 
de la valine du Greppu. 

Nous passons Ghantabot, nous traversons le Greppu, nous 
passons Pecattere, sans savoir trouver le bon sentier. Le fond de 
la valine du Greppu nous parait barr6 par des escarpements, la 
recherche retrospective du bon sentier nous ferait perdre du 
temps (troisidme faute, perte finale de temps, pour vouloir en 
gagner) : nous en adoptons un autre, qui monte en gcharpe 
autour du rocher de Pierre-Taill6e et nous am£ne sur un bon 
chemin forestier qui redescend un peu. Ce n'est plus notre 
affaire : nous montons tout droit sous bois, puis sur une prairie 
caillouteuse, et, k 1 h. 30, nous nous reposons un moment au 
pied d'un petit escarpement, vers le point cot6 1421 sur notre 
carte, au N.-E. du sommet de la Grande Sure. 

Depart k 1 h. 3/4. Nous montons l'escarpement par un petit 
couloir bois£; en haut, un sentier nous conduit, obliquant vers le 
S.-E., au habert situ6 vers 17 des mots Rocher de la Sure sur 
notre carte. Nous y sommes k 2 h. 20. 

Source; collation; pipes; depart k 3 h. Nous pourrions faire le 
tour du sommet au S. et Taborder par derrtere, mais ce serait 
bien long. Nous marchons droit sur le pied de l'escarpement 
terminal. II y a encore 300 m. environ k monter, par des cou- 
loirs tr6s abrupts, courts, avec traverses de rochers et de 
replats herbeux de Tun k l'autre, — trois quarts d'heure de 
gymnastique imprfvue et amusante, qui nous amdnent au 
sommet k 4 heures. 

Jusqu'ici, tout va bien, ou k peu pres. Mais des nuages 16gers 
voltigeaient dejk dans nos couloirs d'ascension. Au sommet, 
aucune vue lointaine, menaces non equivoques d'envahissement 
par les nuages qui s'amoncellent de plus en plus. Nous profitons 
d'une edaircie pour rep£rer, en plantant en terre nos deux 
b&tons (d tgale distance Vun de Vautre t comme les deux adver- 
saires dans tout duel bien condition^), la direction de la cabane 
de la Grande Vache et du Pas de la Biche, d'oii nous comptons 



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33G 



JULES RONJAT 



gagner avant la nuit les chemins de tout repos qui nous m6ne- 
ront souper et coucher k Saint-Pierre de Chartreuse. Rien k 
Craindre, malgre* l'absence de sentier trace* au d£but : il n'y a 
qu'& suivre un moment la cr£te, puis prendre en 6charpe la pente 
de prairie caillouteuse qui en forme le revers k Test; si, d'aven- 
ture, nous descendons trop t6t, au pis aller nous serons au fond 
de la combe constitute par cette pente et la pente opposed des 
Rochers du Mollard, et il n'y aura qu'& tourner k gauche en sui* 
vant tou jours le fond de la combe (quatri£me faute : il aurait 
fallu de suite, et l'ev^nement nous Ta bien prouv6, gagner le 
fond de la combe). 

Depart k 4 h. 1/2. Nous arrachons le premier b£ton, marchons 
droit sur le second, l'arrachons, et nous effor$ons de maintenir 
notre direction primitive jusqu'fc Pamorce du sentier que notre 
carte nous promet. 

Promesse fallacieuse! Point d'amorce, point de sentier; des 
rochers k pic; impossible de descendre k droite pour rechercher 
Tamorce plus bas. Nous faisons demi-tour, pour retrouver le 
sommet et descendre de \k imm^diatement au fond de la combe. 
Impossible de retrouver le sommet. Nous sommes sur une crete 
arrondie, herbes courtes et cailloux, avec quelques gen^vriers 
nains, accidence de grands trous en forme d'entonnoir. Tenter 
de nouveau la direction de la Grande Vache? essayer de des- 
cendre dans la combe? ces deux partis nous semblent dgalement 
d£nu£s de chances de succes, et la nuit tombante nous oblige a 
en adopter un troisteme, qui est de bivouaquer au fond d'un des 
entonnoirs, autour d'un feu fumeux de gen^vriers d6}k mouill6s 
par la ros6e du soir. Pour tous vivres, un peu de tabac. Heureu- 
sement la nuit n'est pas trop froide; pas de pluie, meme les 
nuages ont presque enticement disparu (quelques heures plus 
tdt, cela aurait joliment fait notre affaire). 

R6veil au petit jour. Nous sortons de notre trou et apercevons 
imm£diatement , k un quart d'heure de notre bivouac, le som* 
met que la veille au soir nous n'avions jamais pu retrouver. 
Nous y restons quarante bonnes minutes & battre la semelle en 
grelottant sous un vent glacial pour attendre le lever du soleil, 
qui s'annonce magnifique, — jouissance morale qui compensera 
nos d6sagr6ments physiques de la nuit. 

La vue est splendide : tout le massif de la Chartreuse fait un 
premier plan merveilleux aux cimes neigeuses du fond, de 
l'Oisans^au Mont Blanc. Les plaines et les valines sont noy6es 
dans une merde nuages qui monte jusque vers 1,200 metres. 




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VARIATIONS SUR L'UTlLITtf DE LA BOUSSOLE 337 

Droit devant nous descend la prairie caillouteuse, en pente 
douce et rSgultere, puis elle se relive vers la cr£te du Mollard, 
derridre laquelle est la maison forestidre de la Charmette : en 

I h. 35 nous atteignons ce glte hospitalier, ou un complement de 
sommeil sur Pherbe et un copieux dejeuner nous remettent de 
nos fatigues. Je n'entreprendrai point de d^crire Pahurissement 
du brave brigadier en nous voyant dSbarquer chez lui vers 
7 heures du matin aprds une nuit passSe k la Grande Sure. 

Point de souper, une mauvaise nuit, une certaine humiliation, 
nous Stions quittes de notre 6quip6e k peu de frais. Elle m'a 
servi n£anmoins de le$on, et depuis je consid^re ma boussole 
comme aussi indispensable k toute excursion que mes souliers 
ferr&. 

Si bien conform^ que soit un homme, — et B... et moi ne 
sommes pas plus mal faits que bien d'autres, — son corps ne 
pr&ente jamais une sym^trie parfaite, et il en r^sulte notam- 
ment qu'il fait toujours le pas un peu plus grand d'une jambe 
que de Pautre, d'oi une fatale incurvation de toute direction 
que Pabsence de points de rep£re PempSche de redresser. 
C'^tait autrefois, et c'est, je crois, encore un passe-temps des 
visiteurs de Versailles que d'ex6cuter cette marche involontai- 
rement oblique en essayant de marcher droit, les yeux band^s, 
sur la grande pelouse du pare. C'est un sport du meme genre que 
le bandeau des nuages nous avait fait exgeuter sur la cr§te de la 
Grande Sure. 

Inutile d'entrer dans de plus grands details topographiques. 

II est Evident qu'avec Paide d'une boussole, ou nous mainte- 
nions notre direction primitive, ou nous retournions sans diffi- 
culty en arridre pour retrouver, ggalement sans difficult^, le 
sommet ou un point voisin d'oti la descente vers Test eflt 6t6 
tr6s ais£e. 

La Soci6t6 des Touristes Norv6giens munit de boussole et de 
cartes tous les guides qu'elle commissionne. J'ai pu voir com- 
bien cette precaution est utile en traversant l'immense plateau 
de glace et de neige du Jostedalsbrae, une mer fig^e oil aucun 
point de repSre n'indique la route, et j'ai pu constater que mes 
guides savaient parfaitement se servir des aides mises k leur dis- 
position. 

L'emploi de ces aides par nos guides ne paralt pas destin6 k se 
g£n£raliser rapidement dans notre benolt pays, oil les heures de 
classe k l'6cole primaire sont un peu exclusivement accapar^es 
par la conqu§te de Porthographe. De m£me, en Chine, dit-on, les 



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338 JULES RONJAT 

difficult^ de Pforiture suffisent k absorber toute F attention des 
lettrte. 

Mais j'ai h&te d'aborder le second point de mon homllie. 

« Prenons sans fausse honte un piolet, m£me pour nos pro* 
menades. » Je n'ai gudre fait que des promenades, tres modeste 
flaneur de ool que je suis. Cela ne donnera que plus de poids & 
mes conclusions. 

Une promenade, la traverse du Joetedalsbrae, dont je parlais 
tout k Fheure, n'est pas autre ohose. 

J'ai confess^ aux lecteurs de notre 24° Annuaire que je m'&ais 
embarqu6 avec une simple canne ferric pour un bon mois et 
demi d'excursions en Norv6ge, que, tel Fartilleur 16gendaire 
oubliant sa trajectoire, je Favais laiss^e dans une carriole et 
remplac£e provisoirement par un tronc de jeune pin trouv6 dans 
un tas de fagots, puis d^finitivement par un beau b&ton de 
frSne verni en jaune vif et tourn6 au sommet en pomme de 
m&t au-dessus d'un anneau de cuivre oft F artiste avait gravS 
cette sentence : Gak varlig, jeg hjelper naar det er farligt, marche 
prudemment, j'aide quand il y a danger, 

G'est dans ce magnifique Equipage que je quittai, par une 
belle journ^e d'6t6, les bords de FOldenvand en compagnie 
de deux guides arm£s, Tun d'un jeune bouleau dans le goftt de 
mon ancien bftton provisoire, F autre d'une solide pique ferr6e. 
Mes observations sur Futility possible d'un piolet pour cette 
assez longue travers^e de glacier avaient 6t6 repouss6es avec 
perte. 

Tout alia bien, ou k peu pr£s, k la montta, k plat et au com- 
mencement de la descente sur FAusterdalsbra (voir, pour plus 
amples details, V Annuaire de 1897). Nous d^gringolions vive- 
ment, en vue d'un des plus prodigieux spectacles qui soient 
dans le monde glaciaire, une facile paroi rocheuse couple de 
petits couloirs et de ressauts gazonnte; mais vers le tiers inf£- 
rieur de la descente la paroi devient tres raide et presque abso- 
lument lisse. Nous passons alors sur le Racier du couloir le 
plus voisin. II est dur comme roche et lisse comme verre, et sa 
pente est telle qu'on n'y d6crit qu'un angle suraigu pour passer 
de la position debout k la position assise. Nous y perdimes pr& 
d'une heure & tailler, que dis-je? k gratter des marches k la 
pointe de nos b&tons. 

Dengang var det lidt farligt, vi gik varlig, men fjeldstaven 
kjalp lidet t cette f ois il y avait un certain danger, nous allions 
prudemment, mais la pique aidait peu. Avee un piolet, on des- 



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VARIATIONS SUR L'UTILITE DE LA BOUSSOLE 339 

cendrait ce court morceau de glacier'en'une petite heure; nous y 
avons mis au moins le double. C'^tait d'ailleurs assez amusant, 
mais un peu fatigant : je crois que le brave Mons Efde ne s'est 
plus aventur£ depuis dans ces parages sans sa fiddle isoks. 

Mais qu'ai-je k blasonner mon guide pour avoir n£glig£ de 
prendre son piolet? C'est moi-meme qui aurais du en avoir un, — 
d'autant plus que, dans ma modeste carridre de Jochbummler, 
j'avais d£j& plus d'une fois £prouv£ combien cet instrument est 
utile, « m§me pour des promenades. » 

Un exemple. Connaissez-vous le col de Lignet? du moins ainsi 
l'appelle le Guide Joanne (Provence, 6d. de 1892, p. 334); la 
carte au 80,000° le d6nomme Lignin; quel est son vrai nom, et 
comment determiner en general les vrais noms de lieux, ce sont 
questions ardues, que j'examinerai peut-etre une autre fois. 

Lignet ou Lignin, ce col est un passage muletier ouvert vers 
2,350 m. entre Annot ou Entrevaux et Colmars. Le Guide 
Joanne decrit la route en sens inverse et indique 2 h. 1/2 de mon- 
tee de Colmars au col, puis 4 h. de descente sur le Plan de 
Coulomb, vers le confluent du Coulomb et de la Vaire (celle-ci 
affluent du Var), ou Ton est k 3 kilometres d' Annot et & 12 d'En- 
trevaux, par une bonne route de voitures. 

Parti d'Entrevaux le 26 avril 1895 k 7 h. 1/4 et arrive au 
Plan de Coulomb k 9 h. 40, je comptais done environ sur six 
heures de montee et deux petites heures de descente, ce qui 
me ferait arriver k Colmars vers 6 heures du soir, ou au pis 
aller, haltes comprises, vers 7 heures. 

Par quel concours de circonstances (speculation malheureuse 
au ddbut, puis arrets pour refection corporelle trop prolong^, 
tres probablement aussi temps trop courts indiques par le Guide), 
j'echouai finalement k la cabane de Pesquteres, a plus d'une 
heure en dessous du col, sans pouvoir atteindre celui-ci avant 
la nuit, il serait oiseux de chercher k le specifier. C'est a 1'utilit^ 
du piolet que je veux en arriver. 

Un mot seulement sur mon bivouac, car dans l'etat de la 
cabane e'en etait v6ritablement un. La construction comprenait 
deux stages : un rez-de-chaussde surmonte d'une voute aux 
deux tiers 6crouiee, enti&rement rempli de neige, et un premier 
constitue par les ruines de la vofite, deux murs et un toit en 
planches pr£sentant de notables lacunes, le tout complement 
ouvert sur deux c6t£s, et, comme je viens de le dire, partielle- 
ment ouvert sur le toit. L'un des murs m'abritait du vent, 
j'etais chaudement v£tu et muni d'un bon plaid, de quelques 



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340 JULES RONJAT 

provisions et d'un peu de bois de chauffage. Mais, malgre cetle 
superiority de contort, je pr^fere encore notre campement dans 
le trou infundibuliforme de la Grande Sure, avec la compagnie 
eminemment confortative de mon excellent cousin B... 

Car j'etais tout seul. J'avais une boussole, mais je n'avais 
point de piolet, — d'oii, le lendemain, un notable retard et un 
detour complique k la descente : c'est Ik que je voulais finale- 
ment en venir. 

Oh! n'attendez aucune revelation sensationnelle. Mes decep- 
tions de la veille et le froid de la nuit m'avaient inspire toutsim- 
plement le desir de redescendre sans autre forme de proems. 

J'etais monte k ma cabane par un petit neve (neve tempo- 
raire couvrant, en ce mois d'avril, tout le fond de la gorge), assez 
raide, ni trop dur, ni trop mou, eminemment confortable. 

Seulement l'animal, si j'ose m'exprimer ainsi, avait regete 
pendant la nuit, et au petit jour, sur les quatre heures, il etait 
parfaitement impraticable avec une simple canne ferree. Je 
perdis une bonne heure k serpenter tant bien que mal sur ses 
bords avant de trouver un passage de tout repos par des pentes 
gazonnees agrementees de quelques rochers. 

Vous me direz peut-etre que tout ceci est peu interessant et 
ne prouve pas grand'ehose. Je vous concederai aisement le pre- 
mier point. Mais il r£sulte tout au moins de mes explications que 
l'obstacle le plus insignifiant peut arreter ou gdner le touriste 
qui n'aborde pas la montagne, m£me la plus facile, avec les 
egards qui lui sont dus. Plus heureux que bien d'autres, je 
n'ai jamais paye que de quelques petits desagrements les 
fautes commises envers elle : je lui rends graces & ma fa$on, 
disant ma coulpe en toute humilite. 

Je m'apergois que mon homeiie a devie, pren&nt peu k peu le 
tour d'une confession generate de mes peches contre les com- 
mandements de Talpinisme. Le plus gros peche, si nous en 
croyons le Manuel d'Alpinisme, est dans les courses solitaires : 
« II faut, nous dit C.-E. Mathews, ne pas jouir de sa raison pour 
entreprendre une expedition, m§me de troisieme ou quatri&me 
ordre, sans dtre accompagne par un ami ou par un guide. » Mais 
on peut admettre que mon expedition au col de Lignin n'6tait 
tout au plus que de cinquieme ou sixieme ordre. 

Que celui qui n'a jamais peche me jette la premiere pierre, et 
puisse-je, par Texpose contrit de mes imprudences et inadver- 
tances, apporter la mienne k Fedification generale des alpinistes 
fideies aux pratiques d'une prudence minutieuse etraisonnee. 



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VARIATIONS 8UR L'UTILITfi DE LA BOU880LE 341 

m&me dans leurs courses de septidme ou de huitidme ordre! 
La nature meme de mon sujet m'a amen£ k trier dans mes sou- 
venirs de la montagne les tehees ou demi-6checs, au detriment 
de succ£s qu'on voudra bien croire plus nombreux. Mes confreres 
qui d'ordinaire soumettent leur mSmoire k une selection inverse 
daigneront, je l'espdre, juger indulgemment mes aveux d£pouil- 
Us d'artifice. 

Jules RONJAT. 



Ad meliora! 



Une premiere course, 
mais certainement pas « une premiere »... ascension. 



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Escalade du 

Brec de Chambeyron 

Pab ls lieutenant-colonel Blazeb 



Au fond du Val de Fouillouze, ou les edelweiss percent le 
gazon de leurs Stoiles de velours blanc, elle dresse sa tdte 
brune, la fiere montagne. 

Entre PUbaye et la Maira, elle £tale ses larges flancs, qui 
s'&roulent d§sagr6g6s, du cot6 de PItalie, mais qui, sur les 
valines francaises, gardent un aspect farouche et hautain. 

Autour d'elle, les montagnes voisines semblent des vassales 
qui rampent. 

Le 13 juillet 1904, en descendant du Grand Rubren, mon- 
tagne ctemente, j'appris que trois de mes lieutenants, MM. Bran, 
. Dobremez et Noel, complotaient d'escalader le Brec de Cham- 
beyron (3.388 m.). 

Le plan Stait fait, le guide retenu, Antoine Meyran de Fouil- 
louze, montagnard d6 termini. 

Or, le Brec jouit d'une mauvaise reputation, k cause de ses 
roches croulantes et surtout k cause de r accident qui couta la 
vie, en 1893, au lieutenant Bujon, du 28* bataillon de chas- 
seurs. 

Je ne voulus pas cependant entraver les projets de mes 
braves officiers; mais, comme je suis responsable envers PEtat 
de la vie de mes jeunes lieutenants, je leur imposai Pobli- 
gation de m'accepter pour compagnon d'escalade et pour 
mentor. 

Le 16 juillet, & pointe d'aube, nous quittons Grande Serenne 
par le pont du Castelet, qui enjambe d'une fa$on si hardie la 
gorge profonde de l'Ubaye; 4 h. 30 sonnent, la caravane part 
de Fouillouze. 

Le temps est beau; le soleil commence & dorer les hautes 
cretes du Parpaillon. Au-dessus de nous, vers PE., le Brec dee- 
sine un trapeze 616gant dans le ciel d'ltalie. 

Nous montons dans les champs de Fouillouze, puis sur la 
cote pierreuse du Serret. D'innombrables edelweiss constellent 
les piturages maigres. 



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ESCALADE DU BREC DE CHAMBETRON 343 

Devant nous, deux silhouettes gravissent les cotes. Nous les 
rejoignons; ce sont les jeunes cur^s de Fouillouze et de Maurin, 
qui partent aussi en reconnaissance; nous les englobons dans 
notre caravane. Ce sont du reste de hardis grimpeurs infati- 
gables et convaincus. lis se sont mis en bourgeois, pour §tre 
plus k Taise dans 1' escalade. Sous son accoutrement de mon- 
tagnard, le cur6 de Fouillouze garde un air de dignity eccl£- 
aiastique; quant au cur6 de Maurin, avec ses habits jaunes 
aux teintes vagues, on le prendrait facilement pour quelque 
roi des Montagnes de la p6ninsule italienne. 

Nous laissons k droite le Lac Premier; la croix du lieute- 
nant Bujon se dresse devant nous, sur une Eminence rocheuse. 

Par un vallon oti sifflent les marmottes, nous gagnons le 
chaos de pierres dont le Lac Rond et le Lac Long rompent 
seuls la monotonie, plaques d'6meraude enchass^es dans la gri- 
saille des roches et la mSlancolie des n6v& blancs. 

De nombreux chamois ont d6flor6 la neige de leurs pieds 
agiles. Mais aucun ne parait sur les horizons. A cette heure, 
ils dorment dans les rochers, sous le ciel bleu. 

Un coup de sifflet strident eclate, tout prds de moi; une mar- 
motte d£boule dans les pierres, fauve et lourde, tr£s effray6e, 

Voici le cirque de la Gypiera (1), que les Aiguilles de Cham- 
beyron dominent de leurs tetes aitieres et de leurs flancs 
6caill6s de pointes rocheuses, toutes pareilles ; on dirait la cui- 
rasse de quelque gigantesque saurien, fig6 en pierre. 

A travers les roches encaiss6es, nous arrivons au bord du 
joli Lac des Neuf Couleurs, encore k demi glac6. 

Le Col de la Gypiera est devant nous. Nous obliquons & 
droite pour gagner la base N. du Brec. La montagne est su- 
perbe de ce cdte; un couloir de neige, raide et poli, plonge 
dans son flano et s'61eve presque jusqu'au sommet. 

Le guide pretend qu'on ne peut y passer et qu'il faut abor- 
der la montagne par Pautre face, par 1'Italie. 

Soit! Envahissons PItalie! 

Nous passons un petit col de gypse (gypiera, pl&trtere) et 
nous foulons les £boulis strangers. 

Dans une esp£ce de niche, que Meyran appelle la cantine, 
nous posons nos sacs et nos impedimenta. C'est 14, nous dit le 

(1) La carte E. M. F. ecrit Gippiera peut-Stre par erreur de transcription 
pour Gypiera; ce col est ouvert dans les gypses. La carte de VI. G. M. ita- 
lienne distingue au col deux passages, au N. le Co) de la Gippiera et au S. le 
Col de la Cuppiera (encore une transcription fautrve de Gypiera). 



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344 LIEUTENANT-COLONEL F. BLAZER 

guide, que Ton casse toujours la crotite, afin d'avoir des forces 
pour grimper. 

Respectons les coutumes et lunchons ! Une jolie vue s'ouvre 
8ur Tltalie. A nos pieds, un lac 6tincelle, semblable au Lac des 
Neuf Couleurs. Plus loin, la Maira s'enfonce, encerclge par des 
pics sourcilleux oii des nuages sombres se forment depuis un 
instant. 

La Tete de Moyse a son panache. Serait-ce du mauvais 
temps pour tout k l'heure ? 

Nous le verrons bien. II y a longtemps que ces menaces ne 
nous troublent plus. Apr&s notre casse-crotite, compost sur- 
tout de g&teaux et de confitures (ce qu'il y a encore de meil- 
leur en montagne), nous entamons la partie intgressante de 
Pascension. 

A partir de la cantine on coupe d'abord de grands £boulis et 
des n£v£s, en longeant la base de la face orientate du Brec. 
Arrive k deux pointes de roches jumelles, semblables k deux 
gigantesques oreilles, on s'engage, k droite de ces jumelles, 
dans un couloir neigeux, puis dans une chemin6e oil les chutes 
de pierre sont & redouter. On gagne ainsi une s6rie de cor- 
niches, de petits n6v£set de cheminSes faciles, par lesquelles on 
s'gldve sur le flanc de la montagne, sans avoir r£ellement l'im- 
pression du vide et du vertige. 

C'est & peine si, de temps en temps, on aper$oit Pabime. Le 
point de direction doit etre pris sur la grande tour rouge&tre 
du sommet, que Ton apor^oit presque toujours. 

On gagne ainsi, en obliquant k droite, l'arete d£chiquet£e 
qui sSpare la face italienne du grand couloir de glace. 

Cette region oti prend naissance le grand couloir N. est trds 
intSressante : tout d'abord, cette langue de glace, fourchue au 
sommet, qui d6vale entre les rochers vertigineux; puis la face 
d'ascension, d'aspect plus que rdbarbatif avec sa muraille de 
rochers rouges; enfin, dominant le tout, le Pic Principal 
(3.388 m.), cette grande tour rouge&tre qui f erme Phorizon du Sud. 

Deux fentes trds visibles, deux cheminSes zSbrent la paroi k 
droite de la tour; la fente de gauche (point F de la carte) est 
mauvaise et ne mSne k rien; quant 4 celle de droite, regar- 
dez-la bien : c'est la meilleure voie, la moins dangereuse pour 
arriver au sommet. Elle est reconnaissable k une 6norme pierre 
qui s'est encastr^e dans la partie inferieure, formant au-dessus 
d'elle une petite grotte. 

« Voil& notre chemin! » dis-je au guide, dds le premier coup 



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T£te dela Frema 



Hchelle du ZOOOO * 

Carte du Breg de Chambeyron 
D'apres un croquis du Lieutenant -Colonel Blazer 



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346 LIEUTENANT-COLONEL F. BLAZER 

d'oeil jet£ sur l'echancrure. « Non! » me r£pond-il; «on ne peut 
pas passer Ik; beaucoup ont essay£, mais n'ont pas pu. » 

— t Vous m'etonnez! Parions que j'y monte! » 

Je gravis les rochers jusqu'& la petite grotte; je grimpe 
jusqu'A la grosse pierre; un r^tablissement savant m'amgne 
au-dessus, dans la cheminge; celle-ci 6tant tr£s en pente et 
tapiss^e de glace noire, je prends les rochers k droite, pour 
£viter de tailler des marches ; les prises sont bonnes, mais fra- 
giles; il faut t&ter avant de s'en servir. Les pierres roulantes 
sont dangereuses pour ceux qui suivent. Attention, les amis ! 
garez-vous dans la grotte ! 

Le lieutenant Noel, trds hardi, m'a suivi dans mon esca- 
lade. Nous arrivons k un gros bloc de roche qui s'est encastrg 
aussi dans la chemin£e, comme la pierre du bas. II nous sert 
de fauteuil pour reprendre haleine; M. Noel s'y arrSte pour 
aller tendre la corde aux camarades. 

Je continue seul Pescalade par la chemin^e, devenue facile 
et, en quelques minutes, j'arrive k Fardte terminale du Brec, 
k 25 metres du sommet. Enfonc6, le guide ! 

II est 9 h. 45. Je h£Ie les camarades qui montent lentement, 
aides par le guide et le vaillant Noel. II faut prendre de grandes 
precautions pour que les pierres d£tach6es par les premiers 
n'atteignent pas les suivants. 

Je ne puis merae pas redescendre pour aider les camarades; 
les pierres que je ferais rouler tueraient toute la bande. Je 
dessine done en attendant. 

Le temps est redevenu beau, sauf du c6t6 de l'ltalie, oti des 
masses nuageuses assombrissent les valines et les font ressem- 
bler a des entries de regions infernales : a Taenarias etiam 
fauces... » Un souvenir classique hante mon cerveau. 

Du cote de la France, le soleil brille; le vallon de Fouillouze 
est trds lumineux ; les prairies semblent en or vert. 

Cependant l'escalade se prolonge; mes compagnons montent 
lentement, un par un, ou deux par deux, k cause des pierres. 

Enfin, & 10 h. 30, cur^s et lieutenants sont k mes c6t6s sur 
Parete. Le brave Meyran semble constern£ : il ne dit plus rien. 
C'est que ma cheminSe, a part le danger des pierres, est stire- 
ment moins p^rilleuse et surtout moins vertigineuse, que le 
chemin ordinaire par les rochers rouges. Aprds tout, les guides 
n'ont peut-etre pas int6r£t k diminuer les difficult^ de leurs 
montagnes. Quelques minutes suffisent pour gagner la pyramide 
terminale. 



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si 



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E8CALADE DU BREC DE CHAMBEYRON 347 

Le sommet du Brec est un plateau couvert de cailloutis, 
incline vers la France et qui tombe brusquement k pic vers la 
valine de Fouillouze. 




Profil du Brec de Chambeyron 

La vue doit etre trds 6tendue; malheureusement les brouil- 
lards limitent nos horizons. Fouillouze est k nos pieds, tres 
net; on voit des gens dans les rues. lis nous regardent, ils 
nous voient certainement nous profiler sur 1'arSte. 

Mais il faut songer k redescendre. Montrez-nous votre che- 
min, Meyran! C'est, entre les sommets S. et N., une mu- 
raille rouge, presque & pic, avec de petites corniches que le 
guide appelle complaisamment « des plateaux ». 

Les prises sont rares, mais bonnes. En somme, c'est assez 
vertigineux. Au bas de la muraille, il y a quelques metres 
d'6boulis tr&s raides, puis un k pic qui tombe dans le coup de 
griffe plein de glace qui constitue la branche 0. de la 
fourche terminate du grand couloir. C'est Ik qu'est tombe* 
Bujon. C'est sur cette corniche, sur Tun des « plateaux » de 
Meyran, qu'il 6tait assis, la tete tournSe vers le vide; et, sou- 
dain, son compagnon le vit se pencher doucement en avant, 
vers le gouffre, qui l'attirait comme la gueule du serpent attire 
les petits oiseaux. 

Pris d'un furieux acc&s de vertige, il s'en allait irr&istible- 
ment vers la mort. Son corps, auquel l'&me ne commandait 
plus, glissa de la corniche, vint s'abattre sur l'£boulis et, en 
trois bonds, sauta dans le couloir qui le happa, ainsi qu'une 
proie. II fila k toute vitesse, d6j& mort, sur le miroir incline de 
la glace vive et vint s'6craser dans les rochers du coude oil le 
grand couloir se rejette k TO. dans la direction du Lac Long. 



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348 LIEUTENANT-COLONEL F. BLAZER 

Invocation de cette sc£ne tragique, en nous attristant, nous 
inspira des precautions salutaires. Nous primes la corde et 
piano, sano, nous op&r&mes la descente, moi en tete pour cher- 
cher les « plateaux », Meyran en queue pour retenir. 

Telle une chenille arpenteuse qui progresse lentement, sa 
queue venant rejoindre sa t£te, telle notre petite colonne 
d6valait lentement, de plateau en plateau. 

Sous la grande tour du sommet, nous retrouvames le chemin 
de la mont£e. Et ce fut la retraite par les corniches et les 
6boulis jusqu'gt la « cantine » oft nos bagages nous attendaient. 

II £tait au moins une heure apres-midi; il £tait temps de 
dejeuner. Mais d£sireux d'avoir de Peau fralche, nous prSte- 
rftmes redescendre jusqu'au fond de la cuvette de la Gypiera, 
entre le Lac Long et le cone de dejection du grand couloir. 

Ah! le joyeux dejeuner, en face de notre montagne vaincue, 
qui, de temps en temps, comme un reproche ou une menace, 
laissait rouler de notre cote de vraies avalanches de rochers. 

Cette arete voisine de la Gypiera finira par disparaitre, car 
les eboulements y sont continuels; la roche ne tient plus... 

Et toi aussi, noble cime, Brec gigantesque, tu disparaltras 
un jour! ta t§te formidable croulera dans le couloir Bujon et tes 
murailles orgueilleuses s'^taleront, pulv^ris^es, dans les gboulis. 

Mais ce n'est pas nous qui verrons ces choses. En attendant, 
buvons, en face du g£ant vaincu! A votre sant£, MM. les Cur& 
de Maurin et de Fouillouze! Dans cette solitude impression- 
nante, oil nous venons de risquer notre vie ensemble, personne 
ne nous en voudra de r^aliser, pour un moment, l'union du 
goupillon et du sabre. Notre dejeuner se prolongea, au milieu 
de la gaite la plus franche. Nos deux priHres etaient de joyeux 
convives, d'aimables compagnons . 

Le temps etait redevenu beau et le soleil edairait merveil- 
leusement la ftere montagne ceinturee par son couloir de neige 
comme d'un baudrier d'argent. 

Avant de quitter le plateau du Lac Long, nous montfimes 
tous sur Imminence rocheuse oH les officiers du 28* bataillon 
de chasseurs ont eleve une croix k la m£moire de leur malheu- 
reux camarade, le lieutenant Bujon. 

Nous salu&mes ce brave, mort k vingt-six ans, k P&ge oil la 
vie s'ouvre, riante et douce, devant les hommes. 

Puis nous deval&mes rapidement vers Fouillouze. 

Le lendemain, 17 Juillet, nous redescendions PUbaye, pour 
aller prendre part aux manoeuvres sur la Durance. 



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ESCALADE DU BREC DE CHAMBEYRON 34* 

La moniagne se fit petite derriere nous; le soleil plus 
ardent brula notre nuque sans r^ussir toutefois k tarir la 
gaiety franche qui planait sur mes jeunes hommes, en inter- 
minables chansons : 

Ghantez, mes chasseurs ! Chantez bruyamment! 
L'espace est a nous. Rien ne nous effraie. 
Meiez vos refrains aux plain tes du vent, 
Au son du tonnerre, aux cris de l'orfraie ! 

Tan tot dans le blanc, tantot dans le bleu, 
Parfois dans les fleurs, souvent dans la neige, 
Nous allons, bravant le froid et le feu, 
Azur de Provence ou ciel de Norvege. 

... Nous aimons la gorge ou fuit l'avalanche, 
Les grands 6boulis ou la perdrix blanche 
Jette aux echos lents ses rires moqueurs, 

La pente ou la brise eftleure les seigles 
Les pics argents ou planent les aigles 
Le Ciel est a nous. Chantez, mes chasseurs ! 

Et le long des routes embrasees, ou nos colonnes soulevaient 
d'lnormes nu£es de poussiere, entre les collines brtitees de 
soleil, combien de fois j'ai revu en reve, avec un regret, Me 
frais vallon de Fouillouze; la cuvette du Lac Long, toute 
z6br£e de neige; la haute silhouette du Brec avec sa chemi- 
n6e de glace vierge et sa ceinture de rochers bruns; et le joli 
Lac des Neuf Couleurs, endormi dans sa solitude de glace, au 
pied de la crete 61£gamment dentel^e des Aiguilles de Cham- 
beyron. 

Lieutenant-Colonel F. BLAZER. 



24 



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ILLUSTRATIONS 



1° Valine du Tabuc. — Cliche de M. A. Lezer, photographe a Marseille. 
Cette vallee est un de nos plus jolis recoins des Alpes du Haut Dauphin 6. 
EUe nous fut revetee par les adpinistes de la premiere heure eo route 
pour le Glacier du Monestier, le Col de Seguret-Foran, ou pour le lac de 
l'Eychauda par les cols de Montagnole et des Grangettes. Parcourue par 
les Guillemin, Coolidge et autres, eOe fut meme dotee d'un refuge par 
M. Evariste Chance), refuge qui malheureusement fut emporte peu apres 
par une avalanche. Placee sur la route du Lautaret a Briancon, a quelques 
centaines de metres du MonStier-les-Bains, elle devrait 6tre beaucoup plus 
connue du grand public. 

LeMonfitier est admirablement place* pour devenir un centre de villegia- 
ture : point de depart du col de l'Eychauda, au pied d'ascensions au pano- 
rama superbe comme le Grand Area, au bord d'un beau ruisseau comme 
la Guisane, dans les prairies, a l'oree enfln de la vallee du Tabuc, ou 
torrents, melezes, pr6s-bois, glaciers, tout concourt a la f ratcheur du paysage. 
Malheureusement le Monltier est rest 6 un peu en arriere dans le mouve- 
ment de Tindustrie de l'6tranger. Dou6 de deux sources thermales efQcaces, 
ce centre deviendra peut-etre un jour aussi connu que la Grave et le 
Lautaret face & la page 332. 

2° Brec de Chambeyron. — Photographie de M. ie chevalier V. de 
Cessole face & la page 342. 

3° Brec de Chambeyron, de la Pointe E. de l'Aiguille de Cham- 
beyron. — Photo de M. le chevalier V. de Cessole. Le grand couloir de 
droite qui zebre la face du Brec, est le couloir Bujon.. . face a la page 346. 

4° Marbore. — Photo de M. Marcel Spont. Cette magniflque plaque repr£- 
sente le fond du Cirque de Gavarnie et le Marbore, aux plissements 
geologiques si curieux. Bien qu'elle soit prise a l'opposite, nous rapprochona 
cette photograpie des deux suivantes, car le Marbore appartient aussi au Cirque 
d'Estazou que commando la Breche de Tuquerouye.. . . face a la page 348. 

5° Mont Perdu, de la Breche de Tuquerouye. — Photo de M. Lourde- 
Rocheblave. Cette plaque et la suivante font pour ainsi dire panorama. On 
voit a gauche les rochers de la Breche de Tuquerouye, le Mont Perdu 
et le Col du Mont Perdu face & la page 350. 

6° Refuge Lourde-Rocheblave, a la Breche de Tuquerouye. — 
Photo de M. Lourde-Rocheblave. Le refuge est niche - dans la Breche de 
Tuquerouye, a 2.666 m., entre les cirques d'Estaub6 et d'Estazou, en 
vue du Mont Perdu (v. l'illustration pr6c6dente), du Cylindre (au centre de 
l'illustration presente), du plateau de Marbore" (sur la droite) ; le Marbore 
lui-meme(v. Illustration n° 4) est plus a droite encore. Refuge ouvert, dit 
le Manuel <T Alpinisme; ce n'6*tait pas son cas, lors des fetes de Paques : 
MM. Falisse, Robach et Salenave, apr&s mille difficult^s pour remonter le 
couloir de Tuquerouye, rempli de neige fraiche, furent fort empfiches d'en- 
trer dans le refuge par un bloc de pros de 3 metres cubes, et ils durent 
p6n6trer par une fenStre Le refuge est ouvert disions-nous, mais par une 
combinaison particuliere c'est le materiel qui est enferme dans des 
armoires, dont lesctessonta Luz, Gavarnie, H^as, Fabian. Le bois est loin, a 
4 heures, au Coumalia, et l'eau se trouve au lac glace, a 15 metres du 
refuge. II peut contenir douze personnes face d la page 352. 



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3 « 



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EXPLORATIONS NOUVELLES EN 1904. 

Aiguille de Scolette (3.500 m.), par r Arete E. — 29 Juin 
1904. — V. Balmain et E. Gaillabd, sans guides. — La cara- 
vane ci dessus suivit Fitine>aire que voici. — Remonter le Ru 
du Fond a 45 min. au-dessus des Granges du Fond. De l'arete E. 
descendre vers le N. (bien a TO. du couloir du Passet) deux cou- 
loirs neigeux ou rem p lis d'£boulis suivant la saison. Prendre de 
prSterence celui de droite (le plus proche du sommet). En 1 h 15 
on atteint FarSte E.;suivre cette ar§te en contournant les diffl- 
cultes dans la premiere partie par le N., dans la deuxieme par le S. 
On arrive en 2 h. 30 au pied de la tour rocheuse qui constitue le 
sommet et qu'on gravit par le S. en 10 min. Total 4 h. 40. 

Cette ardte est partout rocheuse, sauf un petit parcours bien 
visible des Granges du Fond, ou elle est neigeuse. 

Les temps indiques sont plutot longs : lorsque la montagne est 
d6barrass6e de neige ils peuvent etre sensiblement diminues. 

Cet itine>aire est beaucoup plus inte>essant que ceux du versant 
francais habituellement suivis, soit par les Chalets du Vallon, soit 
par l'arete N. (celui-ci est le plus court mais consiste en une montee 
fastidieuse dans les eboulis jusqu'au pied de la premiere dent). 

Communication de M. E. Gaillabd 

Massif de Belledonne : Crdtes de Mirbel et de Jasse- 
Bralart. — Eti 1904. — J. Ancbt, guide, et Ed. Dbvillaz, mule- 
tier. — Ces deux montagnards ont execute le trajet de Tun a r autre 
col de Vaudaine entierement par les cretes, c'est-a-dire en fran- 
chissant les pointes de Mirbel et de Jasse Bralart Cette course, tres 
int^ressante comme vue et comme escalade, peut soutenir la compa- 
raison avec la traversee des Trois Pics de Belledonne ; le mauvais 
etat de la roche ne laisse pasde rendre certaines sections assez dedi- 
cates. 



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352 CHRONIQUE ALPINE 

Ces deux montagnards ont, le memo 6te\ gravi en 12 min. et dee- 
cendu en 10 min. le Pic Lamartine. 

En fin Septembre, M. Lory a fait avec J. Ancey le tour du 
groupe Belledonne — Grande Lance de Domene, par les cols des 
Lances, de la Balmette et de Belledonne : c'est le moyen de visiter 
en un jour les trois seuls glaciers du massif. 

Renseignements de M. P. Loby. 

NOUVELLES ALPINES. — Alpes du N. au S. 

Chamonix. — Les fortes chaleurs de la fin du mois de Juin ont 
fait rapidement fondre la neige sur les hauteurs. Toutes les ascen- 
sions, les grandes pointes comprises, peuvent se faire actuellement. 
Le Mont Blanc a deja e* t6 gravi plusieurs fois. L' ascension de F Ai- 
guille du Gr^pon s'est effectu6e pour la premiere fois cette annee, le 

3 Juillet. Les nombreux trains qui circulent du Fayet & Chamonix 
arrivent bonded et la saison touristique, quoique peu prgcoce, s'an- 
nonce brillante. D r Payot. 

MM. Millochau et Stefanik, attache's a TObservatoire de Meudon, 
avec les guides Edmond Ravanel, Antonin Claret-Tournier, Henri 
Carrier et quatorze porteurs sont partis pour le sommet du Mont 
Blanc le 17 Juin. lis ont mis 7 h. 45 de marche pour arriver aux 
Grands Mulets, ou ilsont s6jburn6 2 jours. Partis le 19 a 6 h. mat, 
ils arriverent au Refuge Vallot a 5 h. s. et y coucherent. Enfln, le 
20, ils partirent a 9 h. 45 mat pour la cime ou ils arriverent a 

4 h. 30 s. 

Le sommet a recu cette ann6e une 6norme quantity de neige 
et la temperature minima de Fhiver a 6t6 interieure a 40\ 

Courmayeur. — Diverses grandes ascensions ont 6t6 deja faites 
en profitant de rares journeys convenables : Aiguille de la Brenva, 
par M Centner de Berlin, avec L. Croux et L. Petigax; Aiguille du 
Geant, par M. Bistor, avec un guide tirolien. 

La route du Petit Saint-Bernard vient, par d£cret royal, d'etre 
inscrite au rdle des routes provinciales. 

L. Babeux, g6rant du Rifugio Torino, 2/7/05. 

Val d'Isdre. — L' animation dans la montagne bat son pleinjles 
troupeaux sont tous dans leurspaturages; la plaine est 6maillee de 
fleurs;les melezes ont toute leur verdure. L'Iseran est livre a la circu- 
lation et les habitants de la haute valine de la Maurienne 1'ont tra- 
verse* a diffe>entes reprises durant le mois de Juin, avec des trou- 
peaux de be* tail venant des foires de la Tarentaise. 

Victor Makgabo, guide de l n cl. 9 3/7/05. 



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5 §. 



5 ^ 
^ 4: 

05 •* 



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NOUVELLES ALPINES 358 

Pralognan. — LTinalpage a eu lieu, comme les ann6es pr£ce- 
dentes, le 22 Juin. 

Deux caravanes anglaises ont fait rascension de la Grande Casse, 
Tune le 3 Juillet, l'autre le lendemain 4. Ce sont les deux premieres 
courses de glaciers faites a Pralognan pour la saison estivale 1905. 

Le Col de la Vanoise est ouvert a la circulation des millets. Une 
premiere caravane de millets est allee par le col a Termignon, le 
4 Juillet. Joseph Antoine Favre, guide de l ra cl., 5/7/05. 

La Grave. — Plusieurs alpinistes ont deja passe* ici. M. Helbronner 
qui entreprend toute une campagne g6odesique dans le massif 
des Ecrins a 6te* conside'rablement gen6 et par les pluies tombles en 
Juinet par les neiges que les chutes du printemps ont accumulees sur 
lessommets. Beaucoup des signaux qu'il a fait construire Tan 
dernier sur les sommets a viser sont encore ensevelis sous la neige 
et de ce fait son travail, qui est considerable, subit un retard appre- 
ciable. 

M. Georges Devin est revenu a nos Alpes Dauphinoise*. II a passe* 
le Col de la Lauze, le Col de la Casse Deserte et ascensionne* la 
Grande Ruine. 

Lautaret. — Le service automobile fonctionne parfaitement. Le 
service qui part le matin du Bourg d'Oisans permet de passer 
6 heures au Lautaret. La flore est en ce moment de toute beaut6, 
favorise'e qu'elle a 6t6 par les dernieres pluies. 

Montgendvre. — Une compagnie du 28* Chasseurs Alpin est 
cantonn6e ici depuisle 22. — Si avec la pluie que nous avons il vient 
un peu de chaleur les rScoltes seront satisfaisantes. — Les tou- 
ristes commencent a venir, c'est le beau moment; les pres sont 
6mailles des fleurs les plus diverses. Marthe Rignon, 1/6/05. 

Vallouise. — Le l 67 Juillet, le torrent qui descend du Glacier de 
la Momie, grossi par la pluie et la fonte des neiges, a ravine et 
ensabte aux environs du Refuge Cezanne le peu de verdure qui 
reste. II serait bien urgent de faire un endiguement pour delourner 
les eaux de ce torrent. 

M. Jules Gauthier, le fils de l'ancien guide, vient de faire remettre 
a neuf l'ancien hotel du Mont Pelvoux. 

Eugene Estibnnb, guide de l re cl., 1/7/05. 

Aiguilles. — On ne trouve plus une villa a louer. On parle de 
r66diter la « Fete des Moissons » de Tan dernier. Promenades, garden- 
parties, gymkanas sont en perspective. 

Un accident d'automobile a eu lieu a la descente des Tourni- 
quets. A la suite de la rupture d'un frein la voiture dirig^e par le 
mecanicien contre le talus de la montagne n'a eu qu'un rayon de 



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854 CHRONIQUE ALPINE 

roue brise\ II est necessaire que dans nos montagnes les voitures 
soient munies de freins puissants il est vrai, mais aussi tres resis- 
tants. On sait que la nouvelle route evitera cette terrible descente. 

Ctemence-d'Ambel. — Les pluies de Juin sont venues contre- 
balancer la secheresse de Phiver, et les montagnes sont tres belles 
en ce moment Les transhumants sont tous a la p&ture. 

Les montagnes sont libres de neige jusqu'au glacier ; nous avons 
eu ici beaucoup de promeneurs.Des offlciers du 14* Chasseurs Alpins 
ont, au nombre de neuf, pris part a des excursions et passe des 
ools, du 20 au 25 Juin. 

De nombreux alpinistes sont attendus cette annee dans notre 
valine. Philomen Vihcbnt, guide de 1" cl., 1/7/05. 

Gap. — Les transhumants ont passe en grand nombre ; en moins 
d'une semaine, nous avons eu un passage de plus de 4.000 t6tes de 
moutons. 

Saint-Martin V6subie. — Par suite du mauvais temps qui 
continue a sevir regulierement dans la montagne, la neige recouvre 
d'une facon anormale les hauts sommets et surtout les combes 
supe>ieures. A remarquer que les cimes de la Gordolasque sont beau- 
coup phis blanches que celles des autres regions : ainsi, la courbe 
neigeuse commence au Refuge Nice et s'etend uniformement jus- 
qu'au sommet du Mont Clapier. 

Parmi les principals ascensions accomplies ces temps derniers, il 
faut citer celle de la Gime des Gelas (3.135 m.) par le couloir S. 0. y 
reussie le 23 Juin par M. Diaz-Baye et le guide Jean Plent: fait 
notable, l'extreme arfite se trouvait encore a cette epoque surmontee 
d'une superbe corniche de neige de plus d'un metre de hauteur. 

Jean Baptiste Plbht, guide, 30/6/05. 

Chennes et Pyr&nlea. 

Aigoual. — Routes en bon 6tat. II est venu a l'Observatoire 
219 touristes avec 21 autos, 7 bicyclettes, 17 voitures a 2 chevaux. 

Th£bond, observateur, 1/7/05. 
Campan. — Des signaux en pierre seche ont ^te construits au 
Gastelmouly, au Pic d'Aste, et au Pic de la Bouche. 

Lb Bondidihb, 4/7/05. 
Bagndres de Bigorre. — Le Col du Tourmalet (2.122 m.)est 
ouvert aux voitures depuis le milieu du mois de Juin. 



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CHEMINS DE PER, ROUTES ET SENTIERS 3o5 

CHEMINS DE FER, ROUTES ET SENTIERS 

Funiculaire du Montenvers. — Dans sa stance du 2 mai 
1905 le conseil g6ne*ral de la Haute-Savoie a adopte" un rapport sur 
cette ligne. Le traits de concession a 6te" consenti le 4 mars 1897 
et approuve* par la loi du 6 aout 1897. Mais les concessionnaires ont 
demande Fabrogation de la clause les obligeant a construire une 
deuxieme voie dans le cas ou la recette brute kilome'trique attein- 
drait 40.000 fr., conside>ant cette clause, peut-6tre juste dans les con- 
ditions ordinaires, prohibitive pour eux de la construction, par 
suite des difficult^ de doubler la voie contre de pareilles pentes. 
Le conseil general accepta cette modification qui a son tour ne fut 
pas approuvee par la commission des travaux publics de la Chambre. 
Dans sa derni&re session le conseil g6ne>al main tint sa facon de voir 
en chargeant le depute* du Faucigny de suivre sa nouvelle delibe- 
ration aupres des pouvoirs publics. 

L'affaire vient enfin de revenir devant le Parlement et le rapport 
a ete* adopte apres urgence d6claree. 

Une soctete* anonyme s'est formed pour £tre substitute au con- 
cessionnaire. EUe est au capital de 3.200.000 fr., dont moitie* actions 
et moitie obligations. L'alTaire en est la. Ces retards sont certaine- 
ment tres prejudiciables a la valine de Chamonix. 

Chemin de fer du Ghampsaur. — Le 2 Mai 1905, a 6te" 
promulguee la loi declarant d'utilite* publique Fetablissement, a 
titre d'interSt general, du chemin de fer a voie Stroite de 1 m. 
de largeur et a traction eUeatrique de La Mure a Gap par Corps, 
avec embranchement sur Valbonnais,en prolongement de la fameuse 
et pittoresque ligne de Saint Georges — de Commiers a La Mure. Le 
trace* suit a peu pres celui de la Route Nationale. Pourtant, a La 
Mure,afin d'6viter la forte descents du Pont Haut (6 a 8 pour 100), 
le chemin de fer faitun large crochet aPE. De meme pour 6viter la 
descente du Pont de la Trinity, aussi bien que pour desservir Saint- 
Firmin un coude ira encore vers FE. A Brutinel, au pied du Col 
Bayard, le trace se dirige vers le Pont de Frappe, d'ou il remonte vers 
le Col de Manse; de la, par un lacet a FO., il revient vers Gap. 

Au point de vue des alpinistes, ce chemin de fer aura le grand 
attrait de desservir le Valjouffrey (de la station de Valbonnais a 
la Chapelle en Valjouffrey, il n'y aura plus que 11 kil. qui seront 
desservis probablement par des courriers en voiture), le Valgaude- 
mar (de la station de Saint-Firmin a la Chapelle en Valgaudemar, 
16 kil) et enfin le Haut Ghampsaur (de la station du Pont de Frappe 
aux Borels en Champoleon, 13 kil.); ce seront enfin les massifs de 



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a*6 CHRONIQUE ALPINE 

Chaillol, du Sirac et le revere S. du massif des Ecrins, si peu connus, 
mis a la portee de tous. 

Route du Queyras. — Les travaux de rectification de la 
route de la Viste — suppression de la mont£e de la Viste et de 
la descente des Tourniquets — sont mis en adjudication a 
250.000 francs. On prevoit trois annuites. 

Service Bagn6res-Luchon, Bagndres-Lourdes. — Le 
Syndicat d' Initiative a organise* les services de cars suivants, du 
15 Juiliet au 15 Septembre (cars a deux places, couverts) : — 1° de 
Bagneres de Bigorre a Luchon. Depart trois fois par semaine de 
Bagneres le matin, Col d' Asp in Arreau, Col de Peyresourde. Arrived 
k Luchon le soir. Prix 12 francs par place, par voyage simple. — 
2° de Bagneres d Lourdes et vice versa. Depart tous les jours des 
deux villes. Prix, aller et retour, 4 francs. Aller 2 fr. 50. 

L. L. B. 

Sentier du Col du Clot des Cavales. — Le trace" vient 
d'etre etudie" sur le terrain par MM. Berge, president de la Section 
de Tlsere du C. A. F. et Dagalier, ingenieur de la Compagnie P. 
L. M., celle-ci accordant gracieusement son concours technique. 
Le guide Jean Baptiste Rodier, maire de Saint-Christophe, etait 
present. On espere que les pouvoirs publics s'interesseront a ce pro- 
jet qui ouvrirait un debouch 6 a la valine de la Be>arde. 

Une route au Col de la Vanoise. — Le Conseil General de 
la Savoie vient de voter 11.000 francs pour l'ltablissement d'un 
chemin au Col de la Vanoise, en rectification de la partie du che- 
min actuel qui est situe'e entre le Refuge F61ix Faure et le pied de la 
moraine de la Qrande Casse : le passage de la Vanoise est class6 
comme d'inte>6t communal de Pralognan a Termignon. C'est l'ache- 
minement vers la route carrossable et le changement du refuge 
en un grand hotel. 

Dans le Valjouffrey. —On vient de mettre en adjudication un 
chemin de 12 k. destine a relier La Chapelle en Valjouffrey au Desert. 



REFUGES ET HOTELS. 

Hdtellerle-Refuge du Pio du Midi, au col de Sencours 
(2.378m.). — Ce refuge vient d'&tre concede a la Section du Club 
Alpin de Bagneres de Bigorre qui Tadministrera. — Le tenancier j 
s^journe du 10 Juiliet au 30 Septembre environ; les dates exactea 
d'ouverture et de fermeture sont donnees dans les centres d'excur- 
sion des environs. On y trouve des lits et des repas au tarif 61abor6 



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REFUGES ET HOTELS 357 

par la Section. — Adresser toute demande de renseignements k 
M. Le Bondidier, Campan (Hautes- Pyrenees). 

Refuge du Jardin d'Argentiere. — Durant le mois de Juin 
la neige s'est amonceiee sur les hauteurs et le Jardin d'Argentiere 
n'est pas suffisamment degarni pour permettre aux ouvriers de 
commencer les fondations du refuge. Son Edification sera retarded 
et les touristes ne pourront pas en proflter avant la fin du mois ; il 
faudrait dix jours de beau temps ininterrompu pour permettre de 
l'inaugurer au 15 Juillet. D r P. 

Refuge du Col du Midi. — Des vandales ont encore, l'annle 
derniere, bris6 quelques planches du lit de camp pour faire du feu. 
De nombreuses ouvertures laissent passer la neige et un comple- 
ment de 10 metres de toile goudronn6e pour les boucher etde 4 a 
5 metres de couvre joints est n6cessaire. 

L'6tat de ce refuge est si precaire que, pour eviter chaque annee 
des reparations couteuses, il faudra songer k 6 tablir un nouveau 
refuge plus solidement construit. Pour empdcher les depredations la 
Section de Chamonix pense qu'il faudra remplacer le fourneau k 
bois par un fourneau a alcool. D r P. 

Refuge du Couvercle. — II a merveilleusement resiste aux 
intemperies de Phiver : tout est sec a l'interieur. D r P. 

Raf aga Vailjt. — La double porte est de nouveau arrachee, 
mais la neige qu'il contenait est d6blay6e. D r P. 

Refuge Charlet, a la Gharpoua. — Ge refuge est en excel- 
out etat. D r P. 

Refuge Cezanne. — Depuis l'agrandissement de ce refuge, il 
etait question de mettre un gerant ; la Section de Briancon du 
C. A. F. a resolu enfln cette question toujours delicate. Le refuge 
sera desormais garde en et6. Le gerant y est monte depuis le 
2 Juillet. 

Refuge du Mont Pourri. — Ce refuge est laisse dans un etat 
deplorable, volets arraches, toutes vitres cassees, lit de camp sans 
couvertures et meme sans paille, podle sans porte ni couvercle ; en 
re tat, il est inhabitable. 

Signalons en passant qu'il est mal porte sur la carte E. M. F. on 
il est place beaucoup trop bas. Au lieu d'etre comme l'indique la 
carte Uk.au N. O. du Lac Merlou, il est entre le Lac Merlou 
et le Col du Pourri, a 100 m. d'altitude au dessusdu lac, d'ou il est 
d'aiUeurs invisible, sur la rive droite du petit torrent qui descend 
du col. II se trouverait sur la carte E. M. F. a la partie sup6rieure 
de la premiere branche de P M de Mont Thuria. E. G. 

Chalet-Refuge de Rabuons (2.540 ra ) — Le refuge, inaugure 



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358 CHRONIQUE ALPINE 

brillamment le samedi 15 Juillet 1905, est desormais k la disposi- 
tion des touristes. Garde* par un ge>ant pendant l'6W, il sera ferine" 
Thiver, mais du 1** Octobre au l er Juillet, on pourra se procurer 
les clefs a la Maine de Saint Etienne de Tin^e, sous reserve de se 
conformer aux prescriptions afflch6es a la mairie et a l'interieur du 
refuge. 
Le tarif est le suivant : couchage 1 fr.; petit dejeuner 1 fr. k 

1 fr. 25 ; boissons et raets a la carte ; repas de guide (vin compris) 

2 fr.; pension de touristes (4 jours au moins) 7 fr. par jour; reduc- 
tion au C. A. F. de 50 0/0 sur le couchage, de 10 0/0 sur les autres 
articles. (Pour plus de details, voir k la page VI des annonces). 

Cambrioleurs. — Nous avons mentionne en son temps la 
visite int£ressee qu'avaient subie le Refuge Felix Faure, et le Refuge 
Ballif Viso. 

Voici maintenant que nous apprenons que le chalet du Plateau 
d'Emparis aet^misasac cethiver;ilasubiun veritable dSmenagement. 

Enfin, tout recemment les gendarmes de la brigade estivale du 
Col Agnel ont constate que le Refuge Departemental a 6t£ cambrioU : 
les serrures ont ete emportees, la canalisation en plomb arrachee et 
voile. Des objets inutilisables ont 6t6 stupidement d6t6riores : la 
caisse de reserve des verres a vitres a ete mise en pieces. 

Si la police ordinaire ne sufflt pas, ne pourrait-on pas faire appel a 
la police secrete et, le coupable trouve\ faire un exemple. 

Le refuge Agnel est un des six refuges Napoleon construits par le 
departement des Hautes Alpes avec les fonds d'un legs laisse, a ces 
vues, par Napoleon I*\ Ces refuges sont gardes, a 1' exception de 
celui du Col Agnel qui a et6 desaffecte\ en vue d'y loger l'6t6 une 
brigade de gendarmerie. L'hiver le refuge se trouve done ferine* 
et l'etl les touristes ne peuvent plus Futiliser. 

On a trouve au prin temps le corps d'un ouvrier mort de froid au 
col, que le refuge ouvert eut sauve\ 

Ne pourrait-on le faire garder dans les memes conditions que les 
cinq refuges des cols Izoard, de Manse, Lacroix, du Noyer, de Vara? 
Ne serait-il pas possible de faire pour la brigade estivale de 
gendarmerie une annexe legere et peu couteuse et de conserver au 
refuge sa destination premiere, de secourir les ouvriers de passage? 
Les touristes pourraient profiter eux aussi de cette belle b&tisse, 
qui, si elle etait en Suisse, serait certainement utilisee. 

DIVERS. 
Office O^n^ral du Tourisme k Pralognan. — Depuis long- 
temps, dans les centres alpins, certaines difficultes d'ordre inU- 



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DIVERS 359 

rieur apparaissaient, qui n'6taient pas faciles k solutionner. L& ou 
s'arr6tait la voiture publique, les voyageurs descend aient : quand il 
n'y avait qu'un hotel, cela n'avait pas d'incon v^nien t ; mais s'il y 
en avait plusieurs, c'£tait la lutte commercial, le pays en deux ou 
trois camps. A la Grave on fut oblige d'arr&ter la voiture au bu- 
reau de Poste. 

Tons les centres ne sont pas, comme Chamonix, assez impor- 
tants pour avoir un bureau des Guides, et s'il n'y a pas de bureau, 
c'est la concurrence de l'hotelier qui est bien avec tel ou tel guide 
etmal avec d'autres; ceci au grand detriment du voyageur. 

Pralognan a trouve' la solution Elegante de la question. Le Syn- 
dicat d'Initiative de la Savoie, aide* du P.-L.-M. et du Club Alpin 
Francais, vient de faire b&tir de toutes pieces un Office G£n6ral du 
Tourisme. II comprend, en dehors du bureau, un logement pour 
un ggrant, une salle pour le public une piece pour les bagages. 

Place au centre, sur le bord de la route, pres de l'entrle du 
chemin muletier du Col de la Vanoise et du Refuge Felix Faure, il 
aura l'avantage primordial de constituer un bureau de renseigne- 
ments gratuits, indipendant des hdtels et des interits particuliers. 

En mime temps, et c'a 6te* la cause determinants de cette crea- 
tion, ce sera le Bureau de la correspondance du chemin de fer 
P.-L.-M. par le service des cars automobiles, inaugure le 15 juin, entre 
Moutiers et Pralognan, le point terminus d'arrivee et de depart de 
toutes les voitures, ainsi que du service muletier des billets circu- 
lates par la Vanoise, sous la surveillance d'un chef de gare d61i- 
vrant les billets, enregistrant les bagages et messageries. 

Ce sera enfln le rendez-vous des touristes, alpinistes, cyclistes, 
voituristes, guides et porteurs breveted du Club Alpin, mule- 
tiers, etc. C'est la. que s'ope>eront les transactions relatives aux 
courses. Toutes les cartes, livrets-guides, horaires, albums y seront 
gratuitement & la disposition du public. 

Toutes facility aux touristes, pas de discussions possibles, un 
service automobile, des billets circulates pour le passage de la 
Vanoise, de beaux refuges, de magnifiques excursions, des hotels 
de tous genres : voil& Pralognan qui de vient un de nos meilleurs 
centres de tourisme. 

Distinctions. — Tous les alpinistes qui se sont arr6t£s au 
Petit Saint-Bernard ont garde" le meilleur souvenir de l'accueil 
affable que leur faisait, il y a de longues ann£es d6j&, et que leur 
fait encore l'abb^Chanoux, chanoine-recteur de PHospice. A propos 
de son jubile* sacerdotal (7 Juin 1905) S. M. le roi d'ltalie a voulu 
donner a ce savant et & ce d6vou6 un temoignage de sa haute 



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360 CHRONIQUE ALPINE 

estime en le nommant commandeur des SS. Maurice et Lazare. 

Un detail fera saisir la cordiale affability du recteur Chanoux. 
C^tait un excellent alpiniste, cbercheur comme nous l'avons tous 
6te* de premieres ascensions, et aux saisons intermediates il pro- 
fltait de quelques loisirs pour faire des excursions botaniques et 
aussi des explorations alpines dans le massif alors si peu connu du 
Rutor. Dans une de ces causeries pleines d'abandon qu'il venait 
faire avec vous, tout en vous faisant savourer un exquis samba- 
glione, il allait jusqu'a vous donner — ce que peu d'alpinistes de 
ma connaissance eussent fait a sa place — le r&ultat de ses etudes, 
de ses d^couvertes alpines, vous incitant meme a profiter du beau 
temps pour aller escalader telle pointe encore sans nom sur la carte, 
et naturellement encore inexplor£e. N'est-ce point caractenstique 
d'une cordiality rare. 

Gongres des Glacieristes. — La Conference intern a tionale 
des Glacieristes tiendra sa troisieme session, du 6 au 9 Septembre, 
a la Maioja. Elle 6tudiera sp£cialement le grand Glacier de Forno. 

Un record de marche alpine. — Un alpiniste de Gap 
vient de faire le pari que, partant a pied de Gap en m&me 
temps que partirait a bicycle tte le dStenteur du record de vitesse 
a bicyclette Gap-Col Bayard, il arriverait en m6me temps que ce 
dernier. II a gagne* de 18 minutes, prouvant de solides poumons et 
un bon entrafnement. La difference d' altitude est de 1.246 — 743 
= 503 m. et la distance de 7 k. 5,1a pente moyenne de 6.7/100, avec 
des coups de colliers de 8,4/100 sur 2.100 m,de 8,5/100 sur 740 m. 
et m£me de 10/100 sur 700 m. 

EN SOUVENIR. 

Barthelemy Daniel, 1849-1905. — Ge guide, conseiller municipal 
de Belvedere (Alpes Maritimes) et guide de 2 e classe de la Section 
des Al pes Maritimes, est d6c6d6 le 17 Juin, apres une longue maladie. 
C'6tait Tun des plus anciens guides de Belvedere, il avait gravi la 
plupart des cimes des massifs entourant la haute valine de la Gordo- 
lasque et avait pris part a plusieurs premieres ascensions. II s'6tait 
rendu utile au Club Alpin lors de la construction du Refuge Nice, 
et par ses excellents services avait me>ite* la m6daille des guides 
que la Direction Gentrale lui avait recemment d6cern£e. 

Le guide Daniel, par son affability et sa bonte\ s'Stait attire* la 
sympathie g6ne>ale ; il emporte les regrets de tous ceux qui Pont 
connu et notamment des touristes qu'il eut maintes fois 1' occasion 
d'accompagner dans la region de la Gordolasque. 



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OUVRAGES DIVERS 

A. Mosso. — Labor atoire scientifique international du Mont Rosa; 
Travaux de i*ano6e 1903, publics par A. Mosso, directeur du Labo- 
ratoire de Physiologie du Mont Rosa (1 vol. in-8; Turin, 1904). 

Lorsque la construction de l'observatoire des Bosses, au Mont 
Blanc, eut demontr6 la possibility de sojourner, de construire et de 
iravailler aux gran des altitudes, le Club Alpin Italien entreprit la 
construction d'un refuge au Mont Rose. A l'instigation de M. Angelo 
Mosso, prof esseurde physiologie a l'Universite de Turin, onadjoignit 
au refuge une piece destin6e specialement a servir de laboratoire 
aux personnes qui entreprendraient des recherches scientifiques. La 
construction fut ediflee en 1893, sur la Punta Qnifetti, a 4.560 m. 
d'altitude, et, pendant rete de 1894, M. Mosso y fit une premiere 
expedition scientifique. 

M. Mosso avait obtenu du minis tere de la guerre dix soldats 
alpins, commandos par un medecin militaire, et il experimenta pen- 
dant deux semaines sur ces sujets, sur quelques autres compagnons 
et sur luim&me dans le nouvel observatoire -refuge. Les resultats 
furent publics en un volume intitule Fisiologia delV Uomo suite 
Alpi, qui a fait epoque dans la literature scientifique alpine. 

Mais M. Mosso ne s'en tint pas la. II rdvait d'un veritable observa- 
toire, spacieux et pourvu des instruments n£cessaires pour les 
etudes physiologiques et meteorologiques. S'etant mis en campagne, 
il obtint des souscriptions considerables de di verses person nalites, 
parrai lesquelles on peut citer S. M. la reine Marguerite, et aujour- 
d'hui, gr&ce a. ces liberalites desinteressees, le Club Alpin Italien a 
pu agrandir la construction primitive, sufflsamment pour permettre 
d'arriver au but propose. Telle est, en peu de mots, l'histoire du 
Laboratoire international de Physiologie sur le Mont Rosa. 

En 1903, deux expeditions se firent & ce laboratoire, Tune 



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362 BIBLIOGRAPHIE 

dirigee par le professeur A. Mosso, Y autre dirigee par le professeur 
N. Zuntz, de Berlin. Les resultats de Fexpedition italienne ont 6t6 
publics sous forme de m£moires successifs, dans les Actes de YAcca- 
demia dei Lincei, mais M. Mosso, desireux de les faire connaltre au 
public francais, les a fait traduire et publier en francais dans le 
volume que nous annoncons ici. On y trouvera aussi un me*moire 
en langue allemande, du professeur Zuntz. 

La plupart de ces travaux consistent en recherches physiologiques 
sur la respiration, considered dans ses rapports avec le mal de 
montagne. Ce n'est pas ici le lieu d'en entreprendre 1* analyse; il 
nous suffira de les signaler aux physiologistes, qui les liront avec le 
plus grand inte>£t. Un second volume compietera celui-ci. 

M. le professeur Mosso, bien connu du public francais par ses 
etudes sur la Fatigue, la Peur, etc., pubises chez Alcan, est membre 
honoraire du Club Alpin Francais. J. V. 

E. de Larminat. — Topographie pratique de reconnaissance et 
d' exploration, suivie de notions £16mentaires pratiques de g^odesie 
et d'astronomie de campagne ; 22/14 de 340 p. avec figures et ta- 
bleaux; pr. 7 fr. 50; Paris, Lavauzelle, 1904. 

Par son titre et par la premiere phrase de son avant-propos <r Ce 
livre s'adresse tout speVialement aux offlciers detaches dans des 
pays d'occupation r^cente et dont la carte manque... », l'ouvrage du 
capitaine de Larminat semble n'avoir qu'un lointain rapport avec 
l'objet principal de la topographie de montagne ; nous allons voir, 
cependant, que cette contradiction n'est qu'apparente. 

En editant, en avril 1904, notre Manuel de Topographie Alpine t 
nous avons eu pour but essentiel de montrer a nos lecteurs, sous 
une forme concise et pratique, comment lesprocedesles plus simples 
de la topographie, convenablement mis en oeuvre, peuvent 6tre ap- 
propries aux leves en montagne ; mais, pour ne pas sortir de notre 
cadre et des limites etroites d'un « manuel », nous avons du suppo- 
ser connus du lecteur les principes eiementaires de la topographie et 
la lecture des cartes (1); et d'autre part, a Particle : « Figure* du 
terrain », nous avons du nous contenter de renvoyer nos lecteurs a 
quelques-uns des ouvrages alors existants, mais qui, par leur ampleur 
mime etpour divers autres motifs, ne rSpqndent qu'imparfaitement, 
malgre leur valeur incontestable, a notre desideratum actuel. 

Quelques jours plus tard, paraissait l'ouvrage du capitaine de 

(1) Nous avons cite, notamment, les Elements de la Topographie, par le 
colonel Groxtzet, comme se rapprochant le plus du type qui convient aux 
alpinistes topographes. 



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LIVRES ET ARTICLES 363 

Larminat, dont la Premilre partie (p. 18 St 76) intitulee : Le 
formes du terrain, est assurement le r£sum£ le plus substantiel, 
le plus instructif, en m&ne temps que le plus attrayant qui, k notre 
connaissance, ait 6t6 public sur cette matiere; aussi saisissons- 
nous avec empressement r occasion bien qu'un peu tardive qui nous 
est offerte aujourd'hui, et que nous n'avions pas eue & Pepoque 
indiquee, de signaler ce re"sum6 k nos lecteurs et plus particuiiere- 
ment k nos collegues de la Commission de topographie du Club 
Alpin Francais. 

Dans ces soixante pages, d'un texte constamment soutenu par 
des figures qui s'y ajustent au mieux, d'une exposition claire, m6- 
thodique, k la portee de tous, ils trouveront les origines des formes 
topographiques, le models du sol par Taction erosive des eaux cou- 
rantes, ses modifications successives et les causes de ses irregula- 
rites, ses relations avec la nature du sol sous-jacent; enfin, et c'est 
sur ce point que nous attirons particulierement leur attention, de 
precieux conseils et indications pratiques sur la representation du 
terrain par courbes horizontales. Nous recommandons vivement la 
lecture et l'etude de ce chapitre k tous les topographes desireux de 
perfectionner leur travail de lev6 par une representation fidele et 
correcte du terrain. 

Nous nous bornons & cette indication, car notre but n'est pas de 
presenter une analyse complete du livre du capitaine de Lar- 
minat (1). Nousajouterons seulement que la DeuxUme partie (topo- 
graphie de reconnaissance) et la Troisihne partie (g6od£sie et astro- 
nomic de campagne) s'adressent surtout aux explorateurs en 
pays neuf. Le theodolite et la boussole y tiennent le premier rang 
k Pexclusion de la planchette, tandis que pour nous, topographes 
de montagne, operant k Tinterieur d'une triangulation 6tablie, la 
planchette est Tinstrument type des canevas locaux et des levels 
de detail, et le carnet decline est avantageusement substitu£, pour 
les itineraires, k la boussole k main. On trouvera cependant 
quelques utiles conseils k glaner dans la deuxieme partie, par 
exeraple sur les 6chelles de temps et de pas, sur la repartition des 
hearts graphiques de fermeture, sur la pratique du nivellement 
barometrique. . . Nous sommes heureux de constater Taccord qui 
existe sur ces questions entre l'auteur et nous, accord surtout 
attribuable, nous n'en saurions douter, au precieux heritage que 
nous ont laisse des maitres communs. Henri Vallot. 

(1) Voir notamment lescomptes rendus par J. G. dans la France Militaire 
du 24-25 juillet 1904, et par le commandant Bourgeois, dans le numero 
du 15 Janvier 1905 de la Revue Ginirale des Sciences. 



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X 



364 BIBLIOGRAPHIE 



LIVRES ET ARTICLES 

Sous ce titre nous comprenons par sujets ou par regions : !• les litres 
traitant de PAlpinisme ou de sujets connexes, venus a notre connaissance; 
2° le sommaire des articles origin aux des principaux periodiques alpins fran- 
cais ou strangers; 3° les articles de revues francaises sur des sujets concer- 
nant l'Alpinisme. 

N.-B. — Les lirret ou reYoes suiYants sont entree par dons des aoteurs on eo*iteurs ou 
par echange, le mois dernier, dans la bibliotheque da C. A. F., ofl ils resteront k la dispo- 
sition des merobres du Gub. lis ne pourront etre empruntes avant le 20 Aottt 1905. 

G6n£RALIt£s. 

Henri Bardy. — Le docteur Fournier, president de la Section des 
Hautes- Vosges ; Bull. n° 14 de la Section des Hautes- Vosges. 

Henri Boland. — Zigzags en France; 18/12 de vm-329 p.; prix 4 fr.; 
Paris, Hachette, 1905 ; do»\ de Fauteur. 

Ces zigzags sont la Edition sous forme de volume de ces deja fameux 
« Voyages par mois » public** dans la Revue mensuelle du T. G. F. On a 
prononce, a propos de ces articles de Henri Boland, les noms de Rodolphe 
Topffer, d' Alexandre Dumas. Pourquoi comparer. Henri Boland, c'est 1'ini- 
mitable Boland, un intellectuel — il me pardonnera cette Ipithete tombee 
si bas depuis 1' Affaire, — un coureur de routes, to u jours 6veille\ toujours en 
marche, rtdacteur aux Guides Joanne, detegue* aux Voyages du Touring- 
Club, delegu6 a la Direction Centrale du Gub Alpin, qui a pris a la Touraine 
sa belle langue, aux Clvennes sa volonte" tenace et son energie de fer, 
a la Corse le coup de soleil qui a h&le* son visage et dor6 son cerveau, a 
Paris son esprit, a la Province son humour. Toutes quality qui varient et 
diversifient comme a plaisir chacune des excursions decrites. Si nous ajou- 
tons que chaque course est vecue, que l'anecdote — peut-e'tre raise au point 
— est vraie, nous aurons dit que le volume commence on va d'un trait 
jusqu'a la fin. 

A la suite de chacun de ces « Voyages par mois ». nous trouvons trace de 
Pesprit precis de Henri Boland ; de ventables itingraires avec paragraphed 
sur les voies de communications, les routes, Fauto-cyclisme, les billets circu- 
laires et les billets de zones, etc., tous les renseignements pratiques pour 
refaire le voyage. 

Nous connaissons un des 91,000 membres du Touring (nous ne donne- 
rons pas son numero; combien vont se reconnaitre T) qui attend impatiem- 
ment la Revue mensuelle, et qui part de suite refaire son « Voyage par 
mois*. 11 trouve bien quelques divergences, il ne lui arrive jamais des 
anecdotes aussi drdles... il n'en suit pas moins son itine>aire consciencieux. 
Apres tout, il a peut-dtre moins d'esprit que Henri Boland. M. P. 

P. Descombes. — Le Reboisement et l'Amgnagement des Montagnes 
pari' Initiative privSe; Bull. Societi de giogr. comme rciale de Bordeaux, 7/05. 

Henri Deh6rain. — V Expansion des Boers au XIX 9 s.; 19 12 de 
33 p. et 8 cartes; pr. 3 fr. 50; Paris, Hachette, 1905; don de l'lditeur. 

Eugene Gallois. — Aux Oasis d* Algirie et de Tunisie; 18/12 de 120 p., 
ill. del'auteur; Paris, 1905; don de l'auteur. 

Paul Joanne. — Les monographies suivantes : 



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LIVRES ET ARTICLES 365 

Mont-Vore, la Bourboule, Saint- Nectaire et leurs environs; 16/11 de 
98 + 122 p., 19 grav., 1 carte et 4 plans; pr. 1 fr. 

Lyon; 16/11 de 72 + 132 p., grav., carte et plans; pr. 1 fr. 

Dieppe et le Triport; 16/11 de 46 + 132 p., 11 grav., 1 plan et 1 carte; 
pp. 1 fr. 

Tours; 16/11 de 42 + 132 p.; 11 grav. et 1 plan; pp. fr. 50. — Paris, 
Hachette, 1905; don de PSditeur. 

M. Juppont. — Les Transpyr6n6ens; Chemins de fer de grand Transit 
et Chemins de ferde Montagne;2?wf/. Soc. de giog. de Toulouse, n° 1, 1905. 

M. Loevy et P. Puiseux. — Atlas lunaire, publie par la Soctete 
Beige d'Astronomie; fascicules 5, 6, 7; planches 24 a 41 ; 43/24; Bruxelles, 
Soci6te Beige d'Astronomie; don de M. Puiseux. 

Paul Mieille. — V Emancipacion sociale et politique des femmes (Orto- 
grafe reform iste) ; conference faite a PU. P. de Tarbes le 2 avril 1905, 
21/14 de 24 p.; pr. fr. 50; Tarbes, Lescamela, 1905; don de l'auteur. 

A. S. G. Osorlo. — Le Spectre du Drocken dans la Sierra de Arra- 
bida (499 m.); Bo let in da Soc. Geogr. de Lisbonne, 4/05. 

Elisee Reclus. — Introduction a la Giographie de la France (ex trait 
du Dictionnaire de la France par P. Joanne); 34/25 de 163 p.; 76 figures 
(cartes, dia grammes, graphiques) et 2 cartes en couleurs hors texte; Paris, 
Hachette, 1905 ; don de l'6diteur. — Magnifique generalisation de la Geo- 
graphie de la France, derniere ceuvre et veritable testament du grand geo- 
graphe. 

Elisee Reclus. — L Homme et la Terre (serie I); 28/21 de 92 p.; ill.; 
pr. 2 fr. 50; Paris, Librairie universelle, 1905; don de P6diteur. 

Alpbs occidentales. 

Alphonse Callot. — Escalades en Provence. La pointe de Malvallon. 
— Le Sorbet de Morgiou; C. A. F., Bull. SecU de Provence. 1905. 

Rev. W. A. B. Goolidge. — A propos de la Breche et du Col des 
Grandes Rousses; Revue des Alpes Dauphinoises, 5/05. 

Comte L. Koenig. — Les Varappeurs au Saleve: Le Tour de France, 
5/05. 

Th. Payot. — Dans les Aiguilles de Chamonix (aout 1904); C. A. S. 
Bull t* 13 de la Sect Chaux-de-Fonds. 

O. Vizioz. — Vallouise et Petit Pelvoux (3.762 m.); R. A. D. t 5/05. 

Ed-ward Whymper. — A guide to Chamonix and the range of Mont 
Blanc (10° edit.); 19/12 de xiv + 206 p., cartes et ill.; pr. 3 sh. net. 

Alpbs cbntbalbs. 

Baedeker. — Suisse (24° edit.); 16/12 de 568 p., 63 cartes, 17 plans et 
11 panoramas; pr. 8 marcs; Leipzig, Baedeker, 1905; don de l'6diteur. 

D* Alfredo Gorti. — Le Pic Pain ale (3.248 m.); R. M. del C. A. /.,7/05. 

Guido Rey. — Le Mont Cervm, traduit de 1'italien par Mme L. Espi- 
nasse-Mongenet; 19/12 de 410 p. et 16 gr.; pr., 3 fr. 50; Paris, Hachette, 1905; 
don de l'auteur. 

II a ete rendu compte de cet ouvrage a la p. 307. 

F. F. Roget. — La vallee d'Avers; VEcho des Alpes, 7/05. 

H. Wellauer. — Une Course de printemps dans la Forfit de Bregenz; 
Alpina, 7/05. 

Ed'ward "WTiymper. — A guide to Zermatt and the Matterhom 
<9" edition); 19/12 de xiv +224 p.; 78 illustrations et cartes; prix : 3 sh. 

25 



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366 METE0R0L0G1E 

net; London, John Murray; Gendve, Henry Kundig, 1905; don de l'auteur. 
Hans Wddl. — Le Mont Baldo; Osterr. A. Z., 7/05. 

Alpss orient ales. 

... — Les Alpes Dolomitiques ; Bull. n° 14 de la Sect, des HauUs-Vosgcs. 

D* J. Haidenthaller. — Hall- les- Bains (Bad Hall) Haute-Autriche; 
19/12 de 38 p., 24 ill., 1 plan et 1 carte, pr. fr. 50; Zurich, Orell FOssli, 
1905; don de l'editeur. 

Gaston v. Radio-Radiis. — Excursion au nord de la Palagmppe; 
Osterr. A. Z., 7/05. 

Vosoes. 

Syndicat d'initiative des Vosgea et de Nancy. — Lwrtt- guide 
illustri, pour 1905; 12/20 de 120 p.; Nancy, au Syndicat, 3, rue Mazagran, 
1905. 

ASIE CENTRALS. 

Fanny Bullock- Workman. — Dans 1' Himalaya. — Premieres ascen- 
sions aux altitudes de 6.880 m. et de 7.132 m.; Revue Alpine, 7/05. 



Juin 1905. — Le mois a 6t6 gendralement pluvieux, ce qui a fait 
reculer la limite des neigeset a compens6 pour les paturages et les reserves en 
eau des lacs alpestres la s6cheresse persistante de l'hiver. Dans les Pyrenees 
(Le Bondidier) on pourrait diviser le mois en deux pe>iodes; mauvais avec 
pluie chaque apres-midi jusqu'au 20, beau du 20 au 30. 

Phiode de beau du i a au 4 (continuation de la periode du mois prece- 
dent). — De fortes pressions sur l'Atlantique, mais one depression legere 
passe au N. et les vents rallient le 8. dans les hautes alt., S W. au Pic du 
Midi et 8. 8. E. au Mounter. Le del est nuageux ou bleu. Cependant 
quelques condensations le 4; 16 m/m au Ventoux, pluie a Qap. 

Ptriode troublee ou douteuse du 5 au 17. — Le 5, commence one serie 
de cartes a isobares Ires inegalement r6 parties; la ligne 760 fixee sur l'Eu- 
rope en dessins varies, en 8, en M. en courbes semi f erases, avec g£n*rale- 
ment talus larges et bas, pendant que, jusqu'au 12, les fortes pressions son t 
etablies sur l'Atlantique. Le 5, nuageux partout; pluie, 7 m/m a Servance, 
4 m/m au Pic du Midi, 3 m/m a Qap; vents forts du 8., de 7 au Puy de 
Dome et de 5 a PAigoual. lie 6, pluie; vent du S. de 6 a 8. Le 7, un mini- 



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METtfOROLOGIE 367 

mum secondalre (755) se forme sur le Oolfe de Genes, qui donne ub carac- 
tcre special au temps des Alpesi le vent gene>alement du 8. tourne a 1'W. 
au Puy de Ddme, en tempfite (8), au N. W. a l'Aigoual (4), et N. au Ventoux 
(3); pluie de 24 m/m 1 a Gap, de 30 m/m au Ventoux. Le 8 et le 9 meme 
situation dee vents, beau ou peu nutfgeux sur les Alpes. Le 10, vents inor- 
donnes : W. 6, au Puy de Dome ; nuages ou brouillards ; pluies; neige au 
Mounier. Le 11, pluies au Mont Genevre, 21 m/m au Ventoux, 11 m/m ft 
l'Aigoual, neige au Mounier; un minimum de 755 sur le Golfe de Genes va 
amener la repetition des phenontenes du 7; le 12, les vents generaux du 
8. W. tournent a l'W. au Puy de Dome (6) et au N. W. et N. dans la valine 
du Rhone et sur les Alpes, ou nous voyons, le 12 et le 13, des pluies par 
vent N. et de la neige au Mounier ; curieux isobares, le 13, trois minima de 
755 et 756; les fortes pressions sont sur l'extreme N. de l'Europe. Le 14, 
S. W. general; pluie 12 m/m a Gap. Le 15, 24 m/m de pluie a Gap, 43 m/m 
a l'Aigoual, 18 m/m au Ventoux j an Puy de Dome et a l'Aigoual les vents 
rallient le N. W. et le N. Le 16, vent S. general, quelques pluies; W., 5 et 
beau ai* Puy de Dome. Le 17, S. W, general, fortes pluies, Gap 7 m/m 2, 
Servance 60 m/m, Aigoual 68 m/m, neige au Mounier; un regime a> de\ 
pression apparait (750) a Valentia. 

Plnode de beau du 18 au 25. — La depression du 17 se comble le 18. 
mats il en reparatt une (750) le 19, maintenue au N. le 21 par un anticyclone 
(770), del nuageux et Men, avec quelques condensations le soir dn 19; beau 
pattout le 2d au soir. Le vent vierrt de l'E., aveo ciel peu nuageux ou bleu 
le 21. Le 22, beau par tout; 1' anticyclone se dlforme. Le 23, un petit mini- 
mum (760) se forme sur G6nes. Ce minimum s'agrandit un peu le 24 et donne 
de la neige au Mounier et des vents inordoimes dans les Pyrenees alors qu'une 
N. B. general atoene le beau tempt aflleurs. Gette influence se fait encore 
sentir le 25, neige au Mont Genevre qui oouvre les montagnes et parseme un 
peu le col lui-me'me, et pourtant seules les isobares de 770 et 765 couvrent 
rEurope entiere, inegalement distribuSs il est vrai. 

PSriode demauvais tempn du 26 au 81. — Le regime du de*but du mois 
recommence avec courbes tres inegales de 760. Le 26, pluie de 9 m/m k Gap 
de 14 m/m au Ventoux; neige a Vallouise; vents inordonnes. Le 27, orage a 
1* Aigoual. Le 28, mfone phenomene du 7 et du 12, la vallee du Rhone fait 
cheminee aux vents de N. W., maigre cela pluie torrentielle a Gap de 
13 m/m en moms de 30 minutes. Le 29 et le 30 les vents violents du 8. se 
generalfeent. TempMe du 8. a 1' Aigoual de 9 h. mat. a 7 h. soir. 

Neiges. — Sous 1' influence des pluies, les neiges ont recule jusqu'au gla- 
cier et les quelques neiges fralches signalees au Mounier, au Mont Genevre, a 
Vallouise n'ont pas tenu. Quant aux neiges surglaciaires, en assez fortes 
quantites depuis le prin temps, elles ont 6t6 extrdmement ramollies; elles 
regelent la nuit et il n'y a plus d'avilanches a craindre. Dans les Pyrenees 
(Le Bondidier), il reste plus de neige en haute montagne que pendant la 
periode correspondante de 1904. A Pralognan (Joseph- An toine Favre), la 
neige descendait a 2.100 rn. d'alt. le 7, 2.300 le 12, 2.500 le 14, 2.450 le 20, 
2.300 le 25. 

Pluis. — Total du mois : A Navette Oemence d'Ambel (Ph. Vincent), 
84 m/m; a Pralognan (Joseph An toine Favre), 76 m/m 1. 



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DIRECTION GENTRALE 

Stance du 5 juillet 1905. — Presidence de M. Caron, presi- 
dent. 

ttaient presents : MM. Schrader, Sauvage, Emile Belloc, de 
Billy, Henry Cuenot, Guyard; MM. les deiegues de Section : Mai- 
loizel (Sud-Ouest), Laugier, (Alpes-Mari times), Lefrancois (Ganigou), 
Demanche (Pau), Rodary (Dole), Bregeault (Haute Bourgogne) 
Barrere (Lons-le-Saulnier), de Jarnac (Nord), Reinburg(Bagneres de 
Bigorre), Chevillard, secretaire- general. 

S'etaient fait excuser : MM. Joseph Vallot, Garbe, Duval, 
Lemercier, Joanne, le colonel Prudent, Richard, le marquis d'Omaho, 
Escudie, Richard- Be>enger, Berthoule, le colonel Bourgeois, Pellat, 
le docteur Philbert, Ncetinger, Tournade, le docteur Bouquet, Henri 
Vallot, Benardeau, Diehl, Ghatelain, le docteur Gayla, Boland, 
Tignol. 

M. Schrader est deiegue pour representor le Glub Alpin au Gon- 
gres de 1' Association pour l'Amenagement des Montagnes qui se 
tiendra a Bordeaux les 28 et 29 Juillet. MM. Sauvage et Barrere 
sont deiegues pour re presenter la Direction Gentrale a l'inaugura- 
tion du Ghalet- Refuge de Rabuons, construit par la Section des 
Alpes-Maritimes. 

La Direction Gentrale vote une somme de deux cents francs a la 
Section genevoise du Glub Alpin Suisse pour 6tre appliqu£e a la crea- 
tion d'un sen tier a pistons destine a faciliter l'acces du sommet du 
Mont-Saleve. 

Sur le rapport de M. CuSnot fait au nom de la Commission des 
travaux en montagne et des guides, la Direction Centrale nomme un 
guide de premiere classe brevete pour la Section de Driangon et neuf 
porteurs brevetes pour la Section de Tarentaise. Leurs noms seront 
publics dans la revue. 



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CONGRfcS DE TUNISIE 369 

EUe decide qu'une m^daille en vermeil et cinq mgdailles en argent 
seront mises a la disposition de la Section du Canigou pour 6tre de*- 
cern^es en prix a l'occasion de la Course d'endurance qu'elle a orga - 
nisee. 

M. Guenot donne des renseignements sur la creation par la Section 
de l'Isere d'un sen tier destine' a r^unir la haute valine du V6n6on 
et la haute valine de la Romanche par le Clot des Cavales. II fait 
prevoir la realisation prochaine de l'entreprise. 

Sur la proposition de M. Joseph Vallot la Direction Centrale vote 
une somme de deux cents francs en faveur de Mme Marie Tairraz, 
ancienne gardienne de l'hotellerie des Qrands Mulets. 

Sur le rapport de M. Demanche, pr&ente au nom de la Com- 
mission des Expositions, la Direction Centrale decide que le Club 
participera a la prochaine Exposition de l'automobile et des sports. 
Sur la proposition de M. Belloc, M. Schrader est nomme membre 
de la Commission des Travaux en montagne et des guides. 

M. le Pr&ident mforme la Direction Centrale de l'6tat de la ques- 
tion de la revi ion des statuts et des d-marches par lui faites pour 
cet objet. Le Conseil d'Etat saisi par le ministere de l'lnterieur ne 
fait pas ^'objections aux modifications voters par le Club Alpin, 
mais, suivant une jurisprudence interpr£tant la loi de 1901, il 
impose, tant aux soctetes demandant la reconnaissance d'utilite' 
publique qu'a celles qui reconnues d6ja sollicitent Papprobation de 
modiQcat ons statu taires, l'obligation de mettre leurs anciens statuts 
en harmonie avec la loi nouvelle. 

Cette obligation n'entralne que des modifications de forme et il 
est d' us age en pareil cas que, pour faciliter la solution de ces 
questions, les societes nomment deux d61egu£s avec pleins pouvoirs 
auxdites fins. 

C'estdans ces conditions que leM. President propose la convocation 
d'une assembled ge*ne>ale qui se tiendrait dans les premiers jours de 
la rentr£e, nommerait les deux delegu£s et perm et trait ainsi 
d'obtenir avant la fin de l'ann£e, selon les assurances qui ont 6t6 
don nee s, 1' approbation des modifications statu taires, lesquelles 
pourraient ainsi etre mises iram^diatement a execution. 

La Direction Centrale approuve et vote la convocation d'une 
assemble g6ne>ale extraordinaire dans les conditions qui viennent 
d'etre indiqu^es. 

La Direction Centrale recoit divers ouvrages de la part de leurs 
auteurs ou de leurs editeurs. EUe adresse ses remerciements aux 
donateurs. 



V 



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870 CHRONIQUE DU G. A. P. 

CONGR^S DE TUNISIE 

ORGANISE PAR LA SECTION DE CARTHAGE 

Du 21 avril au 3 tnai 1905 

Parmi les nombreux Congrte du Club Alpin, toujour* si heureuse- 
ment couronn^s de succes, celui de Tunisie resfera oomme un des 
plus m6morables, comme un de ceux qui laisseront dans les annales 
du Club une trace des plus marquantes de la vitality de notre puis- 
sante association. 

Non pas certes au point de vue de la Montagne. II n'y avait gu&re, 
sur le programme, d'ascensions pour tenter lea adherents du Congrto* 
L'escalade du Djebel Ressas (795 m.) qui domine le Golfe de Tunis, 
et celle de TObservatoire optique du Sidi Bou Gabrin (950 m.), dans 
le massif du Zaghouan, furent les seules qu'accomplirent les Alpi* 
nistes. G'est d'ailleurs a peu prte tout ce qu'offre aux grimpeurs 
emerites le territoire entier de la Residence, fort peu accidents. 

L' at trait fut tout autre. Le nom imposant de Carthage donne a 
une de nos sections ne lui vient pas de la colline qui eme#ge a peine 
au dessus de la Mediterranee, mais il est admirablement ohoisi parce 
qu'il rappelle la periode de l'histoire ou oette contre> fut grande et 
belle entre toutes, parce qu'il indique le but poursuivi par les Fran- 
$ais qui depuis Toccupation se sont fix6s en Tunisia et travaillent 
a lui rendre la prospe>ite" qu'elle eut sous les Cartbaginois et les 
Romains. 

86duits par Feffet magique des noms de Tunis, Bardo, Bizerte, 
Kairouan, Sfax, Gabes, les membres du Club ont adh&e en nombre 
au Congr^s, n'h&sitant pas a braver les ennuis de la traversto. Plu- 
sieurs faillirent s'en repentir; les caprices de la M6diterran4e, com- 
plices de la lenteur du paquebot qui les amena peniblement A Tunis 
avec douze heures de retard, ont fait manquer la premiere journee 
du programme. 

Mais, grace A l'habilett des organisateurs, les consequences de ce 
retard furent vite r6par£es, et on n'y songeait d6ja plus le lendemain 
matin lorsque les 90 congressistes, parmi lesquels figuraient 
30 dames, furent r6unis au Palais des Soctetes Francaises de Tunis. 

Deux tramways 61ectriques spScialement r£servds pour eux les 
transportent au Casino du Belv6d6re, ou les attend la delegation de 
la Section de Carthage, sous la pr&idence de M. Proust, vice-presi- 
dent de la municipality de Tunis 

Dans la grande salle des fdtes, devant une table couverte de fleurs 



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CONGRfeS DE TUNISIE 371 

ot de coupes de champagne, M. Proust prononce le discours sui- 
vant : 

■ Mesdames, Messieurs, 

« Au aorn de la Section de Carthage, j'ai l'honneur de vous souhaiter la 
bienvenue au moment ou voua mettez le pied sur le sol Tunisien. Vous 
n'avez pas hesite* a traverser la mer pour visiter ce pays place* sous le pro- 
tectorat de la France. Veuillez le considerer com me un prolongement de la 
mere patrie. Vous y trouverez des compatriotes heureux de vous recevoir. 

« La creation de notre Club Alpin Francais date de 1874. Mais notro 
association n'a 6te reconnue d'utilite' publique qu'en 1882. La France avait 
sign* l'annee preoedente (mai 1881), avec le Bey de Tunis, le traits du 
Bardo. Ce rapprochement suffirait a expliquer les magnifiques resultats ob- 
tenus de part et d' autre par des hommes de valeur, soucieux de leur devoir, 
a la recherche d'un but bien de* termini, travailleurs methodiques,qui ont suivi 
la voie ascension nelle du progres, lentement, au pas de montagne, franchis- 
sant les obstacles sans arr£t et sans secousse, avec Tenergie perseverante et 
la conflance en soi qui sont les facteurs du succes. 

« Je ne vous retracerai pas I'historique du Club Alpin. Vous connaissez 
ses origin es, ses fondateurs, les de Billy, Cezanne, Adolphe Joanne et de 
Saussure dont je m'honore de connaltre le flls. Vous n'ignorez pas son but : 
le concours apporte par ses pionniers a la science et specialement a la geo- 
logic a la botanique, — le dSveloppement du gout des voyages entrainant 
l'augmentation des forces physiques autant que l'extension morale des idSes 
vers des vues plus larges, aussi etendues que les horizons nouveaux que 
Ton decouvre, — la preparation de la jeunesse au service militaire au moyen 
des caravanes scolaires dont la savante organisation a depuis longtemps 
porte ses fruits, enfln Initiation des grands et des petits aux luttes de 
Pexistence to u jours pSnibles, mfime pour les intelligences les plus favorisees, 
lorsqu'elles n'ont pas pour les proteger et les soutenir Penveloppe corporelle 
(Tune constitution solidement tremp6e. 

« Mesdames, messieurs, je vous remercie au nom du Club Alpin d'gtre 
venus en si grand nombre. Votre presence seule est une manifestation do 
sympathie pour ce pays d'Orient ou s'exerce si heureusement pour les int^- 
r€ts de plusieurs peuples Pinfluence francaise, g£nereuse et pacifique. » 
* « Je declare Ouvert le Congres du Club Alpin Francais a Tunis. * 

— Au nom des congressistes, M. Viallefond, president de la Section 
d'Auvergne, remercie M. Proust de son touchant accueil qui nous 
fait penser que nous sommes un peu chez nous au pays des mina- 
rets, et adresse a M. le general Dolot, vice-president de la Section de 
Carthage, toutes ses felicitations pour les soins qu'il a apportes a la 
preparation du Congres. 

Le general Dolot, avec une amabihte' et un entrain qui font Tad- 
miration de tous, r^pond par Pallocution suivante : 



S 



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372 CHRONIQUE DU C. A. F. 

« Mesdames, Messieurs, 

4 Je n'aurais rien a ajouter aux paroles de bienvenue que vous a adressees 
notre honorable president, si je n'avais a remercier M. le d^Iegue de la Direc- 
tion Centrale, des compliments qu'il a eu ramabilite d'adresser a l'armee. 

Et puisque j'ai pris la parole, permettez-moi de vous communiquer une 
petite description de Tunis qui, pour 6 tre un peu ancienne, n'en est pas moins 
interessante, et presente du moins cette particularity de n'avoir et6 repro- 
duite ni par les guides Joanne et Baedecker, ni m§me par les publications du 
Comit6 d'hivemage de Tunis. 

« Cette description remonte a sept cents ans. EUe est due a la plume d'un 
voyageur arabe, El Abdery, qui parcourut l'Afrique septentrionale au sep- 
tieme siecle de l'Hegire. N'allez pas croire surtout que je veuille passer a vos 
yeux pour un savant orientaliste : je ne suis qu'un gacheur de mortier; je 
dois cette description de Tunis a un excellent ami, qui savait lire et savait 
aussi en trouver le temps. El Abdery s'exprime dans les termes suivants : 

« Nous arriv&mes d Tunis, but 6leve de toutes not esperancet, centre au 
converge la flamme de tous les regards, rendezvous de tous les voyageurs de 
VOrient et de VOeeident. C'est Id que viennent se reneontrer les fioltes et Us 
caravanes. Vous trouverez Id tous les avantages que pent disirer Chomme. 
VouUz-vous alter par tei're? Void des multitudes de compagnons de route. 
PrSferez-vous la merf Voild des vaisseaux pour toutes les directions. Tunis 
se fait un diaddme dont chaque fleuron est un faubourg, et sa banlieue res- 
semble d un parterre sans cesse rafraichi par la brise. Si vous venez d see 
abreuvoirs, elle Hanchera votre soif; si vous avez reeours d ses ressources, 
elle a de quoi guerir vos maux; elle posse" de des jar dins pareils d des ftancis 
et ses merites ont eU deer its dans les livres. 

« Quelquc branche de la science que vous recherchiez, vous lies sur de Ty 
trouver, quel que soil le caprice crei par votre imagination, vous aurez le 
bonheur de le satis f aire d Tunis. Les habitants de cette ville cultivent les 
sciences; les uns sont des montagnes d'erudition, les autres decourageraient la 
gazelle par la rapidiU de leur plume (calam). Presque tous sont po*Us d 
Vamitie. Tunis surpasse toutes les citis, autant par la splendeur de ses bcautis 
que par Varchitecture de ses monuments. Sa puissance et sa gloire la placent 
comme une souveraine au-dessus de ses rivales, les capitales du levant et du 
couchant. 

« Tunis (Dieu veuille la [aire prosperer!) est encore une cite trie impor- 
tante et la capitate de I'Ifrikia, malgri la faiblesse de son gouvernement, qui 
menace ruine. Quoi qu'il en soil, on ne saurait nier qu'elle dtpasse toutes Us 
villes par ses miriles. Ni dans VOrient, ni dans VOeeident, je n'ai vu une 
population aussi dislinguie, d'un caractere aussi aimable, et dont la sotUti 
offrll autant a" al traits. Quiconque a friquente" les Tunisiens ne tarit plus sur 
leur iloge et ne resseat que de V aversion pour ceux qui ne les aimeraient pas 
Qu'il vous suffise de savoir qu'il est impossible d un itranger de s'ennuytr d 
Tunis, parce qu'il est sur d'y reneontrer des gens de merile et des gens fee- 
drit. Les habitants sont les premiers d vous aborder; iU sollicitent voir* 



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CONGRfeS DE TUNISIE 373 

socieU et vous eomptent de prime abord comme un det hurt. lis vous ehoient 
et vous comblent de provenances. Plusieurs de leurs Thaleb et des notables de 
la locality renoncant spontaniment & leurs occupations, se mirent a ma devo- 
tion pendant tout le temps de mon sijour. Us poussaient Vobligeance jusqu'a 
me presenter aux principaux personnages,et sacHfiaient leurs joumees entiires 
a me tenir compagnie. Combien de fois tie m'est-il pas arrive" de m'adresser a 
des gens qui ne me connaissaient nul lenient pour leur demander mon cheminf 
Aussitot je les voyais se lever de leurs boutiques et marcher devant moi; lors- 
qu'il leur elait impossible de me donner le renseignement dont j'avais besoin, 
Us le demandaient a leurs voisins pour me Vindiquer. N'est-ce pas la, je vous 
prie, le comble de Vobligeancet Apris tout, Dieu accorde les bonnes qualilis d 
gut bon lui semble. 

« Si je n*4tais pas entre a Tunis, j'aurais declare que la science riavait laisse" 
aucune trace dans VOccident t que son nom mime y itait oublie, mais le maitre 
de VUnivers a voulu qu'il n'y etit pas un endroit de la terre depourvu d'hommes 
hfibilcs en toutes choses. Amsi ai-je trouve dans cette ciU un reprisentant de 
chaque science, et des personnes se tUsallerant a tous les abreuvoirs des connais 
sances humaines. Eludiants et professeurs, cette pUiade d'&rudits brillait du 
plus glorieux eclat. Sans les mille et un embarras qui sont la consequence ni- 
cessaire d'un voyage, je me serais fait un veritable plaisir de voir tous le 
lettris de Tunis. 

« Qu'y a-t-il de change, ajoute le g£ne>al Dolot, depute cette epoque loin- 
taine? Les troupes franchises ont occupe le pays : le Protectorat l'administre 
J'aime a penser que Tunis n'y a pas perdu, et j'ose esp6rer, Mesdames, que 
vous en emporterez une impression aussi heureuse que celle d'El Abdery. 
Nousferons du moins, croyez-le bien, tousnos efforts pour qu'il en soit ainsi. 

Au palai de la Residence, nous sommes recus, en Pabsence de 
M. Picbon, par M. d'Anthouard, secretaire general, qui adresse a la 
foule des alpinistes group 6s dans le grand salon oriental des paroles 
de circonstance, au d£but de nos courses sur le sol Tunisien. 

La premiere journSe, a la suite des receptions, est consacr£e a une 
visite collective du palais du Bardo — ou nous accompagne le gene- 
ral Dolot, — de Carthage, sa Basilique et ses ruines — ou nou 
guident successivement le pere Delattre et M. Gauckler, directeur des 
Beaux-Arts. 

Puis, les excursions se font par groupes s6par£s qui alternent : a 
Zaghouan, ou le dejeuner, preside* par le Cheick, nous est servi par 
des Turcos; a Bizerte, on nous conduisent M. Proust et le g6ne>al 
Dolot qui dans de nouvelles allocutions, pleines de feu, nous dgpei- 
gnent la rivalite* de Tunis et de Bizerte dont ils sont respective- 
men t les protagonistes fervents. Apres cette lutte courtoise, un 
l&cher de pigeons voyageurs, messagers de paix, est execute* en notre 
honneur par M. le lieutenant de vaisseau de Ger court, du fort de 
Djebel K6bir ou nous terminons notre journe'e de Bizerte. 



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374 CHR01UQUE DU G. A. F. 

Ensuite, Kairouan et set mosquees, Sousse avec las souvenirs 
d'Hadrumete, El Djem avec son amphitheatre, Sfax et son port, 
Gafsa et Gabes avec leurs oasis, Dougga avec son temple aux six 
colonnes, sont autant d'etapes qui nous enchantent par leur variete*, 
tantdt en nous m Slant a la vie arabe, tan tot en nous reportant aux 
splendours du siecle de Trajan, tan tot en nous offrant les merveilleux 
spectacles de la nature d'Orient. 

Dans toutes les villas, nous sommes admirablement accueillis, 
par les contrdJeurs civils, par les officiers, par lea representants des 
Beaux-Arts, ou mime par de simples particulars qui spontanement 
se sont mis a notre disposition. Tons m£ritent autant dVeloges et de 
t6moignages de reconnaissance que le voyageur arabe El Abdery en 
prodiguait dans sa relation aux Tunisians du treizieme siecle. 

Et a cela vient s*ajouter pour nous le charme d'echapper « aux 
miUe et un embarras qui sont la consequence necessaire d'un 
voyage », dont parle Abdery. II faut en remercier M. Vachet, qu'El 
Abdery n'eut pas comme nous le bonheur de rencontrer a Tunis, et 
dont l'obligeance infatigable, tou jours en eveil, sait tout prevoir, 
tout organiser dans les Congres. Gra-ce a son precieux concours, apres 
avoir savoure tout l'agrement de nos courses, nous n'avions qu'a 
nous laisser vivre ou nous reposer, sans la moindre preoccupation. 

Un certain nombre de congressistes, profitant de leur sejour en 
Tunisie, allerent visiter l'Algerie. L'une, demeurta si orientate, et 
l'autre, tres francis^e depuis la conquete, si difterentes entre elles, 
ont produit sur leurs visiteurs una impression bien profonde, dont 
le souvenir dglicieux leur restera longtemps. II IveiDe en eux un 
dtoir d'y revenir, plus vif encore que celui qui les a entraines pour 
le Congres de 1905. J. M. 

CHRONIQUE DES SECTIONS DU C. A. F. 

Seotion de Bagneres de Bigorre. — Riunion du bureau du 
13 Juin. — Le Secretaire indique Petat des negotiations qu'il a entre- 
prises en vue de la concession a la Section de rhdtellerie-refuge du Pic 
du Midi. Une convention portant concession a ete* sign£e les 20 et 
22 Mai 1905, par MM. le maire de Bagneres, le president de la Com- 
mission syndicate de la Vallee de Bareges et les representants de la 
Section. Cette convention a 6t6 approuvee par la Commission syndi- 
cate le 5 Juin (eile a £te ratifieepar le conseil municipal de Bagneres 
le 24 Juin). — Lecture est donnee du cahier des charges du ten an - 
tier. — Un credit de 70 francs est vote pour la construction de tou- 
relles en vue du travail de triangulationdes valleee du Haut Adour 



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CHRONIQUE DES 8ECTIONS DU C A. F. 375 

entrepris par MM. Maury et La Bondidier. — Est vote 6galement le 
credit necessaire k la confection de cliches de projections. 

Section du Canigou. — La r^ouverture officielle du Chalet 
des Cortalets a eu lieu le 15 Juin en presence d'un d61egu6 
du bureau de la Section qui en a constate le parfait 6tat. — La 
g&rance en est encore confine k M. Saporte dont leg services ont 
donnl toutes satisfactions les annles pr6c6dentes. Afln d'assurer a 
la propria du Club une garantie plus effective la Section a fait 
assermenter M. Saporte a titre de garde particulier. — Trois cara- 
vanes scolaires seront successivement dirigles sur le Chalet, des que 
la moindre affluence des touristes le permettra, a partir du 25 Aout. 

Section de Ddle. — Notice sur le D* Briand. — La Mon- 
tagne a annonce (p. 257) la mort du D* Briand qui fut quelques 
annees president de la Section de D61e, et a exprime a ce sujet 
les regret9 de la Direction Centrale. 

II ne sera peut-6tre pas inutile d'ajouter quelques mots pour 
relator l'association, dans cette vie si occupee et remplie, des devoirs 
professionnels avec l'amour et la pratique de la montagne. Monta- 
gnard, le D r Briand le fut de naissance, etant ne a Satins, le 16 
Mai 1854, d'une famille originaire de Saint-Claude. II exerca a Ddle 
pendant plus de vingt cinq ans ; il 6tait chirurgien de l'hdpital et 
medecin de la Compagnie P.L.M.j l'61oge prononce sur sa tombe 
par plusieura de ses confreres t6moigne en quelle haute estime il 
6tait tenu pour sa science et sa conscience dans la pratique de son 
art 

Sportif par goat, il pratiqua successivement et parfois concur- 
remment le cheval, l'ancien grand velocipede, la bicyclette, le 
tricycle a petrole et enfin P automobile ; mais sa predilection allait 
aux excursions de montagne. II fit partie du Chib Alpin des sa 
fondation a D61e, et y exerca une legitime influence par sa compe- 
tence comme organisateur et entralneur. Pendant la morte saison 
medicale, vers le mois d'Aout, il tachait de s'echapper, toujours du 
c6t£ du soleil levant, vers la region des montagnes et des glaciers; 
il a beaucoup visite le Jura, la Suisse, la Savoie, le Dauphing. 
Nous avons eu la bonne fortune de faire avec lui quelques excur- 
sions et ascensions dans le Jura, le massif du Mont Blanc et du 
Pelvoux, et nous etions toujours s£duits par le charme de ses ma- 
nieres, la finesse de son esprit, 1'entrain de son caractere. Les 
efforts de P escalade et les latigues de la neige molle disparaissaient 
devant Pagrement de sa conversation. 

II connaissait tous les replis des Alpes, et sa memoire consti- 
tuait une veritable encyclopedic geographique que Pon pouvait 



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376 CHRONIQUE DU C. A. P. 

feuilleter sans crainte d'erreur. II nous souvient de retonnement que 
manlfesta M. Lachenal, ancien president de la Confederation hel- 
vStique et alpiniste distingue*, devant une erudition aussi detaillee 
et aussi sure, lorsque nous le rencontrames en 1901 a Saas F6e. 

Le D r Brian d etait le grand en train eur de sa section, et nous 
avons vu foulant le glacier ou escaladant des pics, des collegues 
jurassiens qui, je le soupconne fort, n'auraient pas songe* a executer 
pareilles prouesses sans les encouragements persuasifs du chef de file. 
II nous a 6t6 dit, et cela nous a beaucoup touched que, dans sa der- 
niere maladie, ce fldele collegue, revant encore d'excursions, son- 
geait a nous ecrire et nous proposer quelque grimpade d'essai pour 
reconquerir, lui ses forces, nous 1* usage integral d'une jambe 
atteinte de phlebite il y a deux ans. 

Quand cet homme de bien vit arriver la mort inexorable, sou- 
tenu par son passe de travail et d'honneur, fortius par sa foi en 
les esperances 6 tern el les, il la regarda sans defaillir, et s'6teignit 
le 18 Avril dernier en laissant aux siens l'exemple d'une vie admi- 
rablement remplie, et la consolation d'une fin digne de sa vie. 

Section d'Embrun. — Caravanes scolairts. — Quelques sec- 
tions s'occupent avec une ardeur pers^verante d'organiser des cara- 
vanes scolaires. La Section d'Embrun, notamment, m6rite d'etre 
encouragee pour ses initiatives hardies et aussi pour ses succes. 
L'annee derniere, les excursions des 6coliers qu'elle dirigea furent 
variees; elle conduisit, notamment, 34 collegiens a Turin par le 
Mont Genevre. Elle a dresse, pour 1905, un programme tres vaste. 

La premiere excursion scolaire de l'annee, organisee par la Sec- 
tion d'Embrun, a eu lieu le 18 Mai; elle avait pour objet une visite 
des gorges de Pallon et de la vallee de Freissinieres (1). Les gorges 
de Pallon constituent certainement l'une des curiosites les plus ing- 
ress antes de cette region des Alpes; mais elles sont peu connues et 
peu fr6quentees par suite des difncultes d'acces. II n'y a presque pas 
de sen tiers et la descente vers la par tie inferieure des gorges, comme 
dans les eboulis de rochers du so m met, necessite des exercices de 
gymnastique -qui ne sont pas a la portee de tout le monde. 

Partis a 7 h. matin en chemin de fer pour La Roche de Rame, les 
excursionnistes ont gravi rapidement le chemin a flanc de montagne 
qui conduit a Pallon. A 9 h., les touristes y etaient recus par M. Niel 
qui, apres leur avoir offert des rafratchissements, leur servait de 
guide, pendant 1 h. 30, dans la visite de la partie inferieure des gorges. 

(1) On trouvera un recit d6taill6 de cette jolie course dans l* Duranc* 
du 29 Mai 1905. 



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CHRONIQUE DES SECTIONS DU C. A. F. 377 

Apres etre remont6e a Pallon, la caravane se mettait en route 
pour Freissinieres. On y 6tait rendu a midi precis et tandis que les 
eollegiens d6bouclaient leurs sacs dans les pres ou les narcisses for- 
maient d'im menses nappes blanches, les autres voyageurs s'instal- 
laient autour des tables que M. Orcieres avait charg^es de mets 
excellents et surtout de belles truites de la Biaisse, si renommSes. 

A 2 h. on repartait pour Pallon ou Ton visitait la partie sup6- 
rieure des gorges et de la, on gravissait la cote de Champcella 
pour d6valer ensuite vers la gare de Saint-Cr6pin. 

De"ja le soleil baissait Mont Dauphin, sentinelle avanc£e, semblait 
s'allonger pour termer plus com pie tern en t les trois valines d£f endues 
par sa forteresse. La Durance 6tait plus bleue, le lac de La Roche 
plus vert Les troupeaux rentraient lentement des p&turages et, 
avec Finstinct du beau que Penfant porte en soi, les eollegiens eux- 
memes se taisaient, impressionnes par la majesty de ce d6cor. 

L6on Cbeissels. 

Section de l'lsdre. — Courses collectives. — Les Collectives 
de prin temps ont eu un plein succes. En Avril, c'Stait presque une 
foule qu'un programme bien combing avait attune a la o promenade 
de famille » du Col de VArzelier. — En Mai, 23 touristes ont porte* 
k la Lance de Malissard des excuses officielles, bien dues a ce pic 
si longtemps m£connu : Tannee derniere seulement, deux de nos 
collegues (MM. Flusin et Poulat) lui ont restitue* sa veritable cote 
d'environ 2.060 m., qui le place au troisieme rang (au second 
meme peut-Stre) parmi les sommets de la Chartreuse. 

Enfin, la Section a donne* pour la Pentecote, au Bourg d'Oi- 
sans, sa Fite Alpine biennale : elle devait un inte>et special a la 
presence des guides de premiere classe, r6cemment breveted par 
le C. A. F , Qaspard pere en tete. Apres des discours tres cordiaux 
des presidents de la Section de 1' I sere et de la Society des Touristes 
du^Dauphine*, la remise aux guides d'un souvenir envoye par 
M. H. Cuenot fut l'occasion d'acclamer en celui-ci « le pere des 
Guides », suivant l'expression de Roderon. 

Trois courses s'effectuerent le lundi en de bonnes conditions; 
r ascension de F Her pie (2.995 m., Grandes Rousses), organised par 
la S. T. D. conformement a un recent et courtois usage ; la jolie 
promenade de l'Alpe du Mont de Lans; l'ascension du Grand 
Rochail (3.071 m.), avec descente sur le Lauvitel par une breche 
assez 616gante : une avalanche be*nigne entraina, sans les effrayer, 
deux jeunes et vaillantes alpinistes. P. L. 

Section de Paris. — Excursion dans le massif de la Vanoise. 
— Participants : Mme Clerval, MM. Fleury, Barbarat, Caffort, 



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378 CHRONIQUE DU C. A. F. 

Clerval et Thomas. — Six membres, tfest peu! Et cependant Tex- 
cursion etait agreable et elle a £te faite tout entire sans ftucune 
precipitation avec le concoure d'un guide experiments, Blanc 
dit leGreffier, et de plusieurs de ses fils qui marchent sur ses traces, 
On n'a seme personne en route. Chacun a pu, tout k loisir, s'arreter 
pour photographies faire des boissons rafratohiasantes, ou se livrer 
a des relevSs barometriques. Le Chalet de Plan Sec est parfaitement 
installe. Que le Club a'entende avec le proprtetaire pour y depose? 
des couvertures et un flit re a cafe, etce sera parfaii. L' ascension 
de la Dent ParrachSe par l'arete S. O., depuis le Col d* Labby* la 
traversee des glaciers de la Dent Parrache>, de l'Arpont et de 
Cha*eeforfct,ia mooted du Dome de Chassefordt* et,aprea un repos a 
Pralognan, la traversee du Col de la Grande ( aaae, nous ont fait 
parcourir une des plus belles regions des Alpes. Le brouillard, qui 
avait voulu se mettre de la partie, a meme fourni a la caravan* 
Toccasion d'inaugurer un itine>aire nouveau pour descendre du 
Glacier de Chasseforet a Pralognan. Au lieu de gagner le Chalet des 
Nants, elle a pris un grand couloir allant plus au S. et iriarquft 
nettement sur la carte au 80.000". Un des membres de la « collec- 
tive i, oblige de rentrer a Paris pour ses affaires* a fait, apresson ar- 
rives a Pralognan, une inauguration d'un autre genre. Grace a 1'obH- 
geanee des organisateurs du service d'automobiles qui devait fonc* 
tionner le lendemain pour le public entre Pralognan et Moutiers, il 
a pu gagner rapideraent la gare de Moutiers. Voila un service qui 
est appele* a revolutionner ce centre alpin en y faisant affluextea 
voyageurs d£sireux d'apercevoir la Grande Casse sans fatigue et dans 
d'excellentes conditions! Une valine voisine, cells de Champagny, 
est egalement digne d'attirer Inattention des nombreux touristes 
qui nc demandent a la montagne qu'un air pur, la fraScheur et la 
vue d'une belle cascade, le charme des p&turages et des fleurt 
ou Pombre des verts sapins.M ais, si attirante que soit la region sub- 
alpine, elle ne saurait rivaliser avec le caractere grandiose des 
hautes regions que tout le monde peut aller apprecier avec un peu 
d'energie. G. Furor. 

Caravanes scolaires (Voyage de Pentecdte). — Ge voyage « au 
pays de Jeanne d*Arc » fut delicieux et rapide comma un reve. 
Lorsqu'apres avoir, la veille, parcouru r antique Troyes aux mer- 
veilkuses £glises, contempt la vallee de FAube des hauteurs de 
Sainte-Germaine, et pris quelques heures de repos a Chaumont, 
nous gagnames, a l'aube d'une riante matinee, par les prairies 
tapissees de fleurs ou sinue paresseusement la Meuse, le c bois chenu » 
et la Basilio;ue, ce fut un enchantement. Puis la visits de Fhumble 



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CHRONIQUE DES SECTIONS DU C. A. F. 37U 

hameau, au nom si grand, DomrSmy, de la maison ou naquit et 
vScut rh^rofne, la vue de cette « porte de France », a Vaucouleurs, 
sous laquelle elle passa, se rendant a Chinon, les recits du chef, aussi 
savant qu'aimable, M. Leroy, qui connalt la famille d'Arc conune 
la sienne, nous p6n6trerent de palriotiques Amotions. A Bar le Due, 
notre ami M. Brouchot nousoffrit champagne et confitures, et nous 
fitavec un legitime orgueil les honneursdesa ville natale. L'express 
nousramenait a Paris le soir du second jour. Et combien croit-on que 
pour cette belle excursion nous avions reroute* d'adherents, parmi 
les douze mille lyc^ens de Paris? Je ne l'6crirai pas... for shame, 
comme disent nos bons amis d'Outre-Manche ! J. B. 

Section de Provence. — Conference de M. Burnand. — Le 
2 Juin dernier, lendemain de la Wte de V Ascension et du ban- 
quet champgtre traditionnel qui eut lieu a G6menos, notre Section 
a clos brillamment la s£rie de ses conferences par celle que nous a 
donned notre collegue M. tidouard Burnand, membre du Club 
Alpin Suisse, sur les Alpes du Valais, Zinal et le Vald'Anniviers. 

Aux divers points de vue, geographique, historique, et- surtout 
alpiniste, M. Burnand nous a decrit leg hautes valines valatoanes, 
val de Bagnes, val d'Herens, vallee de Zermatt, val d'Anniviers, et 
les magniflques sommets qui les entourent ; il s'est particuliere- 
ment etendu sur la region de Zinal, peu frequented des touristes at 
centre d'alpinisme de premier ordre. 

RelevSe de souvenirs personnels, d'anecdotes et de traits de moBurs 
pittoresques, la causerie de M. Burnand fut par elle-mdme fort 
int^ressante; elle etait illustr^e par un grand nombre de remar- 
quables projections photographiques dues a la Section de B&le du 
Club Alpin Suisse, qui avait bien voulu nous en faire renvoi. 

Notre president M. Matton, en remerciant 6galement et le confe*- 
rencier et la Section de Bile, a affirme, aux applaudissements una- 
nimes, les sentiments de cordiale confraternity qui ne cesseront 
jamais d'unir le Club Alpin Suisse et le Club Alpin Francais. 

Section Voegienne. — Assemble* genirale da 13 mai 1905. 
— Sur la proposition du Conseil d'administration de la Section, l*As- 
semblle gen&ale du 13 Mai a adopte a l'unanimite Particle addi- 
tionnel suivant qui sera applique a partir de 1906, apres 1'appro- 
baton des Statuts du Club modifies. 

« Les mineurs admis conformSment aux statuts g£n£raux du Club 
« ne payent, jusqu'a leur majority, qu'une cotisation de Section 
« re*duite de moitie\ Pendant cette p£riode, ils ne peuvent prendre 
« part a aucun vote, mais recoivent les publications p6riodiques de 
« la Section. 



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380 CHRONIQUE DU C. A. F. 

« Les femmes des membres de la Section sont admises a blngflcier, 
« au point de vue de la cotisation annuelle de la Section, des 
a mSmes avantages que les mineurs; toutefois, k la difference de ces 
« derniers, elles ont le droit de vote, mais ne recoivent pas les publi* 
« cations pe>iodiques de la Section. » 

M. Warion de Beaumont, president de la Section, prit ensulte la 
parole, et, dans une charmante conference, fit f aire ases auditeurs 
le tour du Mont Rose, De nombreuses et superbes projections photo- 
graphiques illustrerent ce r^cit et donnerent un agr£ment de plus k 
cette s^duisante causerie. R. M. 

PROJETS D'EXCURSIONS. 

Section du Lot et de Padirac. — Excubsion annubllb. 

— Lundi 4 Septembre au matin : Rendez-vous a Libos (Lot-et- 
Garonne); Fumel; Bonaguil (ch&teau); Duravel; Puy L'tvdque. 

— Mardi 5 : Puy L'fiveque; Luzech; Falaises et M6andres du 
Lot; Mercues (ch&teau du XIII* s.); Cahors. — M ercredi 6 : Cahors; 
Visite de la ville; Pont Valentr6; Tour des pendus; Barbacane; Mai- 
son Henri IV; Cath^drale; Lyc6e; Fontaine des Chartreux, etc.; 
Montaubau. — Jeudi 7 : Cordes (Tarn), c616bre bastide; Vallee de 
FAveyron; Bruniquel; Penne; Saint- An tonin; Najac (ch&teau), etc 

— Vendredi 8 : Villefranche de Rouergue; Capdenac (dislocation.) 
Les personnes qui pourraient disposer du dimanche 3 Septembre 

pourront se rendre a Villeneuve-sur-Lot (hotel Gache. 17, rue Cas- 
seneuil), ou se trouvera le D r Cayla. — On visitera la ville et 
Penne. 

S'adresser pour avoir le programme plus detains et Tinscription 
au D r Cayla, 31, avenue de Neuilly, Paris, ou a M. Depeyre, avo- 
cat, a Cahors. — N.-B. L'excursion est facile pour tout le monde. 

Section de Paris (Avis urgent). — M. Leroy, professeur au 
Lyce*e Janson de Sailly, se propose de diriger au d6but du mois 
dAottt un voyage scolaire d'une dizaine de jours comportant la 
visite (monuments, musses, ports, usines) de Metz, Luxembourg, 
Coblentz, Cologne, Dusseldorf, Utrecht, Amsterdam, La Haye, Rotter' 
dam, Anvers, Gand et Bruxelles. Le prix serai t de 250 a 300 francs. 
S'adbbssbb avant lb 25 Juillet, au siege du Club ou 5, bus db 
l'Annonciation, xvr. Nombre d'adh£rents limits. 



Le gerant : L. Vignal. 



PARIS. — TYPOGRAPHIE PLON-NOURRIT ET C U , 8, RUE GARANCIERE. — 7351. 



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Souvenirs d'une Excursion 

k la Berarde en i860 

Par M. Antoink PRfiNAT 



Avant la creation de notre Club Alpin les excursions de touristes francais 
dans les Alpes du Haut Dauphine* furent rares et plus rares encore sont les 
recits de cette epoque prShistorique. Nous avons 6t6 assez heureux, en nous 
recommandant de notre regrets ami, Theodore Camus, dont les articles sont 
parmi les meilleurs des p&iodiques alpins, pour obtenir de son oncle, M. An- 
toine Prenat, le compte rendu de ce qu'etait alors une excursion a la Be- 
rarde. Parmi les croquis qui accompagnent ces lignes, il en est un qui a pris 
une reelle valeur documentaire, c'est le profil de l'ancienne chapelle de la 
Berarde, dont les mines elles-mSmes n'existent plus. 

M. P. 

Depuis longiem